chapter 24: Sakumo/Orochimaru
celui où tu ne connais pas ton âme sœur avant d'entrer en contact avec elle
Il pleut à grosses gouttes et la terre entière paraît froide et obscure. Orochimaru n'est pas quelqu'un qui a du mal à se passer de son petit confort - il est ninja depuis bien trop longtemps pour que ce soit le cas - mais un frisson s'est glissé jusqu'au cœur de ses os ces douze dernières heures, et absolument tout ce qui l'entoure est trempé. Dans ce cas précis donc, rêver d'un bon feu et d'une pile d'épaisses couvertures n'est pas plus de l'égoïsme que de l'auto-préservation.
Presque terminé, se rappelle-t-il en grinçant des dents en ressentant la lourdeur qui tente de l'empêcher d'avancer. Le rouleau autour duquel sa mission entière tournait est presque sur le point de lui échapper, car ses doigts sont tout engourdis, et il se retrouve à présent incapable de les resserrer. Seulement, il y a de la lumière au travers des arbres un peu plus loin, une simple lueur, mais à ce moment précis, il se fiche bien qu'elle soit émise par une patrouille du village ou par des forces ennemis. Il se blottirait contre les flammes quoi qu'il advienne. Il y aurait tout simplement plus de sang à verser si c'est sa seconde hypothèse qui s'avère la bonne.
Mais, lorsqu'il contourne un bouquet d'arbre ruisselant, ce n'est pas devant une autre des multiples escouades d'Iwa, qu'il a dû éviter à cause de leur nombre croissant, qu'il se retrouve. Les gilets de protection si caractéristique de Konoha entre dans son champ de vision et il soupire de soulagement sans pouvoir s'en empêcher avant de sortir de l'ombre.
Le contact du métal froid sur sa gorge le paralyse immédiatement.
– On se faufile derrière nous dans l'obscurité maintenant ? demande une voix amusée, mais avec une pointe de noirceur. Un frisson n'étant aucunement relié à la fraîcheur ambiante lui remonte la colonne. On ne change pas les bonnes vieilles habitudes, pas vrai ? Suna ou Iwa ?
– Aucun des deux, répondit calmement Orochimaru, ne bougeant pas d'un pouce. Konoha.
Il y eut un moment de silence avant que l'homme reprenne la parole.
– On va se retourner.
Une main se pose sur son épaule, ferme mais pas brusque, une pression…
Des doigts calleux effleurèrent sa peau juste à l'endroit où son armure est déchirée, et ce fut comme si une décharge électrique venait de le traverser.
L'épée contre sa gorge fut complètement oubliée alors qu'Orochimaru se tourna soudainement pour faire face à celui l'ayant capturé. Des yeux gris écarquillés rencontrèrent les siens. Le tanto lui échappe des mains, et l'instant suivant, une main se pose sur la joue d'Orochimaru envoyant un violent frisson traverser chacune de ses cellules. Ses propres doigts entrent en contact avec la peau d'un poignet et celle de son cou, et il est entraîné vers l'avant. Des bras douloureusement chaleureux l'encerclent et Hatake Sakumo enfouit son visage dans les cheveux détrempés du Sannin. Un rire désespéré lui monte à la gorge, et Orochimaru ne peut s'empêcher de sourire en retour. La poigne qui le maintien est assez puissante pour qu'il ressente l'envie de ne plus jamais s'en échapper, et pas simplement pour garder contre lui la chaleur émanant du corps de Sakumo.
– De tous les lieux, murmure Sakumo entre un émerveillement et un rire.
Orochimaru roule brièvement les yeux, parce qu'il a été prouvé, après tout, que trouver son âme sœur n'était qu'une question de temps et que cela devait arriver à un moment ou à un autre. Ce moment qu'ils partagent à cet instant n'est pas meilleur ou pire qu'un autre lorsqu'il est question de destinée.
– Tu aurais préféré dans un égout ou en plein champ de bataille peut-être ? demanda-t-il et, à ce moment-là, sa voix est la seule chose qui est sèche sur sa personne. Ce n'est pas une exagération non plus, connaissant son équipe et sa chance, ces deux autres options ont toujours été plus envisageables qu'il n'aimait se l'avouer.
Sakumo se met à rire, étonné, mais chaudement, et se dégage de leur étreinte. Orochimaru pense à se plaindre de la perte de chaleur, et il lui suffit d'un regard sur le sourire de Sakumo bordé d'une tignasse argenté pour qu'il se résigne.
– Non, nia Sakumo avant d'enlever son haori et de le placer sur les épaules d'Orochimaru. Non, c'est parfait comme ça pour moi.
Le tissu est chaud, un peu près sec et dégage une odeur de feuilles en plein automne. Orochimaru ramène les pans du vêtement autour de lui et ne peut s'empêcher, au fond, d'être d'accord avec lui.
