chapter 25: Minato/Fugaku

celui où les âmes sœurs se réincarnent et se retrouvent dans chaque vie

Certaines personnes naissent en se souvenant de l'identité de leur âme sœur. D'autres ressentent un vague sentiment de familiarité, comme une sorte de déjà vu, sans pourtant se rappeler des choses clairement. D'autres encore se rappellent d'instants passés durant leurs incarnations précédentes.

Fugaku, quant à lui, se souvient de tout dix-sept minutes après qu'ait sonné six heures, un jeudi matin, en plein milieu de ses kata habituels en compagnie de Mikoto. Un cri aigu lui échappe sur le coup, il trébuche et tombe la tête la première dans la rivière.

(Évidemment, Mikoto ne fait que rouler les yeux, puis enlève ses chaussures pour prendre sa suite, et Fugaku est presque sûr qu'elle prend son temps pour le repêcher, car c'est une amie des plus horribles qui ne jure que par le mal.)

– Une crampe ? demande-t-elle lorsqu'ils ont retrouvé la terre ferme et qu'elle est en train d'essorer ses cheveux sur la rive. La pointe de suffisance qu'il voit se glisser dans son sourire lui indique qu'elle sait très bien que ce n'est pas ce qui s'est passé.

Fugaku lui lance un regard noir en repoussant ses cheveux de son visage. Il grogne et enfouit son visage entre ses mains.

– Je vais le tuer, siffla-t-il à Mikoto de façon un peu étouffé, mais tout de même assez clairement pour qu'elle en comprenne chaque mot.

Comme toujours à la moindre mention de meurtre, une étincelle passe dans les yeux de Mikoto.

– Je le connais ? s'intéresse-t-elle, l'air intriguée, puis elle fait une pause.

Ses yeux s'écarquillent devant ce qu'elle a, de tout évidence, pu remarquer sur le visage de Fugaku, et un air de jubilation s'affiche sur sa figure, glaçant le sang de son ami.

– Oh, fit-elle. Oh. C'est Minato ?

– Comment est-ce que tu fais ça ?! s'exclame Fugaku. Je n'ai absolument rien dit !

Mikoto roule une nouvelle fois les yeux en faisant un geste vague de la main.

– Tu ne serais pas aussi embarrassé s'il ne s'agissait pas de ton petit-ami, Fugaku.

– Ce n'est pas mon petit-ami, proteste Fugaku, peut-être d'une manière un peu trop faible. Nous… couchons simplement ensemble. Parfois.

L'exaspération sur ses traits se change en pitié.

– Oui, lui accorda Mikoto en tapotant sa tête. Et vous couchez ensemble au moins une fois par semaine depuis au moins un an. Si tu veux tout savoir, je crois bien que ça fait de vous un couple.

Fugaku ne lui demande pas comment elle peut savoir ça, parce que, sincèrement, il préfère ne pas savoir. Il lui jette simplement un autre regard noir et elle lui répond par un large sourire avant de demander :

– Alors ? De quoi tu te souviens ?

Tandis que le silence se prolonge, Fugaku s'interroge sur toutes les choses qu'il a à dire. C'est… difficile. L'homme de ses souvenirs ne ressemble même pas à Minato, mais Fugaku sait que c'est lui. Il y a quelque chose, une sensation chez lui que Fugaku ne pourrait confondre avec personne d'autre. Ce n'est vraiment pas parce qu'il se comporte dans chaque vie comme un adorable chiot, non, absolument pas.

Avant qu'il ne puisse répondre, cependant, un flash de couleur jaune électrique apparaît. N'étant pas stupide, et étant familier avec les tours de Minato à ce stade, il esquive, se laissant guider par son instinct, et une forme rapide passe à quelques centimètres de sa tête.

Il y eut un fracas, un cri strident, un hurlement, et deux corps roulèrent dans l'herbe.

Son effroi lui remontant la gorge, Fugaku relève les yeux.

Dans un cri perçant de pur horreur, Minato refait surface, s'écarta brusquement de la poitrine de Mikoto et fut sur ses pieds en l'espace d'un seul battement.

– Mikoto ! croasse-t-il. Je… tu… promis, je ne visais pas…

Avec un sourire serein, Mikoto se redresse. Elle remet en place son haut débraillé, recoiffe ses cheveux en pétard et dit d'une voix enjouée :

– Je ne manquerais pas de dire à Kushina que tu m'as tripoté... Avec ton visage.

La figure de Minato perd environ six tons de couleurs et il chancelle vers l'arrière, se cachant derrière Fugaku.

– Tu es mon âme sœur ! dit-il d'un ton plaintif. Tu ne vas pas m'aider ?

Piégé entre Mikoto en mode psychopathe et Minato avec ses yeux de chien battu, les statistiques ne sont pas bonnes pour Fugaku il en a parfaitement conscience. Il lève les mains et fait trois grands pas vers l'arrière.

– Attends, si je me souviens bien, dit-il, un regard sombre en direction de Minato, ce n'est pas comme ça que nous sommes morts la dernière fois ?

Le visage tanné de Minato se met à rougir.

– Je n'ai pas voulu l'insulter !

– Ah oui, la dernière fois ? Dans ce cas, ce que je prépare ne sera pas une surprise pour vous.

Mikoto se remet debout, attrape son épée et Minato glapit, mais comme d'habitude, il décide de ne pas faire les choses correctement, et s'enfuit dans un éclair.

Fugaku est presque à cent pourcent certain qu'à ce niveau-là, le mieux à faire est encore de se noyer lui-même dans la rivière.