Merci pour les reviews ! Voici un chapitre bien plus long que les autres, j'espère qu'il vous plaira…
Chapitre XII
Bien sûr, elle avait songé que son retour sur Terre n'était pas réel. Bien sûr, elle avait songé être toujours sur le vaisseau de Ba'al durant tout ce temps. Mais là, tout était plus vrai. Plus dur. Plus douloureux. Elle ne sut pas combien de temps elle resta là, pleurant Jack, couchée sur lui. La tête sur sa poitrine, elle cherchait à entendre le moindre battement de cœur. Le moindre imperceptible mouvement de respiration. Ce qu'elle vivait était un pur cauchemar. Elle ne pouvait calmer le flot incessant de pleurs qui la secouait. Son cœur lui faisait mal, terriblement mal. Elle aurait voulu se l'arracher. Il n'y avait que de la douleur, dans tout son être, et il lui était impossible de la calmer.
Ce fut Daniel qui rouvrit la porte le premier. Cela faisait maintenant trois heures qu'ils entendaient Sam depuis le couloir sans que personne n'arrive à esquisser le moindre mouvement pour aller la retrouver. Par peur peut-être. Peur de voir cette femme si forte devenir si faible. Peur de voir leur amie brisée, martyrisée. Peur de voir comment une personne pleure son âme sœur, sans ne pouvoir rien y faire. Peur de voir la douleur dans ses yeux sans pouvoir l'aider ni la soulager.
Il s'approcha lentement d'elle. Cette vision allait rester gravée dans son esprit jusqu'à la fin de sa vie. Bien sûr, il avait depuis longtemps compris le lien qui unissait ses deux amis, sans qu'aucun d'eux ne franchisse cette ligne invisible, cette barrière. Mais voir Sam dans un tel état lui souleva l'estomac. Elle qui était une personne si souriante, il avait maintenant l'impression de ne voir que de la peine et de la douleur l'entourer. Elle était dévastée, si tant est que cet adjectif soit assez fort pour la décrire. Elle s'accrochait à Jack comme si c'était la seule chose qui la maintenait en vie dans cette pièce si froide.
Daniel se mit à genoux près d'elle puis lui prit les épaules. Il resta ainsi durant plusieurs minutes. Il prit finalement une inspiration profonde pour lui parler.
— Sam…
Sa voix se cassa. Il ne s'était jamais imaginé comment serait son amie si Jack mourait. Bien sûr, il l'avait vu au plus mal lorsque son supérieur était porté disparu, mais ce n'était rien en comparaison de ce jour.
— Sam, nous serons à la base dans quelques minutes. Je… je vous en prie, venez avec moi… Il… il sera transporté là-bas.
Les sanglots de Sam redoublèrent, elle s'accrocha un peu plus au treillis de Jack. Teal'c entra à son tour dans la pièce. Daniel le regarda, un air totalement dépassé dans les yeux. Il capitulait devant la peine de Sam. Teal'c s'approcha de Sam, et ses bras puissants l'encerclèrent. Sam tenta de se débattre.
— Non ! Non je ne peux pas le laisser !
Teal'c resserra son étreinte puis la porta vers la porte. Sam lui donna des coups de poing sur l'épaule.
— Je suis désolé, Colonel Carter. Vous devez le laisser le temps que l'on retourne à la base. Ce n'est pas bon pour vous de rester ainsi, dit Teal'c.
Il la serra fort contre lui, comme pour l'aider à soutenir cette peine. Il passa le pas de la porte et Jacob les regarda passer. Il n'arrivait pas à bouger devant l'état de détresse de sa fille. Elle avait déjà été au plus mal lors de la mort de sa mère, mais cela n'était pas comparable à aujourd'hui. Daniel, qui était toujours présent dans la pièce, s'assit. Il laissa échapper quelques sanglots à son tour.
— Elle t'aimait tellement, Jack…
Il se leva et rejoignit ses amis dans la salle de contrôle. Teal'c tenait toujours fermement Sam. Ses pleurs avaient cessé, mais son regard était plus vide que jamais. Ils furent téléportés proches de la porte de la planète, puis ouvrirent la porte pour revenir à la base. Teal'c avait relâché Sam. Ils passèrent la porte, Janet les attendant en bas de la rampe. Quatre Tok'ra portaient le brancard sur lequel reposait le Général O'Neill.
— Je vous attends à l'infirmerie… dit Janet dans un souffle après avoir vu le brancard.
Elle jeta un coup d'œil à Sam, qui descendit très vite la rampe et sortit très rapidement de la salle d'embarquement. Elle baissa la tête tandis que les autres membres passaient devant elle. Les larmes lui montèrent aux yeux quand le brancard quitta la salle. Daniel resta près d'elle, les yeux rougis. Il réfléchit à la douleur de Sam. Cela tournait en boucle dans son esprit. Il décida de prendre Janet dans ses bras. Elle fut surprise, mais se laissa finalement bercer par ce contact.
Ils se dirigèrent par la suite à l'infirmerie, où patientait Teal'c, Jacob et Pete.
— Où est Sam ? demanda Janet.
— Nous ne l'avons pas vu depuis qu'elle est partie de la salle d'embarquement, Docteur Fraiser, dit Teal'c.
— Commencez les bilans sanguins, je reviens, annonça Janet à l'infirmière.
Elle sortit de l'infirmerie à la recherche de Sam. Son laboratoire était vide. Idem pour les vestiaires. Puis une idée lui traversa l'esprit. Elle avança dans les couloirs de la base, puis se tint devant une porte. Elle écouta avec attention. Aucun son. Elle croisa le regard du sergent Silers, qui lui fit un signe de tête affirmatif. Elle ouvrit la porte lentement. Le store donnant sur la salle de briefing était fermé. Alors elle la vit. Elle était assise là, sur le fauteuil, recroquevillée sur elle-même. Sa tête reposait sur sa veste. Janet s'approcha de son amie. Elle savait que cela allait être très dur. Des larmes coulaient en silence de ses yeux bleus, allant s'écraser sur son bras. Elle s'accrochait au revers de la veste de Jack. Janet savait qu'elle recherchait son odeur. Cette vision lui brisa le cœur. Elle n'avait jamais compris comment Sam avait tenu face à ses sentiments. Et maintenant, elle n'avait plus aucune chance d'avouer quoique ce soit au principal intéressé. Bien évidemment, il y avait eu le test Zatarc, mais la main leur avait été forcée. Alors qu'elle ne s'y attendait pas, Sam prononça quelques mots.
— Ça fait si mal, Janet. J'ai tellement mal.
Sa voix se cassa en un sanglot. Elle se frappa la cuisse une première fois, puis une seconde. Janet intervint.
— Sam, non… Chut…
Elle lui prit la main doucement, pour la calmer.
— Il ne peut pas être mort. Il ne doit pas être mort. Il n'en a pas le droit.
— Sam…
Mais Janet ne savait pas quoi lui dire. Et elle connaissait la suite.
— Il n'a pas le droit de me laisser ici. Il n'a pas le droit de me laisser seule.
À présent, Sam hurlait. Elle hurlait de chagrin, elle hurlait de peine, elle hurlait de douleur.
« La colère, » pensa Janet en baissant les yeux.
Sam s'était levée du fauteuil et avançait maintenant vers le mur. Elle le frappa de ses deux poings, avec force.
— JE LE DÉTESTE !
Elle frappait à présent le mur de ses rangers et de ses poings, comme si elle cherchait à terrasser sa douleur.
— JE LE DÉTESTE DE ME FAIRE RESSENTIR ÇA. JE LE DÉTESTE. Je le…
Sa voix fut noyée dans ses pleurs. Elle s'effondra au sol, prise de sanglots incontrôlables. Janet s'approcha d'elle rapidement et se mit au sol avec elle. Elle la prit dans ses bras et la berça. Des larmes coulaient également le long de ses joues…
Le sergent Silers avait entendu les cris, si bien qu'il avait appelé à l'infirmerie. Il se doutait que le docteur Fraiser devrait faire une injection de calmant au Colonel Carter. Daniel arriva avec Teal'c, une seringue à la main. Janet les regarda entrer, berçant toujours Sam. Ils semblaient tous démunis par rapport à la réaction de Sam. Teal'c décida de lui faire l'injection.
— Cela va vous faire du bien, Colonel.
Sam était bien trop mal pour lui répondre. Il lui fit l'injection dans le bras sans difficulté, puis ils attendirent que cela fasse effet. Au bout de dix minutes, Sam commença à se calmer. Janet sentit ses muscles se détendre. Deux minutes plus tard, elle était endormie par les calmants. Janet se détacha d'elle et laissa la place à Teal'c, qui la prit dans ses bras.
— Je l'emmène à l'infirmerie, dit-il.
— Très bien… lui répondit Janet en s'asseyant sur le fauteuil.
Daniel la regarda, inquiet.
— Ça va être très dur… lui dit-elle.
— J'imagine… Je… Elle a l'air d'avoir si mal…
— Perdre l'homme qu'elle aime sans même avoir pu lui dire… C'est tellement injuste.
Daniel réfléchit à cette dernière phrase. Perdre la personne qu'on aime avant d'avoir pu lui avouer quoi que ce soit est juste cruel. Même si les deux connaissaient leurs sentiments respectifs, le règlement militaire les avait toujours enfermés dans leur carrière, leur travail. Daniel s'approcha de Janet et lui prit la main. Il voulait également la consoler, voyant des larmes perler le long de ses joues. Il la fit se lever pour retourner à l'infirmerie, mais avant de traverser la porte, il s'arrêta net.
— Daniel ? questionna Janet.
Il baissa la tête, se prenant l'arête du nez entre deux doigts. Il se retourna subitement vers elle, la regardant intensément.
— Oh, et puis tant pis !
Il lui lâcha la main et attrapa son visage. Il l'embrassa. Janet fut au début surprise, mais elle répondit à son baiser rapidement. Lorsqu'ils se détachèrent l'un de l'autre, Daniel plongea son regard dans le sien.
— Je t'aime. Je… il fallait que je te le dise. La vie est si courte.
Janet lui sourit, et l'embrassa à nouveau.
— Je t'aime aussi…
— Je sais que le moment choisi n'est pas le meilleur, mais avec ce qu'il vient de se passer… Mon Dieu, je ne voudrais pas qu'il t'arrive quelque chose et que tu ne le saches pas.
Il lui caressa la joue, puis ils partirent vers l'infirmerie. Lorsqu'ils y arrivèrent, Sam était allongée dans un lit un peu à l'écart du reste du groupe. Janet commença ses examens. Arrivée devant Pete, ce dernier lui demanda à quel moment il pourrait partir de la base.
— Ne pensez pas que je l'abandonne. Mais… je crois sincèrement que ma place n'est plus là, lui dit-il.
Janet acquiesça d'un signe de tête. Effectivement, Pete n'était définitivement pas le mieux placé pour aider Sam, et il l'avait parfaitement compris. Dès qu'elle eut fini avec lui, il partit. Ce fut alors au tour de Jacob. Elle profita de ce moment avec lui pour lui parler de Sam.
— Ça va être compliqué. Je me doute que de la voir comme ça vous atteint… mais j'ai besoin de savoir comment cela s'est passé après la mort de sa mère.
Jacob soupira. Il était l'un des plus démunis face à la douleur de sa fille.
— Sam était adolescente quand cela s'est produit. Elle a réagi comme telle. Crise d'ado, disputes… Par la suite, elle s'est enfermée dans les sciences… Les livres et les calculs étaient son exutoire. Aujourd'hui, tout est différent. J'ai l'impression que son monde s'est effondré.
— Je crains qu'elle n'ait perdu une part d'elle-même… répondit Janet.
Janet finit les examens en silence. Elle rédigea ses différents rapports une bonne partie de la soirée, gardant un œil sur Sam. Des calmants lui étaient injectés à dose régulière : Janet souhaitait qu'elle se repose un minimum de six heures. Vers trois heures du matin, Daniel frappa à la porte de son bureau. Janet leva la tête et lui fit un faible sourire, fatiguée.
— Hey… dit-elle.
Il s'approcha d'elle et lui déposa un baiser sur la tempe.
— Comment va Sam ?
— Elle se repose pour le moment grâce aux calmants. J'espère que cela ira un peu mieux à son réveil, mais j'en doute…
— Je n'arrive pas à imaginer ce qu'elle est en train de traverser…
Janet n'eut pas le temps de lui répondre. Un hurlement venait de s'élever dans la pièce d'à côté : Sam. Le docteur Fraiser sortit de son bureau en courant, se retrouvant rapidement au chevet de son amie. Cette dernière, encore endormie, hurlait et se débattait dans son lit. Janet la réveilla.
— Sam ! Sam !
Alors elle ouvrit les yeux. Il lui fallut une minute avant de comprendre qu'elle se trouvait à l'infirmerie. Mais elle avait mal, si mal dans la poitrine. Sa gorge la brûlait. Comment faire passer cette douleur ? Elle mit sa tête dans l'oreiller et hurla de plus belle, essayant d'extérioriser cette douleur qui la rongeait de l'intérieur. Des sanglots secouaient son corps. Janet resta près d'elle, lui caressant les cheveux. Elle sut qu'elle devait laisser son amie pleurer, pleurer cet homme qu'elle aimait tant, pleurer cette douleur incommensurable. Daniel et elle se jetaient des regards inquiets, impuissants face à la peine de leur amie. Au bout d'une heure les sanglots s'espacèrent, et Sam s'endormit, à bout de forces. Ses amis s'éloignèrent pour retourner dans le bureau de Janet.
— Quelqu'un de nouveau va être affecté au commandement de la base, dit alors Daniel.
— Je suppose, oui. Nous devrions en savoir plus dans quelques heures.
Ils parlèrent ainsi durant plusieurs heures, jusqu'à ce qu'un nouveau cri de Sam les fasse intervenir. Tout recommença, commençant à inquiéter Daniel. Lorsque Sam fut calmée, il en parla à Janet.
— Que lui arrive-t-il ? Est-ce que ce sont des cauchemars ? On ne peut rien faire pour l'aider ?
— Malheureusement, seul le temps pourra l'aider… lui répondit Janet, résignée.
Le lendemain, Sam se trouvait toujours dans l'infirmerie. Elle se murait maintenant dans le silence. Elle ne mangeait pas, avait un air livide. Les funérailles du Général O'Neill se tiendraient le lendemain. Une cérémonie devait être prononcée à la base, mais un enterrement civil était également programmé. Sam devait rentrer chez elle par la suite, mais Janet avait mandaté Cassandra pour qu'elle reste avec elle les jours suivants.
Un nouveau dirigeant avait rejoint la tête de la base : le Général Landry. C'était un homme tout à fait agréable et compétent, qui comprenait malheureusement que sa venue était des plus délicates après la mort de Jack.
Le matin de la cérémonie, Sam se prépara. Elle mit son tailleur de l'US Air Force, celui dans lequel Jack aimait tant la voir. Les larmes lui montèrent aux yeux à cette pensée. Sa gorge se serra. Ce fut Daniel qui parla lors de la cérémonie, mais Sam n'entendit que des bribes de mots et de phrases. Elle étouffait. Alors que le drapeau était plié selon le protocole, puis remis au Général Landry, ce dernier s'approcha de Sam. Elle se trouvait en ligne entre Teal'c et son père. Le Général se posta devant elle, le drapeau dans les bras.
— Colonel, dit-il simplement.
Alors elle comprit. Elle avança ses bras tendus devant elle, tremblante. Le Général déposa le drapeau dans ses bras, qu'elle replia par la suite au niveau de sa poitrine.
— Au nom de l'US Air Force, je vous présente, Madame, mes sincères condoléances.
Il recula d'un pas, puis dit d'une voix forte :
— Soldats à mon commandement !
Tous se mirent alors au garde-à-vous, y compris le Général. Sam ferma les yeux, la gorge serrée.
La cérémonie militaire une fois terminée, l'équipe et Jacob se dirigèrent vers l'extérieur. L'enterrement aurait lieu d'ici deux heures. Lorsqu'ils arrivèrent sur place, le cimetière était occupé par une trentaine de personnes, parlant entre elles. À la vue des voitures noires du SGC, le silence se fit. Le groupe rejoignit en silence la troisième allée du cimetière, Teal'c soutenant Sam avec son père.
Sarah était là, accompagnée de ses parents. Pete était également présent.
L'éloge funèbre avait été préparé par Teal'c. Il était magnifique, mais de nouveau Sam n'en entendit que des bribes. Elle fixait le cercueil le regard vide. Chacune à leur tour, les personnes présentes vinrent mettre une rose par-dessus le cercueil verni. Lorsque ce fut le tour de Sam, chacun retint son souffle. Teal'c voulut l'accompagner, mais Sam détacha sa main de la sienne. Elle devait faire ça seule. Alors que chacun l'observait, elle s'avança lentement, une rose rouge à la main. La seule rose rouge parmi toutes les blanches. Elle caressa d'une main le cercueil, en regarda chaque détail. Elle resta ainsi plusieurs minutes, les mains tremblantes. Daniel se demanda si elle allait y arriver. Le regard de Sam se porta au loin, le ciel bleu éclatant lui brûlant les yeux. La main tenant la rose tremblait de plus en plus. C'est alors que quelqu'un s'avança, se posta à ses côtés, et lui prit la main. Sam sentit la main chaude de Cassandra dans la sienne, et fut prise d'un sanglot. Elle porta son autre main à son visage. Cassie lui caressa la main. Elle la soutenait comme Sam avait pu le faire avec elle. Tremblante, Sam déposa alors la rose sur le cercueil. Elles s'éloignèrent ensuite pour revenir auprès du groupe. Les larmes perlaient en silence sur les joues de Sam.
La cérémonie se termina, et les groupes commençaient à s'éloigner. Sam vit Pete au loin, et son sang ne fit qu'un tour. Elle lâcha la main de Cassandra qui ne comprit pas immédiatement la réaction de sa marraine. Sam marchait maintenant à vive allure vers Pete. Quand elle se retrouva à son niveau, celui-ci la regarda d'un air penaud devant son regard glacial.
— Comment as-tu pu oser venir ? ! lui cracha-t-elle.
— Sam, calme-toi.
— Que je me calme ? Tout cela est de TA FAUTE. Si tu n'avais pas cherché à venir jamais il ne nous aurait accompagnés ! Il est mort à cause de TOI ! lui hurla Sam.
L'air qu'elle faisait entrer dans ses poumons lui brûlait la gorge.
— Sam, je suis désolé… commença Pete.
— PARS ! hurla-t-elle.
Elle revint près du cercueil, les joues rosies par la colère. Janet indiqua d'un signe de tête qu'il valait mieux la laisser seule, et le groupe retourna vers les voitures. Sam resta devant le cercueil de Jack, stoïque. Elle se tint ainsi durant une bonne heure, avant que ses jambes et son mental ne lâchent. Alors, elle s'écroula à genoux dans la terre fraîche. Sa tête reposa sur le cercueil, et elle pleura. Elle pleura à s'en faire mal aux poumons, à la gorge. Elle tapait le sol du poing. Le trou béant qu'elle ressentait dans sa poitrine était plus douloureux que jamais.
— Pourquoi tu me laisses comme ça ? ! dit-elle dans un sanglot.
Ses amis et son père l'observèrent au loin, près des voitures. Janet ne put retenir ses larmes plus longtemps, voir Sam dans cet état lui brisa le cœur. Daniel la prit dans ses bras, les larmes aux yeux également. Ils ne surent pas combien de temps ils restèrent là, à regarder la détresse de Sam. Un homme s'approcha d'eux, leur indiquant qu'il fallait à présent qu'ils mettent le cercueil en terre.
— Je suis désolé pour votre amie, mais il va falloir qu'on descende le cercueil… dit-il d'une voix calme.
— Je vais aller la chercher, dit Jacob.
Tous le regardèrent s'éloigner, l'homme des pompes funèbres le suivant. Il s'approcha lentement de Sam et la prit par les épaules.
— Sam, mon cœur, il faut y aller, dit-il d'une voix douce, presque chuchotée.
— Non… Non… dit-elle en pleurant de plus belle.
Jacob réussit à la faire se lever et à l'éloigner, de sorte que les hommes des pompes funèbres puissent faire descendre le cercueil. Sam se débattait dans les bras de son père, qui la maintenait autant que possible. Le cercueil commença à descendre en terre et Sam hurla.
— Non ! Je vous en prie non…
Sa voix se brisa et ses jambes se dérobèrent sous elle. Son père tomba à genoux avec elle, la serrant de toutes ses forces. Les hommes qui descendaient le cercueil eurent la gorge serrée. Ils faisaient ce métier depuis des années, mais la douleur de cette femme les touchait au plus profond de leurs êtres. Au loin, Cassie pleurait et tomba dans les bras de Teal'c. Ils repartirent une heure plus tard. Cassandra et Sam furent déposées chez cette dernière. Janet laissa un comprimé à Cassandra qu'elle devrait donner à Sam au moment de se coucher.
C'est ainsi que se déroulèrent les trois semaines suivantes. Sam qui hurlait dans son sommeil, Cassie qui venait la consoler et l'aider à se rendormir. Le silence de Sam, chaque jour. Les visites de Daniel, Janet et Teal'c. Jacob avait dû repartir à la base Tok'ra. Janet avait bien essayé de faire intervenir un psychologue, mais Sam restait mutique. Elle s'installait dès le matin dans le jardin, rentrait manger quelques biscuits puis repartait à l'abri du grand chêne. Un midi Cassie avait remarqué des plaies au niveau des mains. Elle supposait que Sam avait passé sa colère sur le pauvre chêne. Sans un mot, elle l'avait soigné. Sam avait versé quelques larmes pendant que Cassie bandait soigneusement ses mains. Puis elle était repartie dans le jardin. Un matin, alors que Cassie prenait tranquillement son petit-déjeuner devant la télé, Sam passa dans le couloir. Elle prononça quelques mots, auxquels la jeune femme ne s'attendait pas.
— Je vais sortir un peu, Cassie.
Cassandra la regarda avec étonnement. Trois semaines sans un mot, alors cette phrase présentait de l'espoir à ses oreilles.
— Très bien. Je t'attends pour le déjeuner ?
— Non. Je vais en avoir pour la journée.
— D'accord… À ce soir, Sam. lui répondit Cassie en se levant pour l'embrasser sur la joue.
Sam ferma les yeux à ce contact, puis sortit de chez elle. Elle se dirigea vers sa voiture, avec laquelle elle roula pendant environ une heure. Elle se retrouva en bordure de forêt, et gara son pick-up. Elle commença à marcher durant de longues heures. Vers la fin d'après-midi, elle avait atteint son but. Elle observa la vue magnifique qui s'offrait à elle depuis le haut de Cheyenne Mountain. Elle pouvait voir tout Colorado Springs, ainsi que la forêt qui commençait à prendre les teintes d'automne. Elle respira à pleins poumons l'air pur. Des larmes se formèrent au coin de ses yeux et elle s'avança. Un rocher roula sous son pied, pour aller s'écraser plusieurs mètres plus bas, trois cent quarante-six exactement à cet endroit précis selon les calculs de Sam. Dans un dernier regard vers l'horizon, elle s'avança près du précipice. Un pas plus tard, elle chuta vers la mort.
