Premier chapitre, un peu plus conséquent que le prologue.J'en profite pour remercier Mama-Milie et Til'Ilan pour leurs reviews.

La quasi totalité de cette histoire a été corrigée, relue et critiquée par ma précieuse bêta LaLouisaBlack. Elle m'a donné de nombreux conseils pour l'améliorer, et je la remercie chaudement!

Bonne lecture !


Chapitre 1 : All was well

- Arg, Sirius !

Réveillé en sursaut, Sirius émit un jappement surpris comme un coup de pied l'envoyait valser dans les airs. Il atterrit lourdement sur un parquet ciré et eut à peine le temps de se remettre sur pattes que la voix continuait :

- Combien de fois t'ai-je dit que je détestais ça ? C'est dégoûtant, enfin !

Sonné, Patmol regarda autour de lui. Il était dans une chambre confortable, au pied d'un grand lit recouvert de draps blancs. Ceux-ci s'agitèrent et une tête féminine se pencha au-dessus de lui.

- Se réveiller collée à un chien, non merci ! Et puis tu pourrais te transformer pour assumer, au lieu de rester là à me regarder bêtement !

Mais Sirius était trop étonné pour réagir, ne sachant pas très bien s'il était dans un rêve ou dans la réalité. En lui, le pur bonheur le disputait à l'étonnement le plus complet.

- Sirius ? demanda la femme devant son manque de réaction. Ca va ?

Il leva les yeux et ouvrit la bouche, mais seul un aboiement s'en échappa.

- Je ne parle toujours pas chien, tu sais ?

Au prix d'un immense effort, Sirius rassembla ses pensées et se transforma enfin. Il reprit forme humaine à même le plancher, vêtu seulement d'un caleçon sombre.

- Sirius ?

La voix de sa femme était maintenant teintée d'inquiétude. Sirius secoua la tête pour se redonner contenance.

- Désolé, croassa-t-il d'une voix rauque. Je… j'ai fait un cauchemar.

Elle ne sembla pas surprise et se poussa pour lui faire une place dans le lit.

- Viens-là, dit-elle en l'attirant.

Sirius se glissa entre les draps tandis que Luth l'entourait de ses bras protecteurs. Il s'abandonna à son étreinte avec bonheur.

- Qu'est-ce que c'était ?

L'homme soupira, peu enclin à revivre ce cauchemar qui avait encore l'air trop réel. Il ne voulait pas non plus inquiéter Luth, et encore moins replonger dans les souvenirs de cette sombre période. Pourtant, le songe le tenait encore à la gorge. Il semblait trop réel à son goût. Le raconter le rendrait peut-être absurde.

- J'étais à Azkaban, dit-il au bout d'un moment. Parce que… parce que James était mort aussi cette nuit-là.

En fait, c'était encore pire énoncé à voix haute, et Sirius ne put raconter la suite, quand bien même elle résonna clairement dans son esprit : « …et tout le monde croyait que c'était moi, le gardien du secret. Il ne restait plus personne pour prouver mon innocence ». Luth soupira et caressa ses cheveux. Elle ne dit rien – y'avait-il seulement quelque chose à dire ? Cela faisait des années qu'il n'avait pas été rattrapé par ses démons. Quant à ce qu'elle lui disait à l'époque, il s'en souvenait parfaitement. Ils avaient eu cette conversation un million de fois.

- Je devrais aller prendre une douche, dit-il au bout d'un moment. Ca me fera du bien.

Luth acquiesça, et il se retourna pour l'embrasser longuement. Elle lui rendit son étreinte. Lorsqu'il se leva, il sentit qu'elle le suivait du regard jusqu'à ce qu'il s'enferme dans la salle de bain.

oOoOo

Malgré la chaleur de juillet, Sirius se plongea sous une douche brûlante pour se détendre. Il resta un moment immobile, se passant parfois la main sur le visage pour faire surface. Ce rêve lui avait semblé tellement réel… Il se souvenait de tous les détails : du froid, de la misère, du désespoir, de l'eau, à tel point qu'il s'en était transformé dans son sommeil. Cela ne lui était arrivé qu'en de très rares (et sombres) occasions dont il n'aimait pas se rappeler. Et jamais ces dernières années – sauf pour taquiner Luth.

Un frisson le parcourut tout entier, quand, malgré l'eau chaude, l'image d'un Détraqueur surgit à nouveau dans son esprit. Non ! Il ne voulait pas retomber dans l'état de désespoir qui avait suivi la mort de Lily – et James ? James était-il mort ou vivant ? La main putride derrière les barreaux lui semblait encore si tangible, alors qu'il étouffait dans la vapeur de la pièce. Brutalement, Sirius coupa l'eau. Le silence revint dans la salle de bain, laissant place aux bruits habituels de sa maison. Le chant des oiseaux à travers le vasistas entrouvert, le raclement des chaises au rez-de-chaussée, et le rayon de soleil qui perçait reprirent corps.

oOoOo

Lorsque Sirius descendit, il n'était toujours pas certain d'être vraiment chez lui. La douche avait calmé sa frayeur mais une sourde angoisse persistait, comme s'il découvrait pour la première fois sa maison. Comme s'il venait de retourner des années en arrière. La voix de Luth résonna dans la cuisine et le malaise diminua. Elle n'appartenait pas au passé, mais au présent. Rasséréné par cette idée, il entra dans la pièce d'où s'élevait une bonne odeur de bacon.

Une tornade brune lui fonça dessus en hurlant, et Sirius eut tout juste le temps de s'appuyer au chambranle de la porte pour ne pas perdre l'équilibre.

- P'PAAAAAA, j'ai reçu ma lettre ! J'ai reçu ma lettre ! Ma lettre ! criait Adèle en agitant une enveloppée frappée des armoiries de Poudlard.

Cette salutation eut le mérite de ramener complètement Sirius à la réalité. Le cauchemar et le doute furent immédiatement noyés par l'énergie et la fierté que sa fille dégageait.

- Bonjour à toi aussi, farfadette ! répondit-il en lui ébouriffant les cheveux.

Assise à table, son épouse reposait sa tasse de thé, le regard brillant de fierté. Sirius tenta de prendre la missive des mains de l'enfant. Elle eu un mouvement de recul, serrant l'objet d'une façon possessive qui fit rire ses parents.

- Félicitations, ma grande !

Il voulut se pencher pour la serrer dans ses bras, mais Adèle ne tenait pas en place, s'échappant pour relire le parchemin avec avidité.

- Eh bien, heureusement que cette lettre est arrivée, plaisanta Luth comme Sirius venait s'asseoir à table pour déjeuner. Elle allait finir par croire qu'elle était une Cracmole.

Adèle était cependant trop absorbée par sa douzième lecture pour réagir.

- Je ne connais pas beaucoup de Cracmols qui font exploser les chaudrons de potion, répondit Sirius en se servant une tranche de bacon.

Cette fois-ci, la fillette l'entendit et consentit à lever les yeux… au ciel.

- Oh, vous n'allez pas me rappeler ça toute ma vie, quand même !

- Crois-moi que si, jeune fille. Ce pauvre Remus ne s'en remettra probablement jamais !

Ses deux parents gloussèrent dans un bel ensemble en se remémorant Remus, recouvert de la potion Tue-Loup que Luth lui préparait chaque mois et qu'Adèle, tout juste âgée de cinq ans, avait fait exploser dans un accès de colère. La pleine lune qui avait suivi cet exploit n'avait pas été facile pour Lunard, mais il n'était, heureusement, pas du genre rancunier. Ils ne purent s'arrêter longtemps sur ce souvenir : Sirius n'avait pas avalé sa première bouchée que sa fille, ayant enfin gravé chaque mot du courrier dans sa mémoire, passait à l'étape suivante :

- Quand est-ce qu'on ira acheter ma baguette ?

Sirius et Luth échangèrent un regard.

- Ce serait bien que nous y allions tous les trois ensembles, commença-t-elle.

- Bien sûr, hors de question que je rate ça !

Elle eut une grimace moqueuse devant l'air scandalisé de son époux, qui comprit à retardement : elle ne craignait pas qu'il se défile, mais plutôt qu'ils s'y précipitent sans l'attendre, les horaires de Sirius lui laissant plus de temps libre que les siens. Il était vrai qu'ils n'attendaient pas les courriers si tôt : d'ordinaire, Dumbledore prenait un bon mois pour recruter son dernier professeur, et les lettres arrivaient plutôt début août. Aussi les époux Black n'avaient pas prévu de faire ces achats avant leurs vacances le mois prochain.

- On a tous les deux notre vendredi, la semaine prochaine, non ? proposa Sirius.

- Mais c'est dans dix jours ! protesta Adèle, visiblement catastrophée par le délai.

Elle affichait une expression scandalisée, donnant l'impression d'avoir été injustement punie, ce qui amusa les deux adultes.

- Ton père et moi travaillons tous les deux ce week-end, opposa Luth, et si tous les élèves ont reçu leurs listes maintenant, il va y avoir un monde fou dans les boutiques.

- Mais si quelqu'un achète ma baguette à ma place ?!

Cette fois, le couple eut une moue attendrie, chacun se souvenant de ses propres appréhensions face à l'acquisition du précieux sésame.

- Mr Ollivander te l'expliquera mieux que nous, ma chérie, mais la baguette choisit son sorcier. Une baguette t'attend toi, et elle ne va pas s'accorder avec quelqu'un d'autre simplement parce qu'elle pense que tu es en retard.

Ce à quoi Luth ajouta, un peu caustique :

- Et si ça nous laisse quelques jours avant que tu ne fasses sauter la maison, tu penses bien que nous allons sauter sur l'occasion.

Adèle considéra son père, puis sa mère, évaluant ses chances de les faire céder. Comprenant qu'une scène serait inutile – et probablement de trop bonne humeur pour gâcher sa journée, elle choisit finalement de répondre :

- C'est toi qui dis ça ? Mamie Cassie m'a raconté ce que tu avais fait quand ils t'ont acheté ta baguette !

Le sourire de Luth s'agrandit :

- Justement…

oOoOo

Adèle n'était pas véritablement fâchée. Elle oublia rapidement sa déception et, emportant son précieux courrier, quitta la table après avoir arraché à ses parents la promesse voir ses amies moldues le lendemain.

- Je ne pense pas que la laisser à Augusta soit une bonne idée aujourd'hui, soupira Luth en l'entendant s'agiter dans sa chambre à l'étage.

Sirius pensait que Mrs Londubat, qui habitait à l'autre bout de la Grand Rue, était parfaitement capable de gérer sa fille. C'était plutôt Adèle qui n'allait pas gérer la grand-mère… sans parler du pauvre Neville qui ne méritait pas d'être condamné à relire la même lettre tout l'après-midi.

- Tes parents ? proposa-t-il donc.

- Son parrain, plutôt.

- Bonne initiative, répondit Sirius en ignorant délibérément le terme. Je passerai la prendre en sortant du travail.

Luth leva un sourcil moqueur.

- Ne t'attarde pas trop, j'aimerais bien avoir à manger en rentrant.

Sirius tira la langue de façon très mature, songeant que Remus ne serait de toute façon pas assez en forme pour qu'ils partent bien tard. Il noua ses doigts à ceux de sa femme – il aimait tellement l'appeler comme ça.

- Je pensais, continua celle-ci, qu'on pourrait organiser une petite fête pour l'occasion. On inviterait les Potter, Remus, mes parents, mon frère...

- C'est parfait, répondit Sirius en dissimulant une grimace devant la liste des invités. On lui offre quoi, pour l'occasion ?

Le regard de Luth lui indiqua qu'elle n'était pas dupe, et Sirius répondit par un sourire contrit. Oui, il pensait au cadeau de sa fille depuis des jours, et alors ? Quel parent n'était pas fier quand sa progéniture rentrait à Poudlard ?

- Je veux dire, corrigea-t-il, est-ce qu'on garde le cadeau pour son anniversaire ou est-ce qu'on trouvera autre chose plus tard ?

Luth resta pensive, admettant qu'elle n'avait pas encore envisagé cela. La lettre devait arriver à peu près en même temps que ledit anniversaire, en août.

- On trouvera autre chose pour son anniversaire ? Une chouette, ça va mieux pour Poudlard.

- Regardez-moi la maman poule qui veut être sûre que sa fille lui enverra des nouvelles !

Luth lui donna un coup de coude mais il l'attrapa et la serra contre lui pour partager un instant de communion parentale. Sirius savait très bien qu'il serait celui qui aurait le plus de mal à laisser partir leur fille.

oOoOo

Sirius arriva au Bureau des Aurors en milieu de matinée, bien content de ne pas finir tard ce soir-là.

- Bonjour patron ! s'exclama-t-il en croisant le lieutenant Potter sur sa route.

James leva les yeux au ciel, respectant leur petit rituel, et ils terminèrent ensemble le chemin jusqu'au bureau de l'équipe de Sirius. L'Auror Black ne tint pas trois secondes avant d'annoncer la nouvelle, vibrant de fierté.

- Adèle a reçu sa lettre d'admission, ce matin !

L'air surpris de James indiqua qu'il n'en était pas de même pour Harry – ou que James était parti avant que les hiboux ne reviennent.

- Regardez-moi ce paon ! le taquina James. Tu féliciteras Adèle pour nous – pas qu'on en ait douté, ceci dit !

Les anciens Maraudeurs échangèrent un regard complice : Remus n'était pas le seul qui se souviendrait de l'affaire de la potion Tue-Loup toute sa vie.

- Oh, vous le ferez vous-mêmes, on fête ça demain soir.

- J'aime quand tu ne prends même plus la peine de vérifier si nous sommes disponibles ! fit mine de s'offusquer James.

Sirius eut une infime hésitation et choisit la répartie la plus sage :

- J'aimerais bien savoir ce que tu pourrais faire d'autre une veille de pleine lune…

- Vrai, concéda James. C'est qu'on n'a plus la résistance de nos quinze ans.

Ils entrèrent enfin dans le bureau encombré de l'équipe de Sirius, et, après avoir salué leurs collègues, James lança un fin dossier sur le bureau.

- L'autorisation d'intervenir pour interpeller votre trafiquant. Le plus tôt sera le mieux, a dit le Commandant.

- On y va tout de suite, acquiesça Kingsley Shackebolt de sa voix grave.

- Bon courage, et ramenez-le moi en entier, conclut James en serrant l'épaule de Sirius. Il a besoin de ses deux yeux pour pleurer le 1er septembre !

oOoOo

Le trafiquant en question n'avait pas grand-chose d'un mage noir. Il fallait dire que les temps étaient plutôt calmes pour les Aurors. Heureusement, l'unité d'élite du Ministère disposait d'une jeune recrue qui se chargeait d'occuper leur emploi du temps. C'est ainsi que Sirius eut l'opportunité de se retrouver, une fois de plus, sur le lieu de travail de sa charmante épouse : Ste Mangouste.

On les dirigea vers le service des accidents matériels, étage que Sirius commençait à trop connaître à son goût. Le Guérisseur Marcus Pye les accueillit par leur nom, signe qu'il les voyait aussi trop régulièrement.

- Alors, qu'avons-nous aujourd'hui ?

Il fallait reconnaître à Pye un sérieux à toute épreuve, car la secrétaire à l'accueil les avait dévisagés sans aucune retenue, et pourtant, elle voyait des choses extraordinaires à longueur de journée.

- Médicomage Black ! s'exclama le guérisseur en regardant par-dessus la tête de ses patients.

- Bonjour Marcus, salua Luth d'une voix égale.

- Il faut vraiment que quelqu'un dise à Veronica que ce n'est pas la peine de vous prévenir chaque fois que votre époux arrive ici, où nous allons être obligés de vous muter dans ce service.

Luth acquiesça avec un sourire, puis se tourna vers les deux Aurors. Contrairement à son collègue, elle pouffa de bon cœur devant le spectacle. Les cheveux de Sirius et Kingsley se tortillaient comme des milliers de petits serpents, et leurs visages, affublés de groins, donnaient à leur mine renfrognée un effet plus comique que mécontent.

- Oh, non, je suis ravie d'avoir pu assister à ce spectacle !

Sirius la fusilla du regard, mais elle n'en fut pas très impressionnée.

- Je vais parler à Veronica pendant que vous vous occupez de vos patients, Marcus, mais si vous voulez bien me les envoyer quand vous aurez terminé ?

- Sans problème, soupira son collègue.

Tandis qu'il les emmenait vers une salle de consultation, Sirius entendit Luth s'adresser à la seule personne indemne de leur équipe, et accessoirement responsable de leurs malheurs :

- Bonjour Tonks ! Eh bien, tu mets vraiment de l'énergie à me le casser, dis-moi !

Il imagina la teinte pivoine que prenait sa cousine, et l'entendit bredouiller un début d'explication avant que la porte ne se referme derrière lui :

- J'ai voulu stupéfixer un fugitif mais à la place, j'ai fait exploser une caisse pleine d'une poudre rose, et ils étaient en-dessous…

oOoOo

Lorsqu'il monta à l'étage des pathologies des sortilèges, une demi-heure plus tard, Sirius était de bien meilleure humeur. Shacklebolt, qui restait un peu grognon, était reparti directement au ministère, mais Sirius avait retrouvé son sens de l'humour et trouvait finalement la mésaventure assez drôle. Après tout, le trafiquant n'avait pas représenté une réelle menace et l'explosion de poudre rose n'avait pas empêché l'arrestation.

Il trouva Luth penchée sur un chaudron, discutant tranquillement avec Nymphadora. Celle-ci le jaugea un instant avant de se risquer à lancer :

- Heureuse de voir que tu as retrouvé ta beauté naturelle !

Sirius eut un bref éclat de rire, semblable à un aboiement, et la chevelure de Tonks redevint rose vif, comme témoin de son soulagement d'avoir bien jugé de son humeur. Sirius, toujours prompt à la répartie, contrat :

- Continue comme ça et tu ne décrochera jamais ton diplôme !

Mais le sens de l'humour de Tonks n'allait pas jusque-là. Sirius avait renoué contact avec Andromeda, sur l'insistance de Luth, quelques années auparavant. Tonks était déjà à Poudlard et les liens entre Sirius et sa cousine (qu'il appelait sa nièce) ne s'étaient réellement forgés que deux ans auparavant. La jeune fille était sortie de l'école et préparait depuis son diplôme d'Auror, sous l'égide « attentive » de son cousin. Elle n'était donc pas encore totalement immunisée contre son humour parfois corrosif.

- Ne l'écoute pas, répondit Luth en voyant Tonks se décomposer. Quand passes-tu les épreuves ?

- En septembre.

- Tout ira bien, tu as encore un bon mois devant toi pour t'entraîner ! J'espère que tu ne te tues pas aux révisions, au moins ?

Tonks baissa à nouveau les yeux, ses cheveux perdant leur éclat, et marmotta quelque chose qui ressemblait à « pas assez ». Sirius et Luth échangèrent un coup d'œil, le premier grimaçant de contrition devant les conséquences de sa blague.

- Je suis sûre que tu fais le nécessaire. D'ailleurs, tu devrais te changer les idées. Pourquoi ne viendrais-tu pas manger à la maison, mercredi soir ? Nous faisons un petit dîner pour Adèle, elle a reçu sa lettre de Poudlard.

Nymphadora releva aussitôt la tête, les yeux brillants.

- Oh, félicitations ! Mais je ne veux pas déranger.

- Bah, tu ne seras pas la seule. Remus et James seront là aussi – ma famille n'est pas disponible avant dimanche prochain, ajouta Luth à l'adresse de Sirius.

Tonks hésita un instant, sautillant sur place, et Sirius comprit son dilemme : elle mourrait probablement d'envie d'accepter, mais l'idée de passer la soirée avec son mentor et leur lieutenant l'inquiétait probablement.

- Tu viens, c'est un ordre, décida-t-il finalement sous le regard insistant de Luth.

- Oui m'sieur… souffla Tonks, ravie qu'il ait tranché pour elle.

- Rejoins Kingsley au Ministère, j'arrive dans cinq minutes.

La jeune femme ne se le fit pas dire deux fois et fila à travers le couloir – non sans renverser une chaise au passage.

- Je pense que je préférais l'époque où tu combattais des Mangemorts, c'était moins dangereux, plaisanta Luth en la regardant s'éloigner.

- Si c'est ta façon de me dire que tu me quittes à nouveau…

Luth grimaça à cette boutade, et Sirius l'embrassa pour s'excuser. Il plaisantait parfois sur le sujet mais savait qu'elle le prenait comme un reproche. Ce n'en était pourtant pas un, car il lui avait pardonné depuis longtemps d'être partie. A vrai dire, il ne lui en avait jamais vraiment voulu dès lorsqu'il avait imaginé ce qu'elle avait dû vivre, à attendre qu'il rentre sans jamais savoir en quoi consistaient ses missions pour l'Ordre. Ses propres nerfs auraient probablement craqué sous la pression bien plus tôt que ceux de Luth.

- Désolé, s'excusa-t-il avant d'enchaîner sur un sujet moins polémique (ou presque) : tu aurais pu me demander, avant d'inviter Tonks.

Luth leva les yeux au ciel. Au temps pour le sujet peu dangereux.

- C'est ta cousine, Sirius !

- Justement, elle aurait pu venir en avec la famille, dimanche soir. En plus, je n'ai pas eu le temps de demander à Andromeda.

- Eh bien, tu pourras l'inviter pour dimanche. Je ne comprends pas pourquoi tu tiens toujours à séparer les Tonks de tes amis, elles sont parfaitement fréquentables. Ca devrait te faire plaisir.

Sirius détourna le regard en soupirant, n'ayant pas envie d'avoir cette conversation une fois de plus. Elle ne comprenait pas, mais elle savait. Habituée à ce genre de comportement, Luth n'essaya pas de lui arracher une réponse. A l'époque de Poudlard, elle aurait insisté jusqu'à ce qu'il lui donne raison. Mais en douze ans de mariage, elle avait découvert une tactique plus efficace – et surtout plus rapide, étant donné leurs caractères… déterminés.

- De toute façon, Nymphadora sera sans doute plus à l'aise avec nous qu'avec l'ancienne génération. Et puis ça fera plaisir à Remus.

Sirius releva aussitôt les yeux.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Luth se contenta de lui adresser un regard entendu. Sirius ouvrit de grands yeux brillants d'excitation.

- Nooooon !

- Je pense, si.

- Et Tonks ?

Encore une fois, l'expression de Luth parla toute seule.

- S'il y a bien un truc qui n'a pas changé depuis toutes ces années, c'est ton manque d'observation pour ce genre de choses. Tu n'as pas vu comme elle était contente quand j'ai mentionné Remus ?

La contrariété de Sirius à avoir été affublé d'un groin s'était complètement envolée. S'il avait eu quinze ans de moins, il en aurait trépigné sur place. Mais l'âge et l'expérience lui avaient appris à se tenir… un minimum.

- Lunard, bientôt casé… si j'avais su ça un jour !

- Ne vend pas la peau de l'hippogriffe avant de l'avoir tué, Sirius. Tu sais combien Remus peut être aveugle à force de se dévaloriser.

- Je suis bien content qu'il ait été aveugle, pour ma part, répondit Sirius en enlaçant Luth. Parce que je serais encore célibataire dans le cas contraire.

- N'exagérons rien, répondit Luth avec un sourire taquin, répondant à son étreinte. Ce n'est pas comme si tu étais à court de fans…

Les époux Black s'embrassèrent avec un manque de retenue qui aurait fait hurler leurs parents.

- Bon, il faut que j'y retourne, soupira Luth en s'écartant à regret. Ne couche pas Adèle trop tard, ce soir.

- Couvre-feu même le jour où elle reçoit sa lettre ? J'appelle ça de la dictature !

Luth le menaça du bout de sa baguette et il quitta les lieux en riant.

oOoOo

- J'aurai le droit d'avoir un hibou ? demanda Adèle en terminant son assiette.

Sirius eut un sourire indulgent. Il n'avait pas vraiment eu le temps de parler avec Remus : son ami était fatigué par l'approche de la pleine Lune, et sa fille ne les avait pas laissés placer un mot, aussi excitée le soir que le matin. « La fille de son père » avait soufflé l'heureux parrain avec une bienveillante lassitude. Sirius s'inquiétait un peu pour Lunard, qui peinait à trouver du travail depuis que son précédent employeur avait découvert son petit problème de fourrure, et tournait en rond seul chez lui. Luth avait eu raison de lui confier Adèle, cela lui avait occupé l'esprit. Et il mettrait tout en œuvre pour que Remus ne soit plus seul sous peu.

- Un hibou, un balai et quoi d'autre ?

La fillette fit une moue pensive, ressemblant à Andromeda de manière frappante. Elle n'avait pas hérité grand-chose de la famille Selwyn, sinon les yeux pâles de sa mère – et peut-être son caractère.

- Je t'épargne de répondre. Tu peux négocier le hibou, mais le balai, ça sera en deuxième année, comme tout le monde.

- Mais, si je vole aussi bien que Harry…

- Malheureusement, ce n'est pas dans tes gênes : ni Maman ni moi n'avons jamais été très bons au Quidditch !

- Mais quand je vais chez les Potter, Harry m'apprend !

Sirius soupira devant sa tête de mule préférée. Avait-il été aussi têtu, enfant ?

- Pas de balai. Mais que dirais-tu d'un petit tour en moto avant que Maman ne rentre ?

- OUAIS !

Adèle s'était levée de table et se précipitait vers l'étage pour prendre ses affaires.

- Accio Adèle Black! s'écria Sirius.

Il adorait faire usage de ce charme contre sa fille, qui, enfant, riait aux éclats. Maintenant, elle trouvait ça moins drôle.

- On débarrasse avant !

- Mais tu pourrais le faire d'un coup de baguette, tenta Adèle en soufflant.

Elle savait cependant que râler était peine perdue, et s'attela à la tâche avec son père.

Quelques minutes plus tard, Adèle bien calée derrière lui, Sirius sortait sa moto du garage. Ils roulèrent à la moldue jusqu'à la sortie du village, passant devant l'écriteau « Tintagel, 1700 habitants ». Une fois les lumières disparues derrière la colline, le père libéra la puissance du véhicule et, dans un vrombissement, la moto s'éleva dans les airs. En entendant les cris ravis de sa fille, Sirius se sentit, une fois de plus, parfaitement heureux.


Merci pour votre lecture. Une chocogrenouille grâcieusement offerte pour toute review, surtout celles qui contiennent des supputations sur la suite, j'adore vous voir réfléchir tant que je n'ai pas dévoilé mon jeu ;). Le chapitre suivant s'intitule What is dead may never die - voyons qui reconnaîtra la référence (et pourquoi j'ai intitulé ce chapitre de cette façon...) ! A la semaine prochaine :) - Caprice.