Bonjour! Voici un nouveau chapitre, titré d'après un chanson de pink Floyd (ou un extrait de Mulan, c'est selon vos goûts). Je remercie Mama-Millie, toujours fidèle au poste, et Embrouillamini (j'espère que j'ai orthographié correctement) pour sa jolie review. Quand à la trentaine d'autres lecteurs à être arrivés jusque là, je vous invite à laisser un commentaire avec votre avis, positif ou négatif. Ne vous inquiétez pas: je ne mords pas, j'aime juste discuter ;) - Bonne lecture à tous!


Chapitre 4 : Dark side of the moon

Luth transplana à Godric's Hollow en milieu de matinée. Adèle et Harry dormaient encore, elle leur avait donc laissé un mot sur la table. Les deux enfants ayant l'habitude, elle les trouverait probablement en train de déjeuner à son retour.

Elle pénétra dans la maison et se dirigea tout de suite vers le premier étage. Après les nuits de pleine lune, elle s'occupait toujours de Remus, que James et Sirius couchaient dans une chambre d'amis avant de s'affaler eux-mêmes là où leurs corps fatigués voulaient bien les porter. Le lycanthrope dormait profondément, bordé avec attention comme toujours, et Luth n'eut pas à s'attarder longtemps à ses côtés : quelques sortilèges et une ou deux potions firent l'affaire. La potion tue-loup rendait les transformations moins éprouvantes pour son corps, car même si la mutation restait douloureuse, l'esprit de Remus demeurait éveillé et pouvait contrôler l'agressivité du loup. Ainsi, Patmol et Cornedrue n'avaient pas à lutter contre lui. Cette fois-ci, cependant, Luth remarqua que Remus portait plus de marques qu'à l'accoutumée. Qu'avaient-ils donc fabriqué cette nuit ?

La Médicomage laissa un flacon de potion revigorante sur la table de nuit et prépara les quelques bouteilles qu'elle réservait aux deux Animagi. Elle avait l'habitude de les laisser sur la table de la cuisine pour qu'ils les trouvent au réveil. Ils n'avaient, cependant, jamais besoin de grand-chose : après tout, ils avaient enduré un loup-garou déchainé à Poudlard sans jamais avoir besoin des services de Miss Pomfresh, ce n'était donc pas un loup sous calmants qui allait les envoyer à Ste Mangouste !

En passant, Luth ne résista pourtant pas à la tentation de pousser la porte de la chambre d'amis pour regarder Sirius dormir. Elle était toujours plus inquiète lorsqu'ils étaient en froid et les blessures de Remus ne lui disaient rien qui vaille. En s'approchant du lit, elle étouffa un cri d'effroi. Sirius dormait – ou plutôt gisait – sur les draps non défaits, tâchés de sang. Il avait des marques de griffures sur le visage, et lorsqu'elle écarta sa robe de sorcier, elle constata que le reste de son corps était couvert d'ecchymoses et de morsures.

Malgré les sentiments contradictoires qui affluaient, elle réagit avec la rapidité de l'habitude. Posant son sac sur le sol, Luth s'installa au chevet de son époux.

- Sirius, murmura-t-elle pour elle-même tout en le déshabillant, qu'est-ce que tu as encore fait ?!

Ses gestes auraient dû réveiller Sirius. Elle lança des sortilèges de guérison, le tartina d'onguent cicatrisant et, d'un coup de baguette, ordonna à une couverture chaude de l'envelopper. Ce fut alors seulement que Sirius émergea.

- Hein ? Que… grogna-t-il, encore engoncé dans les limbes du sommeil.

- Chut, souffla Luth en posant une main sur sa tête. Bois ça, ça te fera du bien.

Rassuré par le son de sa voix, Sirius ne lutta pas, ce qui l'inquiéta encore davantage. Elle lui fit avaler trois mixtures, et vit la surprise sur ses traits lorsqu'il reconnut le goût de la dernière.

- Tu as besoin de dormir.

Mais Sirius ne l'entendit pas vraiment, et sa dernière pensée, comme il s'enfonçait dans un sommeil sans rêve, fut un sentiment de trahison.

oOoOo

Perturbée par sa découverte, Luth n'eut pas la force de retourner à Tintagel. Elle était incapable de feindre la bonne humeur devant Adèle et Harry, car elle pressentait que Sirius n'avait pas simplement eu une nuit agitée. Si elle avait déjà soigné les trois hommes après des nuits chaotiques, jamais elle n'avait vu Sirius dans un état aussi lamentable… après une pleine lune. Il y avait, cependant, quelques fois où… mais cela faisait tellement longtemps, les circonstances étaient différentes… il s'était remis, depuis. Oh, peu importait ce qu'elle croyait possible ou non, le fait était que quelque chose clochait.

Luth resta seule dans la cuisine des Potter, assise à table. Elle se sentait fébrile, et triturait nerveusement une fiole de potion. L'incompréhension et la colère se disputaient la place de l'émotion dominante. Elle était impatiente que Sirius se réveille, car elle avait besoin de réponses. Pourquoi ? Quel était le problème ? Que s'était-il passé qui puisse bien le mettre dans cet état ? Elle avait beau chercher, rien dans le comportement de Sirius ces derniers temps ne laissait présager une réaction aussi violente. Rien… ou presque. Il y avait bien ce cauchemar dont il lui avait parlé quelques jours plus tôt, mais ce n'était pas une explication.

Bien sûr, elle ne pouvait pas écarter la possibilité qu'ils aient fait une mauvaise rencontre pendant leur nuit de maraude… Elle aurait dû aller voir comment se portait James, réalisa-t-elle soudain. Rassérénée par cette idée, elle remonta rapidement à l'étage et se dirigea vers la chambre qu'elle n'avait pas visitée. Elle chassa rapidement l'appréhension qu'elle avait de violer l'intimité de son hôte et poussa la porte. Il n'y avait pas besoin d'entrer pour confirmer son intuition : James dormait, lové sous ses couvertures, le visage sale mais intact.

La déception raviva la fébrilité de Luth. Elle avait espéré s'être inquiétée pour rien. Mais non. Le problème venait bien de Sirius. Elle redescendit dans la cuisine, et, incapable de tenir en place, fouilla dans les placards à la recherche de nourriture et prépara un déjeuner pour les trois hommes. Puis elle se servit un thé et s'assit devant sa tasse brûlante, le regard dans le vague. Les minutes passant, l'agitation fit place à l'incompréhension et à la fatigue. Une masse de découragement s'abattit sur Mrs Black, et elle se trouva soudain incapable de penser.

oOoOo

James descendit les escaliers de la maison avec la grâce d'un éléphant. Il n'avait jamais été délicat et n'allait certainement pas commencer le lendemain d'une pleine lune. Cette simple pensée lui arracha une grimace. Voilà pourquoi le réveil était particulièrement difficile. Des pleines lunes, il en avait vu tellement qu'il avait perdu le compte. En revanche, des nuits comme celle qu'il venait de passer, beaucoup moins. Tout son corps criait grâce, et il sentait sur sa cuisse la marque de la griffure qu'il avait récolté en chargeant Patmol. Merlin, quel Botruc l'avait mordu ?

Il passa devant la cuisine et aperçut Luth, les mains serrées autour d'une tasse, le regard complètement vide. Elle devait être perdue dans ses pensées pour ne pas l'avoir entendu arriver. James la contempla quelques secondes, se demandant pourquoi elle était encore là. Bien sûr, elle était venue soigner Remus. Elle venait toujours. Mais la plupart du temps, elle repartait rassurer Harry et Adèle avant qu'ils n'émergent. Si elle restait parfois déjeuner avec eux, cela était rare. James avait remarqué qu'elle n'était jamais très à l'aise dans ces moments-là. Il toussa pour se signaler.

- Salut !

Elle sursauta, confirmant qu'elle n'avait pas prêté attention à son environnement. Une fraction de seconde, il vit son expression défaite et hagarde, avant qu'elle ne se compose un sourire, et sut pourquoi elle était restée. Elle avait vu Remus… et probablement Sirius.

- Salut ! répondit-elle néanmoins. Tu as une mine affreuse. Tiens, prends ça.

Elle saisit une fiole sur la table et la poussa dans sa direction, un air compatissant sur le visage. James s'avança, se laissa tomber sur la chaise la plus proche et vida d'un trait le contenu de la fiole. Aussitôt, il sentit une douce chaleur se répandre dans son corps, et ses muscles endoloris commencèrent à se détendre.

- Ma sauveuse !

Il ne lui demanda pas ce qu'elle faisait là. D'abord, parce que c'était malpoli. Ensuite, parce que Luth était toujours la bienvenue à Godric's Hollow. Enfin, parce qu'il n'avait pas envie de parler de Sirius. Ce qu'il se passait pendant la pleine lune restait à la pleine lune. Ce que Luth ferait de ce qu'elle avait vu relevait de son couple, et il n'avait pas à s'en mêler – Sirius le lui faisait assez comprendre. Le Maraudeur s'attaqua donc plutôt au petit déjeuner tout chaud, engloutissant la nourriture comme un adolescent en pleine croissance.

- Le réveil devient plus dur avec les années, s'excusa-t-il devant le regard amusé de la Médicomage.

- Le jour où vous aurez des rhumatismes, tous les trois, je serai curieuse de voir à quoi ressembleront vos nuits de pleine lune…

James pouffa, imaginant trois animaux au poil blanchi par l'âge se réchauffant au coin du feu. Il y eut un autre silence alors qu'il buvait une gorgée. Luth semblait pensive et ils n'avaient jamais été les meilleurs amis du monde. Finalement, un sujet de conversation évident lui vint à l'esprit :

- Alors, comment se passent les préparatifs d'Adèle ? Elle a déjà brûlé la maison avec sa baguette ?

Cette phrase éclaira le visage de Luth.

- Après ta désastreuse expérience avec Harry, nous avons jugé bon de ne pas nous ruer chez Ollivander tout de suite.

- Ravi que mes mésaventures servent à quelque chose, répondit James avec un clin d'œil. Elle ira où, à ton avis ?

Luth eut un instant d'hésitation avant de répondre. Fort de son expérience de père, James en déduisit que la jeune fille appréhendait sa répartition.

- La grande question du moment ! finit par dire Luth, confirmant les soupçons de son vis-à-vis. Gryffondor, je suppose. Outre ses parents, elle en a toutes les qualités… et les défauts.

De nouveau, James eut un sourire. Il avait établi à peu près le même pronostic. Oh, Adèle avait peut-être un soupçon de Serdaigle, avec son amour des livres et son imagination débordante, mais pour le reste, elle était bien une fille de Maraudeur ! Après avoir bu une gorgée de thé, sa mère ajouta :

- Je crois que maintenant qu'elle a la lettre, elle est un peu moins impatiente. Elle commence à réaliser ce que ça implique de partir toute l'année…

Ils échangèrent un regard, se rappelant chacun leur propre voyage en Poudlard Express. James ne savait pas ce qu'il en avait été pour Luth, mais lui avait failli rester sur le quai, caché dans les robes maternelles ! Il ne réalisait pas, alors, que l'expérience pouvait aussi être difficile pour ses parents.

- Bah, Harry était pareil. Il ne faisait pas le fier, la veille de sa première rentrée. Mais il a vite pris le pli et il s'est jeté la tête la première dans les ennuis.

Malgré son ton léger, le front de James s'était plissé à cette évocation.

- Il a de qui tenir, lança Luth, soucieuse de le dérider. Lui, au moins, ne se met en danger qu'une fois par an… pas à chaque pleine lune comme certaines personnes de ma connaissance.

- C'est une façon de voir les choses, convint James.

Un sourire lui vint comme il touillait la marmelade. C'était plutôt… optimiste, comme point de vue. Il tâcherait de s'en rappeler la prochaine fois qu'il recevrait un hibou de Dumbledore.

Quand il releva les yeux, Luth était repartie dans sa morne rêverie, le visage tourné vers la fenêtre. Pour la première fois, James se reconnut en elle. Il percevait la nostalgie du parent qui doit laisser partir son enfant pour la première fois, mais aussi la même inquiétude qu'il nourrissait au sujet de Sirius. Et la même volonté de ne pas en parler, sorte de pudeur possessive… ou reste de leur ancienne indifférence à Poudlard ? Cependant, il régnait ce matin une étrange atmosphère dans la pièce, un calme paisible qu'ils n'avaient jamais partagé, et James eut envie de lui tendre la main.

- Et toi, ça va ?

Elle tourna vers lui un regard interrogateur, aussi précisa-t-il :

- Pas trop triste de la laisser partir ?

Luth haussa les épaules.

- Pour l'instant, ça va… je suppose que le premier septembre, ce sera une autre affaire !

Elle eut un sourire fataliste et plongea à nouveau dans son thé. James crut que la conversation allait s'arrêter là, parce qu'il les connaissait quand même, elle et sa tendance à se retrancher derrière une façade. Pourtant, elle enchaîna :

- Et toi ? Ca n'a pas été trop dur, quand tu t'es retrouvé tout seul ?

Elle avait buté sur le dernier mot, et James crut voir Sirius en face de lui. Comme s'il était le seul, finalement, à avoir fait le deuil de Lily et à reconstruire sa vie. A moins qu'il ne faille y voir de la prévenance, Luth n'abordant pas ce sujet avec lui habituellement. Cela pouvait aussi être dû à l'influence de Sirius. A son tour, il haussa les épaules.

- Un peu, si… Mais j'avais anticipé. C'a coïncidé avec ma promotion comme lieutenant, alors, le travail m'a occupé. Et heureusement, si j'avais eu suffisamment de temps pour me ronger les sangs en attendant sa prochaine frasque, il m'aurait fallu une chambre permanente à Sainte-Mangouste !

Luth savait que James redoutait cette nouvelle année à Poudlard pour Harry. A sa décharge, il s'était déjà retrouvé face à Voldemort deux fois en deux ans. Il en était sorti indemne à chaque fois, mais la chance n'était pas éternelle et Voldemort n'aurait pas de répit avant d'avoir vaincu le fils de James. Pourtant… pourtant, ce n'étaient que des coïncidences, si Dumbledore avait caché la pierre philosophale dans l'école l'année où Harry y était entré ; et si par conséquent, le ministère avait intensifié ses fouilles chez les suspectés Mangemorts, forçant Lucius Malefoy à se débarrasser du journal de Jedusor. Harry n'avait jamais été directement visé. Elle espérait donc, pour sa fille comme pour les Potter, que les coïncidences s'arrêteraient là, et le verbalisa de façon légère :

- J'ai eu chaud, alors, je n'aurais pas supporté de t'avoir comme patient à temps complet !

L'humour, encore, dans son drôle de ton. Ils se regardèrent et tous deux surent qu'ils pensaient à deux autres patients de Luth, sans cependant oser faire la blague, ne sachant pas trop quelles étaient les limites de l'humour de l'autre.

- Et vous ? demanda James pour remettre la conversation sur les rails. Vous comptez faire quoi de votre temps libre ?

- Hmm… Nous reposer ? Avec nos gardes, on a un emploi du temps un peu chaotique, ça nous fera du bien de ne rien avoir à faire en rentrant, je suppose…

- J'imagine bien ce que vous n'allez « rien » faire…

Le sous-entendu était évident, et Luth, inconsciente que cela faisait suite aux taquineries que les Maraudeurs avaient échangées la veille, lui jeta un bout de mie à la figure. Comme du temps de Poudlard, quand elle estimait que lui et Lily se comportaient un peu trop mal à table. James esquiva et enchaîna, résolument taquin :

- Je ne sais pas pourquoi, je sens que vous allez bientôt nous présenter le petit deuxième !

- J'aimerais bien…

La réponse le prit par surprise. Il s'était attendu à ce qu'elle réplique dans la même veine, pas qu'elle souffle ces mots sur un ton de regret. Jamais elle et Sirius n'avaient laissé transparaître la volonté d'avoir un deuxième enfant. Qu'il ne l'ait pas détectée chez Luth, passait encore, mais, même si leur relation n'était plus aussi fusionnelle qu'à l'adolescence, il croyait suffisamment connaître son ami pour ne pas passer à côté de quelque chose d'aussi important… Ca ne serait pourtant pas la première chose qu'il raterait, songea-t-il en se rappelant la nuit passée.

- Ah, je le savais ! prétendit-il pourtant, feignant de ne pas avoir remarqué le ton de Luth. Je devine toujours tout !

- Et dire que je commençais à croire que ta tête avait dégonflé, depuis l'école…

Parce que James lui jeta un bout de pain à son tour et entreprit de lui expliquer pourquoi sa tête n'avait pas à dégonfler, l'atmosphère redevint plus légère.

oOoOo

Luth partie, James resta un instant songeur. Ses pensées revenaient sans cesse vers Sirius, qui, selon les dires de son épouse, ne se réveillerait pas avant plusieurs heures. Il ignorait que ses réflexions ressemblaient à celles que la Médicomage se posait un peu plus tôt, assise à la chaise d'en face : pourquoi, comment, qu'avait-il raté, Sirius cachait-il quelque chose ?

Sirius avait attaqué Remus, ou, du moins, Lunard. S'étaient-ils disputés ? Toutes ces questions pouvaient être facilement résolues lorsque Remus se réveillerait. James, cependant, ne croyait guère à cette théorie. Il aurait remarqué (et cela, il en était sûr) un froid entre les deux hommes, un froid tel qu'il aurait justifié tant de violence chez Sirius. Remus, si querelle il y avait eue, n'aurait pas hésité à répondre alors qu'il s'était contenté de se défendre. Non, cela ressemblait trop à une marotte de Sirius, à une colère rentrée qu'aucun de ses deux amis n'avait perçue jusqu'alors.

Qu'est-ce qui avait pu l'ébranler de la sorte ? Luth ? Bien sûr, James avait remarqué que Sirius était revenu sans ses robes, la veille, et était resté renfermé jusqu'à ce qu'ils se transforment. Ce n'était pourtant pas leur première dispute conjugale et il avait cessé depuis longtemps de passer ses nerfs sur les autres. De plus, Luth, quoiqu'un peu secouée par les blessures de son mari, lui avait semblé égale à elle-même.

Adèle, alors ? James soupira. Avait-il changé autant lorsque Harry était rentré à Poudlard ? Objectivement, il ne croyait pas. Bien sûr, cela avait été difficile, mais tous les parents passaient par là ! Et Sirius était dans une situation bien plus confortable que lui-même, qui s'était retrouvé seul à Godric's Hollow : il avait une femme qu'il aimait et qui l'aimait, et l'assurance que l'un de ses plus proches amis serait à l'école pour veiller sur sa progéniture… ou était-ce cela, le problème ? Que Remus puisse côtoyer Adèle toute l'année ?

Cependant, alors même qu'il y pensait, James n'y croyait pas. Sirius pouvait tenir du papa poule et être une pelote de mauvaise foi lorsqu'il s'y mettait, il ne s'en serait pas pris à Remus pour quelque chose dont il n'était pas responsable. Il n'aurait pas fait ça… plus fait ça à leur ami, depuis douze ans. Et Remus était le parrain d'Adèle, par Merlin !

oOoOo

Un peu après midi, Remus fit son apparition. C'était l'avantage de l'été : les nuits étaient moins longues, permettant au soleil de déjouer plus longtemps l'influence néfaste de la lune. Remus se transformait un temps très court. Par conséquent, il souffrait moins et dormait plus.

James était habillé depuis un certain temps et, affalé sur le canapé, lisait la Gazette du jour pour se distraire. Il sourit lorsque son ami pénétra dans le salon.

- Bien dormi, Lunard ?

- Avec les potions de la Médicomage Black, toujours.

Sa voix était un peu rauque et sa démarche encore incertaine. Pourtant, jamais Remus ne se serait plaint. James le savait : il resterait toujours loyal à Luth. Si tous deux s'étaient toujours bien entendus à Poudlard, la chute de Voldemort les avait définitivement soudés. Elle était la seule dont il ne s'était pas éloigné, parce qu'elle était la seule qui n'avait jamais douté de lui. Que ce fut parce qu'elle ignorait tout de l'Ordre, de l'espion ou de la prophétie n'avait pas d'importance, la faute était celle de Sirius et James. Celui-ci avait, depuis, fait de son mieux pour réparer ses torts. Il espérait que Remus avait pu leur pardonner comme lui-même avait pardonné à Sirius, mais un doute subsistait toujours. James refoula ces pensées – le passé revenait bien trop souvent ces derniers jours.

Remus tomba plus qu'il ne s'assit sur le canapé et James lui fit parvenir, d'un Accio et d'un Levicorpus bien placés, un copieux déjeuner. Les potions lui permettaient de se remettre plus rapidement, mais pas au point de retourner travailler le lendemain d'une pleine lune. Heureusement, un jour d'absence par mois valait mieux que trois ou quatre aux yeux des employeurs, et Remus parvenait parfois à conserver un travail pendant de longues périodes. A Poudlard, ce problème ne se poserait plus, se réjouit James.

Le lycanthrope engloutit le bacon fumant en un clin d'œil, avant de manger à un rythme plus modéré.

- Ca va ? demanda prudemment James.

- Ca dépend. Tu fais référence aux conséquences de la folie de Patmol cette nuit ?

James soupira. Son ami l'avait encore plus mal vécu que ce qu'il imaginait. Il le comprenait bien sûr, mais cela ne présageait rien de bon pour le face à face à venir.

- Ca va, oui, continua cependant Remus, radoucit. Lui, en revanche, n'ira probablement pas aussi bien au réveil.

- Luth lui a donné une potion de sommeil sans rêves, l'informa obligeamment James.

Remus resta un instant songeur, tripotant son verre.

- Ca ne résoudra pas le problème pour autant…

- Problème qui est… ?

- J'avais espéré que tu en aies une idée… répondit lentement Remus.

Son ami secoua la tête. Non, il n'en avait pas la moindre idée.

- Il ne s'est rien passé entre vous qui justifierait qu'il t'en veuille ? insista James.

Remus avait beau réfléchir, il ne voyait pas. Il ne s'était strictement rien passé. Aucun accrochage, même minime, ces derniers temps. Tout allait bien.

- Je n'avais pas pensé que c'était possible, mes souvenirs ne sont pas aussi clairs que les vôtres. C'était plutôt autodestructeur, comme comportement : quand on s'en prend à un loup-garou, on flirte avec le danger. Ca ne serait pas la première fois qu'il fait ça.

James soupira. Parfois, Sirius le fatiguait. Les deux hommes savaient qu'il était inutile de tergiverser toute la journée. La seule solution, pour savoir consisterait à demander directement au principal intéressé. La conversation promettait d'être musclée. Ils entamèrent alors une partie d'échecs, dans lequel ils mirent peu de conviction. Ni la contrariété, ni la fatigue n'aidaient à faire de bons coups.

Ils en étaient à leur troisième partie lorsque la cheminée s'alluma, illuminant la pièce d'un éclat verdâtre. Harry en sortit en toussant.

- Salut ! dit-il en apercevant son père et son meilleur ami dans la pièce.

Il les regarda un moment et décida qu'ils n'avaient pas trop mauvaise mine.

- C'était bien ?

La question était posée avec une curiosité avide qui fit rire James. Harry avait grandi avec les transformations de Remus, rituel qui l'envoyait chaque mois dormir chez les Black. Pour autant, cela ne cessait de le fasciner. Même après sa sortie de la chambre des secrets, c'était l'une des premières questions qu'il avait posées à son père, tout naturellement, entre un compte rendu à Dumbledore, un sermon paternel et une libération d'elfe de maison.

- C'était… James choisit soigneusement son terme. Sportif.

Remus acquiesça avec un sourire en coin et fit bouger sa Reine.

- C'est nul, comme coup, commenta immédiatement l'adolescent.

- Depuis quand es-tu un expert aux échecs ?

- Oh, c'est juste que le frère de Ginny a expliqué ça à Neville, un jour. Après tu fais ça – il déplaça le cavalier puis le fou de James – et il est échec et mat.

James eut un sifflement admiratif et Remus contempla son roi jeter sa couronne, démuni.

- Je dois vraiment être très fatigué, si je me fais battre par un ado qui n'a jamais rien compris à ce jeu.

Harry eut un petit sourire satisfait puis se laissa tomber à côté de Remus.

- Sirius dort toujours ?

James allait acquiescer lorsqu'une voix grave le fit sursauter :

- Le doux son de ta voix m'a fait tomber du lit.

Tous les trois se retournèrent dans un bel ensemble pour voir Sirius qui se tenait sur le pas de la porte. Harry fronça les sourcils tandis que James et Remus tentaient tant bien que mal de cacher leur inquiétude – ou réprobation. Malgré les soins de Luth, Sirius était d'une pâleur cadavérique. Ses yeux rouges, comme s'il avait consommé une substance illicite, ses cheveux décoiffés et sa barbe naissante donnaient une impression que Harry verbalisa sans la moindre délicatesse :

- On dirait que tu sors d'Azkaban.

James vit Remus grimacer, mais comment lui en vouloir ? Son fils n'avait aucune idée de la nuit qu'ils venaient de passer (Luth ne l'aurait jamais inquiété, surtout en présence d'Adèle) ni que Sirius avait effectivement été à Azkaban – ne fut-ce que quelques heures.

- Tu n'as pas idée, répondit Sirius.

Un sourire vint alléger sa remarque. Ses amis remarquèrent cependant qu'il arrivait un peu en retard, comme si la blague n'en était pas vraiment une. Les deux adultes échangèrent un coup d'œil entendu. La présence de Harry les empêcha cependant d'en discuter librement.

Lorsque Sirius rentra, après avoir pris un repas consistant, James fut soulagé qu'il se soit réveillé seulement après le retour de son fils. Il n'osait pas penser à ce qu'aurait donné une « conversation » à vif avec Sirius dans cet état. Remus, qui partit un peu après, semblait du même avis.

oOoOo

Le crépitement des flammes se tut lorsqu'il émergea de la cheminée, laissant Sirius enveloppé dans un morne silence. La maison de Tintagel semblait vide. Après s'être épousseté, il pénétra dans la cuisine et trouva un mot de Luth sur la table.

Je suis partie travailler, je termine à six heures. Mes parents ont invité Adèle quelques jours car ses cousins l'ont réclamée. Je t'ai mis un flacon de potion de sommeil sans rêves sur la table de nuit.

Sirius eut un rictus amer en lisant le parchemin. Pas de mot doux, pas de signature. La froideur de Luth transpirait de ces lignes. Qu'elle ait été assez prévenante pour lui préparer une potion était balayé par le fait qu'elle éloigne leur fille sans lui demander son avis. Compte tenu du peu qu'elle savait sur son état actuel, il la trouvait bien alarmiste. « Perspicace », aurait sans doute corrigé Remus.

Il froissa la missive et se dirigea pesamment vers l'un des placards. Il était exténué. La nuit avait été difficile – par sa faute, il le savait – et les soins de son épouse n'avaient rien arrangé. Oh, son corps allait mieux, bien sûr, mais son esprit… Il ne s'était pas senti aussi fatigué depuis longtemps.

Après s'être confectionné un thé, il monta à l'étage et pénétra dans la chambre conjugale. Le flacon de potion était bien là, sur la table de nuit. Sirius s'assit sur le lit et s'en saisit. Il ne le boirait pas, il le savait. Luth lui en avait administré dans la matinée et cela n'avait pas fonctionné. Absolument pas. Oh, il avait dormi, il n'avait pas eu le choix. Cela, au moins avait fait effet. Mais les rêves n'avaient pas été effacés. Au contraire, ils n'en avaient semblé que plus réels. Il s'était retrouvé coincé à Azkaban, prisonnier du philtre, incapable de se réveiller et contraint de subir les assauts morbides des Détraqueurs.

Si la pleine lune n'avait pas suffi à l'épuiser, cela l'avait achevé. Il ne tenait plus debout. Il avait besoin de dormir, désespérément, mais il était aussi terrifié à l'idée de replonger dans le monde des songes. De repartir à Azkaban… Car ce ne pouvait être qu'un simple rêve. Quel genre de rêve revenait toutes les nuits, à chaque fois un peu plus réel, à chaque fois un peu plus insistant ? Quel genre de rêve résistait à la potion de sommeil sans rêves ? Quel genre de rêve vous laissait aussi glacé et fourbu que si vous aviez réellement subi les Détraqueurs ? Il finissait par ne plus savoir quand il rêvait : là-bas, ou ici ? Cette fois, la question lui était vraiment venue en tête.

Une fenêtre claqua, faisant violemment sursauter Sirius. Il tourna vivement la tête, aux abois, pour voir que le ciel s'était assombri. Cela expliquait la lourdeur de l'air : un orage approchait. Encore un, songea-t-il. Pourtant, il n'avait pas plu depuis des mois… Sauf qu'il pleuvait chaque nuit. Son cœur mit un moment à ralentir, et lui à se remettre de sa frayeur. Lorsqu'il le réalisa, il comprit à quel point son désarroi était profond. Même éveillé, il sentait encore la morsure de l'eau et du froid. Jour ou nuit, Azkaban guettait. Il n'arrivait plus à en sortir. Comment pouvait-il s'échapper ? S'évader, reprendre le contrôle de ses pensées ?

Non, la potion de sommeil sans rêves ne suffisait pas. Il posa la bouteille là où Luth l'avait laissée, et se dirigea vers leur salle de bain. Elle avait une petite pharmacie, protégée par des sorts hors de portée d'un enfant ou d'un sorcier de premier cycle. Il connaissait la formule, et savait surtout ce qu'il trouverait à l'intérieur.

Il était là, minuscule flacon transparent, auquel le précieux liquide donnait une teinte bleue claire. Une couleur sereine, comme ce qu'apportait le Philtre de Paix. Hésitant, Sirius tendit la main pour s'en saisir. Luth n'apprécierait pas, et elle aurait raison. C'était une potion puissante et dangereuse. Elle la gardait parce qu'elle était complexe à réaliser… chère, et précieuse. Elle ne lui avait permis d'en prendre que deux fois. Elle-même n'en avait consommé que très rarement, une goutte quelques mois après la naissance d'Adèle.

Une goutte. Une toute petite goutte, c'était tout ce qu'il demandait. Ca n'était pas un gros risque. Une goutte et quelques heures de repos. Pour aller mieux, pour gérer les explications avec Luth. Avec James et Remus, aussi. Mais une goutte suffirait-elle là ou une gorgée de potion avait échoué ?

Non, peut-être fallait-il en mettre deux… voire trois ? La main tremblante, il pencha le flacon au-dessus de son verre.


Eh hop, un petit cliffhanger pour finir... Si le suspens vous prends au tripes (ou non), je serai ravie de le savoir. En attendant, je vous dis à la semaine prochaine avec un chapitre intitulé "Skyfall", qui en dit long sur son contenu.