Bonjour et désolée du léger retard de publication. Un grand merci à Mama-milie et Rozen Coant pour leur review de la semaine. J'ai également vu plusieurs personnes favoriser la fic cette semaine, n'hésitez pas à me mettre un petit commentaire pour me dire pourquoi ;) Bonne lecture à tous - Caprice
Chapitre 5 : Skyfall
Sirius était toujours seul lorsqu'il s'éveilla le lendemain. A la fenêtre, le ciel restait gris comme s'il attendait que l'orage n'éclate. La lumière vive et froide indiquait que le jour était levé depuis un certain temps. Il avait encore été à Azkaban, mais, cette fois, il lui semblait avoir réellement rêvé. Etait-ce l'effet du philtre de paix ou la fatigue qui avait eu raison de lui, il l'ignorait. L'essentiel était qu'il se sentait plus reposé que la veille, que tous les jours précédents, même. C'était donc un progrès.
A ses côtés, le lit était encore fait, signe que Luth n'y avait pas dormi. Il grimaça. Etait-elle restée volontairement à l'hôpital ou lui en voulait-elle au point de retourner chez ses parents ? Il résolut à ne pas s'inquiéter tout de suite. Il avait dramatisé les choses ces derniers jours. Le fait d'avoir pu se reposer le mettait dans de bonnes dispositions et il décida d'être plus pragmatique. Il avait quelques heures devant lui, seul, pour essayer de comprendre ce qu'il lui arrivait. Il devait les mettre à profit.
Après s'être habillé, il descendit à la cuisine, prêt à préparer un copieux petit déjeuner. Il ne dépassa cependant pas le seuil de la pièce, ses espoirs de calme subitement envolés : Luth, encore en tenue de travail, était assise sur l'une des chaises. Sa robe froissée, ses cheveux défaits et surtout ses traits tirés indiquaient qu'elle n'avait pas dormi depuis longtemps. C'était mauvais signe, songea instinctivement Sirius comme elle levait sur lui un regard accusateur.
- Du philtre de paix ?!
Peut-être avait-elle voulu crier, mais sa voix était étranglée par la fureur et la fatigue. Sirius remarqua alors que, sur la table, son poing était refermé autour de la petite fiole. Il savait qu'il devait dire quelque chose, sans parvenir à trouver quoi. Elle ne lui laissa, de toute façon, pas le temps de parler.
- Tu as une idée de la peur que tu m'as faite ?! Je rentre dans la nuit, je trouve ça sur le rebord de l'évier et je n'arrive pas à te réveiller ! Je t'ai secoué, hurlé dessus, je t'ai même jeté des sortilèges et tu n'as pas bougé !
- Je suis désolé…
- J'espère bien que tu es désolé !
Elle semblait aussi furieuse que terrifiée de n'avoir pas vu venir le danger. La connaissant, Sirius savait qu'elle avait dû passer la fin de la nuit à se remémorer les derniers jours, sinon semaines, à la recherche d'un indice qu'elle aurait raté, persuadée que sa perspicacité habituelle lui avait fait défaut.
- Pourquoi ? finit-elle par demander, confirmant ses soupçons.
Il soupira, regardant partout sauf dans sa direction. Elle était incapable de comprendre, car elle n'était passée à côté de rien. Sirius n'osait bouger, conscient qu'il ne faisait qu'augmenter la nervosité de son épouse, habituée à le voir réagir de manière plus frontale. Elle retenait son souffle, de peur de le voir se renfermer davantage lui faisait de même pour ne pas répondre. Finalement, ce fut Luth qui craqua.
- Sirius, réponds-moi s'il te plait.
Non. Il ne voulait pas. Ces rêves l'effrayaient tellement lui-même qu'il redoutait de se confier, par crainte superstitieuse de relâcher leur pouvoir destructeur sur sa famille. Luth le prendrait au mieux pour un fou, au pire croirait qu'il se perdait comme après la mort de Lily. Et, s'il ne s'était pas senti aussi mal depuis des années, si les souvenirs n'avaient jamais ressurgi avec autant d'acuité et de douleur, il savait pourtant qu'il ne s'agissait pas de cela. Mais avouer sans fournir d'explication ? Il n'était pas sûr que sa femme ne le comprenne, ne l'accepte, ou tout simplement ne le croie. Mieux valait se taire.
- Sirius…
Le ton s'était durci. Luth n'appréciait visiblement pas qu'il évite la conversation.
- Quoi ? répondit-il, brusqué par son emportement.
- Je t'ai demandé une réponse.
- Et je t'ai dit que je ne savais pas.
- Non, tu… - Elle se tut, ne voulant probablement pas se laisser emporter par une remarque stérile, et inspira longuement. Tu ne sais pas pourquoi tu as pris du philtre de paix ?
Cette fois-ci, le ton était suspicieux. Elle n'aimait pas être prise pour une idiote. Sirius céda, tant pour ne pas la provoquer davantage que parce qu'il ne voyait pas comment se sortir de cette situation inextricable. Il ne savait plus lui mentir depuis belle lurette.
- Si… J'en ai pris parce que la potion de sommeil sans rêves ne faisait pas effet, ajouta-t-il devant son regard insistant.
- Et tu rêvais de… ?
Cette fois-ci, décida-t-il, il ne répondrait pas. Mais il n'en eut pas besoin. Après une légère hésitation, elle sembla se rappeler ses confidences après son premier songe, lorsqu'il croyait à un simple cauchemar.
- Azkaban ?
Son silence, hélas, fut plus clair que des paroles. Il ressentit malgré lui un pic d'adrénaline, manifestation tant de crainte que de soulagement. Soulagement, car maintenant qu'elle savait, elle serait peut-être plus compatissante que critique. Crainte, de peur qu'elle n'en vienne aux conclusions qu'il redoutait. Luth fronçait les sourcils, essayant de relier les informations qu'elle possédait. Elle ne sembla pas y arriver, puisqu'après quelques secondes, confuse, elle leva à nouveau les yeux sur lui.
- Mais pourquoi… pourquoi en rêves-tu à répétition ?
Cette fois-ci, il la regarda franchement, rassuré par son expression plus perplexe que colérique. Peut-être avait-il été injuste avec elle en anticipant une réaction négative. Il se passa une main fatiguée dans les cheveux, toujours appuyé au chambranle de la porte, et répondit, essayant de faire sentir sa franchise dans ses propos :
- Je ne sais pas. C'a commencé il y a quelques jours et… ça ne s'arrête pas.
Luth fronça les sourcils. Elle n'allait pas le croire, bien sûr.
- Il ne s'est rien passé ?
- Rien.
- D'accord, accepta-t-elle de façon surprenante.
Elle se tut un instant, se mordit les lèvres, sembla réfléchir.
- Est-ce que tu rêves d'autre chose ? Je veux dire, précisa-t-elle alors qu'il fronçait les sourcils, Azkaban... c'est peut-être à cause de la chambre des secrets ?
Sirius ne voyait pas le lien.
- Ca fait plus d'un mois que cette affaire est résolue, lui rappela-t-il.
- Mais ça fait deux fois que Voldemort s'en prend à Harry dans l'enceinte même de Poudlard, alors qu'on était tranquille depuis des années. Ca pourrait légitimement te... te stresser.
Il sentait qu'elle choisissait ses mots avec soin, prenant bien garde à ne pas le vexer. Il ouvrit de grands yeux devant son hypothèse, puis se mordit les lèvres. Il n'avait pas pensé à ça, et il aurait aimé qu'elle voit juste, elle qui était si douée pour comprendre les gens. Sirius aurait été tellement soulagé d'avoir une explication, son aide et un début de piste pour se débarrasser de ces songes empoisonnés. Mais il avait la certitude viscérale que ce n'était pas lié. La pierre philosophale et la chambre des secrets n'avaient rien à voir avec lui. S'il était vrai qu'il avait mal vécu son impuissance, particulièrement la première année, il avait à peu près fini par accepter – tolérer aurait été plus juste – qu'il n'aurait rien pu faire, que cela, au moins, n'était pas de sa faute. De toute façon, dans ses cauchemars, le plus terrible n'était pas Voldemort. C'était la mort de James, la haine et le mépris de tous ceux qu'il aimait, l'impunité de Peter.
- Non, dit-il fermement après quelques secondes de réflexion. Non, ce n'est pas ça.
Il ne réalisa pas que son ton était rendu agressif par la déception et la certitude, qu'il donnait à Luth l'impression de ne surtout pas vouloir coopérer. Il mit sa crispation sur le compte de la déception et de la fatigue, puis son silence sur celui de la réflexion. D'ailleurs, après une hésitation, elle se jeta à l'eau. On sentait à son ton qu'elle essayait de ne pas douter de ses paroles :
- Est-ce tu penses que ça pourrait avoir un rapport avec Remus ?
- Hein ?
Sirius ouvrit de grands yeux, se demandant pourquoi elle posait cette question. Autant la première lui semblait compréhensible, autant la seconde sortait de nulle part. Luth claqua la langue d'agacement, comme si elle le soupçonnait de jouer la comédie, de prétendre ne pas voir de quoi elle parlait.
- Je vous ai soignés tous les deux après la pleine Lune, et vos blessures n'étaient pas habituelles. Pourquoi vous êtes-vous battus ?
C'était donc ça ! Sirius refusait de le lui dire.
- Mais rien ! On a un peu plus chahuté que d'habitude, c'est tout !
En temps normal, il aurait sauté sur l'occasion pour renverser la vapeur et l'accuser à son tour en lui révélant qu'il avait entendu sa conversation avec Adèle, à quel point cela l'avait blessé qu'elle ne le défende pas auprès de leur fille. Mais cela reviendrait à avouer qu'il s'était attaqué gratuitement à son ami. Dire qu'il n'en était pas fier était un euphémisme. Il avait été en dessous de tout, et s'il ferait tout pour se rattraper auprès de Lunard, il n'avait pas la force d'affronter le jugement de sa femme. Agacée comme elle l'était, elle ne manquerait pas de lui faire savoir ce qu'elle pensait de son comportement et il n'avait pas besoin de ça. Il voulait juste se reposer, rassembler ses forces pour lutter contre l'ombre d'Azkaban. D'ailleurs, il sut qu'il avait raison de garder le silence puisqu'elle ne fit même pas semblant de le croire.
- Bien sûr, et c'est pour ça que James avait l'air aussi soucieux quand je l'ai croisé en repartant, peut-être ?
- Mais enfin, qu'est-ce que tu veux que j'en sache, tu m'avais drogué !
- Ah non, pas de ça avec moi, Sirius !
- Et pourquoi ? Tu crois que c'est drôle d'être coincé dans un cauchemar dont tu ne peux pas sortir à cause d'une potion ?
- Comment étais-je censée savoir que tu ferais des cauchemars alors que tu ne m'en parlais pas ?!
Elle marquait un point, et cela l'agaçait. Il y eut un silence tendu, chacun se défiant du regard. Luth était toujours assise, le poing resserré sur la fiole translucide. Elle contrôlait ses gestes et ses paroles, mais il pouvait sentir l'effort que cela lui coûtait.
- Ecoute, que tu ne veuilles pas me parler de tout ce qui te passe par la tête, je peux l'admettre, mais pas quand ça te met dans cet état ! Tu ne vas pas me dire que c'est juste le départ d'Adèle à Poudlard qui te perturbe à ce point !
- Je n'ai jamais dit ça !
- Alors, quoi ? Pourquoi as-tu attaqué Remus la nuit dernière ?
- Mais-je-n'ai-aucun-souci-avec-Remus, répéta Sirius, les dents serrées.
Il commençait à en avoir marre, trouvant son attitude complètement déplacée. Qu'elle ait été choquée en découvrant le philtre, il pouvait le concevoir, mais pourquoi continuait-elle à s'inquiéter de Remus alors qu'il venait de lui avouer l'étendue de ses cauchemars ? Il avait l'impression d'être pris pour un ado capricieux qui avait abusé de Mandragore par inconscience. Merlin, elle qui était Médicomage aurait dû être alarmée par l'absence d'effet de la Potion de sommeil sans rêves ! Au lieu de quoi elle continuait à l'accuser de mensonges et à chercher une explication dans de la psychologie de comptoir. Il était déçu que son pessimisme soit avéré et se sentait trahi par son manque de soutien. Il aurait dû s'écouter, ne rien lâcher, gérer tout seul, puisqu'elle en restait à ses préjugés. Eh bien, c'est ce qu'il ferait à compter de maintenant. S'armant de toute sa mauvaise foi, il répliqua avec hargne :
- Sérieusement, Luth, tu veux vraiment croire que je te cache des choses simplement à cause de trois égratignures et de la tête de James au réveil ? Je suis ton mari, tout de même !
- Un mari qui ne me dit pas qu'il fait des cauchemars tellement horribles qu'il en vient à prendre du philtre de paix, qui s'attaque à ses amis une nuit de pleine lune et prétend qu'il n'y a pas de raison et qui vient mystérieusement de changer d'avis quand on parle d'enfant ! Ah oui, tu inspires vraiment confiance !
Allons bon, c'était autre chose ! Que venait faire cette histoire de bébé ici ? Pourquoi voulait-elle le remettre en cause à tout prix, quitte à chercher des liens là où il n'y en avait pas ?
- Bien, si tu ne me crois pas, va donc demander à Remus ce qu'il se passe, puisque tu ne le remets pas en question, lui.
Oui, hein, parce que c'était forcément lui, Sirius, qui avait attaqué Remus, elle ne se demandait pas si l'inverse était possible, si elle avait pu rater sa Potion Tue-Loup, par exemple. Il se demanda si elle n'avait pas déjà parlé à Remus avant de venir le voir. Cette pensée lui fit mal. Luth, pourtant, levait les yeux au ciel comme si ce qu'il venait de dire était ridicule.
- Mais je m'en fiche, de Remus ! Je veux juste savoir pourquoi tu vas aussi mal.
Ca, c'est ce qu'elle se disait pour se donner bonne conscience, oui ! Sans les cauchemars, il se serait très bien porté, merci bien, et puis, s'il devait aller mal, au vu des discours qu'elle tenait, elle en serait responsable.
- Je ne vais pas mal ! s'offusqua-t-il. J'ai déjà eu des passes difficiles, tu n'as jamais paniqué autant. Qu'est-ce qu'il te prend à la fin ?
Les yeux de son épouse lancèrent des Avada Kedavra.
- Ce n'est pas moi qui ai un problème. Tu veux que je te rappelle la seule autre période de ta vie où tu as pris du philtre de paix ?
Il blêmit pendant qu'elle continuait, implacable.
- Tu veux que je te rappelle jusqu'à quel point tu as été ? Tu as vraiment envie d'offrir cette image-là à ta fille ? Tu veux qu'elle parte à l'école avec ce souvenir de toi ?
C'était des mots durs qui le touchèrent au cœur, cœur déjà bien abîmé par les épreuves de ces derniers jours. La défiance qu'il lisait dans le regard de Luth était déjà difficile à supporter, comme un rappel qu'il ne méritait la confiance de personne. Mais ses mots, associés à la conversation qu'il avait surprise l'avant-veille, l'évocation du mal qu'il pouvait causer à sa fille, la personne qu'il aimait le plus au monde, la possibilité de faillir encore une fois…non, c'était trop dur à supporter. La colère due à l'injustice des paroles de Luth – après tout, ce n'était pas de sa faute s'il faisait ces cauchemars – monta dans sa gorge en même temps qu'un sanglot de détresse. Il réprima le second tant bien que mal et la fixa, les poings serrés derrière sa robe de sorcier, et chercha désespérément une échappatoire. Ses yeux accrochèrent la pendule, qui indiquait qu'il devrait bientôt partir au travail. Il saisit l'occasion.
- Bien, dit-il froidement. Puisque tu ne veux pas me croire, nous n'avons plus rien à nous dire. Je m'en vais.
Il prit sa veste et quitta la pièce sans se retourner.
oOoOo
Plutôt que de transplaner, Sirius prit sa moto pour se rendre au travail. Il était trop exaspéré et espérait que le temps du trajet lui permettrait de décompresser. Mieux valait arriver en retard qu'en colère. Ce fut pourtant vain. Il arriva au Bureau des Aurors presqu'aussi furieux qu'il était parti de chez lui. Et cela n'alla pas en s'arrangeant.
Il remarqua tout de suite que ses équipiers étaient absents. Sirius serra les dents : s'ils avaient dû partir en mission, il allait se faire…
- BLACK ! cria une voix stridente depuis le fond de la salle.
L'interpellé ferma les yeux. Voilà qu'il n'avait même plus le temps de penser au futur qu'il se réalisait. Il savait qu'il allait hériter d'un savon bien mérité, aussi ne chercha-t-il pas à fuir et se dirigea-t-il vers le Commandant qui l'attendait de pied ferme.
- Je peux savoir de quel droit vous vous permettez d'arriver une heure en retard, sans prévenir ?
- Désolé, Commandant, répondit-il, contrit.
Il chercha une excuse valable, sachant qu'il ne pourrait en fournir aucune de convenable. « Ma femme m'a fait une scène parce que j'ai pris du Philtre de Paix » serait très mal reçu. La formulation serait considérée comme misogyne par sa supérieure et son comportement comme dangereux par le règlement. On le suspendrait à coup sûr, ou, au mieux, on l'enverrait à Ste Mangouste pour quelques examens. Et il n'avait pas besoin de diagnostic.
Face à lui, on attendait toujours une réponse.
- On a eu un problème avec nos voisins moldus.
Finalement, son hésitation n'avait pas duré tant que ça. Son imagination était restée vive, entraînée par ses années de Maraudes à justifier auprès des professeurs, et à dissimuler les secrets de l'Ordre ou de Remus.
- Leur garçon a réussi à entrer par effraction dans la maison et a essayé de voler ma moto.
Moto trafiquée dûment enregistrée au ministère depuis trois ans à peine, lorsqu'il s'était fait prendre. Enfin… lorsque James s'était fait prendre, et c'était probablement pour cela qu'il avait pu la conserver. On ne refusait pas grand-chose au père du Survivant.
- Vous ne protégez pas votre maison, Black ? Etes-vous un débutant ?
Le ton était agacé mais l'excuse semblait convaincre.
- Je les avais levés car je me préparais à partir. J'avais juste oublié ma robe dans la maison, et le temps que j'aille la chercher… il était rentré.
- Je ne veux pas savoir la suite.
Le ton était toujours autoritaire mais un peu moins pincé. Le Commandant savait que Sirius Black était un bon élément, en dépit de certaines tendances excentriques, et elle ne pouvait pas se permettre de le voir accaparé par une procédure des Oubliators. S'il avait réussi à régler le problème tout seul, tant mieux.
- Votre équipe a dû partir sans vous. Le lieutenant Potter a envoyé Belby à votre place, vous passerez donc votre garde dans son équipe.
- A vos ordres, Commandant.
Sirius sortit du bureau d'un pas égal, laissant son interlocutrice songeuse. Elle avait cru que la nouvelle lui ferait davantage plaisir.
oOoOo
Mais faire plaisir à Sirius aujourd'hui serait difficile. Lorsqu'il avait su qu'il passerait l'après-midi avec James, il s'était senti piégé. Bien sûr, il aimait travailler avec son meilleur ami, juste… pas aujourd'hui, pas maintenant. Avec un peu de chance, on les enverrait en mission et ils n'auraient pas de temps pour discuter.
- Sirius !
Echec, encore. Maussade, Sirius pensa que ce n'était pas sa journée. Ou pas sa semaine, carrément. Ne restait plus à espérer que le délai ne se change pas en mois. Il se tourna vers James qui avait sorti la tête de son bureau – privilège de Lieutenant – et lui faisait signe.
- C'a été rapide, fut son commentaire lorsque Sirius arriva à sa hauteur.
Il semblait soulagé de le voir. Au moins un que ça rendait content, songea Black. Lui dissimula au mieux sa contrariété et son épuisement, James n'ayant pas mérité qu'il se défoule sur lui.
- J'ai trouvé une excuse à base de voisin moldu et de moto magique, ça fonctionne toujours !
Il avait à peine parlé qu'il regretta ses paroles, sachant que maintenant, James allait lui demander la vraie raison de son retard. Cela ne manqua pas, pendant qu'ils s'asseyaient tous deux de part et d'autre du bureau.
- Et la vérité, c'était quoi ?
- Ce n'est pas le genre de choses qu'on dit à son supérieur, prétexta-t-il avec un sourire en coin.
Il arbora un air concupiscent, espérant que son ami accepterait cette excuse sans broncher. Malheureusement, celui-ci crut à une tentative d'humour, et, après avoir laissé échapper un petit rire, le relança :
- Et plus sérieusement ?
Se demandant pourquoi James insistait, lui qui respectait habituellement l'intimité de son couple, Sirius eut une moue perplexe. Ce qui ne semblait pas être la réponse attendue.
- Eh bien, tu es super endurant, surtout vu la pleine lune qu'on vient de passer…
Un silence, une seconde, puis l'attaque :
- D'ailleurs, tu m'expliques ?
Sirius ne s'était pas attendu à ça. Pas tout de suite, pas ici, pas aussi frontalement. Il se doutait bien que James n'allait pas le féliciter, mais enfin... Pris au dépourvu, il éluda, le regard fuyant.
- Y'a pas grand-chose à dire...
- Ca ne va pas tenir longtemps devant Remus. Bizarrement, il n'a pas apprécié de se faire mordre et griffer comme s'il venait de commettre un crime.
Sirius soupira, pris au piège. C'était normal que James réclame des explications, il le savait, il leur en devait, à Lunard et lui. Il aurait juste voulu disposer d'un peu de temps pour réfléchir, mettre ses idées au clair et faire les choses correctement. Il n'avait pas eu un instant de répit depuis la pleine lune. Luth lui avait sauté à la gorge dès son réveil, et maintenant James, en moins de cinq minutes… Il se savait pertinemment en tort dans les deux cas, mais un répit pour penser et ne pas aggraver la situation à cause de la fatigue et de sa maladresse, était-ce trop demander ? Visiblement oui. Il n'imaginait pas refuser à ses amis des explications alors qu'il avait commis une faute. Puisque James voulait savoir, il lui devait de répondre.
- Je sais. Je compte aller m'excuser dès que possible, je ne suis pas fier de moi. J'ai perdu le contrôle de mes nerfs.
- Pourquoi ?
Soupir. Il ne pouvait dire la vérité à ses amis sans les blesser. Que penserait James s'il savait qu'Adèle était jalouse de Harry ? Et Remus, s'il apprenait que sa filleule le trouvait avare en attention ? Ils se sentiraient coupables, sans doute, alors qu'ils n'avaient rien à se reprocher. Ils le trouveraient peut-être, aussi, ridicule de se mettre dans des états pareils pour un caprice d'enfant.
- Luth et moi on s'est disputé juste avant que je n'arrive chez toi, improvisa-t-il alors. Je n'étais pas encore calmé quand on s'est transformé… et parfois, j'ai du mal à contrôler Patmol.
James resta songeur face à cet aveu. Sirius espéra qu'il le croie. Après tout, ce n'était pas vraiment un mensonge. Les disputes conjugales n'avaient pas manqué ces derniers jours.
- Et vous vous êtes encore disputé ce matin ?
Sirius acquiesça, heureux de pouvoir au moins dire la vérité sur ce point. James siffla.
- Pendant une heure ?
Il semblait ne pas en revenir, et Sirius s'empressa de dédramatiser.
- Non ! Quand même ! J'ai juste pris la moto au lieu de transplaner, pour avoir le temps de me calmer.
Il n'aurait pas dû le formuler ainsi. Sous-entendre qu'il était exaspéré au point de ne pas pouvoir venir directement au travail ne ferait qu'attiser la curiosité de son ami, voir même l'inquiéter. Ce qui ne manqua pas, puisque James lui demanda, d'un ton concerné, quel était le sujet de la dispute. Sirius soupira à nouveau. Encore quelque chose qu'il ne pouvait pas dire. « J'ai pris du philtre de paix parce que je rêve sans cesse que tu es mort », voilà qui vous plombait plus qu'une conversation. Rien de tel pour rappeler à James tout ce que lui et Harry avaient subi par sa faute. Il aurait dû assumer, peut-être, mais à quoi bon ? Il s'efforçait depuis d'être le meilleur soutien possible pour les Potter, et sa propre culpabilité était un poids qu'ils n'avaient pas à porter. James ne pourrait rien faire de positif de cette confidence, et il ne voulait surtout pas lui donner l'impression de se placer en victime.
- Pff, des broutilles… Elle a surréagi par rapport aux blessures de Remus, et tu nous connais, on monte vite dans les tours, tous les deux. Rien qui vaille le coup de t'embêter avec.
Il roula des yeux pour appuyer son propos. Encore quelque chose qui n'était pas complètement faux.
- Ce n'est pas à ça que servent les amis ?
Sirius se tendit, surpris par l'acidité de la remarque. Sa réponse avait contrarié son ami, mais il ne comprenait pas pourquoi. Etait-ce si anormal de ne pas lui dévoiler par le menu le contenu de ses disputes avec Luth ? En quoi ce genre de choses pouvait bien intéresser James ? Malgré sa perplexité, il sentait qu'il allait à nouveau devoir fournir une explication. Sirius répugnait à justifier son attitude, à se trouver des excuses. Il avait dépassé les bornes, peu importaient les raisons. Mais peut-être que ses amis avaient besoin de comprendre précisément pourquoi ils avaient dû subir son humeur, et si c'était le cas, il ne pouvait refuser – d'autant que Remus, s'il ne le convainquait pas, irait chercher des explications directement auprès de Luth. S'il ne pouvait révéler la vérité sans aggraver le problème, il y avait, cependant, un autre sujet bien réel de dispute entre Luth et lui qu'il pouvait aborder sans trop de risques.
- C'est à propos des enfants.
James releva les yeux, surpris. Il n'attendait plus de réponse. Sirius tentait de se donner un air désinvolte, affalé sur sa chaise, les mains croisées sur ses jambes tendues, tout en sachant qu'il ne devait pas être très convaincant.
- Des ? releva James avec curiosité.
- Ouais, lâcha Patmol après un long soupir. On a un désaccord là-dessus.
- Sur le nombre ?
- Ben entre un… et deux.
James semblait étonné de la confidence, mais prêt à le croire, et surtout, à continuer la conversation dans cette voie :
- Je vois bien Adèle avec un petit frère ou une petite sœur.
- Pas elle.
Sirius s'excusa mentalement auprès de son épouse pour ce mensonge, sachant pertinemment qu'il ne pouvait rien dire d'autre. Le connaissant trop, James ne croirait jamais que lui ne veuille pas d'autres enfants – il semblait déjà avoir du mal à croire que ce soit le cas de Luth, puisqu'il lui demanda « pourquoi » d'un air perplexe. L'Auror haussa un sourcil. Il fallait un « pourquoi » quand on ne voulait pas d'enfant ? Il ne s'y était pas attendu, à celle-là. C'était peut-être une question rhétorique, ou une façon de se convaincre ? Sirius le regarda donc droit dans les yeux pour entériner l'idée :
- Adèle lui suffit, qu'il paraît.
- Tu te fous de ma gueule ?!
Sirius sursauta devant la virulence de James. Qu'est-ce qu'il lui prenait, soudainement ?
- Pardon ?
- Tu m'as très bien entendu.
- C'est quoi cette agression gratuite ?!
- Gratuit ?! Gratuit ? explosa James. Tu viens de me mentir en me regardant droit dans les yeux et tu trouves que je m'emporte gratuitement ?!
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Je sais que Luth veut un autre enfant.
Sirius resta estomaqué une fraction de seconde, ne comprenant pas d'où James pouvait tirer l'information, sinon par le biais de la principale concernée. Il se sentit trahi à la fois par Luth qui était allée se confier hors de leur couple sur un sujet si intime, et par James qui avait joué l'ingénu, prouvant sa méfiance à son égard. Et dire que lui essayait de les préserver ! Sa colère monta d'un coup.
- Tu sais ? Tu connais ma vie de couple mieux que la mienne, peut-être ?!
- Ca te poserait problème, avoue !
- C'est ton arrogance qui me pose problème, ouais ! Tu me forces à parler d'un truc qui ne te regardes absolument pas et tu t'étonnes que je ne te dise pas tout la bouche en cœur ?! Mais tu te prends pour qui ?
- Pour ton ami ?
La réplique, prononcée d'une voix enrouée, le coupa net. Il resta silencieux une seconde, se demandant bêtement pourquoi James lui répondait cela. Ca n'avait aucun sens, sinon d'être une piètre tentative de chantage affectif qui l'énerva de plus belle :
- Ah oui, donc tu suspectes tes amis de mentir dès qu'ils gardent un jardin secret ?
- Ton jardin secret, comme tu dis, nous a mis en danger, Remus et moi ! Et puis, toi, ça n'a pas l'air de te gêner de mettre allègrement le nez dans tous les pans de mon jardin secret, hein !
Sirius chancela sous le rejet contenu dans la dernière phrase. James le trouvait envahissant ? Mais pourquoi ne jamais lui avoir dit ? Pourquoi lui mentir et lui faire croire… Pourquoi…
- Mais ça n'a rien à voir ! Je suis là si tu as besoin de raconter ta vie, ce n'est pas pour autant que je suis obligé de faire pareil !
- Oh, pardon, j'avais oublié que je n'avais pas un ami, mais un chien !
- Répète un peu ça !
Ils bondirent simultanément de leurs sièges.
- Sans problème !
James criait à présent, toute retenue envolée. Sa voix était audible dans les pièces voisines, assourdie et incompréhensible, mais le ton ne laissait pas de doute quant à la nature de la conversation qu'il avait. Il avait les poings sur la table, serrés à s'en faire blanchir les jointures comme il se penchait vers Sirius pour déverser sa rancœur.
- Faut te foutre la paix même quand tu te comportes bizarrement, que tu as une tête de déterré depuis plusieurs jours, que tu t'attaques à Remus et que tu te disputes avec Luth, mais faut surtout pas te demander ce qu'il y a. Non, tout va bien, merci, c'est privé, pas besoin de toi, James – jamais besoin de moi, d'ailleurs, faudrait pas que je te connaisse, quand même, pour un ami ça sera dommage – et puis de toute façon, ça concerne Luth, faites comme si elle n'existait pas, ça sera plus facile, pas la peine de s'inquiéter !
Le ton n'avait cessé de monter et le débit de s'accélérer.
- Ah, parce que tu veux savoir, peut-être ? hurla Sirius à son tour.
Il ne comprenait rien à tous les maux dont on l'accablait. Pourquoi lui reprocher d'être trop intrusif pour ensuite lui dire qu'il était trop distant ? Ca n'avait aucun sens ! Il ne savait pas quelle mouche avait piqué James, mais ça dépassait largement les évènements de la nuit précédente. Il n'avait pas mérité autant de rejet, de mépris et de violence. Meurtri par les reproches, il fit ce qu'il faisait toujours : contre attaquer. Sans réfléchir, à l'instinct et en frappant là où il savait que ça faisait mal. Soudain, il n'avait plus trente-quatre ans, il était redevenu cet ado rebelle qui peinait à maîtriser la violence caractérielle de sa famille biologique.
- Le Grand James Potter, le père du Survivant veut savoir ! Tu parles, bien sûr qu'il veut, tu veux encore te faire mousser, te présenter comme le chef de notre petite bande ! Ca t'emmerde, de ne rien savoir sur Luth ? Pourtant, si mes souvenirs sont bons, vous ne vous entendiez pas très bien ! Alors quoi, qu'est-ce qui te rend si curieux ? Tu veux remplacer Lily pour faire un deuxième Potter ?
James accusa le coup, et Sirius aurait pu s'en vouloir s'il lui avait laissé le temps de réaliser la portée de ses paroles, mais il répliqua tout aussi violemment:
- Non mais tu t'es entendu ?! C'est quoi cette jalousie mal placée ? C'est ça que tu penses derrière tes blagues et tes sourires ? Quand tu accoures dès que j'ai besoin d'un service ? Quand tu joues le fidèle toutou, toujours là à me soutenir, à m'appuyer quand j'ai raison, mais que tu disparais dès qu'il s'agit de me dire que j'ai tort ? Putain, mais on dirait Peter !
Le nom, qu'ils n'avaient pas prononcé ou entendu depuis douze ans, résonna lourdement dans la pièce, les cinglant tous deux d'un choc impossible à encaisser. Il y eut un silence lourd, glacial, une seconde éternelle pendant laquelle ils se dévisagèrent, frappés de stupeur et de remords.
- Va te faire foutre, Potter !
Tremblant de rage et bouillant de peine, Sirius se dirigea à grandes enjambées vers la porte. Il l'ouvrit violemment et la claqua tout aussi brutalement. Il courut presque jusqu'à l'ascenseur, inconscient du silence figé qui l'entourait, des regards de ses collègues qui le suivirent jusqu'à ce que les portes ne se referment sur lui.
oOoOo
- Vous vous prenez pour qui, Potter ?
La porte avait à peine eu le temps de se remettre du départ de Sirius qu'elle avait subi l'assaut du Commandant. Cette dernière toisait James d'un air réprobateur qui lui rappelait Minerva McGonagall.
- Tout le Ministère vous a entendus !
James serra les poings dans son dos en s'exhortant au calme. Il était lieutenant et il avait commis une erreur en se laissant emporter par ses problèmes personnels – Merlin, et il avait traité Sirius de traître ! Il ferma les yeux, prit une inspiration puis les rouvrit pour regarder franchement sa supérieure.
- Mes excuses, Commandant. Ca ne se reproduira plus.
- Oh, ça ne risque pas, lui répliqua-t-on d'un ton pincé. Sortez d'ici.
- Je… Pardon ? bégaya l'Auror, toutes couleurs désertant son visage.
Le Commandant eut un soupir, trahissant plus de lassitude que de réprobation.
- Je n'ai pas besoin d'un Lieutenant trop échaudé pour faire correctement son travail. Prenez l'après-midi, la journée de demain s'il faut, et réglez-moi ça.
- Je… euh... Je peux rester…
- Potter, ne me racontez pas de salades. En douze ans, je ne vous ai jamais vu vous disputer avec Black et encore moins perdre le contrôle de vos nerfs à ce point. Alors mettez de l'ordre dans vos affaires et revenez apte au travail – avec Black. Si l'un de vous remet les pieds ici et refait une scène, ce sera la mise à pied.
- Euh… merci, Commandant.
- A la semaine prochaine, Lieutenant.
James resta pantois un moment après le départ de sa supérieure. Il se sentait incroyablement chanceux – était-ce simplement ses compétences ou son statut de père du Survivant qui lui valait ce traitement de faveur ? Finalement, il arrêta de réfléchir. L'adrénaline de la dispute puis de la peur face au Commandant retomba, et toute énergie le quitta. Il s'affala dans son fauteuil en se demandant ce qu'il avait fait, puis l'évidence s'imposa à lui : une seule personne pouvait l'aider à répondre à cette question.
Voilà, c'est fini! J'espère que vous ne vous êtes pas trop crispés sur votre chaise après cette enfilade de disputes. Je vous rassure, la semaine prochaine on se calme un peu avec "Demons", titre d'après la chanson d'Imagine Dragons. Je ne vous garantis pas la joie et la bonne humeur, mais normalement vous n'aurez envie de gifler personne. En attendant, n'hésitez pas à vous défouler en review ;) - Caprice
