Résumé : Rêve et réalité sont-ils si opposés ? Ne peuvent-ils pas se rejoindre à un moment ou un autre ?
Draco Malfoy rêve. Il rêve de soleil, de vitesse, de Quidditch et de magie. Et c'est pour cela qu'on l'a interné dans l'asile de Westfield. Ses deux amis, Tate et Violet, l'écoutent jour après jour leur raconter ses histoires surnaturels sur une école nommée Poudlard.
Mais si on tentait de guérir Draco à propos de quelque chose de réel ? Et si Draco, Violet et Tate fuyaient et cherchaient à rejoindre cet univers magique. Et si tout cela les conduisait à faire de grandes découvertes.
Disclaimer : l'univers d'Harry Potter appartient à la talentueuse et formidable J.K Rowling. Les personnages de Tate et Violet m'appartiennent ( j'ai juste reprit leurs prénoms de American Horror Story)
CHAPITRE 2
RENCONTRE AVEC MISS GRANGER
Playlist
01. Hearing Damage – Thom Yorke. 02. Festival – Sigur Ros. 03. Biting Down – Lorde. 04. Lonely Soul – Unkle. 05. Is There a Ghost – Band of Horses.
Chaque porte qui séparait Draco de la salle des visites était protégée par des gardes et par de très anciennes serrures. A la première porte de sécurité, un des gardes avait enchaîné Draco au niveau des chevilles. Le métal était pesant et chaque pas était un supplice et lui brûlait la peau. A chaque arrêt, la chaîne frôlait le sol dans un petit tintement selon l'écartement des jambes de Draco. Son parcours serait bientôt fini et la prochaine porte de sécurité serait la dernière, il le savait car il apercevait la lumière du jour derrière les bureaux vitrés des gardes. De la vraie lumière, pas ce jet bleu et faiblard qui éclairait les couloirs et les chambres du bâtiment. La dernière porte passée, un garde marcha à ses côtés, prêt à le maintenir et à le contrôler si Draco faisait le moindre geste.
La salle des visites ressemblaient beaucoup à la salle commune. Des tables grises étaient éparpillées un peu partout, des bancs servant de sièges, les murs étaient blancs et ternes et les hauts-parleurs diffusaient toujours cette musique interminable – en sourdine néanmoins mais toujours présente- . La seule différence était les fenêtres placés en hauteur à sa gauche. Draco leva le regard vers elles, il vit les nuages et il avait l'impression de sentir le vent sur sa peau. Il huma l'air autour de lui mais tout ce qu'il sentait était l'odeur du bois, du métal et de la rouille.
Draco perçut alors un mouvement du coin de l'œil et aperçut la jeune femme, celle qui disait s'appeler Hermione Granger et qui souhaitait lui parler. C'était une belle jeune femme brune, les cheveux courts et un teint pale. Son regard sombre le fixait attentivement, ne laissant entrevoir aucune émotion. Elle s'était placée au fond à droite, assise sur un banc, dos contre le mur, et les mains jointes sur la table. Le garde bougea et le fit avancer. Un pied devant l'autre lentement, essayant de ne pas trop faire frotter le métal contre sa chaire, Draco marcha jusqu'au banc situé face à la jeune femme. Il s'y assit tant bien que mal et posa ses mains enchaînées sur la table qui se trouvait entre eux.
Le cœur de Draco battait rapidement. Qu'allait-il se passer maintenant ? Que lui voulait-elle ? Il sentait son regard posé sur lui et le scrutait tandis qu'il ne pouvait lever les siens et la regardait dans les yeux. Il avait peur d'y voir de la pitié ou du mépris. Dans ce lieu où chaque personne était habitué à se côtoyer quotidiennement, Draco avait oublié ce que c'était de croiser une personne extérieur, une personne dont l'avis comptait pour voir s'il était apte à faire partie de cette société.
Les ongles longs et manucurés de la jeune femme tapaient le rebord de la table sur le rythme de la musique qui était diffusée dans les hauts-parleurs. Les jambes croisés, la jupe plissée, elle semblait parfaitement à l'aise dans le parloir défraîchi et mal aéré de l'asile. Elle sortit un paquet de cigarettes et un briquet de l'intérieur de sa veste en tweed puis les posa sur la table.
- Vous fumez ? demanda t-elle au blond.
- Je n'ai pas le droit, répondit Draco. C'est interdit par le règlement de l'asile.
- Ce sera notre petit secret, dit-elle en se penchant en avant.
Elle avait un petit sourire malicieux sur le visage mais ses yeux chocolats restaient sérieux et fixés sur lui. Draco regarda partout autour de lui. Elle avait réussi à faire fuir tous les infirmiers, ils étaient donc totalement seuls. Il hocha la tête et elle lui tendit une cigarette. Il la plaça entre ses lèvres et attendit qu'elle la lui allume, ce qu'elle fit peu de temps après.
- Pourquoi êtes-vous venu me voir ? demanda Draco.
- J'ai rêvé de vous, dit-elle sérieusement en le fixant droit dans les yeux.
Draco écarquilla les yeux, totalement choqué par cette révélation. Il leva la main pour retirer la cigarette d'entre ses lèvres et laissa la fumée s'échapper, attendant qu'elle continue de parler.
- Nous nous trouvions dans un couloir sombre. Il y avait d'autres personnes avec nous. Elles discutaient entre elles et riaient. Nous portions tous des uniformes. De votre côté avec une cravate verte et argenté et de mon côté une cravate rouge et or. Tout d'un coup, vous vous dirigez vers nous et vous vous adressez à un garçon placé à côté de moi. Il a des cheveux noirs et a une drôle de cicatrice en forme d'éclair sur le front. Vous le regardez avec mépris et dédain. Il vous répond avec une fureur dans le regard. Je sens alors au plus profond de moi que je ne dois pas vous laisser continuer alors je me met entre vous deux. Vous sortez alors un bout de bois de votre poche et le pointait vers nous. Le brun à la cicatrice fait de même. Il y a un drôle d'éclair lumineux et je ressens une grande douleur dans ma bouche, au niveau de mes dents. Je constate alors qu'elles se mettent à s'allonger, de plus en plus. Je vois un homme s'approcher du coin de l'œil, il porte une longue robe sombre et ses cheveux noirs coupés en carré sont graisseux. Et là je me réveille. Ce rêve m'a marqué mais ce n'est pas le seul où vous étiez. Il y en a pleins d'autres mais ils s'effacent. Votre visage m'était familier alors que je ne vous avez jamais rencontré. Alors, j'aimerais savoir. Avez-vous déjà rêvé de moi ?
Sa voix était douce mais elle parlait rapidement. Très rapidement. Elle ne reprit son souffle qu'après avoir fini son monologue et Draco n'en croyait pas ses oreilles. Elle l'avait vu. Et elle avait rêvé de ces lieux, ces lieux étranges et magiques. Il n'était pas fou. Tout cela était réel, quelqu'un d'autre pourrait l'attester à présent. Il repensa alors à sa question. Non, il ne l'avait jamais vu dans un de ses rêves, du moins il ne se souvenait pas d'elle. Mais si elle apprenait qu'il ne l'avait jamais vu auparavant, peut-être ne voudrait-elle pas témoigner pour lui et le faire sortir d'ici ? Draco, la cigarette toujours en main et le regard fixé sur un trou imaginaire, releva la tête et la regarda dans les yeux pour la première fois.
- Oui, je … je vous ai vu …
Il est temps de montrer ton jeu d'acteur maintenant mon gars ! Allez trouve une histoire à raconter … Draco avala sa salive et inspira une grande bolée d'air. Son regard se fit alors lointain et sa bouche s'étira pour former un fin sourire l'espace d'une seconde.
- Le bâton était magique en réalité. Ce lieu était un endroit exceptionnelle, une école où on nous apprenait à nous servir de la magie. Cet homme aux cheveux noirs et graisseux était notre professeur de potion. Il était sévère mais juste. La salle de classe où il enseignait se trouvait dans les cachots, dans les sous-sols du château et il y faisait froid. C'était un excellent professeur. J'avais toujours d'excellente note grâce à lui.
Le regard de Draco dériva et il sentit sa voix trembler face à une émotion inconnu. Il ne connaissait pas cet homme mais ce qu'il ressentait pour lui était fort, comme pour un membre de sa famille.
- Mais une jeune fille me dépassait toujours. Elle était toujours la première à lever la main et à répondre avec sa voix haut-perché et agaçante. Elle parlait toujours rapidement, ne respirant qu'après avoir dit tout ce qu'elle savait.
Draco avait perdu le fil. Il s'était laissé emporter. Il ne se souvenait que maintenant de tous ses détails, de tous ses faits. Tout était réel à présent.
- Mes amis et moi, on la surnommait Miss Je-Sais-Tout ou Castor à cause de ses grandes dents de lapin. Et on se moquait d'elle. D'elle, de Weasmoche et du Balafré. Le parfait trio d'idiots …
Il ne s'était pas rendu compte que des larmes coulaient à présent sur ses joues. Tout était réel. Tout paraissait tellement réel. Il le fallait. Pour sa survie. Il fallait que tout ça soit vrai. Pour qu'il est enfin une raison d'exister.
Le regard d'Hermione se fit plus doux malgré tout ce qu'il venait de dire à propos d'elle.
- Comment est-ce possible ? lui demanda t-elle alors.
- Je n'en ai absolument aucune idée …
Draco secoua la tête. Pourrait-elle l'aider ? En avait-elle les moyens ?
- Comment m'avez-vous trouvez ? s'enquit Draco après réflexion.
- Je me suis dit que votre nom ne devait pas avoir changé. Je suis journaliste et j'ai plusieurs contacts. J'ai trouvé un article sur l'accident de la famille Malfoy. Vos parents étaient assez riches et réputés pour avoir fait la première page pendant quelques temps. Et il y avait ensuite des photos de vous avec des titres alarmants sur votre chute et vos délires. Puis l'enfermement. Ça n'a pas été très difficile de vous trouver en vérité.
- Pourquoi avoir attendu si longtemps pour venir me voir ? Vous avez dit que vous aviez fait d'autres rêves avec moi dedans. Vos rêves ont dû commencer en même temps que les miens, c'est-à-dire il y a un an et demi. Mais vous n'arrivez que maintenant … Pourquoi ?
- J'avais peur …
- Et maintenant, qu'est-ce que vous ressentez ?
- Du scepticisme et de la crainte. Je ne suis pas folle Monsieur Malfoy.
- Moi non plus. Pourtant je suis ici. Alors que vous êtes libre.
Draco tira une bouffée de cigarette et se sentit immédiatement apaisé. Sa bouche était pâteuse mais il se sentait bien, détendu.
- Que va t-il se passer maintenant ?
- Je ne sais pas.
- Pourquoi êtes-vous venu dans ce cas, si ce n'est pour m'apporter une solution ?
- Je suis venue pour me prouver que je n'étais pas folle mais je repartirai avec plus de questions que de réponses.
- Je ne resterai pas enfermé ici à attendre que vous trouviez les réponses. Maintenant que l'on sait que quelque chose d'étrange est en train d'arriver, il faut en parler autour de nous. Il faut que vous me sortiez d'ici.
- Non, non, je ne peux rien faire Monsieur Malfoy. Je ne peux pas risquer mon emploi pour une histoire de rêves.
- Une histoire de rêves ?! C'est bien plus que ça Miss Granger ! C'est ma vie !
La colère montait rapidement et les traits de Draco se crispaient sur son visage. Ses yeux lançaient des éclairs et sa respiration s'était accélérée. Il fulminait et ne pouvait contenir toute sa rage. Il s'était levé à présent et dominait la jeune femme de toute sa hauteur. La cigarette était tombée et Hermione semblait paniquée. Elle appelle les gardes qui accoururent et repoussèrent Draco qu'ils ramenèrent vers l'extérieur de la salle des visites. Draco se débattait et criait.
- Il faut que vous me sortiez de là ! C'est réel ! Les rêves sont réels !
Il ne s'aperçut pas, cette fois-ci, de tous les couloirs qu'on lui fit parcourir. Il ne sentit pas non plus qu'on lui retirait les chaînes de ses chevilles. Les larmes coulaient sans vouloir s'arrêter et Draco gémissait, la vue totalement brouillée. Il se calma quand on atteignit la dernière porte de sécurité. Il vit un infirmier s'approcher de lui. Il sentit qu'on posait un gobelet contre ses lèvres, il avala alors tous les cachets d'une traite.
- J'ai un peu forcé sur les doses Monsieur Malfoy mais ça devrait vous calmer. Respirez …
Ses paupières devinrent plus lourdes et il se sentit dériver. Il flottait dans les airs, léger comme une plume. Enfin un vrai sommeil. Un sommeil lourd. Un sommeil sans rêve.
oOo
Les paupières de Draco papillonnèrent un instant. Le blond se mit alors à grogner en bougeant, une douleur lui vrillant les tympans. Il posa ses mains sous lui pour l'aider à se soulever et constata qu'il se trouvait sur du bitume. Il ouvrit les yeux d'un seul coup et bondit sur ses pieds, tournant son regard dans tous les sens.
Des maisons l'entouraient alors qu'il se trouvait sur une chaussée. Il faisait nuit mais la pleine lune lui permettait de discerner à peu près tous les bâtiments. Draco fit un pas en avant, constatant qu'il portait toujours ses chaussures noires et les liens qui lui serraient les poignets. D'habitude, dans ses rêves, Draco était en uniforme ou dans cette drôle tenue de sport pour jouer au « Quidditch ». Mais cette fois, il était revêtu de son uniforme de prisonnier, ou de « patient » comme préféraient les appeler les infirmiers.
Il n'y avait aucune lumière dans les maisons et les lampadaires placés dans la rue étaient éteins. Personne ne pouvait donc le voir. Le jeune homme se sentait épuisé et agacé par la situation. Il ne comprenait plus rien. Le pas claudiquant, il arriva au bout de la rue à un croisement et constata qu'un petit parc se trouvait face à lui. Draco avait presque envie de pleurer. Réel ou pas réel, vivant ou non-vivant, rêve ou réalité, lumière ou obscurité. Tout tournait en rond dans son esprit. La fatigue prit possession de son être et le fit trembler de la tête aux pieds. Il n'en pouvait plus. Il voulait comprendre. Son mal de tête s'accentuait.
Tout se déroula au ralentis.
Il se sentit chuter au sol, ses jambes le lâchant. Il sentit ses mains griffer le goudron et s'y agripper. Il sentit la douleur intense le frapper au ventre. Il vit l'éclair de lumière se diriger vers lui. Il sentit tout son corps s'immobiliser et se tendre. Il vit les ombres s'approcher de lui du coin de l'œil. Il entendit des voix. Il sentit des frissons parcourir son corps alors qu'une personne s'agenouillait devant lui. Il vit alors la jeune femme aux cheveux ébouriffés et aux dents de lapin, son bout de bois posé contre sa poitrine. Il sentit la douleur quand la baguette s'enfonça dans sa peau. Il se sentit résister. Puis il lâcha prise, fermant les yeux, détendant chacun de ses muscles et se laissa retomber dans l'inconscience, espérant retrouver la familiarité de l'asile ou même mieux, de Poudlard.
