La rentrée au collège de Beacon Hill était comme toutes rentrées de par le pays, c'est-à-dire obligatoire. Selon la plupart des étudiants, rallonger les vacances d'un mois au deux serait une bonne chose, mais retournant au monde réel de la vie adolescente, ils firent leur chemin entre les portes de leur prison personnelle. Un groupe se détachait de la masse, attendant sur le parking, à l'écart des autres, un groupe assez hétéroclites d'ailleurs, la population estudiantine de Beacon Hill n'avait pas vraiment saisit le pourquoi de cette étrange alliance. Ils ne remarquèrent pas non plus, pour la majorité, l'absence d'une personne dans ce groupe si exclusif.
Scott, accompagné de ses amis, attendait. Il attendait le son d'une vieille jeep usée. Il attendait les battements de cœur précipité du propriétaire de la dite jeep. Il attendait Stiles. Tout cela avait été un cauchemar, une idée horrible avait germé dans leur cerveau et une fois lancée, personne n'avait pu l'arrêter. Il avait essayé pourtant, après que Stiles ce fut enfui de la maison de leur alpha, il s'était levé d'un bond, avait voulu le rattraper, mais les jumeaux l'avait empêché, l'un deux fut même balancé contre le mur, fissurant le placo encore frais. Aucun d'eux n'avait réellement voulu ça, mais la situation ne leur avait pas apporté d'autres solutions, après tout c'était Stiles le cerveau, lui qui faisait les plans. Et Scott comprenait pourquoi à présent, leur plan était cruel, blessant et il s'aplatirait par terre, se trainerait au pied de son ami pour obtenir son pardon.
Scott poussa un soupir profond, faisant fi de ces camarades autour de lui. Cela n'avait servi à rien. Il avait blessé Stiles pour rien. Derek avait appris la présence d'un oméga sur son territoire. Après avoir pris quelques renseignements, il avait découvert, que l'oméga en question, un certain Niklaus, prenait plaisir, à chasser l'homme. Se dirigeant aux grés des saisons, vers des territoires occupés, sa distraction favorite était de traquer les humains liés à des loups. Techniquement Stiles n'était pas lié à l'un deux, mais l'odeur de la meute imprégnait complétement le jeune garçon.
Selon Derek, l'oméga était d'une cruauté profonde, donc dangereux, trop dangereux, surtout pour Stiles. Il n'avait pas fait de même avec Allison, chasseuse vivant avec son père surarmé, son petit ami loup garou constamment près d'elle, elle ne semblait pas être une cible probable. Il avait hésité pour Lydia, mais elle avait simplement surpris tout le monde, en expliquant que si le besoin de l'éloigner de la meute pour sa protection était nécessaire, elle s'y soumettrait. Il restait donc Stiles. Il n'avait aucune idée de comment abordé le sujet avec lui. C'est le dimanche avant Noël que Derek organisa une réunion, réunion exempte de Stiles.
Il ne savait plus qui avait lancé l'idée d'éloigner Stiles en se montrant distant, lui faisant croire que la meute se détournait de lui. La plupart étaient restés silencieux, sous pesant la cruauté de la chose avec l'habitude de Stiles de se mettre dans les ennuis jusqu'au coup, d'ignorer les ordres, d'aller sur le terrain, d'aider sans égard pour sa propre vie. Alors, ils l'avaient fait.
Dans le salon de la maison Hall, il avait reconnu à l'instant même où il la sentit, l'odeur du jeune garçon. Même sans être loup, Scott aurait toujours reconnu son odeur. Ignoré les appels de son ami, ces textos de moins en moins nombreux au fil des jours avait été extrêmement perturbant pour le jeune loup. Avoir Allison l'avait aidé, mais il savait, qu'il manquait une partie à son cœur. Quand Stiles eu franchit le seuil du salon, Scott fut l'un deux ceux qui ne put se résoudre à rencontrer son regard, il avait bloqué tous ses sens de loup se concentrant uniquement sur le cœur de sa petite amie. Mais il avait pourtant entendu, la question fébrile du jeune homme et la réponse cruelle de son alpha, il lui fallut une énorme volonté pour rester dans sa position, se convainquant une fois encore qu'il le faisait pour protéger son ami.
Scott eu un sourire amer. Cela avait été si inutile. Derek avait trouvé l'oméga mort la veille de la rentrée, dans un coin éloigné de la forêt presque hors limite du territoire Hall. Il avait eu la nuque presque arrachée. Aucun indice ne permettait de comprendre qui avait réglé son compte au loup garou, la pluie et le vent se chargeant d'effacer toutes preuves possibles. Quand l'alpha lui annonça la mort du loup, Scott, sans demander permission, fit la seule chose qu'il espérait faire depuis des jours, il appela Stiles. Tombant sur la messagerie, il n'eut pas le courage d'aller jusqu'à la maison du shérif et de son fils, préférant attendre la rentrée où il ferait tout pour se faire pardonner auprès de son ami.
Et ils étaient là, attendant la venue du jeune garçon, au look débraillé, les cheveux en pétard et le sourire contagieux. Pourtant la première sonnerie retentissait à leur oreille, sans qu'un d'eux n'aperçoive ou ne sente le jeune humain. Ils se regardèrent les uns les autres et, sans se concerter, se mirent en branle vers leur classe. Stiles devait être en retard, ce ne serait pas une première. Scott ne pouvait s'empêcher de penser que peut-être il ne voulait plus les voir, qu'il préférait ne pas venir plutôt que de les affronter. Une boule se logea dans le creux de son ventre, l'excitation à l'idée de retrouver son meilleur ami cédant place à une angoisse inconnu. Son instinct lui criait quelque chose qu'il n'arrivait pas à saisir.
Balançant son sac près de sa table, Scott s'assit sur la chaise, attendant le début du cours qu'il partageait avec Allison, Isaac et Lydia. Tournant la tête, il croisa le regard du jeune loup aux cheveux bouclés. Celui-ci avait la même teinte d'angoisse dans les yeux que lui. Lui aussi voulait voir Stiles, un des rares à réussir à calmer ses crises de panique, à le réconforter d'un mot, à être là tout simplement. Détournant son regard vers la fenêtre, Scott fronça instantanément les sourcils en apercevant la voiture du shérif se garer sur le parking, l'homme de loi en sortir, seul. Ne faisant même pas attention au fait que son professeur avait débuté son discours de rentrée, Scott suivit la progression du shérif jusqu'à ce qu'il tourne à un angle et, selon ce que Scott supposait, entre dans le lycée. Se levant d'un bond, puis se rappelant d'être en classe, Scott balbutia une excuse sur une certaine envie de vomir et détala sans laisser le temps à son enseignant d'intervenir. Laissant son sac en cours, mais portable en poche, il traqua le shérif présent dans le bâtiment. Une fois qu'il eut repéré l'odeur du père de son ami, il s'avança prudemment, jusqu'à apercevoir le shérif en contrebas. Se cachant derrière un muret, il s'accroupit et tendit son ouïe de loup vers la conversation qui se jouait plus bas. Le shérif parlait avec un des responsables de l'école, et ce qu'il saisit de la conversation, le fit blêmir et trembler.
« - Oui, c'est une décision soudaine, disons qu'une opportunité s'est présenté à lui et qu'il l'a saisi. »
« - Non, quitter le lycée en cours d'année, ne sera pas un problème, son inscription dans un nouvel établissement est déjà effectif. »
« - Oui, il quitte le pays. »
« - Aujourd'hui! »
Scott ne put en écouter d'avantages, encaissant le choc que la nouvelle eut sur lui. Glissant maladroitement vers la sortie la plus proche, mais sans croiser le shérif, Scott envoya un sms simple à ses amis, avant de se mettre à courir comme un dératé jusqu'à sa moto, espérant, priant le ciel pour qu'il n'arrive pas trop tard.
A l'intérieur du bâtiment, le reste de la meute avait, pour certains, vu le départ inattendu de Scott de la classe et s'attendait à avoir des nouvelles rapidement, mais pas vraiment ce genre de nouvelle. Pour les autres se fut d'autant plus un choc quand ils ouvrirent le message groupé envoyé par Scott. « Stiles quitte le pays, aujourd'hui, je vais chez lui. »
Derek, lui, visitait la ville voisine pour quelques ajustements immobiliers dont ils avaient fait l'acquisition, quand il reçut le texto de Scott. Ne l'ouvrant pas immédiatement, il attendit d'être installé dans sa camaro pour voir ce que son béta lui voulait. Son téléphone lui échappa presque de la main, son cœur s'affola. Il relut les mots, pensant à une blague. Stiles ne pouvait pas partir, pas après qu'il est compris que… Il ne devait pas partir.
Faisant fi de l'angoisse sourde qui l'étreignait, il fit rugir le moteur de voiture et parti sur les chapeaux de roue en direction de la maison des Stilinski. Les limitations de vitesse n'étaient qu'un simple souvenir au vue de la rapidité avec laquelle la camaro se déplaçait, Derek donnait toute la puissance de son moteur, espérant arriver avant le départ du jeune hyperactif. Après un temps qui lui sembla sans fin, il atteint enfin le quartier des Stilinski et tourna dans la rue du shérif. Il aperçut immédiatement la moto de Scott sur le bas-côté, jeté précipitamment sur le sol. La fenêtre de la chambre de Stiles était ouverte.
Arrêtant le moteur, Derek sortit et se concentra sur les sons provenant de la maison. Un seul battement de cœur. Se déplaçant souplement, il bondit sur le toit et passa par la fenêtre ouverte comme il l'avait fait tant de fois auparavant. Mais au lieu de trouver la chaleur inhérente au lieu, le confort ambiant produit tout autant par la pièce elle-même, que par son propriétaire, Derek tomba sur un spectacle accablant.
Scott était effondré à terre, dans ses mains une feuille de papier. Il avait l'air apathique, fixant droit devant lui, il n'avait même pas réagi à la présence de l'alpha. Tournant son regard sur le reste de la chambre, le loup garou nota des détails qui alimentèrent une peur diffuse en lui. Le lit était sans aucun drap, la couette repliée proprement sur le matelas, la chambre parfaitement rangée et surtout le placard béant, pratiquement vide. Ne voulant pas sauter aux conclusions trop tôt, ne voulant surtout pas admettre la vérité, Derek se dirigea doucement vers Scott et lui posa une main sur l'épaule. Comme un choc électrique celui-ci releva brusquement la tête. Son désespoir était palpable. D'une voix blanche, l'adolescent déclara :
- Il est parti… Et comme si l'affirmation était trop douloureuse pour lui, Scott détourna la tête, se contentant de tendre la feuille entre ses mains à son alpha.
Derek n'osa pas regarder tout de suite les caractères qui se découpaient sur la feuille blanche. Regardant une dernière fois son béta, il expira un bon coup et porta son regard sur la note dans sa main.
« Tellement prévisible!
Je suis parti hier.
Pas besoin de dire au revoir, je pense.
Un conseil, évitez mon père...
Profitez bien de votre si formidable vie de meute! »
Sans le vouloir, la main du loup se crispa sur la feuille, froissant les mots. Stiles était parti. Parti loin selon le texto de Scott. L'alpha se laissa choir sur le lit derrière lui. Stiles était parti. La réalisation du fait le frappa d'autant plus quand il prit conscience des sanglots émis par son jeune béta. Se rapprochant doucement du plus jeune, l'alpha posa une main sur la nuque de l'adolescent. Son regard se reporta sur la feuille froissée toujours tenue entre ses doigts. Stiles était parti. Et tout était sa faute.
