Les yeux perdus vers la vue qui s'offrait à lui à travers la vaste baie vitrée de la maison londonienne, Stiles était pelotonné sur l'un des canapés du salon. Il était seul dans la pièce. Jackson faisait quelques devoirs dans sa chambre, Stiles entendait Fanny se déplacer dans les étages supérieurs tout en faisant du rangement et Spike… il n'était pas sur de vouloir connaître les passes temps du loup blond platine.

Ce dernier était une énigme pour le jeune garçon. Protecteur et confiant au premier abord, l'hyperactif avait vite pris conscience des autres facettes du lycan. Il était totalement taré si on lui demandait son avis. La plupart du temps, un sourire taquin ornait ses lèvres. Spike était le genre de mec qui adorait se faire détester. Pas avec Stiles, non. Au contraire, il était assez tactile et semblait apprécier la compagnie du jeune humain. Mais face à des inconnus, le loup montrait un visage narquois, piquant, aimant gêner les autres par des remarques impertinentes. Ironique et sardonique, la personnalité que Spike offrait au monde en général, était loin de celle prévenante et sincère qu'il exposait dans l'intimité de la maison Witthemore.

Pour autant, le loup aimait embêter son monde. Ce qu'il préférait était sans aucun doute les allusions sexuelles et les situations ambiguës qu'il pouvait provoquer. La veille, Stiles, accompagné du loup garou, était allé faire quelques courses à l'épicerie du coin, empruntant par ce fait la voiture de Jackson. Dire qu'il avait été choqué quand Jackson lui avait simplement lancé les clés de sa Porsche, juste avec un sourire, était en deçà de la vérité. Spike s'était levé et décrété qu'il l'accompagnait.

Arrivé au magasin, déambulant dans les rayons pour faire le plein de provision, les deux jeunes gens étaient tombés sur un groupe de jeunes filles les regardant d'une manière qui se voulait sûrement discrète. Enfin, elles regardaient le beau loup garou, jetant juste un regard légèrement dédaigneux à Stiles. Celui-ci baissa la tête, habitué à ne pas être le centre de l'attention et fut surpris, quand une main agrippa fortement son bras et le força à se retourner. Plongeant ainsi ses yeux dans ceux de Spike, il put discerner la lueur farceuse dans les yeux du loup. Ce dernier se rapprocha du plus jeune, pencha ses lèvres vers l'oreille de Stiles et lui chuchota quelques mots :

- Prêt pour un show? Stiles n'avait aucune idée de ce qu'il entendait par là.

Il fut vite fixé, quand le loup le plaqua doucement contre l'étagère derrière lui, glissant ses mains sur son flanc, collant son corps étroitement au sien et calant sa tête dans le creux du cou du jeune garçon.

Sans réellement conscience de son geste, Stiles entoura les épaules du loup, autant pour se stabiliser que par un geste naturel, comme si il était normal de se trouver ainsi, sans gêne aucune. Ouvrant les yeux qu'il avait fermé à la suite de l'étreinte, Stiles aperçu les jeunes filles du magasin les regarder avec choc. Comprenant instantanément les intentions du blond, Stiles ne put empêcher un sourire de fleurir sur ses lèvres.

- Alors? Quelles têtes font-elles? Le ton était amusé, mais doux.

- Une tête qui mériterait une belle photo. Répondit bassement le jeune adolescent.

Il sentit le rire silencieux du loup contre lui, sa tête se déplacer pour se trouver face à la sienne, leur nez presque collé.

- Ne laisse jamais personne te faire baisser la tête. Tu vaux mieux que la plupart, ils ne savent pas, ils ne te connaissent pas. Le loup avait dit cela calmement, mais d'une voix n'admettant aucune contestation.

- Pourtant je ne suis que moi. Avait chuchoté le garçon, son insécurité quant à l'affection des autres pour lui reprenant le dessus.

Une main se posa contre sa joue, le faisant relever ses orbes noisette vers celles, vert d'eau, de son camarade.

- Oui, tu es juste toi. Et c'est parfait ainsi. Les mots avaient coulés droit dans le cœur du jeune humain.

Oh il savait qu'il n'y avait rien d'amoureux là-dedans, ni de sexuel même, malgré la position dans laquelle ils se trouvaient encore. Juste une affection sincère. Pourtant ils ne se connaissaient que depuis quelques jours seulement. Mais Spike semblait le considérer comme un membre de sa meute. Il le protégeait, le consolait et parfois, car l'adolescent savait que ce ne serait pas la dernière fois, l'entraînait dans ce genre de situation étrange faisant ainsi taire de choc les gens autour, calmant et réconfortant le jeune garçon par ce même biais.

Se détachant doucement de l'humain face à lui, les mains toujours sur ses hanches, Spike planta un sourire espiègle sur son visage.

- Habitues toi à cela, j'aime beaucoup trop emmerder mon monde pour mon propre bien et si tu le veux, tu peux être mon partenaire de crime ok?

- Ok! Stiles avait répondu sincèrement, emporté par la malice du loup, baignant dans l'insouciance du moment.

Il savait qu'il devrait se sentir mortifier. L'ancien Stiles aurait rougi, balbutié et maladroitement essayé de se dégager. Mais depuis son arrivée à Londres, depuis sa rencontre avec cette meute étrange, il se sentait plus libre, moins sur la défensive, plus apte à se laisser aller. Il avait confiance.

Le loup, un sourire plus grand encore sur les lèvres, avait entouré son bras sur ses épaules et ils avaient terminés leurs courses ainsi, repassant devant le groupe de fille, les ignorant royalement, remplissant tranquillement leur liste d'achat.

A ce souvenir, Stiles ria doucement, Spike était quelqu'un il n'y a pas à dire. La folie du loup était contagieuse, autant que celle de Fanny. Même si différente, la personnalité de la jeune femme était tout aussi complexe. La majeure partie du temps souriante, Stiles pu apercevoir un regard voilé, légèrement tinté de tristesse parfois.

Le soir précédent, il avait enfin eu les réponses à certaines de ses questions. Fanny près de lui, couchée sur le lit du jeune homme, une habitude prise depuis le jour de sa rencontre avec Spike, avait commencé à parler de sa vie d'avant. Et Stiles avait senti son cœur se déchirer l'entente des épreuves qu'elle avait subi.

Doucement, d'une voix tenue, elle lui avait d'abord raconté sa vie avec ses parents adoptifs, les Rose. Elle avait parlé d'eux avec affection, de sa jeune sœur également adopté, leur mère ne pouvant avoir d'enfant. De son acceptation quant à son adoption, différente de celle de son frère. Puis d'une voix plus sombre, le récit changea.

Elle parla de sa sortie en catimini de la maison de son enfance pour retrouver une amie. De son retour chez elle. Du sang. De la terreur qui l'avait submergé. De ses appels désespérés à travers la maison autrefois chaleureuse. Puis elles étaient tombées sur les corps sans vie de ses parents. Ravagés, déchiquetés.

Fanny serra juste les dents à ce souvenir, et d'une voix encore plus basse, elle raconta au jeune homme, sa recherche frénétique de sa jeune sœur. Elle n'avait même pas pensé à appeler les autorités, non, elle cherchait Gwenola, 11 ans, sa petite sœur chérie. Puis elle avait entendu du bruit à l'arrière de la maison, et sans conscience du danger possible, elle avait foncé vers la porte arrière pour tomber sur un spectacle qui hantait encore ses nuits, un souvenir qu'elle n'oublierait jamais.

Le corps de Gwenola était au sol. Immobile, une flaque de sang tellement immense, qu'elle sut à la minute même que toute vie avait quitté l'enfant. Entendant un grondement près d'elle, elle réussit à détacher ses yeux de l'accablant spectacle et tourna la tête pour se trouver face à une créature de cauchemar.

Avant cela, Fanny ne connaissait rien du surnaturel. Mais face à la bête couverte de sang, un visage difforme et des crocs luisants, elle n'avait pu que crier. Le loup garou, car s'en était un, avait commencé à s'approcher doucement d'elle. Pétrifié de terreur, elle fit quelques pas en arrière avant de se trouver dos contre le mur de la maison. Elle avait assisté à sa fin selon elle, pensant rejoindre ses proches sous les griffes du monstre. Elle avait été encore plus paniquée quand une voix gutturale brisa le silence.

- Et bien ma petite étincelle, tu m'as fait attendre. J'ai dû passer le temps vois-tu. Il avait dit cela d'un ton tranchant, ses babines se retroussant, le sang goûtant de sa bouche.

Elle n'avait pas compris sur l'instant pourquoi il l'appelait ainsi, mais elle avait été frappée par le fait que c'était elle que la bête voulait. C'était pour elle qu'il était venu, à cause d'elle que sa famille était morte.

Une larme coula le long de la joue de la jeune fille. Avec un soupir tremblant, fixant le mur devant elle, elle reprit son histoire. Stiles aurait voulu l'arrêter. La prendre dans ses bras. Lui dire que tout irait bien. Mais il devait savoir et Fanny voulait lui raconter.

Elle lui expliqua comment elle fut sauvée. Un coup de feu avait retentit, frappant le loup à l'épaule alors qu'il n'était qu'à quelques mètres d'elle. La bête s'était enfuie sans se retourner. Effondrée au pied de sa maison, elle avait vu deux hommes s'approcher, constater le carnage et tranquillement s'approcher d'elle. Elle les avait écouté, sa tête comme dans du coton, lui dire d'appeler les autorités, mais de ne pas parler du monstre. Ce fut de la bouche d'un des hommes qu'elle apprit l'existence des loups garous.

Ensuite tout avait été très vite. Elle avait été questionnée, longuement. Fanny n'avait pas parlé du loup, ni des hommes. La pensant encore en état de choc, on l'avait laissé tranquille, lui proposant un soutien psychologique. Elle ria amèrement en disant cela à Stiles. Si elle avait réellement raconté les évènements de la soirée, elle savait qu'elle aurait fini en maison de fou. La jeune fille n'avait donc rien dit, l'esprit prit dans une douleur sans borne, revivant les événements encore et encore, sans aucune prise à laquelle se rattacher. Elle n'avait plus aucune famille. Les autorités avaient pris en charge l'inhumation de ses proches et un mandat d'arrêt contre x avait été lancé.

Ce fut deux semaines plus tard que sa vie prit un nouveau tournant. Un des deux hommes l'attendait au bas du foyer de jeunes où on l'avait installé. Ce jour-là elle apprit l'existence des chasseurs et il lui proposa de les rejoindre. Elle avait dit oui. Stiles était étonné que son amie fût une chasseuse, mais il ne dit rien, se contentant d'écouter la suite du récit.

L'homme qui était venu la voir, Marc Mera, venait d'une vieille famille de chasseur. Il bivouaquait avec deux compagnons, deux frères, Andal et Sven, originaire de Russie. Il traquait l'oméga qui avait tué sa famille depuis plusieurs semaines maintenant sans réussir à comprendre son choix de victime. Elle ne leur avait pas parlé du mot « étincelle » qui avait franchi les lèvres du loup. Elle s'était contenter d'écouter, d'apprendre et de s'entraîner. Elle avait obtenu l'émancipation et sans se retourner, était parti sur les routes.

Elle n'avait qu'un seul but, une seule chose la faisait tenir. La vengeance. Marc lui avait promis la tête du monstre, la laissant elle-même mettre fin à la vie de la bête si elle voulait. Et elle le voulait, tellement.

Elle avait donc passé plusieurs mois avec les hommes. Ceux-ci n'étaient pas de mauvais bougres, mais pas des hommes de confiance non plus. Ils la traitaient assez bien, mais n'hésitaient pas à la mettre à terre violemment lors des entraînements qu'ils lui imposaient. Elle savait qu'ils pensaient pouvoir la façonner, que sa haine envers l'oméga pourrait faire d'elle une chasseuse impitoyable. Pourtant malgré sa rage, Fanny ne voulait juste que sa vengeance, rien d'autre. Une fois fait, elle partirait sans se retourner. Mais ça elle le garda pour elle, trompant son monde, apprenant encore plus durement. C'était devenu un besoin vital pour elle.

Puis lors de leur périple, elle avait eu accès à certains écrits, écrits que les chasseurs dédaignaient, parlant de conte de bonnes femmes et de perte de temps. Ce fut dans un livre à la vieille couverture usée, qu'elle lut pour la première fois dans ce contexte le mot « étincelle ». C'était de la magie tout simplement. Selon le monstre, elle l'avait en elle. En parcourant les mots devant elle, elle comprit ce qui avait attiré le loup. Son odeur. Ceux dotés du don, héritait d'une odeur des plus agréables, suave et entêtante.

Cette information ancrée en elle, elle avait commencé certaines expériences à l'insu de ses gardiens. Son don se révélait de jour en jour. Il lui suffisait de croire et cela marchait. Une autre personne qu'elle aurait répété les mêmes gestes n'aurait rien obtenu. Finalement elle réussit à mettre au point une substance camouflant efficacement son odeur. Elle ne voulait plus jamais attirer de problèmes à quelqu'un. L'adolescente avait continué ainsi à se perfectionner en combat, en maîtrise d'arme, en tactique. Elle apprenait vite. Trop vite même. L'étincelle en elle brûlait comme jamais, lui permettant d'acquérir en un temps record des aptitudes mettant des années à se perfectionner.

Les hommes n'y firent pas attention, ou si ils l'avaient fait, n'en firent aucunes remarques, heureux de voir qu'ils avaient misé sur le bon cheval.

Leur alliance s'acheva pourtant assez soudainement. En repérage dans une ville où l'oméga était passé, Fanny, qui depuis le début de la collaboration avec les chasseurs, n'avait pas réellement participé aux diverses traques, fut assigné à une mission de surveillance.

Une meute de loup garou était installée dans la ville. Fanny surveilla quelques jours une mère et ses enfants, ayant du mal à croire que des monstres se cachaient derrière ses visages ordinaires. C'est à ce moment qu'elle comprit. Tous les loups n'étaient pas des monstres. Certains vivaient même en cohésion totale avec l'homme, se faisant discret, s'adaptant au rythme humain, exception faite des soirs de pleine lune.

Ses comparses et elle apprirent que la meute locale avait attrapé l'oméga, le retenant enfermé. Les loups avaient connaissance de la présence des chasseurs en ville et leur offrirent la possibilité de se rencontrer et de leur livrer le loup meurtrier.

Fanny pensait qu'il aurait été aisé d'accepter, sentant son but proche. Mais les trois hommes lui firent part de projets bien différents. Le plus calmement possible, cachant sa colère grandissante, elle les avait écoutés élaborer un plan pour tuer tous les loups présents. Elle avait juste hoché la tête, faisant croire à son accord.

Et c'est muni d'un tout autre plan qu'elle avait parcouru la forêt bordant la ville. Sven était avec elle. Marc et Andal, eux, devaient rencontrer la meute. Le plan était simple, un engin explosif contenant une race assez agressive de tue loup était placé derrière les deux chasseurs, dissimulé dans un fourré. Après avoir balayé la zone avoisinante pour vérifier qu'aucun loup ne traînait, Sven et Fanny devaient rejoindre les deux autres hommes, en étant présentés aux loups comme une arrière garde. Rien d'inquiétant pour la meute en soi.

Les choses tournèrent différemment. Armé d'un pistolet tranquillisant, la jeune femme avait d'abord réduit au silence Sven, inconscient des projets de l'adolescente, l'attachant à un arbre proche, avant de reprendre sa marche vers le lieu de la confrontation.

Arrivée à l'orée de la clairière, près de l'engin explosif qu'elle devait mettre en marche, à savoir placer la minuterie sur 5 minutes après son arrivée, elle coupa l'un des fils et sortit du bois, se dirigeant vers le groupe hétéroclite présent. Les regards se tournèrent vers elle, et, évitant ceux des loups, elle fit un léger signe de tête à Marc, lui faisant croire que le dispositif était enclenché.

Puis doucement, sans se précipiter, elle se glissa derrière les deux hommes, la tête basse, refusant de regarder la meute, qui, elle le savait, l'observait. Avant que Marc ne fasse une remarque quant à l'absence de l'autre russe, elle leva ses deux bras, appuyant les deux pistolets tranquillisants, l'un pris à Sven, sur la nuque des deux chasseurs. Ils s'écroulèrent à ses pieds rapidement.

Fanny attendit quelques secondes et leva les yeux. La meute face à elle, était composée de dix loups, du moins sans compter les enfants et certains adultes restés avec eux. Ils la regardèrent sur leur garde, ne sachant comment composer avec la situation. Et la situation était étrange il fallait dire. Debout face à une meute de loup garou, de nuit, le corps de deux hommes à ses pieds, Fanny prit son courage à deux mains et regardant l'alpha face à elle, parla :

- Ils… Ils voulaient tous vous tué. Elle entendit des grondements retentir aussitôt sa phrase sortie. Avec une certaine témérité, elle enchaîna rapidement :

- Je sais que vous avez passé un marché avec eux. Pour l'oméga.

Serrant les dents à la mention de la bête, elle continua dans sa lancée, plus fortement qu'avant :

- S'ils avaient d'autres plans, personnellement le deal initial me convient très bien. Je ne veux de mal à personne. Juste… Juste donner moi l'oméga… S'il vous plait, livrez-moi le monstre. La dernière partie avait été chuchotée.

Baissant les yeux, ne pouvant soutenir le regard rouge de l'alpha face à elle, elle attendit. Soit sa mort probable peut être ou bien sa libération. Elle tremblait légèrement jusqu'à ce qu'elle sente une main sur son épaule. Délicatement une seconde main saisit son menton et la força à relever la tête. Ses yeux tombèrent dans un regard profond. L'alpha, un grand homme brun robuste, la regardait de ses yeux presque noirs, calmement, sans colère aucune.

- Que t'a-t-il fait enfant? La voix était si grave qu'on aurait dit un grondement.

- Il… Il a massacré ma famille. Les traits de la jeune femme se crispèrent violemment. Mon père… Ma mère… Et ma… ma petite sœur. Elle ne put en dire plus, son souffle se bloquant, sentant ses yeux devenir humide, elle fit un pas en arrière, se détachant du maintien du loup sur son visage.

Expirant d'une manière tremblent, elle demanda simplement:

- Pouvez-vous me donner ma vengeance? Sa posture était rigide, en attente d'une décision qui ne lui appartenait pas.

- Nous pouvons et nous le ferons. La tête de Fanny lui tourna légèrement à l'entente de ses mots. Elle entendit l'alpha lui dire d'attendre avant d'aller chercher l'oméga maintenu non loin de là.

L'appréhension coulait dans les veines de l'adolescente. Elle y était. Sa vengeance était à portée de main. Certains loups étaient restés près d'elle, mais elle ne les regardait pas, se concentrant uniquement sur l'endroit où elle avait vu l'alpha et deux autres loups disparaître. Sortant doucement un long couteau de son dos, le tenant lâchement le long de son corps, elle attendit. Puis au bout de quelques minutes, des bruits surgirent des bois. Et elle vit sans doute possible le monstre apparaître, tenue par les deux loups partis le chercher, l'alpha juste derrière, prévenant ainsi toute fuite possible.

Quand l'oméga la vit, loin de paniquer, il sourit. Elle n'avait jamais vu son visage humain, mais elle savait que c'était lui. La lueur de folie dans les yeux du lycan face à elle démentait tout signe d'humanité. Il fut mis à genou face à elle, souriant toujours il la regarda de haut en bas :

- Mon étincelle! Mais qu'as-tu fait de ton odeur? Une si bonne odeur… Le loup respirait à plein poumon comme pour essayer de saisir la flagrance de la jeune fille dissimulée sous sa mixture magique.

- Tais-toi chien! La voix de l'alpha avait tonné puissamment. Tu es une honte pour notre espèce et cette jeune fille va prendre ce qui lui appartient. Ta vie.

Avisant les regards tournés vers elle, Fanny avait serré le couteau dans sa main plus fortement, faisant un pas en avant, elle regarda le monstre dans les yeux. Une folie extrême y brillait, c'était un loup garou dont l'humanité n'était qu'un souvenir, prenant, pillant, tuant, sans considération pour les autres. La jeune femme savait que la seule chose à faire à présent était d'achever la bête, pourtant elle ne put le faire. Tuer n'était pas le problème, elle voulait le voir mort, mais l'idée d'avoir le sang de ce monstre sur elle, lui était insupportable.

Reculant d'un pas, honteuse quant à sa faiblesse, elle laissa le couteau s'échapper de ses mains.

- Je… je ne peux pas, je ne veux pas… Je ne suis pas comme lui. Les derniers mots avaient presque été criés.

Une voix assez grave à sa gauche retentit doucement :

- Me permets-tu de le faire pour toi ?

Levant les yeux, elle vit un loup d'une vingtaine d'année s'approcher, griffes sortis, les yeux bleus électriques. Regardant le lycan presque douloureusement, elle se contenta d'hocher la tête. Sans attendre, le jeune loup s'approcha vivement de l'oméga à terre, et d'un coup précis, lui arracha la gorge. Le monstre s'effondra dans un gargouillis de sang et Fanny, sachant déjà que rien n'atténuerait la peine dans son cœur, se sentit tout de même plus légère, plus sereine à l'idée que jamais plus il ne tuerait. Elle leva les yeux vers le bourreau du monstre, celui-ci, l'observa un instant, puis s'approchant d'elle, il lui sourit doucement et déclara :

- Moi c'est Spike!

Revenant au présent, Stiles secoua la tête. L'histoire de Fanny était sombre, mais elle contribuait à sa rencontre avec Spike, puis avec Jackson, chose qui n'aurait surement pas eu lieu sans tous ses drames. Le jeune ado se disait que le destin avait des tendances assez cruelles. Chassant ses tristes pensées, il se concentra sur la jeune fille. Fanny était courageuse et franche. Ce n'était pas le genre de personne qui se mentait à elle-même et Stiles aspirait à lui ressembler. Malgré ses épreuves, surtout au vu de ses épreuves, elle croquait la vie à pleine dent, décrétant avoir assez déprimé pour une vie entière et que sa famille n'aurait jamais voulu ça pour elle.

Stiles soupira doucement. Ses propres démons n'étaient rien comparés au sien. Pourtant, une douleur diffuse depuis son départ de Beacon Hill continuait de nicher dans son cœur. Il souriait, mais plus spontanément comme avant, il n'initiait plus de plaisanterie, ses remarques sarcastiques et cocasses n'osaient franchir ses lèvres, comme si son esprit avait honte de son ancien lui. Un ancien lui qui avait été dédaigné, chassé, mis au rencard. Il aimait Jackson, Fanny et Spike. C'était naturel, logique. Mais il n'arrivait pas à se libérer de cette pression douloureuse qu'il avait amenée avec lui de Californie.

La nuit, des visages le hantaient. Souvent Scott. Parfois Lydia. D'autres fois le reste des bêtas. Et Derek, trop souvent Derek. Ce qu'il avait pris pour un béguin, refusant d'admettre l'évidence, était en fait un amour sincère, presque destructeur. Le jeune garçon se demandait si, un jour, il cesserait d'aimer l'alpha, mais ces rêves si nombreux, ne le laissait pas en paix.

Certaines nuits c'était le visage de glace et les mots cruels, parfois un sourire et des mots doux qu'il n'avait jamais entendu mais espéré profondément, d'autres il revivait la scène dans sa chambre avec une toute autre fin. Il avait d'ailleurs été mortifié trois jours plus tôt en se réveillant collé à Spike, qui cette nuit-là était celui qui dormait près de lui, une trique d'enfer pressé contre le loup. Mais le lycan s'était contenté de rire gentiment, disant à Stiles qu'il était si chaud que même les gens endormis avaient envie de lui.

Stiles pouffa à se souvenir. Une qualité qu'il adorait chez le loup blond platine, était sa capacité à rire de tout, même de lui-même. Bien qu'il passe pour vaniteux face aux étrangers, son autodérision et son ironie mordante amusait Stiles, le stimulait, le sortait peu à peu de son carcan de tristesse.

L'hyperactif était agacé de son propre comportement. Les deux loups et la jeune fille mettaient tout en œuvre pour lui, dormant même avec lui à tour de rôle la nuit. Honteusement, il leur avait admis au matin suivant leur sommeil à quatre, qu'il avait beaucoup mieux dormi que toutes les nuits d'avant. Riant légèrement, Fanny, balançant doucement une main en l'air, avait juste déclaré que les coutumes de sommeil étaient les mêmes pour chacun d'eux, et que si son repos n'en était que mieux, alors il ne serait jamais seul à dormir. Depuis lors, il n'a jamais dormi seul.

Stiles se leva assez brusquement du canapé, son hyperactivité reprenant le dessus. Fanny lui avait parlé de l'étincelle et elle pensait qu'il l'avait. Les deux loups avaient confirmé, au vue de la flagrance qu'il émettait. Ce n'était pas lui le jumeau de Fanny, pourtant leur odeur était assez similaire, sentant la nature selon Spike. Mais la jeune femme n'avait rien enseigné de plus à ce sujet au jeune garçon. Sans avoir besoin de le dire, il savait qu'elle attendait qu'il soit prêt. Et pour être honnête avec lui-même, il ne l'était pas. Trop de colère, de rancœur, d'affliction tempêtait en lui.

Décidé à chasser ses sombres pensées, le garçon avança rapidement vers la porte fenêtre, l'ouvrit et sortit dehors. Le temps était assez clément, il faisait froid, mais l'humidité habituelle était remplacée par une légère clarté. Respirant à plein poumon et avisant la forêt face à lui, le jeune homme décida qu'une marche dans les bois ne pourrait que lui faire du bien. Sans hésiter, il avança vers l'orée des arbres situé à quelques centaines de mètres.

Au bout de quelques minutes de marche, Stiles se retrouva entouré par la végétation. Se concentrant sur les bruits environnants, il essayait d'éteindre les sentiments douloureux qu'il ressentait. Pourtant, au milieu d'arbres si semblables à la vaste forêt de Beacon Hill, d'odeurs similaires, la boule qu'il logeait dans le creux de son ventre depuis son départ de la maison Hall, semblait gronder.

Un malaise sourd le prit soudain, faisant chuter son corps au sol. Retombant sur les genoux, Stiles essayait de toutes ses forces de contrôler l'angoisse qu'il sentait couler dans ses veines, pompé dans son cœur, irradié son cerveau. Trop de tristesse, trop de colère. Il ne savait plus, il ne contrôlait plus. Et il cria. Il hurla. Il se brisa la voix. Les larmes ruisselaient sans discontinu sur ses joues, son corps tremblait, ses mains s'enfonçait dans la terre. Il craquait. Enfin.

Combien de temps il clama sa peine, il ne sut pas trop. Ce furent de douces mains sur son dos, un visage qui s'enterre à l'arrière de son cou, une longue chevelure cascadant sur son épaule qui le firent revenir peu à peu à la réalité. La chaleur du corps contre le sien, l'amena à respirer plus profondément. Naturellement il se pencha vers le contact. Ouvrant péniblement les yeux, des spasmes de larmes traversant toujours son corps, Stiles avisa un autre visage face au sien. Tombant dans le regard clair de Jackson, il sentit la boule dans son ventre diminué. La peine était encore là et y serait encore longtemps, mais elle avait pu s'exprimer, déchirer sa prison de non-dit.

Sans un mot, Jackson attrapa l'une des mains de Stiles agrippé au sol et doucement, sans geste brusque, la porta à sa joue. Il mit délicatement son visage au creux de la paume du jeune garçon, couvrant la main de la sienne, comme recherchant son affection. Il sentit des doigts passer tranquillement sur sa chevelure, jouant avec les pointes. Spike. Ils étaient tous là, contribuant à chasser les restants de peine dans son cœur.

Stiles prit une profonde inspiration. Il avait envie d'une chose à l'instant. Un besoin. Son regard toujours dans celui de Jackson, il souffla doucement :

- Peut-on courir? Le loup face à lui, sourit franchement.

- Je savais que tu aimerais monter un loup! La réplique du blond fit rire Stiles, un rire tenu, presque chuchoté, mais sincère.

Jackson se releva, il sentit Fanny, qui n'avait rien dit jusque-là, se détacher doucement de son dos, la main dans ses cheveux s'éloigna et Stiles se retrouva entouré par la meute. Sans perdre de temps, il vit Jackson lui tourner le dos et fléchir les jambes. Aussitôt, comme une habitude innée, le jeune garçon grimpa sur le dos et entoura le loup de ses bras. Tournant la tête, il vit avec étonnement Fanny dans la même position sur le dos de Spike. Elle lui fit un grand sourire et avec une main posée dans les cheveux du loup sous elle, elle cria son autre poing en l'air :

-Hue cocotte! Stiles n'avait aucune idée de ce qu'elle avait dit, mais avisant la grimace de Spike, c'était clairement moqueur.

Les regardant tous deux se mettre en branle, la voix de Jackson interrompit son observation :

- Tu es prêt? La question semblait simple, pourtant aux oreilles de Stiles, pour le repos de son cœur, elle sonna presque existentielle. Et sans hésiter il répondit :

- Comme jamais! Et Jackson s'élança.