Le lendemain de la mort sanglante de l'oméga, Derek avait convoqué une réunion. Il cherchait des réponses quant aux nouveaux acteurs entrés sur la scène qu'était la ville de Beacon Hill. L'alpha était passé voir Deaton en début d'après-midi. Celui-ci n'avait que peu de réponses à offrir au loup, arguant ne pas connaitre ce genre de barrière surnaturelle, n'en ayant même jamais entendu parler. C'était nouveau. Nouveau et dangereux.

La seule chose que le vétérinaire avait pu expliquer au jeune homme était sur le déroulement de l'exécution elle-même. Cherchant rapidement dans un vieux livre ouvragé, il avait poussé un son ravi quand il eut ce qu'il cherchait sous les yeux. Montrant à Derek les quelques dessins morbides représentés, bordés d'une écriture inconnue au loup, le druide avait expliqué calmement, d'une voix détaché, ce à quoi il avait assisté la veille. Cela s'appelait la punition des âmes.

Le châtiment s'abattait sur des personnes dont les crimes étaient considérés comme odieux et révoltants. Repensant au fait que l'oméga avait violé puis tué trois jeunes filles, Derek trouva le choix justifié, bien qu'effrayant.

La punition des âmes n'était pas forcément réservé aux humains, ni aux loups d'ailleurs. Druide, homme, loup garou, tous pouvait être d'un côté ou de l'autre de la barrière. Bourreau ou victime. Elle se déroulait en trois phases. Rependre le sang, briser le corps, libérer l'âme. Le dernier point devait être exécuté par quelqu'un personnifiant les victimes des actions du coupable. Rejouant la scène qu'il avait surpris la veille dans sa tête, Derek comprit la présence de la jeune fille. Elle représentait les femmes victimes des atrocités de l'oméga. Le souvenir de la robe blanche de l'adolescente souillée de sang fit légèrement frémir Derek. Les nouveaux venus respectaient d'anciennes traditions, usaient de rites oubliée, alléguant leur volonté d'honorer la mémoire des âmes disparues.

Deaton insista sur le fait que ce genre de rite était rare, surtout de ce côté-ci du globe. Mais que le fait d'y avoir assisté ne signifiait pas que les hommes étaient un danger. Au contraire même, il traduisait la volonté de justice, certes brutale, mais nécessaire du groupe d'inconnus. Il en déduisit que ces personnes n'iraient pas contre la meute de Beacon Hill sans provocation. Pour autant, l'alpha restait sur ces gardes, surtout quand le vétérinaire ne put expliquer pourquoi aucuns d'eux n'émettaient la moindre odeur. Parlant de faire des recherches, il avait poussé le loup brun vers la porte, en lui signifiant le tenir au courant prochainement de ses possibles découvertes.

Retournant promptement à sa maison, Derek avait attendu le reste de sa meute, réfléchissant sur les nouveaux éléments obtenus plus tôt. A l'arrivée de ses bêtas et des deux jeunes femmes les accompagnant, l'alpha était sur les nerfs. Une angoisse sourde le rongeait, il ne savait pas à quoi cela était dû. Son loup était agité et Derek sentait que quelque chose se préparait.

La réunion avait duré longtemps. Racontant les événements auxquels ils avaient assisté la veille, Derek aidé par Aiden et Ethan, expliquèrent en détail la scène, récoltant des grimaces dégoutées de l'auditoire. L'alpha parla de sa conversation avec le vétérinaire, des suppositions en découlant, arguant le fait que les inconnus étaient entraînés, donc dangereux. L'absence d'odeur mis mal à l'aise ses bêtas habitués à distinguer une myriade de parfum au quotidien.

La barrière surnaturelle fit lever quelques sourcils. Seule Lydia, à la tête des recherches en matières de paranormal, prit quelques notes, organisant ses idées, prête à débattre du sujet.

- Donc ce sont des hommes ? Je veux dire, rien de surnaturel ? Juste de simples hommes. Avait-elle énoncé d'une voix posée.

- Pourquoi ça ? Scott avait parlé vivement.

- Idiot ! S'ils étaient des créatures surnaturelles, il n'aurait pu passer la barrière ! Répondit la jeune fille d'un air pincé.

- En même temps, nous n'avons jamais vu ce genre de barrière, donc comment être sûr ? Avait dit doucement Allison toujours prête à défendre son petit ami.

- Pourquoi ne pas retourner sur les lieux, il n'y a pas d'odeurs d'accord, mais ils ont surement laissé des traces. Demanda Boyd.

- Déjà fait ! Et les traces se perdent après une centaine de mètres. Lui répondit Aiden.

- Je ne vous ai pas dit de faire ça ! La voix de Derek était sévère.

Regardant les jumeaux, il reprit tout de même plus doucement :

- Ces personnes sont dangereuses, vous ne pouvez pas flâner dans la forêt tant que l'on ne sait de quoi il retourne. Puis observant l'assemblée face à lui, dit à tous :

- Je ne veux personne seul, on se déplace en groupe. Aiden et Ethan vous sillonnerez les routes à moto, leurs casques n'étaient pas là pour faire joli. Si jamais vous tombez dessus, prévenez-moi immédiatement. Les autres restez attentif, notez les comportements étranges, ne laissez rien au hasard.

Signalant ainsi la fin de la réunion, Derek avait fait un geste vague de la main, montrant clairement la sortie. La meute se mit en mouvement, ne laissant que Derek, Allison, Scott et Isaac dans le vaste salon. Les deux derniers avaient un devoir commun, la jeune fille quant à elle s'installa simplement dans une des fauteuils du salon, tirant un livre, débutant sa lecture calmement.

Se dirigeant vers sa chambre, Derek espérait que les hommes étranges ne faisaient que passer, attirés par les crimes de l'oméga, mais au fond de lui, il savait qu'il n'y avait rien à espérer de ce côté-là. Il repensa aux gestes des trois hommes lors de la mise à mort du loup. Ces hommes étaient entraînés et synchrones, leur danse macabre parfaitement exécutée. Cela démontrait de forts liens et donc des ennemis redoutables. La seule chose qu'il espérait, était que sa meute ne serait pas une nouvelle fois pris à parti dans un combat qui ne la concernait pas.

Il était presque 20h quand son téléphone sonna. Attrapant l'appareil, il bondit à la lecture du message envoyé par Aiden « Deux d'hier trouvés, à moto, station d'épuration, ne nous ont pas vu, les prenons en chasse, direction Nord, route de Breen. »

Pestant contre les adolescents trop téméraires, Derek descendit au pas de charge au rez-de-chaussée de la maison Hall. Les jeunes présents comprirent immédiatement qu'il y avait un problème. Derek expliqua la situation rapidement et sans pouvoir les en empêcher, observa les adolescents se diriger vers la voiture de leur Alpha.

Fonçant à travers les routes de Beacon Hill, une moto noire avec à son bord deux personnes, essayait d'échapper à ses poursuivants. Les jumeaux donnaient toute la puissance de leur machine, mais la moto devant eux était rapide, sûrement trafiqué même. Pour autant, ils ne cherchèrent pas non plus réellement le contact avec les individus en noir. Derek n'avait pas donné d'ordre. Pourtant l'excitation de la chasse courrait dans leurs veines. L'attitude des inconnus étaient clairement frondeuse, un air d' « attrapes-moi si tu peux » dénotant de leurs actions.

Les trois motos sillonnaient sans aucune précaution les routes sinueuses bordant la ville, prenant à toute vitesse les dangereux virages. Ethan remarqua comment les hommes qu'il pourchassait mouvaient leurs corps simultanément, faisant corps avec l'engin sombre. Il avait aperçu une tâche rouge ornant le dos de la veste du passager, mais la vitesse et l'attention qu'il mettait à sa conduite ne lui permettait pas de cerner le dessin représenté dans le cuir avec détails.

Soudainement, une voiture noire caracola de la droite, renversant presque les fuyards. Après une embardée périlleuse, la moto noire se stabilisa et repris sa course à pleine vitesse. Evitant eux même, le camaro de Derek, les jumeaux la dépassèrent chacun d'un côté. Ils aperçurent l'alpha et Scott à l'avant. Redirigeant leurs regards vers ceux qu'ils pourchassaient, ils accélérèrent, se tenant entre la voiture et les inconnus.

Stimulés par la présence de leur alpha, les deux frères se rapprochèrent du sombre duo. Avec seulement deux mètres les séparant d'eux, Ethan pu enfin discerner les détails du dos visible devant lui. C'était un dessin représentant la mort, cape et faux incluses. Mais la toge du squelette était d'un rouge vif, et sur la lame blanche, des lettres rouges se démarquaient. Plissant les yeux, essayant tout de même d'être attentif à la route, Ethan pu déchiffrer les deux mots écrits « LITTLE RED ». Et bien ça annonçait la couleur au moins.

Brusquement, ils virent « Little red » entouré de ses jambes la taille de son compagnon. Puis, sans qu'ils ne comprennent, le regardèrent se pencher en arrière, presque à l'horizontale de la route, se retenant ainsi à l'homme devant lui. La tête du motard bascula légèrement vers eux. Rapidement les bras de l'inconnu furent en mouvement, se jetant en arrière dans leur direction. Deux sortes de billes rouges jaillirent de ses poings et, sans pouvoir l'empêcher, frappèrent les roues avant des motos des deux bêtas.

L'explosion fut soudaine. Les motos des jumeaux volèrent, les envoyant dans le décor. Derek, qui suivait ses bêtas de près, essayant de trouver un moyen de couper la route des fuyards, dû manœuvrer rapidement pour éviter de taper dans l'un des loups à terre. Il hésita un instant à s'arrêter, mais la colère face au geste de l'homme en noir prit le dessus, propulsant la camaro à sa suite. Regardant dans le rétroviseur, il vit ses bêtas se relever difficilement. Les jumeaux allaient bien, ils guériraient. Leurs motos elles par contre…

L'alpha avait été surpris de la position inhabituelle qu'avait prise le motard, sans comprendre ce qui pourrait en découler. La technique était audacieuse, mais parfaitement maîtrisée, comme longuement répétée. Serrant les mains sur son volant, Derek accéléra.

- Derek, ne t'approches pas autant. Si jamais, il lance encore un de ses trucs. Allison est là. Scott avait parlé d'un ton effrayé, angoissé quant à la protection de celle qu'il aimait.

- Je reste hors de portée, mais je ne compte pas me laisser distancer. Sa voix était tranchante, dure, la colère grondait en lui. Il sentait l'angoisse palpable des jeunes gens présent dans la camaro et regretta un instant de les avoir emmené avec lui. Stupides adolescents bornés.

La moto devant eux filait à toute vitesse, mais la voiture du loup était puissante. Restant en recul, il ne perdait pas de vue les deux hommes. Ils atteignirent bientôt les limites du territoire de Beacon Hill, une vaste étendue d'entrepôt et de chantier se profilant non loin eux.

- Ils vont essayer de nous perdre entre les bâtiments. Isaac avait parlé d'une manière urgente. Comme un fait avéré, les jeunes gens virent la moto tourner, se dirigeant ainsi vers les grandes bâtisses désaffectées, empruntant par ce fait, un chemin impraticable pour une voiture.

Suivant les hommes, entraîné par une rage de vaincre, Derek fit crisser ses pneus en une glissage maîtrisée et prit un chemin adjacent plus adapté. Ils arrivèrent à mi-hauteur des motards, ceux-ci légèrement en contrebas à gauche de leur position. L'alpha vit avec énervement la moto s'éloigner d'eux, puis avisant une ouverture entre deux grillages, il tourna violemment son volant, entraînant son véhicule avec. Passant entre deux bâtiments, ils perdirent de vue les fuyards. A l'écoute, malgré le son du moteur vibrant à ses pieds, Derek perçu le ronronnement de la moto noire plus loin sur sa gauche. Ils prirent ainsi plusieurs tournants, n'apercevant toujours pas ceux qu'ils traquaient.

Se concentrant autant sur sa conduite que sur les sons alentours, Derek ralentit soudainement. Il ne les entendait plus. Soufflant avec agacement, les jointures de ses mains blanches à force de serrer le volant devant lui, le loup roula au pas, essayant de discerner le moindre son. Il abaissa toutes les fenêtres de la camaro grâce à la commande principale près de lui et sillonna doucement les lieux, à l'affût d'un quelconque bruit.

La situation était presque effrayante. Les ombres des bâtiments plongeaient le lieu dans une épaisse noirceur. Le loup garou brun sentait ses bêtas tendus, cherchant également toutes traces des deux hommes.

Après quelques minutes, il stoppa la voiture près d'une palissade, moteur toujours allumé. Réfléchissant qu'en au fait de sortir et de chercher à pied, Derek n'eut réellement le temps d'affiner la question, qu'un moteur rugit de derrière le panneau de bois près duquel il s'était arrêter. Malgré leur vitesse d'action dû à leur don lycanthrope, aucuns d'eux ne put réagir quand l'engin disparu surgit soudainement en haut de la palissade, passant par-dessus le capos avant de la camaro. Ils virent la scène comme au ralenti, incapable de faire autre chose que de suivre la progression, le choc les clouant à leur siège. La moto fit une courbe maîtrisée, les deux inconnus toujours dessus. Puis tout alla très vite, le regard de Derek se posa sur l'homme à l'arrière qui avait pivoté son corps dans leur direction et vit avec horreur, une bille blanche s'échapper de sa main, fonçant vers la fenêtre ouverte près de Scott. L'alpha n'eut le temps que d'apercevoir la moto noire atterrir un peu violemment au sol, mais sans aucune chute de ses deux passagers et tout devint blanc.

Pareil aux flèches aveuglantes utilisées par les chasseurs, une lumière intense frappa l'habitacle de la voiture. Ebloui et confus, Derek, tout comme ses bêtas, sorti maladroitement du véhicule, essayant de calmer ses sens malmenés. N'arrivant pas à se focaliser, il entendit tout de même le son d'un moteur qui s'éloignait à toute vitesse. Peu après, il sentit Allison près de lui, cette dernière beaucoup moins affecté par la situation qu'eux. Une main se posa sur son épaule, la douce voix de la jeune fille lui disant de fermer les yeux, de ne pas lutter, d'attendre. Au bout de minutes interminables, la douleur diminua. Ouvrant les yeux, la vision encore trouble, il discerna ses deux bêtas assis au sol, se tenant la tête. Levant son regard, il constata qu'il n'y avait aucune trace des deux motards. Un grondement profond, presque involontaire, sortit de sa gorge. Ils s'étaient échappés. Et au lieu d'obtenir des réponses à leurs questions, ses dernières s'étaient multipliées.

Le lendemain de la course poursuite, une table du réfectoire du lycée de Beacon Hill était silencieuse. Isaac, Scott et Allison avaient partagé leurs expériences de la veille avec Lydia et Erica. Les jumeaux, eux, ne s'étaient pas présentés en cours, guéris, mais trop énervé quant à la perte de leurs précieuses machines. Les jeunes gens ne parlaient pas, plongés dans leur pensée.

Scott passa une main agacé dans ses cheveux bruns et regarda ses compagnons. Une pensée douloureuse le frappa sans qu'il ne puisse l'empêcher. Avant, même avec toute cette merde qu'il leur tombait dessus, une voix se détachait toujours du silence, parfois sarcastique, dédramatisant ainsi la situation, parfois chaleureuse, redonnant courage. Le jeune loup gémit doucement. Stiles lui manquait affreusement.

Il avait essayé de le contacter, mais ne sachant comment, il avait été voir la seule personne pouvant l'aider. Le père de Stiles. Le shérif. Un shérif en colère d'ailleurs. Vraiment, vraiment en colère. Scott, qui avait toujours été accueilli comme le second fils de la maison, fut bouleversé face à l'attitude froide du père de son ami. Celui-ci ne l'avait même pas laissé parler, n'avait prononcé qu'une seule phrase. Une phrase qui l'avait fait renoncer à toutes tentatives de recherche.

« - Si tu étais son ami, il serait toujours ici. Et si tu es intelligent, tu vas dégager de ma vue avant que je ne décide de m'entraîner à la cible sur ton cul de loup-garou. Si ta « meute » pose le moindre problème dans cette ville, les alphas et la sorcière cinglée seront une sinécure comparé à ce que je vous réserve. » Le mot meute avait été dit avec un réel dédain.

Puis il s'était retourné, entrant dans la maison, sans un regard en arrière. Scott se souvint être resté un moment devant le perron, les larmes lui montant aux yeux, une douleur diffuse dans sa poitrine.

Secouant légèrement la tête comme pour sortir de ses sombres pensées, il sentit une main se poser sur la sienne. Tournant son regard, il avisa sa petite amie qui le regardait tristement. Elle savait à quoi il pensait. Après tout, ils y pensaient tous. Une voix brisa le silence maintenu depuis trop longtemps :

- La réunion de fin d'année craint sérieux! On devait finir à trois heures normalement. Isaac avait parlée d'une voix semblant exaspérée, mais Scott savait qu'il essayait de changer les idées de ses camarades en abordant un sujet moins délicat, plus jeune, plus à leur portée.

- C'est important Isaac, ils vont nous expliquer les choix qui vont s'ouvrir à nous l'année prochaine. Lydia avait répondu calmement, saisissant tout de même l'opportunité de briser l'ambiance morose qui s'était installé.

- Mais on a encore une année pour ça, je vois pas pourquoi ils le font pas à la rentrée de septembre.

- Certaines demandes pour des stages ou des universités doivent être fait pendant l'été. Même s'il reste un an. Tu ne dois pas négligé ton avenir Isaac. Avait répondu patiemment la jeune rousse.

- De toute façon, c'est pas comme si j'allais aller dans une grande école… L'université proche me convient très bien. Tel un enfant faisant la moue, Isaac avait croisé les bras et soufflé d'un air agacé.

Une sonnerie retentit soudainement, annonçant la future reprise des cours. Se levant de leur siège, quittant la cafétéria presque vide, les adolescents se dirigèrent vers leur classe rapidement. L'après-midi passa trop lentement au goût de nos jeunes amis. Pourtant bien assez tôt ils furent réunis dans le grand amphithéâtre du lycée. C'était une vaste pièce haute de plafond, les fauteuils y étaient confortables et une scène se détachait dans le fond. En hauteur, jalonnant la gauche de la salle ainsi que le mur derrière l'estrade, une lignée continue de baie vitrée laissait apercevoir les étudiants qui circulaient à travers le lycée.

Levant la tête, Scott aperçu son professeur de chimie qui se déplaçait rapidement dans le couloir ainsi dénudé. Suivant le mouvement de foule, il s'installa sur un siège, Isaac à sa gauche, Allison à sa droite. Devant eux, Erica et Lydia parlait doucement entre elles. Se préparant mentalement, à une heure de longue souffrance, Scott vit le coach Finstock passer entre les rangées. Faisant s'asseoir les retardataires, il leur donnait du « Oui qui ? » avec pour réponse « Oui coach » même si ceux-ci n'étaient en rien liés au jeu de crosse. Souriant légèrement, le jeune loup se cala plus confortablement dans le fauteuil et attendit la fin de la réunion d'information.

La séance ennuyeuse était presque achevée quant Scott, soudainement, se redressa d'un bond, faisant sursauter les gens autour de lui. Ce n'était pas possible. Il avait mal sentit. Toujours debout, il prit une inspiration profonde, faisant fi des regards étonnés dirigés vers lui. Cette odeur. Il connaissait cette odeur. Depuis des mois il aspirait à sentir cette flagrance unique. Sentant une main saisir son bras, il tourna la tête vers Isaac. Les yeux du jeune bêta étaient écarquillés. Se regardant dans les yeux, ils avaient tous les deux reconnus le parfum qui flottait dans l'air. Stiles.

Avant d'avoir pu réagir à la découverte, une main plus large se posa sur son épaule, le faisant à se rasseoir.

- McCall, il reste moins de 10 minutes, si tu crois que jouer à la gardienne m'amuse, tu te trompes. Donc tu t'asseyes, tu attends la fin comme tout le monde, ou je te fais nettoyer les vestiaires avec ta propre brosse à dent. La voix de Finstock avait claqué, forçant l'adolescent à retourner à sa place.

Allison le regardait intrigué, n'ayant pas de sens de loup comme lui pour comprendre la raison de la tumulte du jeune homme. D'une voix chuchotée, presque par peur de briser le rêve éveillé qu'il vivait, il ne dit qu'un mot :

- Stiles…

Au même moment sur le parking du lycée, une voiture noire était garée, assez éloignée de l'entrée. Appuyé sur sa fidèle camaro, Derek attendait la fin des cours pour ramener Isaac à la maison et Erica chez elle, Boyd ayant fini les cours l'an passé, travaillait maintenant dans un garage en bordure de la ville. L'esprit du loup était loin d'être tranquille. Il ressassait l'événement du soir précédent, ses dents se crispant au souvenir de la fuite des inconnus à moto. Si, la veille, il ne prévoyait pas de réelle offensive à leur encontre, préférant les intercepter pour obtenir des réponses, il savait qu'à présent, l'humiliation cuisante jouait sur son humeur. L'envie de déchirer la gorge des deux fuyards se faisait sentir violemment.

Regardant l'heure, il avisa les cinq minutes restantes avant d'entendre retentir la sonnerie stridente de l'école. Essayant doucement de se calmer, ses nerfs à vif depuis la veille, il détendit ses muscles légèrement et ferma les yeux un instant.

Un ronronnement de moteur le sortit de sa torpeur. Décalant son regard vers l'entrée du parking, il vit une belle Porsche décapotable s'engager dans le lieu. La lumière du soleil frappant le pare-brise, Derek ne discernait pas le visage du conducteur. Roulant au pas, la voiture approchait lentement de la position du loup. Son instinct s'agitant en lui, il inspira profondément. Il connaissait cette odeur. Elle lui était familière, sans pour autant être évidente. Comme une senteur oubliée, quelqu'un du passé. Sur ses gardes, ne sachant à quoi s'attendre, Derek suivit des yeux la progression du véhicule qui tourna dans l'allée où il se tenait.

Plusieurs choses se passèrent simultanément. Trop peut-être pour les jeunes cœurs des membres de la meute Hall.

Dans le lycée, Scott, Isaac et Erica respiraient à pleins poumons l'odeur diffuse qu'ils pensaient reconnaître, ne sachant trop comment réagir, se contentant d'inhaler profondément. Un mouvement en hauteur attira immédiatement le regard de Scott. Une silhouette avançait dans le couloir aérien. Une silhouette avec un sweat à capuche rouge.

Le visage n'était pas visible, le tissu écarlate couvrant les traits du jeune homme. Pourtant Scott sentit son cœur faire un bond. Il ne connaissait que trop bien ce vêtement, il ne pouvait se tromper. Pourtant la peur d'une désillusion douloureuse le fit rester en place, se contentant de suivre du regard la marche du garçon. Ce dernier avançait toujours tranquillement dans le couloir, main dans les poches, d'une démarche souple, inconnu à Scott, ce qui le fit froncer les sourcils et douter de son instinct. Arrivé au bout du couloir, il le perdit un instant de vue au profit d'un petit pan de mur, comme le jeune homme tournait sur sa droite, réapparaissant derrière les baies vitrées devant eux. Comme au ralenti, les loups et les deux humaines, tous ayant remarqué la dégaine familière, retinrent leur souffle quand ils virent la tête du garçon pivoter dans leur direction.

Scott gémit presque, le visage de Stiles venait d'apparaître d'entre la prison de tissu rouge, quelques mèches châtains ressortant doucement. Le regard noisette se posa un instant sur eux, d'un air insondable que Scott n'avait jamais vu sur le jeune hyperactif. Puis, doucement, le jeune humain détourna ses yeux, se concentrant sur sa marche, avançant sans se presser, disparaissant bien vite de leur vue.

Les yeux toujours fixés sur la voiture en approche, Derek se décala légèrement, prenant appui sur ses jambes, ôtant son poids de la carrosserie noire. Il ne savait pas à quoi il s'était attendu, à rien de réellement concret sûrement. En tout cas pas à ça! Passant à vitesse réduite devant lui, un visage bien connu entra dans son champ de vision. Un air princier sur ses traits, les mèches blondes flottant au vent, Jackson Witthemore fit son entrée. Ne tournant même pas la tête vers l'alpha, le jeune homme pilota sa voiture jusque devant les portes du lycée situées à plusieurs dizaines de mètres de Derek.

Hésitant quant à la conduite à tenir, le loup brun regarda l'adolescent éteindre son moteur et sortir lestement du véhicule. Le garçon blond se dirigea tranquillement vers les portes d'entrée. Sans comprendre, il le vit s'arrêter à quelques mètres des marches menant au hall d'accueil, semblant attendre quelque chose.

La sonnerie du lycée perçât l'air. Les jeunes loups, sans attendre leurs amies humaines, filèrent à toute allure, vers l'étage supérieur. Suivant l'odeur émise par Stiles, ils cherchaient frénétiquement toute trace de l'hyperactif. Ce fut le cri d'Erica qui le sortit de sa concentration. Cherchant la jeune femme des yeux, il l'aperçut devant une fenêtre, regardant quelque chose en contrebas qui eut l'air de l'ébranler. S'approchant rapidement de son amie, il jeta à son tour un œil à travers la vitre.

Oh mon dieu. Jackson se tenait là, posé calmement devant les portes. Le choc de la nouvelle lui fit perdre momentanément la raison de sa course à travers les couloirs. Il sentit Isaac derrière lui se tendre, constatant également la présence du loup garou blond au lycée de Beacon Hill.

La suite des évènements, ils peuvent le dire, ils ne s'y attendaient pas. Mais alors pas du tout.

Derek et ses bêtas de leur position respective virent les portes se mettre en branle et une silhouette en sortir. Stoppant en haut des marches, le garçon repoussa doucement sa capuche en arrière, exposant au monde son visage.

L'alpha reconnut l'odeur avant même de voir le visage. Stiles était là. A Beacon Hill. Il était revenu. Son loup hurla en lui à la constatation. Peu sûr de son contrôle, Derek se força à rester immobile, tendant tous ses sens vers les jeunes gens, assistant à une scène qu'il n'aurait jamais pu imaginer.

Il vit le doux visage de l'hyperactif se tendre en un sourire heureux, descendre rapidement les marches et se jeter dans les bras de Jackson. Ce dernier enserra immédiatement le corps de l'adolescent, maintenant fortement contre lui le garçon châtain. Derek et ses bêtas virent avec effroi, le jeune loup enterré son nez dans le cou de l'humain, s'y frottant doucement. Stiles posa une main sur la nuque du sportif et balaya lentement la zone de ses doigts. Délicatement Jackson recula son visage et apposa son front contre celui de l'hyperactif.

- Tu es ok ? Jackson avait posé la question d'une voix douce, une intonation, qu'aucun des loups présent, à l'écoute, n'aurait jamais cru pouvoir provenir un jour du loup blond.

- Ça ira je pense. En entendant la voix tenue de Stiles, Derek, comme ses bêtas, ne put empêcher un léger gémissement de franchir ses lèvres. Cela faisait si longtemps qu'il espérait ce son.

Ils virent Jackson passer une main tranquille sur le visage face à lui, décollant leurs fronts, s'éloignant peu à peu du jeune humain. Comme si c'était naturel, le garçon châtain posa sa main sur celle maintenue sur sa joue, la pressant gentiment.

- Viens. On rentre. Jackson, sans leur laisser le temps de tout comprendre, entrelaça ses doigts dans ceux de Stiles, liant leur main ensemble. Se retournant, il entraina l'autre adolescent à sa suite.

Peu avant d'arriver à la Porsche, ils virent le loup garou se tourner vers le jeune garçon.

- Tu veux conduire ? La question en elle-même était simple, mais ce qu'elle impliquait, en plus de l'échange précédent, finirent d'achever les loups indiscrets.

- Oh Jax! Tu sais comment parler aux hommes. Un sourire lumineux fut dirigé vers le lycan.

- Je sais comment te parler à toi surtout. Le jeune homme avait dit cela simplement, comme une vérité gravée dans la pierre, en haussant légèrement les épaules, un sourire sincère aux lèvres.

Ils entendirent un rire franc venir de Stiles à la réponse de son comparse. Ce dernier jeta ses clés de voiture à l'hyperactif, qui les saisit au vol sans difficulté. S'éloignant l'un de l'autre, Jackson s'approcha du côté passager de la Porsche, ouvrant la portière pour s'y engouffrer, tandis que Stiles fit vivement le tour, préférant sauter par-dessus la carrosserie pour atterrir sur son siège. Sans attendre, le jeune garçon inséra les clefs et fit gronder le moteur, un sourire amusé aux lèvres.

Sourire qui disparut quand il pivota la tête et rencontra le regard de Derek. Ce dernier tétanisé par la situation irréelle, admettant difficilement la présence tant attendu du garçon, choqué par la scène sous ses yeux, observa le sourire de Stiles s'égrener lentement. L'adolescent le regardait gravement. Un regard qui mettait le loup au supplice. Un regard qui repoussait toutes tentatives d'approches. Il vit le jeune garçon détourner ses yeux, fixant son regard droit devant lui. La main de Jackson se leva et brossa doucement la nuque de l'adolescent.

Puis, sans attendre, Stiles propulsa la voiture en avant, faisant crisser légèrement les pneus. La voiture fila vers le côté du parking où une seconde sortie était placée. Impuissant, Derek ne put que suivre des yeux la Porsche et les deux adolescents à son bord s'éloigner à vive allure, s'engageant sur la route, disparaissant de sa vue.

Il entendit une cavalcade près de l'entrée du lycée qui lui fit tourner la tête. Tombant dans le regard perdu de Scott qui venait juste de franchir les portes, il comprit qu'il n'était pas le seul que la situation chamboulait complètement. Ce qu'ils avaient rêvé voir se produire arrivait enfin. Stiles était revenu. Mais pas de la façon dont ils avaient songé… Et il semblait ne pas être revenu seul.