Le sang chaud et frais coulait dans sa gorge, encore palpitant de la vie qui s'en allait de son possesseur. Ce liquide rouge lui donnait de la force, de la puissance. Mais cette même force le détruisait, il le sentait.
C'était ironique plus il vivait, plus il mourrait. Il survivait au détriment d'autres vies. Une sangsue. Il n'était qu'une vulgaire sangsue, qui ne pouvait pas s'empêcher de tuer pour vivre.
Une fois qu'il avait finit de se « nourrir », il enlevait ses crocs, ses dents trop longues pour être considéraient comme des dents humaines, du cou de sa victime. Des fois, un mince filet écarlate coulait des commissures de ses lèvres froides, jusqu'à son menton. Des fois, c'était la dernière fois qu'il prenait le sang de cette personne.
Et la douleur le reprenait, dans sa poitrine qui ne se soulevait plus, dans son cœur qui ne battait plus.
Le liquide rouge qu'il avait dans sa bouche était tout ce qui restait de chaud et de vivant du mort. Un être humain réduit à un buffet pour des non - humains. Des monstres.
Cela le répugnait de prendre la vie d'un autre, de sentir un liquide chaud couler dans sa gorge si froide pendant que la personne mourrait.
Mais c'était ainsi.
Il avait beau garder ses principes, ses notions de « bien » et de « mal », pour lui maintenant tuer était le « bien » puisque c'était ce qui lui permettait de vivre…
Cruel dilemme.
Or si il y avait bien une personne à qui il ne voulait plus s'en prendre, même si il avait faim, c'était Natsuno.
Depuis qu'il l'avait « marqué », il ne lui avait plus pris une goutte de sang. Il arrivait toujours à s'en prendre à une autre personne plutôt qu'au jeune homme.
Pourtant, se soir, il avait faim. Il fallait qu'il se nourrisse. Ce même état d'absence s'était de nouveau emparé de lui. Il le menait où ?
Tohru se contentait d'avancer un pas, puis l'autre, suivant son instinct. Qui le mena prés d'une maison accolée à une forêt. Remarquant qu'il s'agissait de la maison Yuuki, il fut pris d'un mouvement de recule. Non… Pas encore…
Il allait partir, lorsque son estomac se serra. Il avait faim.
Alors il se rapprocha de la fenêtre de l'adolescent. Doucement, comme si la discrétion pouvait effacer sa lâcheté. Il allait taper sur le battant pour l'interpeller, avant de se raviser, encore.
Il ne pouvait pas.
Il s'était alors mis à pleurer, encore. Jusqu'à se que son ancien ami n'apparaisse de derrière un buisson. Comment avait il fait pour ne pas se faire remarquer ? Tout s'était enchaîné. La croix, la course – poursuite dans la forêt, le pieu dirigé vers lui.
La poursuite s'était arrêtée là, le poursuivi faisant face au poursuivant. Il lui ordonnait presque de lui prendre du sang. Il croyait qu'une relation amicale pouvait être mise en place entre « eux » et eux.
Mais c'était impossible.
Ceux qui avaient tué pour vivre, tué par faim et par égoïsme, et qui avait apprécié et recommencé ne pouvaient vivre en compagnie des vivants.
C'était comme si on essayait de faire coexister loups et moutons.
Mais il voulait croire en ses mots. Il ne voulait pas le tuer. Pour s'empêcher de commettre l'irréparable, il s'était détourné et pleurait.
Ils auraient dû s'éloigner.
Il entendait le sang couler dans ses veines, de plus en plus fort, comme un appel. Sa conscience lui échappa au profit de la faim. La faim vorace et sans limites. Il avait faim. Il fallait l'assouvir.
Maintenant.
Le liquide rouge lui brûlait la gorge, la bouche, la langue, qui étaient si froids en comparaison.
Le sang n'avait d'ordinaire pas de goût pour lui, ni d'odeur. Il ne voulait pas s'attarder sur ses tailles là, sous peine de perdre totalement le peu d'emprise qu'il avait sur lui. Alors il s'imaginait qu'il s'agissait d'eau chaude.
Pourtant, ce sang là sautait en une explosion de goûts sur sa langue. Salé était le mot approprié pour décrire l'ensemble. Le sel des larmes.
Il avait une odeur aussi, celle de Natsuno.
C'était enivrant.
Il ne sentait pas que sa victime sous lui commençait à défaillir. Il palissait à vue d'œil. Une faible pression sur ses épaules, et il arrêta de pomper le liquide. Pour ne pas en perdre une goutte, il lécha la plaie laissée par sa morsure, et passa sa langue sur ses lèvres. Il en voulait encore plus.
Mais sa proie s'était évanouie en même temps qu'un torrent de perles ruisselaient sur son visage.
Il avait apprécié de prendre une partie de la vie du jeune homme. Il allait recommencer. Il allait le tuer. Et il était rassasié, pour l'instant. Il aurait préféré rester mort plutôt que vivre ça. Se dire qu'il se sentait bien alors que Natsuno était dans ses bras, inanimé, lui tira un sanglot plus fort que les autres. Une longue plainte déchirante.
Il demandait pardon, inlassablement. Pardon pour avoir cédé à ses pulsions. Pardon d'avoir laissé la faim lui dicter ses actes. Pardon, parce qu'il allait recommencer. Pardon, parce qu'il allait le tuer.
Il ramena le garçon chez lui. Cela faisait la deuxième fois qu'il lui prenait du sang. Le pire était qu'il en voulait encore. Il en prendrait jusqu'à ce qu'une nouvelle mort ne pèse sur sa conscience.
…
Il savait qu'il n'aurait pas dû l'attendre, ni aller le voire. Mais cette détresse dans ses yeux maintenant rougeoyant, cette bouche d'habitude souriante transformée en une moue triste, l'avaient poussé à aller au devant de lui. Au devant du danger.
Il était devenu un vampire mais était resté le même jeune homme qui réparait son vélo. Cette opposition entre les deux personnalités s'était faite voire quand Tohru voulait prendre du sang. Il avait quand même cédé à ses pulsions, et Natsuno était devenu une proie. Mais loin d'en être bouleversé, il acceptait ce fait, il allait même s'en servir. Il avait testé les différentes croyances sur les vampires, à savoir si ils avaient peur de la croix et du pieu. Tout cela marchait. Ils étaient tous les deux au centre de la forêts, l'un voulant vivre, l'autre survivre.
Son ami se nourrissait de lui, et il le laissait continuer. Il voulait lui venir en aide.
Il craignait seulement que cela ne serve à rien, au final. Alors il voulait endurer la peine de son homologue, en plus de la douleur, jusqu'à la fin.
Il espérait créer une entente entre eux. Il avait présenté son bras, acceptant d'être saigné.
Mais lorsque Tohru s'était effondré en larmes, il s'était alors demandé si il pouvait réellement le ramener à la lumière. Il était tiraillé entre tuer et vivre, et ne pas tuer et mourir.
Le blond se releva, et Natsuno prit soudainement peur. C'était le vampire, et non pas son meilleur ami, qui se tenait devant lui.
Son dos heurta douloureusement le sol, accompagné par un cri effroyable poussé par le plus âgé.
Des dents longues percèrent violement sa peau. Du sang coulait de la blessure. Il ne sentait plus rien à part son sang qui coulait en sens contraire. Il n'entendait plus rien en dehors du bruit de déglutition de la gorge du blond.
Un goût acre et ferreux s'installait dans sa bouche, pendant que sa vision se brouillait. Sa tête lui tournait. Il ne pouvait plus bouger.
Avant qu'il ne tombe dans le gouffre de l'inconscience, Tohru enleva ses crocs.
Il n'avait même pas remarqué qu'il l'avait poussé par les épaules.
Un frisson parcourut le jeune Koide lorsqu'il vit l'autre lui lécha le cou, la blessure faite il y a peu, et se lécher les lèvres.
C'était une bête assoiffée de sang qui se tenait sur lui, ses yeux étaient éteints et sombres comme deux puits sans fond. Mais quelque chose changea, et ses mêmes trous d'obscurité se firent plus doux.
Tohru était revenu. Natsuno s'évanouit.
