Ma poupée de glace

Les fleurs sont vénéneuses

La femme est la porte de l'Enfer – Tertullien.

Ma chute commençait tout juste, mais je savais d'ores et déjà qu'elle ne se terminerait jamais. Et d'ailleurs, trouvais-je cette situation déplaisante ? Dans cette chute infinie, son prénom résonnait dans ma tête comme un écho que rien ne pouvait arrêter. Loin de me déranger, ces deux syllabes résonnaient en moi comme une mélodie.

Marion...

Un prénom bien étrange qui n'était certainement pas japonais. J'ignorais ce qu'il signifiait, mais pour moi, il était synonyme de mystère et représentait ma déchéance. Je sombrais dans cet Enfer où Elle m'avait entraîné. Cet Enfer où Elle m'attirait comme pour la délivrer.

Car Elle était prisonnière. De quoi ? Je l'ignorais. Mais ce visage que j'avais déjà croisé avait été marqué par quelque chose de terrible. Je me souvins alors d'une de ces fois où je l'avais vu. C'était dans une forêt où Elle et ses coéquipières s'étaient réunies car elles avaient pour mission d'éliminer nos corps avant que nous ne ressuscitions. Par chance, nous étions revenus à la vie avant qu'elles n'arrivent et avions pu les arrêter. J'avais alors eu le privilège de m'opposer à Elle...

C'est moi qui avait stoppé son fantôme par un mur de glace. Et ce fantôme... Bien sûr ! Pensai-je en sentant une lumière éclairer mon esprit. C'est cette horrible poupée qui lui sert de fantôme !

Cette chose au visage décousu que j'avais vu dans ses bras la première fois que je l'avais rencontré. C'était à l'aéroport de Tokyo où nous avions pris l'avion Over Soul pour aller en Amérique. Je me souviens de ce petit sourire forcé qu'elle nous avait adressé. Son regard exprimait alors un certain amusement. Le même que celui d'une personne qui se retient de se moquer sans parvenir à dissimuler entièrement ce qu'elle pense.

Le fait de revoir son visage avait freiné ma chute. Étrange... Voulait-on que mon supplice dure plus longtemps ? Ou m'étais-je trompé ? Peut-être n'était-elle pas mon Enfer mais bien celle qui pourrait me libérer du poids de ne plus pouvoir aimer... aimer ? Elle ? L'aimer ?

Mon cœur se pinça. Pauvre Damuko ! Elle qui avait souffert tant d'années en silence entant que koropockle car elle m'aimait encore, allait en plus subir mon attirance pour une autre... J'étais décidément monstrueux !

Ma tristesse accéléra ma descente, et alors que je fermais les yeux pour me concentrer et penser à quelque chose susceptible de me rendre heureux, j'entendis un coup de feu. Puis un autre... Et encore un. Combien en entendis-je ? Je l'ignore, mais quelqu'un tirait en rafale. Par réflexe, je me roulais en boule pour me protéger des tirs en attendant que le tireur soit à court de balle.

Malheureusement, je sentis qu'on me redressait sur mes deux jambes, et avant que je ne comprenne ce qui m'arrivait ou que j'ouvre les yeux, une balle m'atteignit en plein front.