Je te regarde
(Luxus Dreyar)


Derrière son bar, Mira ne participe jamais au tumulte ambiant de la guilde. Elle sourit, elle sert, elle essuie, et puis elle recommence, encore et encore, un millier de fois dans la journée. Mais surtout, derrière son bar, elle regarde, Mirajane. Et elle voit.

Natsu et Grey qui se disputent, s'insultent, se bastonnent, cassent deux ou trois tables, et puis se rassoient mine de rien pour discuter, et suivent Lucy en ronchonnant pour une nouvelle mission, défiant quiconque à part Erza de les qualifier d'amis.

Cana qui boit encore et toujours plus, et dont le regard s'embrume dès que quelqu'un prononce le nom de Gildartz.

Carla qui fait la princesse arrogante devant Happy, refuse hautainement ses poissons enrubannés, soupire devant l'enthousiasme débordant de l'Exceed bleu, et sourit tendrement quand celui-ci lui tourne le dos.

Erza qui déguste tranquillement son fraisier, choisit pensivement une mission, boit une tasse de thé avec Juvia, discute avec Bisca, empêche Natsu et Grey de se taper dessus, sourit en envoyant le Dragon de Feu au plafond après une énième demande de duel. Sans jamais ôter son armure.

Le maître qui sourit comme un bienheureux, sa chope de bière à la main, en tee-shirt orné du symbole de la guilde, assis en tailleur sur le bar, et dont le sourire se fige une demi-seconde quand on parle de Luxus.

Lui, assis sur une chaise au deuxième étage de la guilde, caché derrière la rambarde en bois, les pieds sur la table et son casque sur les oreilles, il se fiche bien de tout ce que regarde Mira. Il préfère la regarder, elle, chercher les instants où le démon transparaît sous la face d'ange, l'infime changement d'aura qui marque le passage de l'innocent au démoniaque.

Et puis, de temps en temps, parce qu'il s'ennuie, il regarde aussi - trente secondes -, lâche un sifflement méprisant, se lève et attrape une mission de rang S au hasard, la regarde, elle - dix secondes -, accorde un regard au vieux, revient sur les deux imbéciles qui recommencent à se battre, sourit - une seconde -, et puis s'en va.