Bon, alors là, il y a sûrement des trucs qui vont porter à confusion.
Déjà, la"voix" que Remus entend, en italique, c'est celle du loup. Je pars du principe que le loup et l'humain sont deux "personnes" différentes, et que le loup devient de plus en plus fort à l'approche de la pleine lune. Donc c'est pas que Remus est schizophrène, c'est juste que la pleine lune approche. En plu, vu qu'il y est habitué, à cette présence et à cette voix, il n'y réagit pas, il fait comme si elle n'existait pas, ou du moins, il essaie.
Je pars aussi du principe qu'il (le loup) influence son comportement, et que Remus est donc plus agressif aux abords de sa transformation, même s'il s'efforce de réprimer ses réflexes "animaux".
De même, j'en ai fait un petit garçon très renfermé, et très cynique, même s'il aimerait plus que tout avoir des amis. Par conséquent, il se perd parfois dans des réflexions qui pourraient paraître (en fait, elles le sont probablement) morbides, et qu'on imaginerait pas dans l'esprit d'un gosse de 11ans. Le truc, c'est que Remus a vécu et subi des choses qu'un enfant de son âge ne pourrait même pas envisager, et que son mental s'en ressent.
Note de Fox (la bêta) : Merlin qu'il était long... Le manque de motivation que j'avais aussi. Presque vous l'auriez eu en retard. Ne me lancez pas la pierre, sinon vous l'aurez vraiment en retard la prochaine fois. Vous savez, moi les délais... C'pas mon truc. M'enfin. Enjoy !
Ah oui, et un dernier point : je pars aussi du postulat que les loups-garous ont des sens et des capacités physiques plus développées que la normale. Ma très chère Fox ne supporte pas ce cliché, mais j'ai des tendances de rêveuse fleur bleue, des fois... Et puis j'aime bien l'embêter :) Bwef, z'êtes prévenu(e)s !
Chapitre 8 : Doutes et amitié
13 septembre 1971, 12h16, Grande Salle de Poudlard. J-3 avant la pleine lune.
Remus regarda d'un air distrait les Serpentard, qui protestaient vivement contre la nouvelle couleur de leur peau – jaune – et celle de leurs cheveux – rouge Gryffondor – un air pensif sur le visage.
A coté de lui, Black et Potter se vantaient du mal qu'ils avaient eu à glisser la potion dans les plats de ces « stupides apprentis mages noirs », à moitié écroulés de rire.
Ses sentiments envers les deux garçons – les seuls autres Gryffondor de première année, avec Peter et lui – étaient mitigés. Il les trouvait parfois épouvantablement stupides et immatures, des fois, qu'importe ce qu'en pensait Peter. Mais d'un autre coté, il ne pouvait s'empêcher d'être admiratif face à leur perpétuelle joie de vivre, leur courage et leur insolence lorsqu'ils tenaient tête aux professeurs, leur imagination en matière de blagues... Il se faisait régulièrement la remarque qu'être leur ami devait être absolument génial.
L'instant suivant cette même pensée, cependant, il se rappelait le monstre qu'il était en réalité. Bien qu'il trouve un peu puéril la façon qu'ils avaient de catégoriser les gens de façon si abrupte, cela lui permettait de deviner aisément ce qui lui arriverait s'ils apprenaient son secret, d'une manière ou d'une autre. S'ils se rendaient compte qu'ils partageaient leur dortoir avec une créature sanguinaire capable de tuer jusqu'à sa propre mère, nul doute qu'ils appelleraient immédiatement les Aurors.
Potter avait clamé – la première nuit qu'ils avaient passé à Poudlard, pour les présentations de rigueur entre camarades de chambrée – que son père était très haut placé au Ministère, et qu'il avait déjà fait arrêter « des dizaines de dizaines de sales crétins de mages noirs décérébrés ! ». S'il avait vent du fait que son fils côtoyait un monstre aussi dangereux, nul doute que Monsieur Potter le ferait tuer dans l'heure, sans la moindre hésitation, et que personne ne le lui reprocherait. Pas même Remus.
Il frissonna en se souvenant du traité de Justice Magique qu'il avait déniché à la Bibliothèque, la veille. Étant donné que les lycanthropes étaient classés dans la catégorie des « Créatures Magiques » – du moins à ce jour, l'année dernière, ils étaient dans celle des « Êtres à intelligence presque humaine » – ils étaient jugés et condamnés en tant que tels. Il avait passé la nuit à se retourner dans son lit – qu'il avait insonorisé, Dieu merci – se tordant entre ses draps, pleurant silencieusement pendant que son esprit se faisait une joie morbide de lui rappeler chacun des paragraphes du livre. Il s'était réveillé en sursaut, avec l'impression tenace que la dernière image de son cauchemar était gravée sur ses rétines, et qu'elle ne s'effacerait jamais, même s'il se récurait les yeux au vitriol. Il avait éclaté en sanglots hystériques face à cette idée de lui, agenouillé, la tête posée sur le billot, une hache en argent sifflant vers sa nuque.
- Remus ? Remus, ça va ?
Remus sortit brusquement de ses réflexions sinistres en entendant la voix inquiète de Peter.
- Oh- euh- non, ne t'inquiète pas... J'étais juste- j'étais juste perdu dans mes pensées.
- Si tu le dis. Bah ! Comme dit ma mère, c'est pas grave, l'important c'est de réussir à en ressortir !
- Je suis sûr que ta mère et la mienne s'entendraient très bien, sourit Remus.
Rassuré quant à son état, le petit blond reprit son repas, alors qu'il reportait son attention sur lui.
Peter.
Son ami.
Son tout premier ami !
Ami ? Quoi être, amis ?
Se mordant la lèvre, il lutta, contre l'euphorie enfantine que lui procurait cette pensée autant que contre la culpabilité qui lui serrait le cœur. Il ne se serait pas lié d'amitié avec le garçon si celui-ci n'avait pas été si... simple. Peter n'était pas, pour ainsi dire, très malin, et il ne risquait pas de découvrir son secret.
Il avait vraiment honte de ce raisonnement, mais...
Il était terrifié.
Terrifié à l'idée qu'on découvre le monstre qu'il abritait, qui grognait dans sa tête.
Terrifié à l'idée que le monstre ne réussisse à le faire craquer, comme il s'y essayait depuis des années.
Terrifié à l'idée de blesser quelqu'un, de lui infliger la même malédiction.
Terrifié à l'idée d'être blessé à son tour.
Terrifié à l'idée d'être rejeté, encore une fois.
Le Choixpeau s'était trompé, il était beaucoup trop faible pour Gryffondor. Il était en permanence terrorisé, il était lâche à en pleurer...
Il retint de justesse le gloussement nerveux qui montait dans sa gorge. A moins que ce ne soit un sanglot.
Faible, stupide humain... Sortir, mordre, chasser... Sang, mordre...
Ça ne faisait même pas deux semaines qu'il était entré à Poudlard, il n'avait pas passé une seule pleine lune dans cette bicoque humide, et il en était déjà à vouloir retourner chez lui, la queue entre les jambes... Il était tellement pitoyable...
Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas immédiatement qu'il serrait son verre à tel point qu'il lui explosa dans les mains, enfonçant des morceaux de verre et de métal dans sa peau.
- Remus ? Remus, tu m'inquiètes vraiment, là !
Il se leva brusquement, et repoussa tout aussi violemment la main tendue de Peter. Trop nauséeux pour s'en excuser, ou même pour s'en rendre compte, il se força à relâcher sa prise, laissant les restes d'or et de verre retomber sur la table. Puis, sous les regards stupéfaits du reste de la tablée, il se précipita à l'extérieur de la salle, courant dans son dortoir avant de se jeter sur son lit et d'en refermer les rideaux.
Il y passa l'après-midi – il n'eut définitivement pas le courage de retourner en cours – sa main pressée contre lui, à sangloter désespérément en se maudissant. Peter ne voudrait plus l'approcher, maintenant, il n'avait pas pu manquer la sauvagerie dans ses yeux, et il était presque sûr qu'il avait grogné ! En plus, il avait séché les cours, malgré tout le mal que s'était donné le professeur Dumbledore pour qu'il puisse y assister ! Les pleurs qu'il avait fini par réussir à calmer reprirent de plus belle–à l'approche de la pleine lune, il avait de plus en plus de mal à garder ses émotions sous contrôle.
Pourquoi ? Pourquoi n'arrivait-il jamais à être normal ?
X.X.X.X.
A l'heure du dîner, il se résolut à descendre aux cuisines pour manger. Sa transformation était trop proche pour qu'il puisse se permettre de ne pas emmagasiner le plus de calories possible. C'était d'ailleurs dans ce but que le professeur McGonagall les lui avait montré. Ses parents lui avaient expliqué qu'il devenait irritable et asocial à cette période, quel que soit ses efforts pour se contrôler.
Ce n'était jamais qu'une preuve supplémentaire qu'il n'était et ne serait jamais normal...
X.X.X.X.
Alors qu'il reprenait le chemin de son dortoir, le ventre et les poches remplies à ras bord de tout le chocolat dont l'avaient gavé les Elfes, il entendit des bruits de conversation.
Il pensa d'abord à passer son chemin, peu désireux de se faire remarquer, lorsqu'il nota deux faits importants.
Premièrement, le ton était loin d'être pacifique. Son audition, plus développée que celle des humains normaux, lui permit de distinguer des insultes, notamment « Sang de Bourbe » et « Traître à ton sang ».
Deuxièmement, il reconnut presque immédiatement les voix de Black et Potter, et - et ce point le figea pendant un bref instant - celle de Peter. Au vu des paroles échangées, il se fit rapidement une idée de leurs interlocuteurs, et avant de se rendre compte de ce qu'il faisait, il courait déjà vers la dispute.
- Alors, Sirius ? Que pense-tu gagner, à protéger un Sang de Bour-
- Ferme-la, Lucius ! Il vaut cent fois plus que tu ne pourras jamais espérer valoir, toi et ton précieux sang bouffé par la consanguinité !
- Comment ose-tu ! la voix hautaine avait sifflé ces mots, commençant apparemment à perdre son calme. Être l'héritier des Black ne te sauvera pas cette fois-ci !
Remus arriva au coin du couloir au moment où le Serpentard – mais comment avaient-ils pu être assez stupides pour se mettre un Septième Année à dos ? Il y avait une différence entre le courage et l'inconscience ! – brandissait sa baguette et commençait à cracher un sort – et probablement pas un simple expelliarmus.
Mû par un instinct que d'aucuns auraient qualifié de très Gryffondor – ou de parfaitement idiot – il se jeta devant Black, en même temps qu'un rayon d'une inquiétante couleur verdâtre jaillissait de la baguette de Lucius Malefoy.
La partie Serdaigle de son cerveau dont avait parlé le Choixpeau se réveilla à cet instant, et il invoqua le bouclier qu'il avait appris dans le manuel de DCFM offert par ses parents – il se jura de les en remercier à nouveau dès que possible.
Sans laisser le temps à Malefoy ou à ses sbires de réagir, il enchaîna avec un sort de désarmement, qui prit le blond au dépourvu. Volant en arrière, ce dernier fut rattrapé de justesse par l'un des septième année qui l'accompagnaient – Wilkes.
Remus saisit la baguette qui volait vers lui avec sa main libre, grimaçant à peine lorsque ses doigts – qu'il n'avait toujours pas soigné – l'élancèrent. Il lui avait déjà infligé bien pire... Il sourit légèrement en voyant l'air mi-surpris mi-furieux du septième année, qui n'avait pas imaginé qu'il puisse essayer de lui tenir tête, et encore moins qu'il en soit capable. Son sourire s'évanouit cependant en même temps que le Préfet se reprenait.
- Toi... N'espère même pas t'en tirer ! Un misérable demi-sang comme toi, inutile et méprisé, même par ceux de sa propre Maison..., sa voix était tremblante de rage, et il désigna Peter d'un geste dédaigneux. Cet imbécile ne s'est approché de toi que parce que tu es plus pathétique encore que lui, et maintenant tu joues les héros ?
Insolent ! Faible, sortir, venger, respect, mordre ! Humain, proie, mordre !
Son air moqueur s'accentua comme Remus pâlissait, et que ses acolytes l'encadraient à nouveau. Il reprit d'un ton mielleux et faussement compatissant.
- Oh ? Tu ne t'en étais pas rendu compte ? Ton petit manège de tout à l'heure, dans la Grande Salle, a juste confirmé ce que toute l'école savait déjà, Lupin : tu es complètement taré. Le sang pourri qui coule dans tes veines t'a détraqué la cervelle !
- Tu sais, je pense plutôt qu'il réfléchissait à votre stupidité profonde, et que ça l'a tellement dégoûté qu'il n'a pas supporté de rester dans la même pièce que vous, intervint une voix légère et faussement songeuse.
Remus sursauta violemment en voyant Black s'avancer à ses côtés, accompagné de Potter. Ils l'encadrèrent tous deux, comme pour le protéger à leur tour. Il regarda derrière lui, et eut un pincement au cœur en constatant l'absence de Peter.
- Contrairement à vous autres mages noirs, tu vois, chez les Gryffondor, le fait d'être un attardé bouffé par le racisme ne garantit pas la popularité, renchérit Potter. De la même façon, être discret et studieux ne signifie pas qu'on est un raté.
Studieux et discret ?
Potter et Black n'étaient-ils pas censés être comme tous les autres, ne le voyaient-ils pas comme un garçon étrange et infréquentable ?
Il se rendait bien compte, de tous ces regards dédaigneux et moqueurs qu'on lui lançait ! Il les entendait, les commentaires désobligeants, chuchotés dans son dos, et tus à son passage ! L'asocial de Gryffondor, le garçon aux yeux effrayants, à la voix bizarre, aux vêtements miteux et au matériel d'occasion, la gamin qui parle tout seul...
Comment auraient-ils pu comprendre ? Comment auraient-ils pu comprendre que sa solitude lui était imposée, que ses yeux étaient ceux de l'Autre ? Que le timbre rauque de sa voix venait de ses hurlements, que sa gorge ne guérissait jamais avant la pleine lune suivante ? Que l'usure de ses affaires venait du manque d'argent de ses parents, toujours obligés de payer pour lui ?
Et surtout, comment auraient-ils pu comprendre qu'il ne parlait pas tout seul, puisqu'il ne le laissait jamais en paix, que c'est àlui qu'il s'adressait ? Qu'il essayait en permanence de résister à la présence qui appuyait à l'arrière de sa tête ? De faire taire cette voix, sa voix, qui résonnait à la lisière de sa conscience, lui susurrant de tuer tous ceux qui osaient leur manquer de respect, qui osaient remettre en cause sa supériorité ?
Faibles..., sifflait-elle.Inférieurs, proies, humains... Sortir, mordre, sang, chasse...
Qu'est ce qu'il pouvait la haïr, cette voix qui apparaissait à l'approche de la pleine lune, devenant de plus en plus forte, jusqu'à prendre le dessus, invariablement...
Il détestait la solitude, vraiment, mais il détestait encore plus l'idée de blesser quelqu'un, alors il restait dans son coin, seul et silencieux. Désespérément seul.
Comme cela lui arrivait souvent, à partir d'un fait relativement anodin, il était tombé dans des réflexions sinistres et morbides. Il ne lui avait pas fallu cinq secondes pour remonter à la surface tous les doutes qu'il ressassait depuis des années, sans jamais réussir à s'en défaire. Toutefois, le grésillement d'un sort s'écrasant contre un bouclier et la voix goguenarde de Malefoy le réveillèrent aussi efficacement qu'un seau d'eau glacée en pleine figure.
Chasse ? Mort, sang ? Sortir ? Lune ? Mordre ? Mordre !
La « discussion » s'était envenimée pendant son « absence », et les sorts commençaient à jaillir des deux côtés. Malgré tout leur talent en Sortilèges, Black et Potter n'étaient pas de taille à affronter trois Serpentard d'années supérieures, et ils s'étaient retranchés derrière un bouclier que leurs opposants s'acharnaient à tenter de détruire.
Remus ayant toujours été fin stratège, il analysa la situation, et passa en revue tous les sorts qu'il connaissait. Il lui fallut moins d'une seconde pour ne retenir que ceux qu'il saurait lancer. Dans le même temps, il fit un pas vers les deux garçons, qui s'étaient probablement avancés pour le protéger. Une boule de chaleur se logea dans sa poitrine à cette idée.
- A mon signal, abaissez le bouclier, chuchota-t-il.
- Ah, réveillé ? s'enquit Black. Et, baisser le seul truc qui nous protège, tu plaisantes, là ?
- Faites-moi confiance !
Confiance ? Inconnue. Confiance ? Quoi être, confiance ?
Remus se mordit les lèvres dès que les mots les eurent passés. Lui faire confiance, vraiment ? Qui serait assez stupide pour-
- Après tout, c'est pas comme si on avait une autre solution. Allez, Rem' va-y, épate-nous !
Que- ?Rem' ? Et... ils lui faisaient confiance ? Comme ça ? Il sourit timidement, tandis qu'il s'avançait, déterminé, et leva sa baguette. Le morceau de bois fendit l'air gracieusement, y traçant un glyphe invisible et alambiqué.
- Maintenant !
Aussitôt, le dôme lumineux disparut, au moment où Remus prononçait la formule d'une voix claire et assurée. Sa voix ne trembla pas une seconde, et les effets du sort se firent voir aussitôt. Dans un « bonk! » sonore, les trois Serpentard s'écroulèrent au sol en ronflant comme des bienheureux. Black se tourna vers lui, visiblement impressionné.
- Waow ! Comment t'as fait ?
- C'est aussi ce que j'aimerais savoir, messieurs !
Ils se retournèrent brusquement vers le professeur McGonagall, qui les toisait de son éternel regard sévère. Remus en était à se demander ce qu'elle faisait dans ce couloir qui, de ce qu'il en savait, était peu passant, lorsqu'il vit quelqu'un se glisser à côté d'elle, un sourire timide sur les lèvres.
Peter.
Remus se sentit honteux, il ne les avait pas abandonné, il était juste allé chercher du secours ! Loin de se préoccuper du petit blond cependant, Black et Potter commencèrent aussitôt à expliquer leur « implication héroïque qui méritant au bas mot une centaine de points. Au moins. »
- Monsieur Lupin ? Pourriez-vous expliquer la de façon plus réaliste ?
- Euh- je- en fait je- je passais dans le couloir et je- j'ai entendu du bruit, balbutia Remus. J'ai- je me suis approché, et j'ai vu Potter et Black qui se disputaient avec Malef- des Serpentard, et je crois qu'ils défendaient Peter parce que je- j'ai entendu des insultes et – je crois que Malefoy a dit Sang de bourbe – ils ont -euh, les Serpentard- sortis leurs baguettes, alors j'ai décidé d'aller les aider – pas les Serpentard, hein, je- enfin Potter et Black, j'veux dire – sauf qu'ils – les Serpentard, pas Black et Potter – et donc on allait perdre, mais je me suis souvenu d'un sort que j'avais lu, et donc voilà.
Stupide, chétif humain... Sortir, loup fort, sortir, mordre...
A la fin de sa tirade, Remus s'arrêta, écarlate, et le souffle court. Potter et Black avaient un sourire légèrement moqueur aux lèvres, et McGonagall elle-même semblait amusée de ses explications embrouillées. Peter, lui aussi maladivement timide, affichait un air compatissant.
- Je vois. (Elle agita sa baguette, et les trois Serpentard s'élevèrent aussitôt, flottant à une cinquantaine de centimètres du sol. Remus se demanda vaguement si elle ne les réveillait pas par vengeance, avant de se dire que ça n'était pas le genre du professeur McGonagall...) Ce sera donc 50 points de moins à Serpentard pour usage de la magie dans les couloirs, qui plus est contre des cadets. 20 points en moins pour Gryffondor, pour avoir répondu à la provocation-
- C'est pas juste !
- Laissez-moi finir, Monsieur Black. 20 points Gryffondor, donc, Monsieur Lupin. Autant pour votre courage que pour votre sort, parfaitement exécuté. 15 aussi pour Monsieur Pettigrew, pour avoir eu le réflexe d'aller chercher un professeur, et 10 autres à vous deux pour avoir protégé Monsieur Pettigrew. Félicitations, messieurs, et n'oubliez pas d'aller faire soigner votre main, Monsieur Lupin.
Là dessus, elle fit demi-tour, les Serpentard flottant à sa suite, laissant derrière elle les quatre garçons complètement abasourdis.
- Wow. Je rêve ou elle a réussi à nous récompenser tout en préservant son image de prof sévère et impartiale ? finit par demander Potter.
- Pas important, Black avait un grand sourire sur la figure lorsqu'il se retourna vers Remus. Le plus important, c'est que Remus nous a sauvé la mise !
Remus se crispa lorsqu'une vague de jubilation manqua de le submerger. Il était visiblement ravi du respect qui éclairait maintenant le visage des deux Sang Pur.
Respect, obéissance... Faibles, inférieurs, mordre, Alpha... Meute, mordre, chasser, mordre, dominer...
Serrant les dents, il détourna l'attention vers Peter, qui rougit vivement.
- Peter aussi. Il nous a permis de gagner une vingtaine de points.
- Et bien je- je voulais aider, vraiment, mais je- je suis nul en Sortilèges et en Défense, alors je me suis dit que si je restais, je serais juste un poids, et alors je- je, enfin voilà, quoi...
- C'était une excellente idée, tu sais ? (Remus se sentait encore coupable de la façon dont il l'avait traité, et le réconforta donc en ignorant sa voix, au fond de sa tête, qui grognait et hurlait "Lâche, faible, proie, tuer, manger, mordre, sang, mordre, chasser, sang, mordre...".) Potter et Black ont gagné des points, certes, mais c'est grâce à toi.
- Sirius, les interrompit ce dernier, alors que Peter allait répondre.
- Que- ?
- Ce qu'il veut dire, Rem', c'est que les amis s'appellent par leurs prénoms !
Remus regarda Potter comme s'il venait de lui annoncer que la lune venait de disparaître à jamais. C'est à dire avec la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés.
- Les- les amis ? Vous- vous voulez être mes amis ? Vraiment ? Avec moi ? Même- même après ce qui s'est passé à midi ?
- Bah ! Potter – James ? – écarta l'argument d'un geste négligent. On a tous nos petites excentricités !
- Et encore ! Tu verrais James, il passe un demi-heure tous les matins, à essayer de se peigner ! Pour ce que ça sert...
- Ha ha ha, hilarant, Sirius... Si je n'avais pas peur de le faire fuir, je lui parlerais de ton dragon en plastique... Alors, reprit Potter en se retournant vers lui. Amis ?
Amis ? Quoi être, amis ? Amis, confiance, amis ? Quoi être ?
Remus ferma les yeux un instant. Cette décision, il voulait – il devait – la prendre seul.
Des amis... Il en avait rêvé toute sa vie ! Mettant de côté sa conscience et l'Autre, il allait accepter, lorsqu'il vit Peter.
Il se tordait les mains, l'air à la fois résigné et faussement insouciant de celui qui sait qu'on va l'abandonner. Cet air, Remus le connaissait parfaitement, pour l'avoir lui même arboré de nombreuses fois, feignant de n'accorder qu'une moindre importance aux grimaces dégoûtés des mères qui éloignaient leurs enfants de lui. Cet air qu'on arbore, quand on prétend aimer sa solitude, qu'elle ne nous a pas été imposée, qu'on l'a choisi. Il savait parfaitement le sentiment d'injustice qui étreignait alors le cœur, et Peter ne l'avait pas mérité.
- Peter aussi ?
Les deux garçons le regardèrent d'un air surpris, tandis que Peter le fixait comme s'il était le Messie.
- S'il vous plaît ? sa voix s'était faite timide en remarquant l'hésitation de Potter et Bla – James et Sirius.
James et Sirius qui, après s'être concertés un instant du regard, haussèrent les épaules et sourirent.
- Comme on dit, plus on est de fous, plus on rit ! James, Sirius, Remus et Peter ! Je sais pas vous, mais je suis sûr qu'on va bien s'entendre !
Donc ? Verdict ?
