Heya ! Valà, le chapitre 9 ! On approche doucement de la révélation -qui va s'étaler sur 4 chapitres !

J'espère que vous apprécierez !


Chapitre 9 : Craintes et remords

06 Novembre 1972, dortoir des Seconde Année de Gryffondor. 21h37. Nouvelle lune.

Depuis plusieurs jours, l'entente entre eux semblait se dégrader. Ou du moins, l'ambiance entre Remus et eux semblait se dégrader. Depuis la dernière pleine lune, ils étaient... étranges. James s'était brutalement éloigné, il était devenu beaucoup plus froid avec lui, tandis que Sirius semblait hésiter entre sa relation presque fusionnelle avec lui, et les sentiments fraternels qu'il éprouvait à l'encontre de James. Peter, lui, était celui qui montrait le plus son dilemme, déchiré entre la profonde reconnaissance qu'il avait pour Remus, le premier à l'avoir traité comme un égal et comme un ami, et l'admiration sans bornes qu'il ressentait pour James.

Blotti sur le rebord de la fenêtre du dortoir, Remus appuya son front contre la vitre froide, et se perdit dans la contemplation du ciel de novembre.

C'était la nouvelle lune. Il adorait cette période du mois, l'absence de l'éclat lunaire lui garantissait toujours deux jours et deux nuits entières de paix intérieure. Le seul moment du mois où il pouvait vraiment être lui-même, où il était absolument seul dans sa tête. La voix de l'Autre était réduite à un bourdonnement diffus qu'il ignorait facilement, et qui lui laissait pendant quelques temps une douce impression de normalité.

Cela dit, ce havre de paix était troublé par une question, qui tournait en boucle dans sa tête, sans qu'il arrive à calmer les battements affolés de son cœur.

Savent-ils ? Ont-ils tout deviné ?

La tension s'était installée à la pleine lune précédente. Lorsqu'il était revenu de l'infirmerie, encore enturbanné dans des mètres et des mètres de bandage, il n'avait pas été accueilli selon le rituel étrange qui s'était peu à peu installé.

D'habitude, ils s'efforçaient de ne pas regarder avec trop d'insistance ses pansements. Sirius lui demandait d'une voix dégagée si sa visite s'était bien passée, si sa mère se remettait de sa crise d'appendicite – une excuse lamentable, mais il n'avait jamais été doué pour mentir. Un comble, pour un loup-garou – pendant que James racontait ses dernières tentatives de séduire sa "Lily-jolie" en ajoutant diverses idées pour humilier Rogue – Remus n'était pas vraiment d'accord avec ce dernier point, mais il n'osait jamais protester...

Et alors qu'il s'effondrait sur son lit avec un sourire gêné, Peter s'asseyait à côté de lui. Il prenait soin de ne pas toucher ses côtes douloureuses et meurtries, sans toutefois poser la moindre question, et déposait sur sa table de chevet quelques gâteaux et friandises. Il précisait ensuite de sa petite voix timide qu'il les avait récupérés en cuisine en pensant qu'il aurait peut-être faim, juste pour meubler le silence. Remus souriait encore, et d'une voix plus rauque qu'avant son départ, il disait qu'il avait plus envie de fruits – sa gorge était encore trop sensible pour avaler des biscuits, aussi bons soient-ils. Avec un air indiquant qu'il était fier de lui pour l'avoir prévu, Peter plongeait alors la main dans la poche de sa robe, et en sortait une banane, une pêche, une poignée de framboises ou de cerises... Il variait de mois en mois, mais faisait toujours attention à ne lui donner que des fruits tendres et juteux, qui glissaient dans sa gorge sans la blesser d'avantage.

Il le remerciait, les yeux soudain moins tristes qu'à son entrée dans la pièce, et mangeait alors le présent avec des gestes lents, soucieux de ne pas trop solliciter ses articulations fatiguées, évitant de penser aux regards songeurs que ses trois amis posaient sur lui. Ensuite, il les remerciait tous – autant pour leurs attentons que pour leur silence – et se réfugiait sous le couvert de sa couette, trop épuisé pour se traîner jusqu'aux douches, où même pour prendre la peine de se déshabiller.

Alors, et même si le soleil n'était pas encore tout à fait couché, ils faisaient de même. Sirius refermait les rideaux de son lit, comme pour le mettre à l'abri, après que James ait posé sur son lit les cours qu'il avait manqués. Il lâchait quelque chose du genre « C'est Lily qui te les as pris. Elle est tellement serviable, et gentille, elle est merveilleuse, non ? » (en effet, Sirius étant apparemment incapable de prendre un cours en entier, et James et Peter d'écrire lisiblement, Lily s'était proposée de le faire. Face au regard ému qu'avait posé James sur elle, elle avait précisé d'un ton dédaigneux que Remus ne méritait pas de rater ses études à causes de ses « crétins d'amis ». James utilisait le prétexte de récupérer lesdits cours pour lui parler régulièrement, sans que jamais ses multiples refus ne lui fassent perdre espoir.). Peter ajoutait qu'il avait préparé son sac pour le lendemain, et sa perpétuelle maladresse ne l'empêchait pas de le faire correctement -alors qu'il oubliait toujours ses propres livres, encriers, plumes, et autres affaires, jamais Remus n'avait eu à déplorer le moindre manque de matériel lorsqu'il lui avait préparé son sac.

Le lendemain, ils faisaient tous les quatre comme si de rien n'était, bien que les trois garçons se montrent plus attentionnés qu'à leur habitude, veillant pendant quelques jours à ce que Remus ne manque de rien, jusqu'à ce qu'il se soit assez remis pour que tout redevienne normal. Jusqu'à la fois suivante.

Paradoxalement, cette situation blessait Remus autant qu'elle lui plaisait. Cet accord tacite de laisser les choses en l'état, cette acceptation silencieuse de ne pas chercher à comprendre, cette amitié inébranlable qu'ils lui offraient lui réchauffait l'estomac, y logeant une petite boule de bonheur chaleureux qui calmait l'Autre, même quand il était furieux. Pour la première fois, il était apprécié malgré ses bizarreries, intégré dans un groupe soudé malgré ses secrets, pardonné malgré ses mensonges... Mais c'était aussi ce qui, souvent, lui donnait envie de se rouler en boule sur le sol, et de crier tout ce qu'il avait sur le cœur, de pleurer en leur avouant toute la vérité, et de les supplier de le pardonner. Les voir aussi compréhensifs vis-à-vis de ses hésitations à leur faire pleinement confiance le rendait heureux autant que ça le rendait honteux. Jour après jour, cette situation le torturait, et le secret qu'il protégeait en permanence mettait ses nerfs à rude épreuve. Dernièrement, il s'était même surpris à souhaiter être découvert, ne serait-ce que pour être déchargé du poids qui pesait sur son dos et affaissait ses épaules.

S'il avait su ! S'il avait su à quoi ressemblerait la situation si son vœu se réalisait, il aurait peut-être été moins rapide à l'émettre !

Il avait cru qu'un étau glacé se refermait sur lui lorsqu'il était rentré dans son dortoir. Il boitait légèrement, car malgré les efforts de Madame Pomfresh, son genou était trop abîmé, après qu'il l'ait violemment mordu. Pourtant, aucun d'eux n'avait semblé vraiment s'en soucier.

Sirius avait, comme à son habitude, pris des nouvelles de sa grand-mère – qui, bien qu'elle soit morte l'année précédente, avait attrapé la Dragoncelle. Remus était vraiment nul pour les excuses – quand la voix de James avait claqué.

- Elle va bien, si elle a réussi à revenir du tombeau où elle a été enterrée en décembre dernier... C'est quoi, aujourd'hui ? Tu es tombé dans les escaliers ? Ou elle a refermé la porte quand tu était derrière ? Ou alors tu t'es blessé tout seul ? Tu es tombé de balai, comme le mois dernier ? Alors que tu as le vertige ? C'est le chien que tu n'as pas qui t'a attaqué ? Celui des voisins que tu as avoué la semaine dernière ne pas avoir non plus qui t'a mordu ?

Le silence s'était abattu dans la pièce comme une chape de plomb, et Remus avait soudainement remarqué son air furieux, les coups d'œil très peu discrets que Sirius jetait à la longue cicatrice blanchâtre qui courait sur sa clavicule, et qui dépassait de la chemise qu'il avait oublié de boutonner jusqu'en haut. Sans compter Peter, qui se tordait les mains de façon convulsive, une expression mi-inquiète mi-terrifié sur le visage.

C'est ça qui, plus que tout le reste, l'avait fait craquer. Plus que le visage de James, où la colère froide avait remplacé la joie et la sollicitude habituelle, plus que les yeux de Sirius, plus que ces deux prunelles acier qui semblaient lui hurler « Je sais tout ! ».

La peur sur les traits de Peter, la crainte qui y avait remplacé la gentillesse et la timidité.

Bafouillant quelques mots inintelligibles, il s'était rué dans son lit et en avait refermé les rideaux, en bégayant qu'il était très fatigué. Mais même la fuite, James la lui avait refusé.

- Fatigué de mentir, Lupin ?

L'emploi de son nom de famille lui avait donné envie de pleurer.

Là dessus, la porte avait claqué, brisant l'espèce de silence funèbre qui régnait jusqu'alors, et James – Potter ? – était sorti du dortoir, suivi après quelques instants d'hésitation, par Sirius et Peter.

Serrant les dents, il avait enfoui sa tête sous son oreiller, et seul l'épuisement causé par la transformation lui avait permis de s'endormir.

Le lendemain matin, le dortoir était déjà vide quand il s'était réveillé, et, l'état désastreux de ses nerfs aidant, il avait fondu en larmes en voyant la pile de feuilles manuscrites– et c'était l'écriture de Sirius ! – et les abricots qui l'attendaient au bout de son lit.


Bon, alors, question rituelle : Z'en avez pensé quoi ? N'hésitez pas à laisser une review, hein !

La semaine prochaine, on aura la réaction de James quant au secret de Remus, j'ai l'intention de faire la même chose pour les 3 autres Maraudeurs, et de revenir ensuite au PoV de Remus.

Avancée de l'écriture : 11 chapitres d'écrits et tapés, le douzième est en cours de réflexion.

Chapitre 10 : Introspection et révélation