Chapitre 15 : Terreur et fuite

Vendredi 25 avril 1975; 20h34

Remus se laisse tomber sur le lit défoncé de la Cabane Hurlante avec un soupir las. Lorsqu'il entend l'Infirmière redescendre dans le tunnel, il commence, comme chaque mois, à se déshabiller, pour ne pas pas déchirer pendant sa transformation le peu de vêtements décents qu'il a encore. Il les plie soigneusement, d'un geste rodé par l'habitude, avant de les ranger dans la cache que Dumbledore a aménagé dans un coin de la pièce, derrière le mur. Elle est protégée par des sorts qui s'activent à chaque pleine lune, donc il peut s'acharner dessus autant qu'il veut, il lui est impossible de les mettre en charpie.

Une fois ceci fait, il jette un coup d'œil par la fenêtre, observant le ciel qui s'assombrit de plus en plus, et soupire à nouveau. Chacun de ses os lui fait mal, et il frissonne, autant à cause de l'air nocturne qu'à cause de la transformation qui approche à grand pas, mais ce n'est pas ça qu'il a à l'esprit. Ça fait des jours que James, Sirius et Peter ont un comportement étrange. Il chuchotent entre eux avec des airs réjouis, entassent des montagnes de nourriture et de Potions Régénératives dans le dortoir... S'il veut vraiment être honnête avec lui-même, pourtant, il doit bien admettre que tout ça a commencé vers la fin de l'année dernière. Ou bien celle d'avant.

Au début, il avait eu peur qu'ils ne veuillent plus de lui, mais comme à son habitude, Peter avait semblé comprendre ses pensées à l'instant où il les avait eu, et il en avait aussitôt fait part aux deux autres. A partir de ce moment, ils s'étaient arrangés pour le laisser seul le moins longtemps possible, mais ça ne les empêchait pas de continuer à disparaître sans qu'il ne sache pourquoi, et cette situation, à vrai dire, l'inquiétait assez.

Il en est là de ses réflexions quand un frisson le parcourt, la transformation maintenant toute proche, au moment même où la porte en bois branlant s'ouvre. Il croit sentir le sol s'ouvrir sous ses pieds en voyant le visage jovial de James, celui, malicieux, de Sirius, et la petite tête timide de Peter surgir de l'entrebâillement.

-Qu- Qu'est ce que vous fichez là ?!" Sa voix hésite entre la terreur et la colère. La terreur l'emporte quand il sent une pression familière à l'arrière de son crâne. Il approche, il sait que Remus ne pourra pas le retenir, et l'odeur de chair fraîche l'excite déjà. Et eux, ont l'air parfaitement inconscients de ce dans quoi ils se sont engagés, et ils ont même l'air d'en être fier. La colère regagne du terrain à cette constatation.

-Relax, Rem', y a aucun risque !

-Ouep," renchérit Sirius. "On a trouvé un moyen de t'aider, tu vas voir !

-M'aider ?! En vous faisant tuer ? Je- j'vous en supplie, dégagez ! Allez vous en, je veux pas-"

Il s'interrompt brusquement quand un froid familier le prend aux tripes. Avec un hoquet étranglé, il s'écroule sur le sol, tout son corps tremblant à cause de son impatience.

Sous les yeux d'abord stupéfaits, puis horrifiés de ses amis, Remus se tord sur le plancher, sa peau brunit peu à peu, et se couvre de fourrure. Il en a l'habitude, évidemment, mais savoir que les seules personnes à l'avoir jamais accepté comme il est (ses parents mis à part) l'observent, ça rend l'humiliation encore plus forte. Il est nu devant eux, et il se tord comme un animal, il cesse d'être humain sous leurs yeux. Il plaque ses mains sur son visage, il se griffe pour essayer d'arracher cette fourrure, sa fourrure, et la douleur lui indique que ses ongles sont déjà devenus des griffes tranchantes.

Les craquements habituels retentissent sinistrement dans la petite pièce quand sa colonne vertébrale se plie, le forçant à se tenir à quatre pattes. Il halète, épuisé par la métamorphose contre-nature contre laquelle il lutte de toutes ses forces, et serre les dents -les crocs- quand ses membres se modifient à leur tour. Il n'a plus deux bras et deux jambes, il a quatre pattes puissantes, dont les muscles brûlent encore à cause des torsions et des changements qu'ils viennent de subir, et dont les griffes s'enfoncent profondément dans le bois. Les cris de douleur qu'il a -vainement, comme toujours- tenté de réprimer deviennent des grognements et des grondements bestiaux, l'humanité disparaissant de sa voix au fur et à mesure que sa gorge et ses cordes vocales suivent le mouvement.

Son visage lui donne l'impression, comme chaque mois, de fondre pour que son nez s'étire en un museau, le sang gouttant de ses gencives -de sa gueule. Sa vue se trouble et se brouille, puis devient plus nette, même s'il ne distingue plus les couleurs. Dans le brouillard confus de la douleur, il sait, quand il perçoit un tressaillement sur sa gauche, qu'ils ont vu ses yeux, qui ne sont plus dorés désormais, mais juste jaunes. Son bassin le brûle horriblement lorsque son coccyx transperce la peau, et qu'il se développe jusqu'à devenir une queue touffue.

La transformation est achevée, maintenant, et pendant une brève seconde qui paraît s'étirer pendant toute une éternité, Remus regarde ses amis. Il est lui, mais il est encore parfaitement lui-même, et il sait avec une précision cruelle et morbide tout ce qui va se passer. Il sait ce qu'il va leur faire, et il sait dans quel état il va les retrouver au matin.

Il accueille avec un soulagement lâche (et il en aura honte demain, sûrement, mais il n'est pas en état de penser à ça) la vague déferlante qui surgit brusquement dans son esprit, et qui lui vole sa conscience et le contrôle de son corps pour le reste de la nuit.


Bon, alors finalement, je ne pouvais pas vraiment faire un seul chapitre, alors je l'ai coupé là, et il en reste du coup encore un... J'avais tout bidouillé pour finir à 15 chapitres, sur un chiffre rond, tout ça, mais hey, finalement tout mes savants calculs sont bousillés...

Avancée de l'écriture : Bah, je suis sur le 16, là, le dernier (enfin je pense, hein) chapitre.

Titre du prochain chapitre : Toutes les nuits se finissent sur une aurore (fallait bien que le titre vienne de quelque part ;)

A dimanche prochain !