Afin d'ouvrir une enquête officielle, Lisbon accompagnée du mentaliste, se présentent à Gale Bertram, munie de la liste pour tester par la même occasion sa réaction qui ne tarde pas à s'exprimer.
-Vous voulez me faire avoir une attaque cardiaque ! Qu'est-ce que c'est que ces balivernes ? affichant un air outré.
Teresa lui explique, déformant la vérité sur l'obtention de cette fiche.
-Après quelques recherches lancées, ceci nous a été envoyés par un informateur anonyme suite à une enquête qui a été entreprise très sérieusement vis-à-vis de John Le Rouge et dont les suspects sélectionnés correspondaient au profil du tueur.
Bertram offensé, sourcille.
-Vous croyez réellement à cette ineptie ? Regardez-moi bien ! Ai-je une tête d'assassin ?
Le mentaliste se montre insolent, exposant cependant une analyse lucide.
-Nombreux sont à avoir une apparence tout ce qu'il y a de plus banal, les croyant alors inoffensifs, faussant leur jugement, trompant leur intuition ce qui nous serait inexorablement fatale. Malheureusement, aucune alerte n'est inscrite sur leur front qui signale, je suis un tueur fou en liberté, je vais vous zigouiller !
-Quel tact, monsieur Jane ! Dois-je le prendre pour moi ?
Il étire un sourire malicieux, le fixant de son regard espiègle, rieur.
-Vous, Lisbon, la désignant du doigt, celle-ci trouvant sa remarque injurieuse, déplacée, la contrarie, se lisant sur sa figure qui se renfrogne, le plus commun des mortels. sa supérieure racle la gorge afin de lui faire comprendre qu'il serait sage de se taire. Celui-ci la dévisage brièvement, faisant preuve de perspicacité puis s'adresse au directeur du CBI. Que cela ne vous offusque surtout pas ! Je m'en voudrais de vous manquer de respect.
-Ne vous confondez pas en excuse, ça va comme ça ! le disant sur un ton irrité, levant sa main, signe de sa patience limitée. Je voudrais savoir la raison pour laquelle on m'a nommé parmi ces suspects ?
Teresa prend la parole.
-C'est justement de ça dont nous aimerions vous parler. D'après cet informateur anonyme que l'on soupçonne d'appartenir à un réseau de service d'enquête spéciale, il est possible que l'on veuille vous nuire.
Gale Bertram la regarde d'un œil énigmatique.
-Me nuire ? Par rapport à quoi, grand dieu ? Je dirais plutôt une mascarade, oui ! le prononçant sur un ton à nouveau offensé.
-C'est très sérieux au contraire. se montrant crédible vu l'expression de son visage.
Le directeur observe, attentif, la liste, réagissant quelques secondes plus tard d'une manière vive.
-Lorsque je vois des noms comme l'agent Haffner, Brett Partridge ou encore le shérif Mac Allister, je trouve cette pseudo-accusation inadmissible, guignolesque !
Jane revient à la charge mais avec douceur.
-Ce qui vous ennuierez est que cela entache la réputation du bureau californien si effectivement un agent appartenant au sein des services s'avérerait être un tueur en série machiavélique. Ça ferait les choux gras de la presse et adieu l'image du défenseur des lois ! On ne peut être qu'alors anéanti face à une telle découverte.
Gale Bertram est légèrement agacé par les propos du consultant qui sont, ne nous en cachons pas, indéniablement vrais.
-Voyez-vous ! Je dirige depuis quelques années maintenant le CBI et oui, j'admets que ça serait accablant. Toutefois, ce qui entacherait notre réputation comme vous l'avez dit, est que de telles rumeurs soient colportées à tort et à travers. En conclusion, je crois que nous aurions plus de chance d'être victime de ragots au pire, les journaux s'en emparant, que d'avoir recruté un meurtrier en puissance. Vous saisissez ?
Le mentaliste s'incline en bon perdant curieusement.
-Oui, très bien. et enchaîne. Par contre, quel est votre opinion concernant les autres suspects de la liste ?
-A l'heure d'aujourd'hui, ils n'ont commis aucun crime à ce que je sache ! Pour moi, ceci est non avenu.
-Et si quelqu'un tenter de vous piéger, désirant vous faire perdre tout ce que vous possédez. Ne voudriez-vous pas que nous démêlions ce nœud ?
-C'est peut-être un canular que cet informateur vous a fait. Y avez-vous songé ?
Il se montre catégorique.
-Ce n'en n'est pas un.
-Vous ne savez rien à son propos !
-Pas besoin ! Mon intuition ne me fait pas défaut. présentant une attitude quelque peu hostile qui n'échappe ni à Lisbon ni au directeur du CBI qui n'insiste pas par prudence étant un homme raisonnée vu son grade ainsi que l'exemple que celui-ci se doit de donner.
-Qu'en pensez-vous ?
Teresa se met en avant.
-Ouvrir une enquête officielle afin de démêler le vrai du faux, veillant à votre sécurité.
-Désolé mais je ne suis pas convaincu !
-Monsieur, suite à ce que nous a envoyé John Le Rouge, il est aussi probable qu'il veuille s'attaquer à n'importe qui d'entre nous à présent. Ses règles ont changé. Je jeu qu'il veut entamer pourrait nous mettre en réel danger les uns après les autres, essayant de nous décimer. Nous savons de quoi John Le Rouge est capable sauf de la façon dont celui-ci s'y prendra et à quel moment.
-Vous pensez qu'il est peut être à l'origine de cette accusation me concernant ? Quand même ! Jane, Lisbon le fixent, impassiblement à leur tour afin de lui faire prendre conscience que cette supposition farfelue ne serait pas à écarter. Enfin, vous n'êtes pas sérieux !
-Si nous le sommes.
Le mentaliste relaxe.
-L'informateur en question, comme vous d'ailleurs, pensons que vous êtes hors d'état de cause et que de vous impliquer serait en prévision de vous neutraliser. John Le Rouge a toujours recouru à des jeux sadiques, vicieux. Celui-là pourrait bien s'intituler la roulette russe. Désigner, exécuter au hasard un innocent. Le barillet chargé, on le tourne, la première balle est pour vous si la gâchette est actionnée.
Ses paroles le glace.
-Votre comparaison est terrifiante !
Jane acquiesce, ajoutant.
-Et pourtant !
Le regard implorant, Lisbon tente de le convaincre.
-Monsieur, je pense qu'il est vital, urgent d'y songer. Ceci est….
Gale Bertram ne lui laisse pas l'occasion de poursuivre.
-Malgré vos arguments percutants, persuasifs et bien que je n'ignore pas vos craintes qui ne sont pas totalement insensées, personnellement, ce que je vois n'est que pure spéculation. Cette liste est certainement un canular.
Le consultant soulève effrontément un point véridique.
-Parce-que vous êtes listé ? Vous n'avez rien à vous reprocher ?
-En partie, oui !répondant sèchement.
-Donc vous pensez que ceci, le montrant du doigt, insistant, ne parait pas à vos yeux une preuve à prendre en considération ?
-Au regret que cela vous déplaise ainsi que de vous décevoir, oui.
Curieusement, Jane adopte un comportement d'un homme résigné.
-Bon ! plie la feuille et du bout des doigts la déchire en deux morceaux sous l'ahurissement de Lisbon puis la pose sur le bureau du directeur, hébété. Je vous conseille de la déchiqueter afin de ne pas laisser de trace de notre impardonnable erreur. sans le saluer, celui-ci marche d'un pas résolu en direction de la porte, l'ouvre, sortant irrévérencieusement de la pièce.
Teresa le rattrape dans le couloir.
-Jane ! Attendez ! il ralentit une fois avoir dépassé le périmètre de Bertram. Qu'est-ce qui vous a pris de déchirer la liste des suspects ?
Le mentaliste se tourne, un demi sourire se dessine à son égard ce qui la déstabilise, perdue.
-Vous croyez vraiment que j'aurais fait cette bêtise ? J'ai pris mes précautions avant. puis reprennent leur marche, se dirigeant vers la sortie.
-Vous voulez dire que vous en avez fait une copie ?
-Votre perspicacité m'enchante !
-Oh ! Vous êtes exaspérant ! Pourquoi cette mise en scène alors ? Qu'est-ce que ça vous apporte ?
Jane s'arrête brusquement.
-De pouvoir tendre le piège que j'ai en tête.
Celle-ci marque un moment de recul.
-Un piège ? De quelle sorte ?
Son visage s'égaye comme celui d'un enfant, concoctant un tour facétieux.
-Si je vous le dis, que devient l'effet de surprise ! et redémarrent leur marche en s'orientant vers la place où la voiture est garée.
-Vous savez que j'ai une sainte horreur de vos surprises surtout lorsqu'il s'agit de les mêler à une enquête !
-Je sais. C'est pour cette raison que je préfère vous la réserver à la dernière minute.
D'un pas énervé, Lisbon se poste devant lui, autoritaire.
-Certainement pas ! Vous avez intérêt à me le dire maintenant !
Il prend cet ordre au premier degré volontairement pour la joie de la faire enrager, éprouvant cette satisfaction infantile, stimulante bien qu'amusante de jouer, l'agaçant avec elle, qui dure depuis des années.
-Sur le parking ?
-Jane ! Vous êtes horripilant ! le disant cette fois-ci sur un ton sournoisement calme.
Le mentaliste continue à jouer les imbéciles.
-Oh ! la supérieure accélère la cadence. Arrivant à la voiture, celle-ci ouvre la portière, la referme, ne l'autorisant pas à monter. Enfin, Lisbon !
Elle baisse la vitre.
-Pas avant que vous me mettiez au parfum !
Cela agrandit son sourire espiègle, riant mesurément.
-Quelle puérilité ! C'est une facette de votre personnalité que je ne connaissais pas !
Cette réflexion l'agace.
-Oh, ça suffit, Jane !
Il tend ensuite d'ouvrir la portière du côté passager, n'y parvenant pas.
-Allez, Lisbon ! Ouvrez-moi maintenant ! Ce petit jeu a assez duré.
Teresa étire un sourire satisfait également, jubilant.
-Tiens, tiens ! Lorsque vous n'êtes pas le maître du jeu ça vous amuse moins.
-Si je vous dis oui, vous m'ouvrirez ?
-Je vous ouvrirais si vous acceptez de me révéler ce que vous mijoter. Autrement, vous pouvez d'ores et déjà songer à rentrer à pied au CBI.
Il affiche un air hypocritement contrarié, le regard suppliant.
-Vous ne feriez pas ça ?
Lisbon sort la tête par la vitre.
-Je vais me gêner !
Le mentaliste ne peut qu'abdiquer, consentant à sa demande sous un ciel automnal et frappe à la vitre.
-Je vais tout vous dire alors. celle-ci déverrouille la serrure de la portière, monte puis s'installe sur le siège confortablement. Vous êtes une chipie finalement ! une remarque évidemment taquine.
Au moment de démarrer, Teresa lui répond, esquissant un petit sourire.
-Une chipie ? Vous avez de la chance que je sois comme vous dites, une chipie, gentille. il hoche la tête, la balançant légèrement de gauche à droite, attestant de sa précision. Sur la route, Lisbon repose la question, adoucie. Vous allez me racontez ce que vous avez à l'esprit à propos de votre piège ?
-Ici ?
-Ne recommencez pas ! Je peux vous laisser livrer à vous-même sur le bas-côté de la route.
Il sourit, baissant la tête et la relève.
-Je vais tout vous expliquer. concentrée sur la conduite, Teresa répond qu'elle est toute ouïe. Je veux provoquer une réaction en chaîne.
-Comment ça ?
-Gale Bertram est le premier que j'ai testé. Les autres seront les suivants.
-Attendez, attendez ! Vous comptez intervenir auprès d'eux de la même façon qu'aujourd'hui ?
-Ah ! Non ! C'est là toute l'ingéniosité ! Je vais les prendre en délicatesse, avec tact, sournoiserie.
-Vu le petit numéro que vous avez joué devant le directeur du CBI, si vous en venez à les asticoter, harceler, votre comportement risque de remonter jusqu'à ses oreilles.
Sa tête se tourne vers la sienne.
-Vous pensez réellement qu'ils iront se plaindre ?
-Jane ! N'importe quel citoyen en vient à ce recours lorsqu'il se sent persécuté.
-Vous vous trompez ma chère.
Ses yeux s'écarquillent, ne partageant pas son opinion.
-Qu'est-ce que vous en savez ?
-Chacun à quelque chose à se reprocher.
-Quoi donc ?
-Je ne sais pas.
-Alors pourquoi êtes-vous certain de ce que vous avancez ?
-Tout humain a toujours un moment ou à un autre quelque chose à se reprocher de plus ou moins grave. La plupart du temps c'est anodin. En ce qui les concerne, vu le statut social qui les représente et qu'ils soient suspectés d'être un tueur en série, j'en déduis que tous cachent des secrets à grande échelle plus ou moins reluisants dans leur fond de tiroir.
Cette théorie la fait sourire.
-Votre imagination est débordante !
-C'est vexant venant de votre bouche.
-Ne le prenez pas mal ! La plupart du temps vous avez raison.
-Je tiens à rectifier. Chaque fois.
-Chaque fois ?
-Oui.
-Il vous est arrivé de vous tromper je vous signale.
-Pas lorsque j'analyse le comportement de gens suspects.
-Oui, Jane. Je le reconnais ! Admettons !
-Ah ! Là c'est mieux !
-Continuez, je vous prie !
-Je vais leur faire perdre leurs moyens en leur faisant croire à chacun que nous avons découvert l'identité de John Le Rouge mais juste à la fin du jeu.
-Du jeu ?
-Jusqu'à présent, c'est lui qui a toujours mené la danse. Pas cette fois-ci ! Je vais le prendre à son propre jeu, celui de la manipulation. Sans vouloir me vanter, je peux largement rivaliser avec John Le Rouge.
La voiture ralentie, Lisbon se gare sur le bas-côté de la route, peu emballée par cette perspective. Le consultant est étonné.
-Pourquoi vous vous arrêtez ?
Elle le regarde.
-Cette idée est complètement délirante !
-Je ne trouve pas.
-Si vous ne la trouvez pas, tout va bien ! s'exprimant sur un ton ironique.
-Vous ne me faites pas confiance ?
-Jane ! Je ne fais pas confiance à John Le Rouge. Qui vous dit qu'il ne vous devancera pas ?
-Malheureusement, je ne peux pas l'affirmer.
Teresa hausse légèrement le ton.
-Pourquoi ne pas en être resté à ce que nous avions décidé ? Enquêter secrètement sans que Bertram soit mis au courant ! Quand j'y repense, notre intervention était une faute grossière !
-Du moment qu'il fait partie lui aussi des suspects, je n'écarte pas l'hypothèse que notre directeur soit un traître. Il n'échappe pas au jeu.
-Tout ce qui vous importe est de mettre la main sur John Le Rouge ! Les dangers, embûches vous vous en fouettez !
Son visage se ferme.
-Non. C'est faux ! la regardant, les yeux brillants, celle-ci détournant son regard, refusant que ses sentiments la submerge.
-Comment voulez-vous que l'on procède alors ?
Il se ressaisit.
-Comme nous l'avions décidé au début ! Enquêter en secret sans se faire prendre.
Elle redémarre la voiture.
-Vous aimez les complications !
-Cela pimente le jeu !
-Je vous en foutrais, moi, de pimenter le jeu !
Le mentaliste met son charme en avant.
-Ne soyez pas rancunière !
Lisbon se montre conciliante.
-Vous croyez que nos efforts vont aboutir cette fois ?
Sa conviction se lit dans le bleu de ses yeux ainsi que cette inconsumable vengeance, une pensée surtout qui se joint pour sa femme, sa fille sans oublier par ailleurs l'agent Ganaëlle avec qui il a partagé la même souffrance que la sienne et plus. L'heure du sphinge a sonné.
*Définition du sphinge :
Dans la mythologie grecque, le sphinge représentait un monstre ayant la tête, poitrine d'une femme, le corps d'un lion, les ailes d'un aigle qui arrêtait les voyageurs qui se rendaient à Thèbes, les dévorant s'ils ne parvenaient pas à résoudre l'énigme qu'il leur posait.
Sens figuré : Personnage énigmatique, cruel, mystérieux (correspondant pour moi, personnellement à John Le Rouge)
