Gilbert Beilschmidt courrait le long du port de Kiel. La brise fraîche du matin remuait ses cheveux blancs comme la neige, et lui adorait ça. Déjà les marchands parcouraient les rues, les ouvriers commençaient à travailler, les artisans attendaient les premiers clients. Déjà certains bateaux levaient l'ancre, tandis que l'on voyait arriver au loin les bâtiments de la marine, partis protéger les mers de l'Empire de cela plusieurs mois. Gilbert était impatient.
Son grand père était partit trois mois auparavant, et lui avait promis que, à son retour, il leur apporterait, à lui et à Ludwig, un souvenir du Sud. Gilbert était le petit-fils de German Beilschmidt, capitaine de la marine impériale. Leur père était mort un an auparavant dans le Désert, où il était en mission diplomatique. Ça avait été une attaque de brigands. En dédommagement, le Sultant, qui s'en sentait responsable, leur avait envoyé une belle somme d'argent. Les deux frères, âgées d'à peine 3 et 1 ans étaient beaucoup trop jeunes pour comprendre et encore moins pour pleurer la perte d'un père trop souvent absent, mais leur mère ne l'avait pas supporté. De santé fragile, elle était morte de peine. Son père s'était donc retrouvé, à 62 ans, responsable des deux orphelins.
Mais contrairement à ce que beaucoup de gens pensaient, le capitaine avait été ravi et s'en occupait très bien. Cet homme aux jadis longs cheveux blonds et au regard comme le ciel était sévère mais adorait ses petits-enfants. Il était aussi vrai que l'argent envoyé par le Sultant s'était avéré une aide précieuse. Lorsqu'il partait, il laissait les petits sous le regard bienveillant d'un couple de vieux amis.
Mais Gilbert aimait bien s'échapper. Malgré son jeune âge, il était très futé et extrêmement malin. Il aimait aussi partir visiter la ville et se promener sur le port. De là, il admirait l'océan. Il pouvait s'imaginer à la découverte du vaste monde, sur son navire. Car il allait devenir capitaine comme son grand-père.
Un jour, son nom serait respecté dans tout l'Empire.
« Alors capitaine ? Que fait-on ? » Demanda l'un de soldats de la garde royale, lorsqu'il vit leur capitaine sortir de la salle du trône.
« On passe par les écuries, on change de chevaux et on retourne chercher ce dragon, et le jeune prince »
« Mais capitaine ! On a traqué ce maudit dragon pendant des jours ! Les hommes sont exténués, beaucoup ne se sont pas remis leurs blessures et… »
Le soldat ne vit pas le coup venir. Le capitaine le plaqua contre le sol, la lame de son épée a quelques centimètres du coup. Le soldat déglutit, atterré. Il était bien plus grand que Gilbert, et plus âgé, mais l'albinos n'était pas son supérieur pour rien. Tous les soldats présents retinrent leur souffle. Généralement, leur capitaine était froid mais calme. Par contre, là il semblait vraiment fâché. La rage pouvait se lire dans ses yeux rouges comme le sang.
« Tu oses contester mes ordres ?! » cria-t-il. Cela ne fit que surprendre encore plus les soldats. Gilbert n'était pas du genre à crier.
« C'est peut-être toi qui vas aller l'annoncer au roi ? » demandait-il d'un ton dangereux.
Le soldat pâlit de plus belle.
« C'est bien ce que je pensais » dit-il d'un ton méprisant, alors qu'il libérait son subordonné. « Vous avez 40 minutes »
Puis, il sortit du château et se dirigea vers les écuries. C'est là qu'il vit Ivan .Il grogna. Bien qu'ils fussent une sorte d'amis, il n'avait pas envie de voir Braginski. Pas à ce moment-là. Il ressemblait beaucoup trop à son père.
« Je viens avec toi » annonça l'héritier.
Gilbert osa des épaules. Il n'était surtout pas d'humeur à discuter avec Ivan.
Il regarda aux alentours.
« Soren n'est pas là ? » demanda-t-il d'un ton indiférent. Mais ce n'étais pas le cas. Depuis que ce dragon était apparu dans le Nord, Gilbert n'avait pas vu Soren, et il commençait à s'inquiéter.
« Non, et c'est dommage. Tu m'as l'air bien nerveux. Soren a toujours su nous calmer. »
Gilbert serra les poings.
« Je ne suis pas nerveux, et je n'ai besoin de personne»
Ivan l'observa tranquillement. Ses yeux violets parcoururent le visage de l'albinos. Ses sourcils froncés, sa mâchoire tendue…
« Tu ne me trompes pas. Tu es furieux »
Gilbert ne le supporta pas. Il se jeta sur Ivan, près à lui enfoncer le poing dans la guele. Mais celui-ci le retint sans problème, et il montra un sourire de requin.
« Alors, comme ça….tu es un traitre. Un criminel. Et tu pensais quitter le Braginskland dans quelques mois, mais tu ne nous avais rien dit, ni à Soren ni à moi. Intéressant »
Gilbert arrêta de se débâtir, mais Ivan ne le lâcha pas. Il resserra son emprise autour des poignets de Gilbert. Celui-ci ne broncha pas. Pourtant, Ivan savait qu'il lui faisait du mal.
Les deux hommes se toisèrent du regard.
« Je me demande…si on peut te faire confiance » dit doucement Braginski .
« Non. Tu ne peux pas »
Ivan sourit plus belle. Puis il lachat Gilbert.
« Très bien. Ça ne serait pas intéressant sinon »
Gilbert lui tourna le dos, et ferma les yeux.
Un jour, il serait respecté dans tout l'Empire.
Et ce jour approchait.
