Allister se frotta la joue là où sa mère l'avait giflé.

À vrai dire, il s'y attendait, mais il n'avait jamais pensé qu'elle lui ferait si mal.

Allison n'était pas du genre à taper ses enfants, et Allister ne put s'empêcher de penser qu'elle avait toujours préféré ses plus jeunes enfants, Elwyn et surtout le petit Arthur. Il se demanda tristement si elle l'aurait giflé de la même façon si ça avait été lui qui avait été pris pour mort pendant deux ans, et il se dit que probablement pas.

Mais la baffe l'avait surtout fait mal parce que sa mère, la redoutable femme pirate la lui avait donnée en pleurant. Et elle lui avait semblée si fragile et vulnérable alors que ses larmes coulaient le long des joues de cette encore belle femme d'une quarantaine d'années…

Elle qui avait toujours été forte, lui sembla soudain faible et avieillie. Et il ne supportait pas la voir ainsi par sa faute. Sa faute, celle de son frère, d'Antonio, de Vargas…il n'arrivait plus à trouver un coupable. Toute cette histoire était devenue beaucoup trop compliquée.

Elwyn s'approcha vite de leur mère pour essayer de la calmer et par la même occasion défendre son frère.

Mais Carwyn ne bougeât pas. Il essayait encore et toujours d'assimiler les paroles d'Allister.

Arthur était vivant, quelque part dans l'Empire, et apparemment il n'avait pas reconnu leur frère quand celui-ci l'avait heurté par accident et avait vu avec surprise de qui il s'agissait. Mais pire encore, Allister était allé voir Carreido (qui avait pourtant bien promis les tuer s'il les revoyait) et avait conclu un marché avec lui ! Et non seulement ça, en plus, ils devaient s'allier pour aider l'Empire contre ce fou sanguinaire dans le Nord, alors que tout le monde savait que depuis peu, le comodore Beilschmidt avait reçu l'ordre royal de « nettoyer les mers ».

La lutte contre la piraterie semblait soudain mystérieusement prioritaire pour le Roi Zwingli.

Et puis, les Kirkland n'étaient plus des pirates ! Ils avaient perdu leur bateau, leurs armes , leur argent et beaucoup de vies lors de la bataille contre Carreido, mais aussi leur renommée. Bien que toujours respectés et admirées, personne ne voudrait se mettre à leurs ordres.

Et Carwyn ne leur demanderait pas.

Bien qu'aucun des trois ne l'admettre jamais, ils aiment beaucoup leur cadet, et sa « mort » avait pas été facile pour eux.

Depuis la mort d'Arthur, Allister avait passé deux ans à voyager (passant très peu de temps par Les Îles). Un jour qu'il était à la maison et que tous deux savouraient une bière tard dans la nuit, alors qu'Elwyn et leur mère dormaient déjà, il lui avoua la raison « pour oublier ».

Elwyn s'énfermait dans sa chambre ou bien partait passer de longues heures dans les bois, voirs les fées, parler avec elles. Il s'intéréssait plus que jamais à la magie. Un jour, sa mère lui avait prévenu. « Fais gaffe, Elwyn. Il ne faut pas abuser de la magie des fées. »

Elwyn ferma le grimoire qu'il avait entre les mains. Puis il se leva et regarda sa mère.

« Artur vivait de la magie. Il était la magie. Le plus doué d'entre nous, le plus puissant. On sait tous ce qui s'est passé. La magie la tué, tout comme Francis. Mais je serais plus fort que lui. Je contrôlerais la magie. »

Puis il était monté dans sa chambre sous le regard douloureux de sa mère

Quant à lui, il avait estompé sa douleur en se tournant vers les habitants des Îles. Il visitait les villageois, les aidait, parlait avec les zulus, se préoccupait de leurs affaires, enseignait ce qu'il savait aux jeunes magiciens…il partait tôt le matin et revenait tard le soir. Il s'occupait pour ne pas avoir à penser à sa vie de pirate, la perte de son frère ou la disparition de Francis, qui était malgré tout devenu un bon ami. Il s'emblait d'ailleurs le seul à le croire encore vivant.

Avec l'absence d'Allister, il était devenu le chef de la famille, du village. L'ancien équipage le considérait leur nouveau capitaine, mais ils étaient tous revenus à la vie des Îles. Non, il n'obligerait pas ses habitants à quitter la sécurité de leur archipel pour aider l'Empire, et encore moins Carreido.

Doucement, il s'approcha au petit flacon en verre et le déboucha. Il valait mieux libérér la petite fée. Les fées étaient des êtres libres, mais parfois, l'une d'elles s'attachait particulièrement à un sorcier. C'était le cas de cette petite qui suivait Arthur depuis…toujours.

Le petit être bailla. Elle vennait de se reveiller. Elle eut soudain peur, déboussolée, mais se calma quand elle perçut une aura qu'elle connaissait bien. Celle de la famille Kirkland. Elle se rendit soudain compte qu'elle était retournée à la maison. Trop contente, elle partit en volant par la fenêtre.

Carwyn sourit. Elle ne serait plus prisonnière.

Puis il se tourna vers sa famille. Allison avait vu ce que venait de faire Carwyn. Elle le regarda amoureusement.

« T'as bien fait, mon chéri »

Puis elle se retourna vers Allister.

« Il faut récupérer Arthur. Plus que tout, il faut qu'il récupère sa mémoire. Mais pour cela, il doit être de nouveau en contact avec la magie » Elle était toujours fâchée, mais elle s'approcha de son aîné et lui caressa tendrement les cheveux roux.

« Je suis désolée Allister. Je n'ai pas pensé, et je… »

Mais Allister lui pris la main et y déposa un baiser.

« T'inquiètes pas »

La mère sourit puis continua

« Quant à l'alliance avec le fils de Rome, je ne sais pas comment on peut l'aider. Nous n'avons plus ni bateau, ni équipage et… »

« Quoi ! » cria alors Carwyn. « Mère, t'es pas sérieuse? C'est…c'est Carreido »

« Je le sais Carwyn. Mais la menace que suppose Braginski est beaucoup trop grande. Et son père était un bon ami. Un très bon ami. De plus il a failli lui aussi être tué par ton frère, mais finalement, il lui a pardonné la vie »

Carwyn fit la moue. Il regarda ses frères, qui semblaient d'accord, et il se sentit dégouté. Il rêvait! Ils oubliaient soudain toute la douleur de ces deux dernières années ?

« Je parlerai à notre ancien équipage. Avec ceux qui accepteront de venir, on ira chercher Arthur. Ce sera la partie la plus dure. Ensuite, affronter le Braginskyland…trois fois rien » ironisa Elwyn, qui semblait pourtant très content. Son idiot de petit frère vivait, et puis, c'était l'occasion de démontrer le pouvoir qu'il avait acquis, et de retrouver la mer qui lui avait manqué.

Pourtant, Carwyn lui barra le passage.

« Pas question. J'irai à ta place. C'est MON equipage. Dès qu'Arthur récupère la mémoire, je reviens. Et si je croisse Carreido…. » Ses yeux verts devinrent dangereux « ...je le tue ».