Cette fois, on est y. Voici le dernier chapitre de cette histoire.
C'est peut être bête mais ça me fait quelque chose. J'ai du mal à croire que ça fait déjà trois ans depuis que je l'ai commencée. Je n'aurai jamais cru écrire quelque chose d'aussi long. En fait j'aurai même jamais pensé arriver au bout... Cela dit je suis contente de l'avoir fait !
Je voulais en profiter pour remercier tout ceux qui ont suivi cette histoire depuis le début ou bien qui l'ont prise en court. Merci d'avoir supporté mes délais fantaisistes et mes fins de chapitre douteuses ! Et surtout merci de m'avoir lu !
Réponse à Crisalys Nara : Et oui, moi aussi j'ai du mal à me rendre compte...
Je suis donc heureuse et fière de vous présenter le (presque) dénouement de Reportage et Jour de Pluie.
Subaru regardait fixement la porte devant lui. Plus de deux heures plus tôt Seishiro avait passé les portes du bloc opératoire sur une civière. Depuis l'adolescent attendait que quelqu'un sorte lui apporter des nouvelles. L'intervention de son frère étant quant à elle terminée et il était maintenant en salle de réveil. Sa vie n'étant plus en danger, c'était pour le borgne que Subaru était maintenant inquiet.
Seishiro avait, heureusement, été un des premier évacué du champs de bataille. Vu son état, il n'aurait sinon probablement pas atteint l'hôpital en vie. Il souffrait de plusieurs blessures par balles et de coupures manifestement profondes. L'adolescent n'arrivait pas à se sortir l'image de son corps couvert de sang de l'esprit.
-T'as pas le droit de mourir ! S'écria t-il, pris d'un soudain accès de colère.
Il se leva avec violence et envoya sa chaise valser de l'autre côté de la pièce. Son inquiétude s'était transformé progressivement en fureur. Il était complètement fou de rage. Fou de rage contre ceux qui lui avaient fait ça, fou de rage d'être impuissant face à la situation, et surtout parce que ce n'était pas juste ! Pourquoi fallait-il que ça arrive maintenant, alors que tout était terminé ?
-Tu peux pas me faire ça !
Sa colère s'évapora aussi vite qu'elle était apparue, et il se laissa glisser le long du mur, vidé. Il n'avait plus la force de se battre. Tout ce qu'il voulait, c'est que le cauchemar s'arrête.
-Je t'en supplie, meurs pas ! Gémit-il en se mettant à pleurer.
xXx
Kurogane écrasa la main qu'il tenait dans la sienne. Malgré ses efforts il n'arrivait pas à contrôler son envie de pleurer. Amaterasu leur avait causé bien des problèmes lorsqu'il avait commencé à fréquenter Fye, mais elle restait avant tout sa supérieure, et une femme qu'il admirait beaucoup. Elle l'avait sauvé, l'avait fait entrer dans le gang, lui avait appris à se battre. S'il était encore en vie aujourd'hui c'était en partie grâce à elle. Alors même si la vie qu'il avait choisi de mener l'avait obligé à s'endurcir et à côtoyer la mort de près, il était terriblement triste.
Cette guerre leur avait pris leurs amis et compagnons. Les pertes étaient énormes, dans tout les camps. Mais c'était le prix à payer pour préserver le Quartier Est de la folie de Fei-wan. Amaterasu le savait et pour cette raison, elle et Kusanagi n'avaient pas hésité une seconde à se sacrifier.
Quand la bataille s'était terminée, ils étaient allé voir si on pouvait encore faire quelque chose pour eux, mais c'était trop tard. Cependant, d'autres avaient pu être sauvés. Aujourd'hui, les membres les plus valides du clan étaient réuni au cimetière pour dire adieu à leurs compagnons, mais lorsque la cérémonie serait terminée, il retournerait à l'hôpital pour veiller les blessés.
Fye posa la tête sur l'épaule de son amant.
-Kuro... l'appela t-il.
-Oui ?
-Tu me fais mal !
Le brun se rendit compte qu'il n'avait toujours pas relâché la pression qu'il exerçait sur la main de son petit ami. Immédiatement il desserra les doigts et s'excusa. Appuyés l'un contre l'autre, les deux hommes regardèrent en silence la terre recouvrir le cercueil. L'assemblé resta encore un petit moment pour se recueillir. Finalement, les gens commencèrent à partir et petit à petit le cimetière se vida. Passant à côté d'eux, Yuko posa une main sur l'épaule du ninja.
-Vous devriez partir les garçons.
Avec un dernier regard pour la tombe de leur amie, ils suivirent son conseil. Le gravier crissait sous leurs pieds tandis qu'ils remontaient l'allée. Lorsque le portail fut en vue, Fye s'arrêta.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Kurogane.
-Yui est enterré ici.
-Je sais.
-Je ne peux pas partir sans passer le voir. Il m'en voudrait.
-Vas y, je t'attend là.
-Tu es sûr ?
-Aller file !
Le blond l'embrassa sur la joue et s'engagea dans un sentier perpendiculaire à l'allée principale. Il n'avait pas beaucoup eut l'occasion de rendre ''visite'' à son frère ses derniers temps, ce qui le faisait culpabiliser. En fait, depuis que ses cauchemars où Yui l'accusait d'avoir rompu leur promesse, il avait été incapable de se rendre sur sa tombe. Il se sentait bien trop mal pour ça. Cependant depuis il avait fait son choix, il n'avait plus peur. Et puis il y avait une nouvelle qu'il tenait absolument à lui apprendre. Arrivé devant la stèle au nom de son jumeau, il s'assit en tailleur devant.
-Salut frérot. J'ai pas été très présent ces temps ci, mais j'étais très occupé. Entre Kurogane et le gang, j'avais plus une minute à moi. Enfin, tout ça n'a aucune importance en comparaison de la nouvelle que je t'apporte. Yui, après tout ce temps, on a enfin réussi. Fei-wan est mort. On l'a tué. Ton meurtrier ne sera pas resté impuni !
Il réarrangea machinalement les fleurs posées devant la tombe. Il retira celles qui avait fanées et arrosa les autres.
-Ça ne fait que quatre jours, mais on voit déjà la différence. Tout les petits gangs qui se cachaient dans l'ombre se sont jetés sur son territoire comme des charognards, mais c'était à prévoir. Le plus important c'est que ses alliés ne sont plus rien. Maintenant qu'il n'est plus là son gang va vite se dissoudre. Les hommes qui lui restent sont incapables de se décider pour un nouveau chef. Ils vont finir par s'entre-tuer ou par fonder de nouveaux gang chacun de leur côté. Toujours est-il que les rues sont plus remplies depuis sa mort. Bien sûr il y a toujours des bagarres et les passants ne sont pas plus en sécurité, mais ça c'est normal dans le Quartier Est. En tout cas, Fei-wan ne détruira plus jamais la vie d'une autre personne.
Une femme passa dans le chemin derrière Fye. Elle le fixa longuement, manifestement surprise de le voir parler tout seul. Le jeune homme lui retourna un grand sourire et lui souhaita une bonne journée. Sans un mot elle continua sa route. Il haussa les épaules, si les gens étaient malpolis, il n'y pouvait rien.
-Oh, maintenant que j'y pense, tu n'es pas au courant toi. J'ai décidé de partir du gang. Je vais tenir la promesse qu'on s'était faite enfants. Et je sais même ce que je vais faire après !
XxX
Agrippé de toute ses forces à la main inerte de Seishiro, Subaru pleurait. Kamui, le bras en écharpe, s'approcha de lui. Il posa sa main valide sur l'épaule de son frère.
-Écoute Subaru, je pense qu'on devrait partir...
-Non, je veux rester ! Protesta son frère.
-Tu te fais du mal...
-Je m'en fiche, je reste !
Kamui soupira longuement et retira sa main. Ça faisait plus de deux heures qu'ils étaient là, mais son jumeau ne semblait pas avoir la moindre intention de s'en aller pour l'instant.
Lui même était encore hospitalisé pour le moment, mais comme il allait mieux, les infirmières le laissaient sortir un peu de sa chambre. Même si cela faisait déjà une semaine qu'il s'était fait tirer dessus, la douleur dans son bras restait très présente. Ceci dit, il avait eu la chance que la balle ne fasse que des dégâts réversibles dans son bras.
-Subaru ? Tenta t-il d'attirer son attention.
L'intéressé ne se retourna même pas. Kamui se faisait beaucoup de soucis pour lui. C'était la première fois qu'il voyait son frère dans un état pareil, et il n'avait aucune idée de comment s'y prendre pour lui remonter le moral. Le jeune homme passait absolument tout son temps à l'hôpital. Il avait même passé plusieurs nuits sur un lit de camp dans la chambre de son jumeau. Subaru dépérissait à vue d'œil, et Kamui ne savait plus quoi faire.
-Suba...ru ? Demanda soudain une voix.
Incrédules, les jeunes gens se tournèrent de concert vers le lit. Seishiro avait entrouvert les yeux et regardait celui qui se tenait à son chevet. Pour la première fois depuis des semaines, Kamui vit un sourire apparaître sur le visage de son frère. Les larmes de ce dernier redoublèrent d'intensité tandis qu'il serrait le borgne dans ses bras.
-Oui, c'est moi. C'est bien moi... Sanglota t-il.
Un sourire apparu sur les lèvres du blessé.
Bientôt médecins et infirmières envahirent la pièce. Depuis presque une semaine, Seishiro oscillait entre la vie et la mort. Il avait subit deux opérations et était branché à tout un tas de machines complexes. C'était la première fois, depuis son entrée à l'hôpital, qu'il était conscient. On demanda gentiment aux jumeaux de sortir pour les laisser examiner le patient.
Subaru continuait de pleurer, mais cette fois un large sourire barrait son visage. Kamui se sentit lui aussi soulagé d'un poids. Non seulement parce que le réveil de Seishiro allait permettre à son frère d'aller mieux, mais aussi parce que -même s'il ne l'avouerait jamais- il aimait bien le borgne.
Le lendemain, on les autorisa à rendre visite à Seishiro, en leur demandant cependant de ne pas le fatiguer. Cette fois-ci, Fuma se joint également à eux. Ses blessures étant loin d'être guérie, il se déplaçait en fauteuil roulant. Normalement, il n'avait pas le droit de sortir de sa chambre, mais au vu des circonstances, les médecins avaient fait une exception.
Lorsqu'ils entrèrent, Seishiro les salua d'un sourire radieux. Ses visiteurs prirent place autour de son lit. Instinctivement, la main de Subaru attrapa celle du blessé, ce qui fit sourire ce dernier.
-Tu as la peau aussi douce que dans mes souvenirs, lui confia t-il avec un clin d'œil.
L'adolescent rougit mais ne retira pas sa main.
-J'y crois pas, tu viens de te réveiller et tu commence déjà ? S'esclaffa Fuma.
-Que veux-tu, les vieilles habitudes ont la peau dure !
-Toi aussi, tu as la peau dure... Fit remarquer son cadet. Quand tu es arrivé, les médecins ne te donnaient pas un jour ! D'après eux c'est un miracle que tu ai survécu. Ton cœur s'est arrêté plusieurs fois pendant qu'ils t'opéraient, mais à chaque fois il est reparti. Tu t'es vraiment accroché à la vie !
Le borgne rit en entendant son récit. Son hilarité se termina cependant en grimace de douleur, ce qui refroidit considérablement l'ambiance.
-Tout va bien ? S'inquiéta Subaru.
-Oui, le rassura t-il. C'est juste que, d'après ce que j'ai compris, mes côtes sont dans un sale état...
-À propos de ça... commença Kamui, je me demandais, c'est arrivé comment ?
Seishiro soupira. Il laissa sa tête tomber en arrière sur les oreillers. Il n'avait pas très envie de se souvenir de ça, mais ses amis avaient le droit de savoir.
-Je peux avoir de l'eau ? Demanda t-il à ses visiteurs.
Son frère alla lui chercher un gobelet. Il prit le temps de le boire entièrement avant de commencer à raconter.
-Quand les bombes ont explosés au dessus de nos têtes, des gravats nous sont tombés dessus. Je m'en suis pris un sur la tête et je suis tombé dans les vapes. Quand je suis revenu à moi, mon bras était complètement bloqué sous les pierres. Amaterasu m'a trouvé mais je lui ai dit de partir sans moi.
-Pourquoi tu as fait ça ? L'interrompit Subaru. On aurait pu venir te chercher ! Si tout le monde s'y était mis, on aurait pu libérer ton bras.
-Il ne restait pas assez de temps pour ça ! Nos ennemis étaient déjà en train de nous chercher. Si vous étiez revenu pour moi, ils nous auraient trouvé, et tout le monde serait mort ! Je ne pouvais pas vous faire prendre ce risque, alors qu'on était si proche du but.
L'adolescent resserra sa prise sur les doigts du borgne. Il n'était pas d'accord avec lui, mais ne dirait rien. Ce qui était fait, était fait. Pas la peine de revenir dessus.
-Après que vous soyez partis, ils ont trouvé de la lumière et se sont mis à remuer les pierres pour dégager les leurs et voir si certains d'entre nous y étaient resté. Ils ont rapidement trouvé Ryu-ô , mais par chance, le tas qui bloquait mon bras me cachait à leur vue. Ils se rapprochaient dangereusement de moi quand il y a eu un coup de feu, et la lumière s'est encore éteinte. Après ça, il se sont mis à courir partout. Quand ils ont enfin trouvé une autre lampe, ils ont mis la pièce sans dessus dessous, et c'est là qu'il m'ont trouvé.
Seishiro marqua une pause. Il se souvenait parfaitement des rires de ses ennemis, et de la douleur omniprésente. Cependant, au fur et à mesure qu'il se vidait de son sang sur le sol, sa vision s'était brouillée et ensuite, le trou noir. Il n'avait aucune idée de ce qui s'était passé ensuite, ni de comment il avait atterrit à l'hôpital.
-Et après ? Qu'est-ce qui c'est passé ?
-Après ? Ils ont pensé que ça serait amusant de s'acharner sur moi, étant donné que je pouvais pas bouger. Ils voulaient savoir combien de temps on mettait à se vider de sang avec trois balles dans le corps...
-Quelle bande d'enculé ! J'te jure que si je les tenais, j'leur péterais les os un par un, voir si ils trouvent toujours ça drôle ! S'emporta Fuma, révolté.
-T'inquiète pas, Subaru a déjà fait le ''ménage'', intervint Kamui.
Les frères Sakurazuka se tournèrent avec surprise vers l'adolescent. Subaru avait fait le... ''ménage'' ? Ça ne lui ressemblait pas !
-Quand je suis arrivé, ils étaient tous autour de toi en train de rire. Toi tu étais couvert de sang et tu bougeais plus. J'ai... j'ai cru qu'il t'avais... tué. Je voulais qu'ils arrêtent de rire alors... je les ai fait taire. Je sais pas ce qui m'a pris, j'ai complètement pété les plombs ! C'est quand je suis revenu à moi que j'ai vu que tu respirais encore.
-Merci, lâcha Seishiro.
Un silence pesant tomba sur la pièce. Cette histoire venait de complètement plomber l'ambiance. Les trois visiteurs se tortillaient sur leurs chaises, ne sachant plus où se mettre. Ils étaient conscient d'avoir ravivé de mauvais souvenirs, et s'en voulaient maintenant de leur curiosité mal placée.
-Bon c'est quoi ces sales tronches que vous tirez là ?! S'exclama soudain Seishiro après cinq minutes de silence. On est tous vivant à ce que je sache !
-C'est vrai !
Fuma eut une pensée pour Kusanagi qui lui n'avait pas eut la même chance, mais décida de le dire plus tard à son frère. Il n'avait pas besoin de ce genre de nouvelles en ce moment.
-Dans ce cas qu'est-ce que vous direz de me faire un beau sourire ? Proposa le borgne, en s'exécutant lui même.
Les trois autres firent de même, pour son plus grand plaisir.
-Subaru ?
-Oui ?
-Il y a quelque chose que je m'étais promis de faire si jamais je réchappais à tout ça. Étant donné que c'est le cas, il va falloir que je tienne ma promesse.
L'adolescent le regarda sans comprendre. Pourquoi lui disait-il ça ?
-Tu veux bien d'approcher s'il te plaît ? Lui demanda le Black Brothers. Je peux pas encore m'asseoir.
-Comme ça ? Voulu savoir Subaru en se penchant au dessus de lui.
-Parfait ! Acquiesça t-il avec le sourire.
Il saisit le visage de son vis à vis entre ses mains et l'embrassa. Les yeux du jeune homme s'écarquillèrent sous l'effet de la surprise, mais il n'eut pas le moindre mouvement de recul. Le baiser devint rapidement passionné et ils en ressortirent tout deux essoufflés.
-Bon pour être honnête, c'est pas exactement ça que je me suis promis de faire avec toi, avoua Seishiro. Seulement là tout de suite je crois pas être en état, et puis c'est pas l'endroit !
-Je comprend pas... Reconnu le True Blood, complètement largué.
-Ça c'est parce que tu es encore jeune, naïf et innocent ! Rit le borgne. Cela dit, si ça peut aider ton esprit pur à se mettre sur la voie, ce que je compte te faire entraînera la perte de ton pucelage !
Subaru se figea complètement et devint rouge pivoine, provoquant l'hilarité des frères Sakurazuka.
-Dis donc sale pervers, est-ce que tu crois que le fait que tu sois alité est une raison suffisante pour que je ne te casse pas la gueule ? Intervint Kamui, remis de sa surprise.
-Hmm, vu ton air énervé, j'en doute !
-Dans ce cas, qu'est ce qui m'empêche de te refaire le portrait pour te faire passer l'envie de toucher à mon frère ?
-Je pense que l'infirmière derrière toi est probablement une bonne raison, non ? L'interrogea t-il, hilare.
En effet, une infirmière se tenait dans l'encadrement de la porte, l'air horrifié par les propos qu'elle venait d'entendre.
-Il y a... un problème ? Voulu t-elle avoir, méfiante.
-Ahaha, pas du tout ! La rassura le blessé. Kamui-kun, est un blagueur !
-Hé, qui t'a permis de m'appeler de façon aussi familière ?
L'infirmière ne lui laissa pas plus le loisir de se mettre en colère puisqu'elle les mis tous dehors, prétextant que c'était l'heure de son traitement.
-Je te préviens Subaru, quand ce pervers sors d'ici, il est hors de question que je te laisse seul dans la même pièce que lui ! Déclara Kamui, le plus sérieusement du monde.
-Mais Kamui...
-C'est non négociable !
-Pauvre Seishiro, il va galérer ! S'esclaffa Fuma.
XxX
Sakura écrasa un peu plus son bouquet contre elle. Assise devant la porte depuis près d'une heure, l'attente allait la rendre folle. Ce médecin n'allait donc jamais arriver ? Incapable de rester immobile une seconde de plus, elle se leva et commença à faire les cent pas.
-Mademoiselle, vous avez besoin d'aide ? L'interrogea une infirmière.
-Non s'est bon, merci, l'éconduit-elle gentiment.
-D'accord, n'hésitez pas en tout cas !
Elle acquiesça avec un sourire forcé et recommença à marcher. Voyant que son bouquet avait de plus en plus mauvaise mine, elle le posa sur la chaise pour ne pas l'abîmer d'avantage. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle était venue voir Shaolan à l'hôpital. Trois semaines c'étaient écoulées depuis la mort de Fei-wan, et elle avait enfin trouvé le courage de venir le voir. Malgré tout ce qu'il avait fait, elle n'avait de cesse de s'inquiéter pour lui. À cause de lui, elle avait énormément souffert. Il avait été le premier garçon dont elle était tombée amoureuse, et il lui avait brisé le cœur sans aucun remord. Cependant, il leur avait permis de trouver Fei-wan. Il s'était sacrifié sans hésitation pour la protéger, et plus important encore, il avait clamé haut et fort devant tout le monde qu'il l'aimait. Peut être n'en pensait-il pas un mot. Mais elle ne voyait pas de raison pour laquelle il aurait menti dans un moment pareil. Ça n'avait pas de sens, et surtout ça ne lui servait à rien. Elle était peut être naïve et idiote, mais elle avait envie de croire ses paroles. Bien entendu, ça n'effaçait pas ses mensonges et sa trahison, mais elle ne pouvait fermer les yeux devant ce qu'il avait fait par amour pour elle. Alors elle avait commencé à lui pardonner, rien qu'un peu. Sakura avait beau dire, mais si sa haine pour lui avait été aussi forte, c'est parce qu'elle n'avait jamais cessé de l'aimer. Plus elle le voyait, plus elle avait mal, plus elle lui en voulait, car elle n'arrivait pas à ne plus avoir de sentiments. Et maintenant qu'elle savait que ses sentiments étaient bel et bien réciproques, alors peut être qu'ils pouvaient essayer de repartir à zéro. Ça prendrait du temps, et elle ne cesserait jamais de porter cette rancœur au fond d'elle, mais tout doucement, ils pourraient reconstruire quelque chose, ensemble.
Dans son dos la porte s'ouvrit. Un homme en blouse blanche sortit de la pièce. Âgé de moins de trente ans, il avait un physique assez ingrat et tenait un dossier dans la main.
-Mademoiselle Kinomoto ? S'informa le médecin.
-Oui.
-Je suis le docteur Keyns. C'est moi qui m'occupe de M. Li depuis son admission. Tout d'abord, il faut que vous sachiez que votre ami est resté plus de deux semaines dans le coma. Il s'est réveillé il y a cinq jours et n'est lucide que depuis hier. Il est extrêmement fatigué, donc j'ai bien peur que vous ne puissiez le voir qu'endormi.
-Ce n'est pas grave.
Après tout c'était peut être mieux comme ça. Elle n'avait pas encore décidé ce qu'elle allait lui dire. Ça lui laissait plus de temps pour y réfléchir. Tout ce dont elle voulait être certaine pour le moment, c'est qu'il allait bien.
-Cependant, il y autre chose, avoua le médecin sur un ton plus grave.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda t-elle d'une voix un peu étranglée.
-Depuis combien de temps connaissez vous M. Li ?
-Je pense que ça doit faire environs quatre ans... Pourquoi cette question ?
L'homme détourna le regard et la rousse compris que la nouvelle qu'il allait lui annoncer serait loin d'être agréable. Lentement, et avec le plus de tact possible, l'homme lui expliqua le problème. Au fur et à mesure qu'il parlait, Sakura sentait le sang déserter son visage et les larmes remplir ses yeux. Bientôt elle ne pu plus se retenir et éclata en sanglot. Le médecin, ne sachant visiblement pas trop quoi faire, lui tapota gentiment l'épaule. Après quelques minutes, elle commença à se calmer. Le docteur lui donna un mouchoir avec lequel elle essuya ses joues.
-Il n'y a rien qu'on puisse faire ? Se renseigna t-elle avec espoir.
-Malheureusement, c'est irréversible. Il faudrait un miracle !
-D'accord...
Son interlocuteur se tordait les mains avec gêne. Il n'était apparemment pas habitué à apporter les mauvaises nouvelles aux proches. Vu son âge c'était probablement car il était nouveau.
-Bon... euh... vous pouvez aller le voir, dès que vous vous sentirez prête, l'informa t-il. Si jamais vous avez besoin de moi, je serais juste au bout du couloir.
-Merci.
Elle le regarda s'éloigner sans bouger. Après cinq bonne minutes à fixer la porte, elle se décida enfin à entrer. L'adolescente récupéra le bouquet et poussa doucement la porte. Avec ce qu'elle venait d'apprendre, elle priait maintenant pour ne pas le trouver éveillé. Par chance, il dormait profondément. Soulagée, elle s'approcha du lit et plaça les fleurs dans un vase. Elle s'assit à ses côtés et le regarda dormir. La rousse avait très envie de lui prendre la main, mais elle n'osait pas.
« Cesse donc d'être stupide et fait le ! Qu'est-ce que tu risques ? » Se fustigea t-elle.
Elle posa délicatement sa main sur celle de Shaolan. Elle resta longuement à lui caresser le dos de la main en fixant son visage endormi. Il lui restait quelques bleus et écorchures, traces de son combat contre Kurogane. La balle qu'il avait dans le torse lui avait été retiré dès son arrivée à l'hôpital, durant l'opération qui lui avait sauvé la vie.
Les membres de gang allaient rarement se faire soigner dans les hôpitaux car les médecins posaient trop de question, et pouvaient même parfois appeler les flics. Cependant, pour les cas d'urgence ils avaient fini par dénicher une petite clinique dont le directeur et le personnel acceptait de les couvrir, contre une rétribution financière. Après le combat, tout les blessés des Papillons Pourpres et des Black Brothers avaient été emmené là bas. Shaolan aussi, étant donné ce qu'il venait de faire pour Sakura. Ça lui avait sauvé la vie.
En regardant la pendule, Sakura s'aperçut qu'elle venait de passer plus d'une heure dans la chambre. Au moment ou elle retirait sa main et s'apprêtait à se lever, Shaolan ouvrit les yeux. Prise de court, la jeune fille s'immobilisa en plein geste, ne sachant que faire. Le châtain clignait beaucoup des paupières. La lumière du soleil qui entrait par la fenêtre l'éblouissait. Ses yeux finirent par se fixer sur l'adolescente à ses côtés. Il la regarda très longuement avant de finalement ouvrir la bouche.
-Bonjour, la salua t-il.
-...bonjour.
-Qui êtes vous ?
À ces mots, le cœur de Sakura éclata à nouveau en morceau. Le médecin l'avait prévenue, mais ça n'en était pas moins douloureux.
À cause des deux semaines qu'il avait passé dans le coma, le cerveau de Shaolan avait été endommagé. Il souffrait d'une amnésie rétrograde totale et définitive sur les huit dernières années de sa vie. D'après ce que les médecins avaient pu établir en discutant avec lui, le dernier souvenir qu'il avait datait de lorsqu'il avait huit ans. Après ça, c'était le néant total. Il savait son prénom, son adresse, son numéro de téléphone et celui de ses parents. Tout ce qui lui était arrivé après ça avait gommé de sa mémoire. Les docteurs disaient que c'était irréversible. Dans certains cas, ce n'était qu'une perte temporaire de la mémoire, et il suffisait de temps pour que les souvenirs reviennent. Ici, ce n'était pas le cas. La lésion cérébrale était trop importante pour espérer un quelconque rétablissement. Shaolan l'avait oubliée. Définitivement.
Ce n'était pas juste ! Pourquoi il fallait que ça arrive, juste au moment où elle commençait à croire que tout allait s'arranger entre eux. Elle avait imaginé ce qu'ils pourraient faire une fois qu'il serait sorti de l'hôpital. Elle avait envisagé des endroits où ils auraient pu aller. Et maintenant tout ça n'avait plus aucun sens...
Sakura se rendit compte que des larmes avaient commencées à rouler sur ses joues. Elle s'excusa auprès du blessé et se précipita vers la porte.
-On se connaît, n'est-ce pas ? L'interrogea t-il, au moment ou elle partait.
-Je... je... Tenta t-elle de parler, entre ses sanglots.
-Tu ne pleurerais pas si on était des inconnus.
La rousse était incapable de dire le moindre mot.
-Comment t'appelles tu ?
-Sakura...
-Tu es très jolie, la complimenta t-il. Tu es ma petite amie ?
L'adolescente devint rouge pivoine. Sa question avait beau être légitime, elle n'en était pas moins gênante.
-Et bien... euh... c'est à dire que... c'est compliqué.
-Alors explique moi ! S'exclama t-il en souriant.
Il désigna le siège à ses côtés. Timidement, Sakura revint s'y asseoir.
-J'espère que tu as du temps, parce que c'est une histoire sacrément longue que je vais devoir te raconter !
-Et bien, je risque de m'endormir au milieu, mais tu pourras toujours commencer.
-D'accord ! Acquiesça t-elle.
Un sourire commença à fleurir sur ses lèvres. Tout n'était peut être pas perdu. Il y avait plein de chose qu'il fallait qu'elle lui explique. Elle n'espérait pas qu'en entendant son histoire, il se souviendrait de tout et lui tomberait dans les bras, mais Shaolan avait le droit de savoir qui il était. Et même si ça ne resterait probablement rien d'autre qu'une histoire à ses yeux, ça lui permettrait de passer du temps avec lui. Si Shaolan n'avait plus de souvenirs des moments qu'ils avaient passé ensembles, alors elle n'avait qu'à en créer de nouveaux. Ça serait probablement difficile et long, mais elle ne comptait abandonner. Cette fois c'était fini. Hors de question de le perdre à nouveau !
XxX
-Tu ne sais vraiment pas pourquoi elle t'a fait venir ? Demanda Fye pour la dixième fois.
-Non, j'en sais rien ! Combien de fois va falloir que je te le répète ?! Soupira Kurogane.
-Désolé... C'est juste que je trouve ça un peu bizarre que Yuko que te convoque dans son bureau sans explications.
Le brun haussa les épaules. Lui n'était pas tellement surpris. Ça faisait plus de trois semaines que Fei-wan était mort, et la vie reprenait peu à peu son court dans le gang. Il était cependant curieux de savoir ce que la dirigeante lui voulait. Lorsqu'ils arrivèrent à la porte, le ninja toqua et on lui répondit d'entrer.
-J't'attend là. Déclara le blond en s'appuyant contre le mur.
Kurogane entra. Il trouva Yuko occupée à travailler sur son ordinateur. Remarquant sa présence elle ferma l'écran et lui fit signe de s'asseoir.
-Tu dois te demander pourquoi tu es ici, alors j'irai droit au but, expliqua t-elle. Comme tu le sais, les pertes liées à notre dernière bataille sont très importantes. Nous avons perdu de nombreux combattants, et aujourd'hui la plupart d'entre nous est en deuil...
Le ninja ne dit rien, mais ses pensées se tournèrent vers Amaterasu et Ryu-ô.
-Cependant il faut se ressaisir. La mort de Fei-wan a impressionné nos ennemis ce qui nous a permis de les tenir à l'écart jusqu'à présent. Mais ils savent que nous sommes mal en point, et les risques qu'ils nous attaquent sont importants. C'est pourquoi j'ai décidé qu'il fallait commencer à remettre notre gang sur pied.
Son interlocuteur ne put qu'acquiescer. En ce moment toute l'organisation du QG était sans dessus dessous. Il n'y avait plus de planning pour les tours de garde et chacun faisait ce qu'il voulait sans se soucier du reste.
-C'est pour ça qu'il nous faut quelqu'un pour mobiliser les hommes qui restent, et leur donner des tâches précises à faire. Je ne peux pas assumer cette responsabilité en plus de celles que j'ai déjà !
-Amaterasu était celle qui s'en chargeait, c'est ça ? L'interrompit le brun, comprenant soudain où elle voulait en venir. Vous voulez trouver quelqu'un pour reprendre son poste, j'ai pas raison ?
-Tu es tombé juste. Les hommes ont toujours eu besoin d'un chef qui soit directement avec eux sur le terrain. Moi je ne participe aux missions que dans des cas exceptionnel et c'est pourquoi il faut que je délègue une partie de mes pouvoirs à une personne de confiance...
Kurogane prit un air pensif. Au bout d'un petit moment il lâcha finalement :
-Shogo, ou bien Sorata.
-Quoi ?
-Je pense qu'ils sont de bon candidats pour ce poste !
Yuko éclata de rire. Son vis à vis la fixa avec surprise. Il ne voyait rien de drôle à ce qu'il venait dire. Ces deux hommes étaient appréciés et respecté par la plupart des Papillons Pourpres. Ils étaient de bon combattants et de bon leaders, il était logique de penser à eux pour ce travail !
-Désolé de te dire ça Kurogane, mais tu es complètement à côté de la plaque !
-Comment ça ?
-En fait, Amaterasu savait ce qu'elle risquait et elle m'avait proposé quelqu'un pour prendre sa place, au cas ou... Selon ses propres mots il s'agit d'une personne intègre, droite, intelligente et avec toutes les qualités pour faire une excellent chef.
-... ou voulez vous en venir ?
Le ninja ne voyait pas en quoi tout ça le concernait. Pourquoi l'avoir fait venir si elle savait déjà qui elle allait désigner ? À moins que... Ses yeux s'écarquillèrent tandis qu'il comprenait enfin.
-Attendez, vous êtes en train de me dire qu'Amaterasu parlait de...
-De toi, évidemment grand nigaud !
Il en resta sans voix. Alors c'est ça que sa supérieure pensait de lui ? Il n'aurait jamais cru qu'elle pouvait avoir autant d'estime pour lui. Décidément, même maintenant qu'elle n'était plus là, elle continuait à le surprendre !
-Alors ? Qu'est-ce que tu en dis ? Tu accepte ? L'interrogea Yuko.
-C'est un honneur que vous me proposiez sa place, et j'accepte sans hésiter !
-Je n'en attendais pas moins de toi, Kurogane.
Pendant ce temps, de l'autre côté de la porte, Fye attendait toujours. Bien qu'il commence à trouver le temps long, il resta là où il était. Il avait envie de savoir ce Yuko voulait à son petit ami, et surtout il voulait passer le plus de temps possible avec le ninja. La semaine précédente, il s'était rendu dans le bureau de la dirigeante, et lui avait fait part de son désir de quitter le gang. Elle avait accepté sa requête sans rechigner. Après tout, son entrée dans le gang s'était faite par la force des choses et non pas parce qu'il le voulait. De plus elle avait bien remarqué qu'il avait de plus en plus de mal à se battre, ce qui pouvait signer votre arrêt de mort dans un milieu aussi dangereux. Cependant, même si les chances qu'il aille les trahir étaient infime étant donné que Kurogane serait toujours dans le clan, elle lui avait clairement fait savoir qu'ils garderaient un œil sur ses agissements.
Le blond était heureux de l'avoir convaincue aussi facilement, mais maintenant son départ était de plus en plus imminent. Il avait beau savoir que ça ne signifiait pas la fin de son couple, il était également conscient qu'il allait voir son amant moins souvent. Ils ne pourraient plus passer leurs journées collé l'un à l'autre comme ils l'avaient toujours fait. C'est pour cette raison que Fye voulait rester le plus possible avec le ninja avant son départ définitif.
-Hé, c'est quoi cette tronche de six pied de long ? S'étonna une voix enfantine, le tirant de ses pensées.
-Bah oui faut pas faut pas faire la tête ! Renchérit une autre voix.
Fye baissa les yeux et tomba nez à nez avec les Mokona.
-Alors, pourquoi t'es triste ? Insista la fillette.
-Je suis pas triste, la détrompa le jeune homme. J'étais juste perdu dans mes pensées.
-Ben elles avaient pas l'ai joyeuses tes pensées... marmonna t-elle.
Comme les jumeaux lui réclamèrent un câlin, le blond s'accroupit pour se mettre à leur hauteur, et les serra dans ses bras.
-D'ailleurs, maintenant que j'y pense, qu'est-ce que vous faites là ? Demanda Fye. Je croyais que vous deviez rentrer chez vous !
Un grand sourire illumina le visage des deux enfants.
-On ne rentre plus ! S'écrièrent t-il avec joie.
-Ah bon ? Et pourquoi ça ? Vos parents ne vous manquent pas ?
Ils secouèrent la tête négativement.
-On habite pas avec maman, le détrompa Moko-kun. Enfin avant on habitait pas avec elle...
-Mais on va déménager, pour venir dans sa maison ! Se réjouit sa sœur. C'est pour ça qu'on reste !
-Vraiment ? C'est super, je suis content pour vous !
Tandis que les jumeaux sautaient de joie autour de lui, Fye se fit la réflexion qu'il ne savait presque rien des Mokona au final. Apparemment ils venait passer leur vacances d'été ici tout les ans, et on racontait qu'ils étaient des petits cousins de Yuko. Rien que ça c'était bizarre en fait... Quelle idée d'envoyer des enfants en vacances dans le quartier le plus dangereux de la ville ? À quoi pensaient leurs parents ?
De plus, quelque chose le dérangeait dans ce qu'il venait d'apprendre. Les jumeaux étaient sensé partir il y a une semaine et maintenait, non seulement ils restaient, mais en plus ils déménageaient pour habiter avec leur mère qui manifestement était du coin. Et tout ça juste après que Fei-wan soit mort. Coïncidence ? C'était peu probable !
Non décidément, ces enfants étaient mystérieux ! En y repensant, le fait qu'ils refusent de dévoiler leur vrai nom n'était peut être pas un simple jeu d'enfant. Personne connaissait leur identité véritable, ni le lieu ou ils vivaient le reste du temps.
-Hé, Fye, tu viens jouer avec nous ? L'appela Moko-chan en le tirant par le bras.
-Désolé je peux pas, j'attends quelqu'un...
-T'attends qui ? Ton amoureux ?
Le blond sourit devant la candeur de la fillette et répondit par l'affirmative.
-Moi aussi quand je serais plus grande j'aurais un amoureux, et même que c'est lui qui m'attendra. Et puis il portera mon sac, et il fera mes devoirs et...
-Ahaha c'est presque de l'esclavagisme ça ! Lui fit remarquer l'adulte.
-De l'esclava... quoi ?
-Oublie ça !
La porte s'ouvrit enfin sur Kurogane et Yuko. Ils échangèrent une poignée de main tout en discutant avec le sourire. Manifestement l'entrevue s'était très bien passée. Le ninja rejoint son petit ami et déposa un chaste baiser sur ses lèvres.
-Alors ? L'interrogea Fye.
-Viens, je vais te raconter ! S'exclama le brun, sans se départir de son sourire.
Son vis à vis se laissait entraîner, lorsqu'il remarqua quelque chose. Yuko et les deux enfants se regardaient fixement sans bouger. Lentement, il vit un sourire chaleureux s'épanouir sur le visage de la dirigeante. Les jumeaux s'empressèrent de faire de même, et c'est alors qu'il eut le déclic.
Les informations qu'il avait glanées lors de ses discussions avec les enfants lui revinrent en mémoire. Il repensa à ce que son petit ami lui avait raconté du passé de Yuko, et alors tout devint clair. Les informations qu'il avait glanées lors de ses discussions avec les enfants lui revinrent en mémoire. Il repensa à ce que son petit ami lui avait raconté du passé de Yuko, et alors tout devint clair. Si on y réfléchissait bien, tout prenait sens ! En regardant les faits sous un certain angle, alors les pièces du puzzle s'emboîtaient parfaitement ! La raison du mystère qui planait autour des Mokona devenait évidente.
Sans un mot, il lâcha la main de son amant et revint sur ses pas.
-Fye ?
-Attend moi là, tu veux bien ?
-Euh ok...
Le blond se dirigea vers Yuko. Celle ci remarqua l'air grave sur son visage et son sourire disparu.
-Est-ce qu'on pourrait se parler ?
-Oui bien entendu. Qu'y a t-il ?
-... en privé.
Cette dernière précision fit tiquer la femme. Tout ça n'augurait rien de bon. Elle fut néanmoins bien obligée d'accepter sa requête. Courtoisement elle lui fit signe d'entrer dans son bureau et referma la porte derrière eux
-Alors, qu'est-ce qui t'arrive Fye ?
-En fait, je veux juste résoudre un mystère qui me turlupinait, expliqua t-il.
-Quel mystère ?
-Celui des jumeaux Mokona...
Si sa phrase eut un effet sur Yuko, elle n'en laissa rien paraître. Le plus tranquillement du monde, elle alla s'asseoir derrière son bureau, l'air toujours aussi impassible. Cependant, à la façon dont elle fixait, le blond sut qu'il avait capté son attention.
-J'ai toujours trouvé ça bizarre que personne ne soit capable de m'expliquer d'où ils venaient, et ce qu'ils faisaient là, poursuivit le jeune homme. Il y a toutes sortes de rumeurs qui courent à leur sujet, mais elles sont à dormir debout pour la plupart. Cela dit, une partie d'entre elles se rejoignent pour dire qu'ils sont de votre famille. Ils seraient soit disant des cousins éloignés ou quelque chose dans ce genre là...
-Où essaye tu d'en venir ? Le coupa t-elle.
Ce petit jeu ne semblait pas lui plaire, il décida donc d'en venir au fait.
-Tout à l'heure je repensais à ce qu'on m'a raconté de votre passé et, j'ai compris quelque chose.
Puisqu'elle ne semblait pas avoir l'air de vouloir répondre, il continua :
-Si mes souvenirs sont exacts, il y a douze ans, après la mort de Clow, vous vous êtes retiré du clan pendant quasiment un an. J'ai trouvé ça étrange la première fois qu'on me l'a raconté. Après la perte d'un proche, il est normal d'être abattu... Seulement vu les circonstances de sa mort, j'aurai pensé que vous auriez redoublé d'efforts pour battre Fei-wan et venger Clow !
-La vengeance ne mène jamais à rien de bon.
-C'est vrai, mais je suis persuadé que même sachant cela la jeune femme folle de rage que vous étiez à l'époque l'aurait fait quand même. Et s'est pour ça que j'ai commencé à me demander, pourquoi ? Pourquoi est-ce que vous étiez partie ? Vous saviez que ça ferait perdre votre camp, mais vous l'avez fait quand même. Pendant longtemps je ne comprenais pas, et puis, il y a quelques minutes, j'ai trouvé la réponse que je cherchais !
Yuko croisa les bras. Elle leva un sourcil tandis qu'un air amusé se peignait sur son visage. Manifestement ce n'était pas la première fois qu'elle entendait un discours de ce genre. Néanmoins, Fye était certain que la fin n'allait pas la décevoir.
-Et quelle est cette réponse ? Demanda t-elle avec un sourire en coin.
-Quel âge ont les jumeaux ?
La dirigeante fronça les sourcils. Elle ne semblait plus amusée du tout. Néanmoins elle lui répondit quand même.
-Ils ont onze ans.
-Et ça fait douze ans que Clow est mort.
-...
-Vous n'êtes pas partie à cause de votre chagrin. Vous êtes partie parce que vous avez découvert que vous étiez enceinte.
La femme se laissa aller en arrière dans son dossier et commença à rire. Son hilarité dura plusieurs minutes durant lesquelles Fye ne sut plus où se mettre.
-J'aurais du savoir que tu étais un fouineur, lâcha t-elle finalement. Tu es journaliste au départ, après tout !
-Je prend ça comme un compliment.
-Ça fait douze ans que je cache ce secret à tout le monde. Tu as manifestement été plus malin que les autres. Cela dit, même si les choses risquent de se calmer vu que Fei-wan est mort, je ne crois pas que ce soit le moment pour révéler leur identité...
-Ne vous inquiétez pas, je vais garder ça pour moi ! La rassura t-il. Je voulais en être sûr, c'est tout.
-De toute façon si ça sort, je saurais qui sait, lui signala t-elle, l'air de rien.
Comme le ninja devait commencer à prendre racine devant la porte, le blond prit congé. Il était content que sa déduction ait été la bonne, mais n'avait cependant pas la moindre envie de subir la colère de son petit ami, dont la patience n'était pas la principale qualité.
-Une dernière chose, dit-il au moment où il allait sortir. Je me doute bien qu'ils ne s'appellent pas tout les deux Mokona. Juste pour savoir, c'est quoi leurs vrais noms ?
La dirigeante leva les yeux au ciel. Quel curieux celui là ! En même temps, vu ce qu'il savait déjà, lui répondre ne changerait pas grand chose...
-Le garçon s'appelle Larg, et la fille Soel.
-Ce sont de beaux prénoms ! Lança t-il en quittant la pièce.
XxX
-Yuki...
-Oui Toya ?
-Tu peux me rappeler ce qu'on fait ici déjà ?
Le jeune homme leva les yeux au ciel.
-Combien de fois va t-il falloir que je te le répète ? On est venu t'inscrire à la fac !
-Mais, qu'est-ce que tu veux que j'aille foutre là bas ?! S'exclama l'ex chef des Blue Sand.
-Laisse moi réfléchir... étudier ?
Cette fois ce fut au tour de Toya de prendre un air exaspéré.
-Je sais très bien à quoi ça une fac. Ce que je veux savoir c'est ce que tu crois que MOI je vais y faire ? J'ai une tête à faire des études ? Déjà que j'ai passé mon bac pour te faire plaisir...
-Bon, et qu'est-ce que tu veux faire alors ? Demanda Yukito en croisant les bras. Au cas où tu n'aurai pas remarqué, avec ton bras immobilisé et ce que Fei-wan a fait de ton gang, je crois que t'as plus qu'a laisser tomber le milieu !
-J'pourrais parfaitement trouver d'autres hommes et...
Il fut interrompu par le regard noir lancé par son ami.
-Toya, je sais pas si t'es au courant mais ta sœur n'a plus que toi ! Qu'est-ce que tu crois qu'il va lui arriver si tu te fais tuer ?
-Ouai, je sais. T'as raison, reconnu t-il à contre cœur. Le truc, c'est que je sais rien faire d'autre moi !
-T'es catégorique, tu veux pas faire d'étude ?
-Même pas en rêve !
-Dans ce cas, je vois qu'une seule solution...
-Laquelle ?
-Va falloir que tu te trouve un boulot.
Le brun poussa un soupir dépité. Sakura et lui s'étaient retrouvé orphelins très jeunes. Ils n'avaient pour seule famille qu'une grand tante gâteuse qui oubliait tout le temps qu'elle les avait à sa charge. Toya avait donc du apprendre à se débrouiller par lui même. Il faisait des boulots pour des types pas très recommandables, mais qui payaient bien. Son seul but avait toujours été de s'occuper de sa sœur. Dépassé par les événements il avait fini par devenir quelqu'un d'important dans le Milieu, sans même le vouloir. Il avait néanmoins tout fait pour que sa sœur n'ai pas à tremper dans ses affaires. Les gangs c'était toute sa vie. Il ne connaissait rien d'autre.
Aujourd'hui, les séquelles de ses blessures l'empêchaient de continuer plus avant sur cette voie. Seulement il ne connaissait rien de la vie en dehors du Quartier Est, à par ce qu'il avait vu en allant à l'école. Il ne l'aurait avoué pour rien au monde, mais il était terrifié.
Lui, trouver un travail normal et aller gentiment bosser tout les matins comme un mouton ? Non, il en était incapable. Au bout de trois jours il enverrait son patron se faire foutre.
-Yuki, je crois pas que le « métro, boulot, dodo » ce soit pour moi !
Yukito eut un sourire amusé.
-Je rêve ou tu te dégonfle ? Toi, Toya la terreur, tu flippe à l'idée de devoir travailler comme un honnête citoyen ?
-Je flippe pas ! … c'est juste que je me vois mal finir ma vie comme cadre dans une boite pourrie.
-Qui te parle d'être cadre ? Je suis sûr qu'il doit exister un métier qui te conviendra.
-Si tu le dis...
-Aller, soit pas défaitiste ! L'encouragea son ami en lui ébouriffant les cheveux. Qu'est-ce que ça te coûte d'essayer ?
Toya se laissa convaincre. De toute façon, s'il ne travaillait pas, à quoi occuperait-il ses journées ?
-Bon j'vais chercher, mais c'est bien pour te faire plaisir.
-J'ai toujours su que tu pouvais pas résister à mes beaux yeux ! Le taquina l'autre.
-À ton joli petit cul, tu veux dire !
-Toya !
-Quoi, c'est pas vrai peut être ? Demanda t-il avant d'embrasser son vis à vis.
-Obsédé !
-Seulement quand il s'agit de toi.
-Encore heureux !
XxX
-Pour la dernière fois, Domeki, vire tes sales pattes de la bouffe ! Hurla Kimihiro en retirant le plat de cookies de la table.
-Hmm, arrête de crier, soupira l'intéressé. Et puis si tu les as fait c'est pour qu'ils soient mangés non ?
-Oui, mais pas par toi ! Ils sont pour le goûter des jumeaux !
Shizuka haussa les épaules et tendit la main pour attraper un autre gâteau.
-T'es sourd ma parole ?! Pas touche ! S'énerva l'adolescent en lui donnant un grand coup sur la tête.
-Aïe.
-Si tu dis ''aïe'' sur un ton aussi monotone ça veut dire que t'as pas vraiment mal !
Shizuka pencha la tête sur le côté et se boucha les oreille avec un air blasé. Il laissa son ami s'énerver tout seul et profita de son inattention pour se servir une part du gâteau qu'il venait de sortir du four.
-Très bon, commenta t-il. Tu pourrais en faire un avec des amandes la prochaine fois ?
-Je ne suis pas ta bonniche, crétin ! Cria Kimihiro, hors de lui. On est pas au restaurant ici, alors tu bouffe ce qu'on te donne et puis c'est tout !
Son vis à vis l'ignora et mordit dans la pâtisserie. Le cuisinier le fixait avec un air de plus en plus menaçant.
-Domeki... ?
-Ouai, c'est moi.
-Rassure moi, ce gâteau que tu es en train de manger, ce n'est pas celui que je vient de faire.
-Tu vois un autre gâteau ici ?
L'expression de Kimihiro passa de menaçante à franchement terrifiante. De nombreuses façon longue et douloureuse de torturer et tuer l'imbécile qui se tenait devant lui lui vinrent à l'esprit.
-Débile, c'était pour Yuko ! Je lui sers quoi maintenant ?!
-T'as qu'à faire un autre gâteau.
-J'te jure cette fois j'vais t'étriper !
-C'que tu peux être bruyant...
Un rire féminin les interrompit dans leur dispute. Tomoyo se trouvait à l'entrée de la cuisine, au bras d'un grand adolescent brun visiblement mal à l'aise.
-Tomoyo, je ne savais pas que tu devais passer aujourd'hui ! S'étonna Kimihiro.
-On passait dans le coin avec Kaname, alors je me suis dis qu'on allait passer faire un petit coucou.
Vu que sa sœur était morte et que pour l'instant le QG ne lui rappelait que des souvenirs douloureux, Tomoyo habitait maintenant depuis un mois et demi dans la maison de famille qu'elle tenait de ses parents. Elle commençait petit à petit à faire son deuil. Sakura et Kaname, son petit ami, se relayaient à ses côtés pour lui remonter le moral. Personne ne savait si elle avait prévu de revenir par la suite ou de rester là bas, mais dans tout les cas Yuko lui avait dit qu'ils respecteraient son choix.
-Vous voulez du gâteau ? Proposa le cuisinier. Un crétin l'a entamé, alors autant le manger maintenant...
Les amoureux échangèrent un regard avant d'acquiescer. Une dizaine de minutes plus tard, ils furent rejoint par les jumeaux venu réclamer leur quatre heure.
-On a faaaaaaiiiim ! Hurlèrent t-il en déboulant à toute vitesse.
Kimihiro s'empressa de leur servir ce qu'il avait préparé à leur intention, tout en surveillant Shizuka du coin de l'œil. Ce goinfre avait assez mangé comme ça !
Une ois qu'il fut certain que les petits auraient assez à manger, il prépara un tasse de thé et coupa une part du gâteau pour la poser dans une assiette. Il installa le tout sur un plateau.
-Je vais voir Yuko, les informa t-il.
-D'accord à tout à l'heure !
Tout en apportant le plateau jusqu'au bureau de la dirigeante, Kimihiro se fit la réflexion que les choses commençaient à aller mieux. Même s'il n'avait pas personnellement participé au combat contre Fei-wan, il avait bien vu que tout le monde en était revenu très éprouvé. La victoire avait eu un goût amère à cause de tout ceux qui étaient mort pour y parvenir. Le monde des gangs était dur, et tous le savaient bien. C'est pour cette raison que tous s'employaient à remettre le clan sur pied, pour repartir sur de bonnes bases.
La plus grosse inquiétude du jeune homme était pour Yuko. Il la connaissait assez bien pour savoir qu'elle se considérait responsable pour la mort de ses hommes. Elle s'en voulait tout particulièrement pour celle d'Amaterasu. C'était une bonne actrice et la plupart des gens ne se doutaient de rien, mais lui avait remarqué qu'elle n'allait pas aussi bien qu'elle le prétendait. Elle passait ses journées enfermée dans son bureau et ne recevait presque personne. Il avait donc commencé à venir la voir plusieurs fois par jours, pour lui apporter du thé, du saké ou une collation. À sa façon il lui montrait qu'il s'inquiétait pour elle, et essayait tant bien que mal de l'aider. Il ne savait pas si ce qu'il faisait servait à quelque chose, mais au moins il avait le sentiment de ne pas être inutile.
Arrivé devant sa porte il toqua discrètement.
-Entre Watanuki.
Il baissa la poignée en utilisant son coude et pénétra dans la pièce. Pour une fois, il trouva la dirigeante debout devant la fenêtre. Il posa son plateau sur le bureau.
-Il fait beau n'est-ce pas ? Demanda t-il.
-C'est vrai.
-Vous devriez sortir, prendre l'air, proposa t-il. Ça ferait plaisir à tout le monde de vous voir.
La femme se retourna et saisit sa tasse. Elle but une gorgée et ferma les yeux pour apprécier le breuvage.
-Délicieux, comme toujours.
-Merci.
Kimihiro resta à la regarder encore un petit moment, puis déclara :
-Je ferais mieux de retourner en cuisine, surveiller les Mokona.
-D'accord.
-Mais je persiste Yuko-san, vous devriez aller faire un tour.
-Quand j'aurai fini ma tasse.
-Vraiment ?
-Est-ce dans mes habitudes de te mentir ?
Le jeune homme referma la porte et sourit. Toutes ces visites n'avaient peut être pas été si inutiles que ça après tout...
XxX
-Kuro-pyu, je suis rentré ! Cria Fye en entrant dans la pièce.
Il desserra sa cravate et défit les deux premiers boutons de sa chemise.
-Alors comment ça s'est passé ? Voulu savoir le ninja.
-Super bien. On a signé tout les papiers. C'est à moi maintenant !
-Génial, je suis super content pour toi !
-Il ne manque plus que quelques petites rénovations et les dernières autorisations. Oh, je suis tellement heureux ! S'exclama t-il en sautant au cou de son amant. Ça y est mon rêve est a porté de main !
Le brun sourit devant l'excitation de son petit ami. On aurait dit un gosse la veille de noël. Il trouvait ça trop mignon. Cela dit, il était hors de question de lui avouer. Il avait déjà l'impression d'être assez niais comme ça quand ils étaient tout les deux, pas la peine d'en rajouter une couche !
Fye finit par le lâcher. Il s'éloigna et commença un babillage joyeux à propos de ce qu'il avait encore à faire cette semaine pour que tout soit prêt à temps. Après un petit moment, le jeune homme remarqua que son petit ami ne l'écoutait absolument pas. Il se contentait de le fixer en hochant la tête de temps en temps.
-Kuro-tan ?
-Hein ? Euh oui ?
-Tu m'écoutes ?
-Ben... non. J'étais en train de me dire que ce costume t'allais super bien, et qu'habillé comme ça t'étais super sexy !
-Ouai, je sais !
-Petit branleur !
-C'est pour ça que tu m'aime !
Vous cherchez probablement le mot "Fin", mais vous ne le trouverez pas ici.
Il reste encore l'épilogue après tout !
