Chapitre 14 : Heureuses retrouvailles
L'hiver était là, rude et froid. Le manteau blanc de la neige recouvrait les rues de Paris la nuit, pour mieux laisser place à une épaisse boue nauséabonde lorsque la capitale reprenait vie au petit matin. La situation s'était quelque peu calmée depuis que la famille royale s'était installée de force aux Tuileries, et Lucile et Gabrielle ne redoutaient plus que leur petite protégée sorte pour changer d'air ou se faire de nouveaux amis. Olympe était donc ravie d'avoir cette quasi-autorisation d'arpenter les rues de la capitale pour retrouver Charlotte au Café de Foy, tout en évitant soigneusement de croiser Solène. Sa dernière entrevue avec la sœur de Ronan l'avait légèrement ébranlée, et la jeune femme redoutait que celle-ci ne l'accepte jamais comme membre de la famille à part entière. Mais à vrai dire, c'était un souci qu'Olympe préférait reléguer au second plan. Elle était à présent enceinte de six mois, et cette grossesse lui pesait. De nature assez mince et élancée, elle avait beaucoup maigri suite à la mort de son amant et aux dures semaines qui avaient suivi la prise de la Bastille. Bien qu'elle ait repris des forces, elle n'avait pas encore retrouvé sa santé habituelle, et une grossesse aussi avancée était déjà une belle épreuve. Cependant, cela n'avait pas arrêté sa curiosité. Plus que jamais elle souhaitait revoir sa Reine et ses petits protégés, le Dauphin et sa sœur, pour leur manifester toute son amitié et son soutien. Ils devaient en avoir besoin, Olympe n'en doutait pas. N'osant l'avouer directement à Lucile et Camille, elle prétexta une simple visite à Charlotte, s'emmitoufla sous une épaisse cape et descendit l'escalier de l'immeuble. Elle avait cependant accepté l'offre de Lucile de prendre une voiture pour la conduire jusqu'au Palais-Royal. Marcher si longtemps à son stade de grossesse, c'était prendre un risque inutile, surtout par ce froid. À peine arrivée devant les grilles du Palais-Royal, elle rebroussa chemin puis rejoignit le Louvre, qu'elle longea jusqu'aux Tuileries. Au loin, Olympe apercevait une foule attroupée devant les grilles qui séparaient le Carrousel du Louvre du palais. Des gardes Suisses faisaient le guet, mais aucune agitation ne les inquiétait outre mesure, ils étaient là uniquement pour veiller au grain. Olympe s'approcha doucement, se frayant un chemin entre les Parisiens curieux, pour apostropher une femme qui se hissait sur la pointe de ses pieds pour mieux voir.
« Excusez-moi, madame, que se passe-t-il ?
- Bah, d'où sortez-vous, m'dame, vous n'êtes pas très renseignée ! C'est l'heure où l'Autrichienne fait sa promenade quotidienne avec ses enfants ! »
Olympe remercia la femme d'un sourire pour l'information, bien que cette expression de 'l'Autrichienne' l'énervait au plus haut point à chaque fois qu'elle l'entendait. Lorsque les premiers curieux furent enfin rassasiés à la vue de cette Reine épiée mais toujours digne, Olympe put s'approcher à son tour. La souveraine était là, enfin, à peine à cent mètres de l'ancienne sous-gouvernante de ses enfants. Marie-Antoinette n'avait pas changé. La jeune femme la trouvait toujours aussi belle bien que fatiguée. Elle était fière et gardait la tête haute. Elle dédaignait proprement ces maudits Parisiens qui l'avaient sortie de son Trianon si cher à son cœur, et qui l'observaient comme un ours en cage, attraction populaire mais raillée et crainte à la fois. Elle marchait lentement, appuyée sur le bras de madame de Tourzel, la nouvelle gouvernante de ses enfants depuis les départs successifs d'Olympe et de Yolande de Polignac. Son doux regard bleu se posait sur ses seuls enfants survivants. Si Louis-Charles s'amusait à admirer les maigres arbres recouverts de neige et à guetter l'évolution de ses plantations, faisant fi des Parisiens présents, Marie-Thérèse-Charlotte, elle, restait collée à sa mère. La jeune princesse, qui venait d'avoir onze ans le 19 décembre, n'était pas de nature craintive, mais elle avait hérité le caractère fier et hautain de sa mère. Elle ne supportait pas cette foule qui l'observait, insultait ses parents et l'avait privée de sa vie paisible à Versailles. Son petit frère n'était qu'un enfant, il s'amusait, loin de s'imaginer dans quel monde il évoluait à présent. Mais elle, elle était une adolescente, elle comprenait. Le regard fixé sur le sol, elle fut attirée par Louis-Charles qui, délaissant ses buissons défraîchis, faisait un signe de la main vers la foule. La princesse allait le réprimander - on ne salue pas ainsi un peuple si dédaigneux et méchant ! - lorsqu'elle aperçut une silhouette qu'elle connaissait et adorait : Olympe. Un sourire illumina le visage aux joues encore rondes, derniers signes de l'enfance, et à son tour, elle fit un signe de la main en direction de son ancienne sous-gouvernante. Puis, secouant doucement le bras de sa mère, elle indiqua la direction où se trouvait la jeune femme, soudain rouge pivoine à l'idée d'attirer l'attention.
« Maman, regardez là-bas, c'est mademoiselle du Puget ! »
Marie-Antoinette leva son regard azur vers la jeune femme et lui adressa un large sourire, le premier depuis plusieurs semaines, sans doute. Saluer elle aussi la foule n'était pas digne d'une Reine, et elle craignait également que les Parisiens ne comprennent qu'une personne parmi eux semblait avoir des relations amicales avec la famille royale. Or, autant Louis XVI était encore respecté, autant Marie-Antoinette se savait profondément haïe par ce peuple qui, quinze ans plus tôt, l'avait pourtant accalmée. Olympe, elle, était heureuse. Elle venait de revoir sa Reine, ses petits mignons, et surtout, eux ne l'avaient pas oubliée, bien au contraire. Agrippant la grille à pleine main, elle rendit leurs sourires aux enfants et à Marie-Antoinette puis du bout de l'index leur fit un signe, un salut discret mais visible et compréhensible. Le passé de la jeune femme remontait dans son esprit, des larmes coulaient le long de ses joues. Regrettait-elle d'avoir quitté le service de Marie-Antoinette ? Vu la situation dans laquelle était la famille royale, pas vraiment. Et on ne l'aurait probablement pas autorisée à s'installer avec eux aux Tuileries, elle aurait dû retourner chez son père ou choisir l'exil, comme la Duchesse de Polignac. Pourtant, elle se reprochait d'avoir abandonné ceux qui faisaient, il y a peu, partie de son quotidien, une sorte d'autre famille. Quelques minutes plus tard, Marie-Antoinette retourna dans le palais, à peine plus chaud que l'extérieur mais où, au moins, elle n'était pas épiée. Un dernier signe de main du petit Dauphin fit sourire Olympe, puis plus rien. Ils étaient rentrés, l'attraction était terminée, les Parisiens retournaient vaquer à leurs occupations. La jeune femme resta plantée contre la grille un bon moment, bercée par ses souvenirs, jusqu'à ce qu'un Suisse l'aborde.
« Madame, vous ne devriez pas rester là. Rentrez chez vous. »
Olympe s'exécuta. Un dernier regard vers les Tuileries où elle se promit de retourner, puis elle marcha lentement vers le Louvre. La neige commençait à tomber, elle avait froid, et un chocolat chaud - denrée devenue quasiment rare et hors de prix ! - lui ferait un bien fou.
...
Olympe regardait le fond de sa tasse vide. Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas vu l'heure tourner, et il commençait à se faire tard. Voilà deux heures qu'elle était partie de chez Lucile, celle-ci allait s'inquiéter et la rechercher. La jeune femme quitta sa petite table, passa devant le banc où dormait Ronan lorsqu'ils s'étaient rencontrés, lui lança un regard douloureux - elle le revoyait encore allongé dessus, perdu dans son sommeil ! - puis s'éloigna pour trouver une voiture qui la ramènerait rue du Théâtre-Français. Trop pressée de rentrer, elle ne prêtait pas attention aux personnes qui l'entouraient, et ignorait alors que quelqu'un la suivait. Olympe s'apprêtait à héler un cabriolet lorsqu'une main se posa sur son épaule. Un sursaut, les membres qui se mirent à trembler, le cœur qui commença s'emballer, elle se retourna et vit une femme d'une trentaine d'années, cachée sous une ample cape de fourrure noire, dressée devant elle. Cette femme ne lui était pas inconnue, assurément, elle l'avait déjà vue... Mais où ? Soudain, cela lui revint : madame de Tourzel ! Olympe ne l'avait rencontrée qu'une fois à Versailles, et l'avait aperçue de loin un peu plus d'une heure plus tôt.
« Mademoiselle du Puget ?
- Euh... Oui ?
- Vous êtes difficile à trouver et à suivre ! Voilà une heure que je vous cherche !
- J'étais au Café de Foy, je buvais...
- Qu'importe ! La Reine m'envoie. Elle vous a vue au loin, aux grilles des Tuileries, elle aimerait vous revoir, ses enfants aussi. Vous leur manquez !
- Je ne peux pas, je dois partir, on m'attend. Et je...
- Pas aujourd'hui, ce n'est pas possible. La Reine est fatiguée, elle se repose, et le Dauphin a sa leçon de géographie. Mais demain... Vous pourrez ?
- Demain ? Oui, je crois... Je serai là.
- Parfait ! Rendez-vous devant le Pavillon de Flore à quatorze heures. Soyez discrète, je vous y attendrai. »
N'attendant pas la réponse d'Olympe, madame de Tourzel tourna les talons et s'en alla. La jeune femme restait perplexe. Revoir la Reine, lui parler, l'approcher... Elle en rêvait ! Mais cela la terrifiait. Si Danton et Desmoulins l'apprenaient ? En un sens, elle ne faisait rien de mal, au fond d'elle-même elle savait que même s'ils le lui reprochaient, ils finiraient par la comprendre et lui pardonneraient. Mais si ce Robespierre le savait ? Rien que d'y penser, Olympe trembla. A moins que ce ne soit le froid ? Décidée à parler à sa Reine au moins une dernière fois, elle rentra chez Lucile pour mieux revenir le lendemain.
...
« Quoi, encore ? Mais tu as vu Charlotte hier ! s'étonna Lucile.
- Et alors ? sourit Olympe, qui restait la plus naturelle possible. Je ne l'ai pas vue depuis plusieurs semaines, elle s'inquiète de son futur petit-frère, qu'y a-t-il de mal à cela ?
- Tu n'es pas raisonnable, il fait froid, tu es fatiguée, regarde comme tu es pâle ! Gabrielle, qui n'est enceinte que de deux mois, reste cloîtrée chez elle !
- Eh bien, elle manque de belles occasions de voir Paris sous la neige ! Je ne l'envie pas ! »
Olympe, bornée à souhait, haussa les épaules et enfila sa cape.
« Rassure-toi, Lucile. Je vais au Palais-Royal, j'offre un chocolat à Charlotte, je lui dis que le bébé m'assène des coups insupportables, et je reviens ! »
Décontenancée par une telle audace et un tel optimisme, Lucile se laissa enlacer par son amie et la regarda partir. Jamais elle ne l'avait vue aussi joyeuse. Commençait-elle déjà à panser ses plaies ? Retournant à sa cuisine - Camille recevait Danton et leur ami Fabre d'Eglantine le soir, il lui fallait prévoir de la nourriture pour un régiment ! - elle pensa à autre chose. Olympe, elle, fit le même trajet que la veille, mais au lieu de s'arrêter aux grilles, elle continua son chemin jusqu'au pont du Carrousel, où elle tourna à gauche et se planta devant une petite porte du Pavillon de Flore. La jeune femme recouvrit sa tête avec sa capuche. Seules ses longues boucles dépassaient de l'énorme forme noire qu'elle était. Une voix douce l'appela.
« Mademoiselle du Puget ! »
Olympe se retourna, reconnut madame de Tourzel et entra sans être vue.
« Mademoiselle, nous avons deux heures devant nous jusqu'à ce que la Reine fasse sa promenade habituelle. Pressons-nous. »
Le Pavillon de Flore, séparé des Tuileries par une galerie, n'était en fait qu'à une centaine de mètres du Palais. Olympe pressa le pas, suivant celle qui remplaçait Yolande de Polignac auprès des enfants de la Reine. La galerie lui sembla d'une longueur surprenante, tant l'envie de revoir Marie-Antoinette était grande. Au moment où enfin elle s'apprêtait à revoir sa souveraine, une bouffée de joie l'envahit. Pour la première fois depuis la mort de Ronan, elle était vraiment heureuse. Une porte s'ouvrit devant elle, la faisant pénétrer dans un petit salon aux tentures vertes mais bien triste. Habituée au faste de Versailles, à la magnificence de la Galerie des Glaces ou au charme de Trianon, Olympe était déçue, presque déprimée.
« La Reine va bientôt arriver avec ses enfants. Ne bougez pas, installez-vous dans ce fauteuil, insista la gouvernante en désignant un siège. »
Olympe obtempéra et patienta. Quelques minutes plus tard, Marie-Antoinette arriva avec le Dauphin et Madame Royale. La jeune femme se leva et se plongea dans une large révérence avant d'être bousculée par Louis-Charles qui s'était précipité sur elle.
« Mademoiselle ! Vous m'avez beaucoup manqué ! Pourquoi m'avez-vous laissé ? »
Olympe n'osait pas plaquer deux gros baisers sonores sur les joues roses de l'enfant, pourtant elle en mourait d'envie. Il était si mignon avec ses boucles blondes, si joyeux malgré les évènements ! Le 'Chou d'Amour' de Marie-Antoinette était un enfant attachant, toujours prêt à aider ceux qu'il aimait et à jouer. Vieille habitude versaillaise, Olympe attendit l'accord de la Reine pour se relever.
« Olympe, ce n'est plus Versailles, ici, relève-toi, sourit tristement la Reine.
- Majesté, je suis... »
Une vague de larmes emplit ses beaux yeux marron. Elle rêvait de courir vers la souveraine, de la serrer dans ses bras, mais elle ne le pouvait pas, ce n'était pas correct. Marie-Antoinette résolut son dilemme, s'approcha vivement et l'enlaça. Jamais elle n'était aussi familière, cela ne lui correspondait pas, mais là, la situation était différente. Elle aussi sentait qu'elle ne reverrait certainement plus jamais Olympe, du moins pas dans ces conditions, et il fallait profiter de cet éphémère et unique instant...
« Olympe, tu attends un enfant ? Ainsi, je ne t'ai pas libérée de ton emploi pour rien, tu as retrouvé l'homme que tu aimes, je suis heureuse pour toi ! »
Le sourire qu'Olympe affichait disparut. La Reine comprit que tout n'était pas rose dans la vie de son ancienne protégée. Lui désignant le siège que la jeune femme occupait à son arrivée, elle s'installa en face, avec sa fille à sa droite - trop timide pour courir vers Olympe comme l'avait fait son frère - et son fils sur les genoux.
« Que deviens-tu ? Racontes moi...
- Majesté, je suis tellement heureuse de vous revoir ! Mais, malheureusement, rien ne s'est déroulé comme je l'espérais. Lorsque j'ai retrouvé Ronan, l'homme que j'allais épouser, il venait d'être abattu par les soldats de la Bastille. Deux balles de fusil dans le dos... Je suis arrivée à temps pour qu'il me voie avant de rendre son âme à Dieu... Depuis, j'ai pris son nom, je me fais appeler Olympe Mazurier. Par les temps qui courent, la particule de ma naissance n'est plus de bon ton. Et je reste anonyme. »
Les larmes d'Olympe remontaient à la surface. Elle attendit quelques instants, puis continua son récit.
« Par la suite, Camille Desmoulins et son épouse, Lucile, des amis de Ronan, m'ont recueillie. J'ai appris que j'étais enceinte trois semaines après avoir fait enterrer mon Ronan chez lui, en Bretagne. Depuis, je vis rue du Théâtre-Français, chez les Desmoulins. Ils prennent soin de moi, ils sont devenus mes amis, mais surtout, ils respectent ce que j'étais et ce que je ressens... »
La jeune femme avait cru bon d'ajouter ce dernier point. Elle ne voulait pas que Marie-Antoinette la soupçonne d'avoir changé de camp en quittant son emploi. Jamais ! Elle restait fidèle à la souveraine, et bien que respectant les idées de Desmoulins et Danton, elle ne les partageait pas toutes. La Reine observait Olympe, un léger sourire au coin des lèvres.
« Rassure-toi, Olympe, je ne te reproche rien. Je connais ta valeur et ta fidélité, et, bien que ces hommes qui t'ont aidée m'accusent de tous les maux de la France, je leur suis reconnaissante d'avoir été là pour toi lorsque tu as perdu l'homme que tu aimais et que tu étais seule. J'aurais aimé être là pour toi, moi aussi, mais, comme tu as dû l'apprendre, plus rien n'est comme autrefois. Je regrette tellement Trianon, mon Hameau, et puis Yolande... Je revois parfois monsieur de Fersen, mais ses visites se font de plus en plus rares. Et mes pauvres chers enfants... J'ai peur, Olympe. J'ai peur de l'avenir, de ce que sera demain. J'ai peur de mourir... »
Marie-Antoinette baissa les yeux vers son fils, qui ronronnait, collé à sa mère, la tête posée au creux de son cou. Madame Royale, silencieuse comme un fantôme, écoutait la scène et observait Olympe en lui souriant, comme fascinée.
« Quand naîtra ton enfant ?
- En mars, Majesté. J'espère de tout cœur un fils. Il accomplira ce que son père n'a pas eu le temps de faire. Il grandira protégé par ces Droits de l'homme que l'Assemblée a votés, mais dans le respect le plus total de son souverain.
- Tu es bonne, Olympe, tu mérites d'avoir une vie heureuse et loin de ces troubles qui agitent le royaume.
- Je ne serai jamais pleinement heureuse, Majesté, sans l'homme que j'aime à mes côtés. Mais je ferai tout pour que ma vie en vaille la peine, et que Ronan ne soit pas mort en vain. Mais je vous remercie, et surtout, je prie chaque jour pour que la situation s'améliore, pour que tout rentre dans l'ordre et que l'on vous libère de cette pesante surveillance qui plane sur vous, sur le Roi, et sur nos petits Princes. »
Les deux femmes continuèrent ainsi à parler pendant une heure. Olympe craignait Marie-Antoinette lorsqu'elle était à Versailles, aujourd'hui elle la comprenait plus que jamais. Toutes deux privées des hommes qu'elles aimaient - bien que la Reine reçoive des lettres et des visites du Comte de Fersen - elles étaient également en train de traverser une douloureuse période qui sonnait le glas de leur vie passée. Après une dernière accolade avec la souveraine qu'Olympe se permit, après un dernier câlin aux deux Princes - Madame Royale avait fini par sortir de sa réserve - la jeune femme dut partir.
« Adieu, Olympe, portez-vous bien, toi et ton enfant...
- Adieu, Majesté, je prierai pour vous chaque jour, chaque soir... Adieu... »
Marie-Antoinette quitta la pièce pour faire sa promenade du jour sous les yeux des Parisiens, comme un animal attaché que l'on expose dans un cirque ou un objet rare montré dans un cabinet de curiosités. Olympe, elle, repartit comme elle était venue. Une fois dans la rue, elle laissa libre cours à ses sanglots. Non, jamais elle ne reverrait la Reine, c'était une certitude. Ou, du moins, pas dans ces conditions-là. Au mieux, elle l'apercevrait de loin, marchant dans les jardins des Tuileries avec son fils et sa fille. Mais il était plus prudent pour tout le monde qu'elles ne se reparlent plus jamais. Avec ce court moment privilégié passé avec Marie-Antoinette s'achevait définitivement la vie d'Olympe du Puget. Olympe Mazurier, elle, devait continuer à vivre.
