Chapitre 18 : Varennes

14 mars 1791. Un jour important pour Olympe : son fils fêtait son premier anniversaire. Elle n'avait pas vu le temps passer depuis la naissance de Petit Ronan, tout lui avait semblé si rapide. En un an et demi, sa vie avait été un flot continuel de changements, d'évènements et de rencontres. Désormais, la jeune femme avait de nouveaux amis, une colocataire en la personne de Charlotte, un père enfin retrouvé et, bien entendu, son petit garçon qu'elle était fière de voir grandir. Pour l'anniversaire de son fils, la jeune femme avait convié Lucile et Camille Desmoulins, mais également les Danton et son père. Olympe aurait beaucoup aimé que Solène connaisse son fils et soit présente aussi - après tout, elle était sa tante ! - mais cela lui semblait impossible, tout du moins pour le moment. Et, surtout, elle aurait voulu que Ronan soit là, avec elle, pour fêter l'anniversaire de leur enfant. Douloureuse pensée pour cette jeune maman qui ne pourrait jamais vraiment se remettre de la mort de son amant. Mais, pour l'heure, l'humeur était à la fête. Petit Ronan, qui avait déjà une première dent et marmonnait des semblants de 'maman', était entouré par les personnes qui l'aimaient le plus au monde. Chaque invité avait amené son lot de présents, et plus particulièrement André du Puget, son grand-père, qui le voyait pour la première fois et lui avait apporté des petits soldats de plomb. Le vieil homme avait attrapé l'enfant dans ses bras pour mieux le voir et plaquer deux gros baisers sonores sur ses bonnes petites joues rondes. André ne tarissait pas d'éloges sur le petit, et Olympe regardait la scène avec attendrissement. S'il n'avait pas été le plus parfait des pères, il serait sans conteste un excellent grand-père pour son fils, elle en était persuadée. La fête fut des plus réussies. Sans doute serait-elle la seule, les grands noms de la Révolution n'ayant pas le temps de célébrer tous les anniversaires du petit, mais elle était d'importance, c'était presque symbolique. Ils formaient une grande famille unie, l'hiver allait toucher à sa fin, Olympe remontait la pente et se reconstruisait. Tout était beau...

...

... Ou presque. Malgré ces réjouissances familiales, la jeune femme voyait ses craintes reparaître. La famille royale était revenue depuis deux semaines aux Tuileries, après un hiver passé à Saint-Cloud. Si l'année précédente avait rimé avec calme et prospérité, il n'en était plus de même à présent. La jeune femme avait reçu une réponse de la Reine au billet qu'elle lui avait transmis début décembre, via la fidèle madame de Tourzel. Olympe l'avait lue et relue, plus que jamais elle craignait pour son ancienne maîtresse. Depuis le retour de Louis XVI et sa famille, ils étaient davantage surveillés et épiés. Mirabeau, devenu président de l'Assemblée Nationale depuis janvier, jouait, selon Marie-Antoinette, un double-jeu avec eux. Il semblait tout disposé à aider le Roi à recouvrer son trône à la condition qu'il accepte une monarchie constitutionnelle, tout en continuant de fréquenter les grands noms révolutionnaires. Depuis cette lettre, la jeune femme avait répondu à la Reine et attendait à chaque fois les messages retour avec impatience.

« 16 mars 1791.

Ma chère Olympe,

Plus que jamais, je crains pour ma vie. Cette haine qui semblait éteinte paraît se rallumer, comme des braises sur lesquelles il suffit de souffler pour relancer un feu. Je n'ai aucune confiance en ce monsieur de Mirabeau, et je ne cesse de répéter au Roi que notre seule échappatoire est la fuite. Je supplie mon frère, l'Empereur, de venir à notre secours par les armes. J'espère chaque jour une réponse favorable de sa part... Te souviens-tu, à Versailles, lorsque tu es partie ? Je t'avais dit que si les bougies de ma chambre venaient à s'éteindre, j'y verrai un sombre présage pour moi. Hier soir, une fenêtre a cédé sous la pression du vent, les deux bougies qui m'éclairaient n'y ont pas résisté. Je sais que je vais mourir bientôt... J'ai peur... Mais toi, Olympe, prend bien soin de toi et de ton fils, tu as encore toute la vie devant toi...

Avec toute mon amitié,

Marie-Antoinette »

Cette dernière lettre reçue deux jours plus tôt avait effrayé Olympe. Elle n'avait pas cru la Reine lorsqu'elle parlait de ses bougies, mais à présent elle commençait à la croire. Maintes fois, Marie-Antoinette avait parlé à Olympe de l'urgence d'un départ vers l'Angleterre ou vers l'Autriche, pour y recevoir une aide des puissances étrangères. La jeune femme ressentait toute la crainte de sa souveraine, mais elle avait peur qu'un tel geste n'achève d'enraciner la haine du peuple français envers son Roi et sa Reine. Par ailleurs, à chaque fois qu'Olympe sortait pour une course ou une promenade, elle entendait les paroles des Parisiens. Un vent de trahison semblait souffler sur la capitale. Partout il était question d'un complot royaliste ou d'une fuite de Louis XVI vers l'étranger pour faire marcher les armées de l'Empereur d'Autriche sur les Français. On se méfiait de tout et de tous, chacun était soupçonné d'être un monarchiste trop nostalgique. Ce fut ce qui arriva aux 'Chevaliers du poignard', un groupe de gentilshommes à qui la royauté manquait. Craignant pour la vie du Roi, ils s'étaient rendus maintes fois aux Tuileries pour y stocker des pistolets, des épées et des poignards, et étaient prêts à les utiliser pour défendre Louis XVI. Mais le complot fut rapidement éventé, et La Fayette ne tarda pas à les arrêter, le 28 février, sous les insultes et les coups des Parisiens. Ce complot creux et éphémère n'avait fait qu'augmenter les craintes et la haine des habitants de la capitale. Olympe allait de plus en plus souvent du côté des Tuileries pour se tenir au courant de ce qui se passait auprès de Marie-Antoinette. En ces occasions, elle croisait parfois Solène aux alentours du Palais-Royal. Au choix, la jeune femme ignorait sa 'belle-sœur' ou lui lançait des regards haineux. Pas un mot sur Ronan, aucune question sur l'enfant. L'ancienne sous-gouvernante de la Reine représentait trop ce monde révolu aux yeux de la fille de joie pour qu'elle ne voie plus que la femme aimée de son frère. Et, du côté des politiques, l'agitation battait son plein. Danton venait d'être élu au conseil du département de Paris. Cette nouvelle promotion le poussait au-delà de ce qu'il avait pu convoiter. Mais il se retrouvait ainsi entre les radicaux, pour l'abolition de la royauté, et les modérés, prêts à accepter une monarchie constitutionnelle. Placé au centre des débats avec Fabre et Camille, décidé à écouter - ou du moins supporter - Robespierre, il pouvait prendre la température de la France et ainsi tenir Olympe au courant de ce qui se déroulait dans le monde politique. C'était donc de là que venaient les rumeurs de fuite du Roi. Et ces rumeurs ne tardèrent pas à devenir réelles. Louis XVI avait annoncé son souhait de passer le mois d'avril à Saint-Cloud avec sa famille, sous prétexte d'y respirer un air plus sain, mais surtout pour y faire secrètement ses Pâques avec des prêtres réfractaires à la Constitution civile du clergé. Certains voyaient là un moyen pour le Roi de fuir vers la Vendée afin de diriger une armée contre-révolutionnaire. Olympe sentait qu'un évènement allait se produire, aussi confia-t-elle une nouvelle fois son fils à Charlotte pour voir le départ de la famille royale, si départ il y avait. Arrivée aux grilles des Tuileries, la jeune femme apercevait une suite de six carrosses prêts à partir, et un important groupe d'hommes et de femme prêts à éclater, fusils et piques en main. Les rumeurs de fuite étaient tellement amplifiées que les Parisiens barraient la route à la famille royale. La Fayette maintenait sa Garde Nationale à disposition de Louis XVI, armes orientées vers le peuple. Ce fut un rugissement qui brisa le brouhaha ambiant : Danton, avec sa carrure taurine, fendit la foule et empoigna les rênes d'un des chevaux du carrosse de tête pour empêcher un quelconque départ.

« Le peuple de Paris réclame son Roi auprès de lui, tout départ sera jugé comme une trahison ! Vous ne partirez pas ! »

La Fayette, rouge de colère, fusillait Danton du regard. Il n'avait pas le droit de faire tirer sur le peuple, mais l'ordre d'appuyer sur les gâchettes le chatouillait au plus haut point. Dressé sur son cheval, il tendit l'oreille vers le Comte de Peyrolles, venu à son côté.

« Monsieur de La Fayette, un mot de vous et mes soldats seront prêts à agir. Dois-je leur dire de se mettre en place ?

- Non, pas encore, je m'en vais à l'Hôtel de Ville réclamer la proclamation de la loi martiale. Je ne me laisserai pas influencer par une foule, même si elle est armée ! Je vous confie le commandement, monsieur de Peyrolles, jusqu'à mon retour. »

Lorsque La Fayette quitta les lieux au galop, la situation avait empiré. Ce n'était plus seulement un groupe d'émeutiers avec leur héros à leur tête, c'était toute une foule qui s'entassait devant les grilles des Tuileries. Olympe était bousculée de toutes parts, écrasée entre des Parisiens surexcités. Elle apercevait au loin, par une fenêtre de carrosse, le visage pâle de la Reine. La souveraine était effrayée par cette foule qui lui donnait plus que jamais l'envie de la fuir au plus tôt. Peyrolles, dressé sur son cheval bai, guettait le retour de La Fayette. Ses soldats tenaient la foule en joue, un mot du Comte et les balles iraient farcir les poitrines des Parisiens rebelles. Le regard sombre, il observait la scène lorsqu'il croisa les yeux d'Olympe qu'il reconnut aussitôt. Il adressa alors un sourire presque sadique à l'ancienne sous-gouvernante. La jeune femme en eut un frisson le long de la colonne vertébrale : c'était une brute cruelle et sans une once de pitié, il n'hésiterait pas à faire tirer sur le peuple comme il l'avait déjà fait deux ans plus tôt, il respirait la mort. Lorsque La Fayette revint, il venait d'essuyer un refus et avait présenté sa démission de la Garde Nationale. Un vent de déception souffla sur Peyrolles et ses soldats. Louis XVI, las, finit par céder : lui et sa famille resteraient à Paris et n'iraient point à Saint-Cloud. Un 'hourra' émana aussitôt de la foule qui commença à se disperser. Olympe restait vissée à la grille, pensive.

« Cette colère que personne ne pourra contenir... »

Plus que jamais ce pressentiment qu'elle avait confié à Ronan prenait tout son sens. A présent, c'était le peuple qui dictait sa loi au Roi, le souverain n'avait plus qu'à se soumettre. De nouvelles caricatures circulaient dans Paris pour montrer la faiblesse de cet homme qui aurait pourtant tout donné pour n'être qu'un particulier et confier le pouvoir à ses frères. Olympe en était écœurée. La scène était finie, Danton était parti au Procope avec les Cordeliers présents aux Tuileries, retrouver Camille, Fabre et Paré. La jeune femme, elle, marcha jusqu'à la rue du Théâtre-Français pour voir Lucile avant de rentrer chez elle. Lorsqu'Olympe lui raconta la scène, son amie n'en fut qu'à demi étonnée. Tel était le tempérament de Danton : paternaliste et compréhensif, mais parfois borné et impulsif. Cependant, force était de constater pour Olympe qu'il avait raison, au vu des confidences de la Reine sur sa volonté de fuir. Quelques jours plus tard, la jeune femme put lire dans la presse l'éloge que Camille avait écrit à propos de l'intervention de Danton, qui aurait empoigné les deux chevaux de tête pour les ramener lui-même aux écuries. Elle ne put s'empêcher de sourire : il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre. Mais elle avait peur...

...

« Olympe ! Olympe, réveille-toi ! Vite ! Louis XVI et Marie-Antoinette, ils ont pris la fuite ! »

La jeune femme, plongée en plein rêve, était secouée par Charlotte. Les yeux à peine ouverts, elle ne semblait pas comprendre ce que son amie lui racontait.

« Allez, debout ! Lève-toi, vite ! Viens ! »

Olympe se laissa tirer par le bras jusqu'à sortir de son lit. Elle enfila un châle et s'installa, inquiète mais enfin réveillée, sur un fauteuil pour écouter Charlotte qui s'impatientait.

« Que se passe-t-il, Charlotte ? De quoi me parles-tu ?

- Il se passe que Louis XVI et sa famille ont quitté Paris cette nuit ! La Fayette a fait envoyer des courriers dans toutes les directions pour les arrêter. Je reviens de l'Hôtel de Ville, j'y ai vu Danton. Bailly veut faire croire à qui veut l'entendre que le Roi a été enlevé, mais personne n'est dupe ! Il a même laissé un mémoire pour expliquer sa décision ! Viens, allons aux Tuileries, il faut que l'on sache ce qui s'est passé ! »

Olympe était atterrée et effondrée, elle ne parvenait pas répondre à Charlotte qui, déjà, repartait dans sa chambre pour préparer Petit Ronan. Son cœur se serrait en pensant à Marie-Antoinette. Elle qui craignait tant pour sa vie et celle de ses enfants, elle qui rêvait de fuir la France pour mener une contre-révolution, avait enfin réalisé ce souhait. Si la jeune femme ne pouvait s'empêcher de penser qu'une telle imprudence allait ranimer définitivement la haine des Parisiens, au plus profond d'elle-même, elle priait pour le salut de sa souveraine et pour que leur entreprise réussisse. Elle avait changé de vie, mais ses amitiés restaient identiques, sa fidélité inébranlable. Enfin prête à partir, elle prit son fils dans ses bras et rejoignit les Tuileries grâce à une voiture. La foule était immense, une autre partie des Parisiens envahissait les jardins du Palais-Royal, comme un appel au Duc d'Orléans pour monter sur le trône. Partout on criait 'Vive Danton ! Vive la République !'. Olympe n'en revenait pas. Bousculée et se retournant prête à se défendre, elle reconnut Solène qui lui jetait un regard sarcastique et sombre.

« Ton Autrichienne et Gros Louis nous ont trahis ! Avoue que tu espères qu'ils aient réussi... Ils le paieront cher ! »

Plus inquiète pour son fils, vu l'ampleur du tohu-bohu général provoqué par cette fuite, que par les menaces de Solène, Olympe se contenta de la foudroyer du regard puis de l'ignorer. Et, surtout, elle remarqua que la fille de joie avait observé Petit Ronan avec une once de douceur dans les yeux. Au moins, sa 'belle-sœur' avait vu son fils et sans doute sa ressemblance avec Ronan - surtout ses beaux yeux verts ! - et peut-être qu'au-delà de cette haine apparente, la femme, et non la Parisienne révoltée, qu'était Solène, reprendrait-elle le dessus, plus tard, lorsque tout serait calmé. En attendant, il n'y avait rien à voir aux Tuileries, à part un monde bouillonnant. Olympe pressait Charlotte de partir, ou au moins de s'éloigner de la foule. Après tout, si la famille royale avait quitté le palais aux alentours de minuit, elle devait être déjà loin. Même si les hommes de La Fayette parvenaient à les rattraper, elles n'en sauraient pas plus pour le moment. Mais la petite était curieuse, elle ne voulait rater aucun évènement de cette journée cruciale. Olympe céda, mais à la condition de s'installer au Café de Foy, cœur vivant du Palais-Royal, pour au moins être installées confortablement, et non rester debout au milieu des Parisiens en colère. Vu la fréquentation du café et l'agitation qui y régnait, aucun élément ne pourrait leur échapper.

...

L'attente fut longue. Trop longue. Olympe faisait les cent pas dans le salon de Lucile, allant régulièrement jusqu'à la fenêtre pour écouter les rumeurs. Finalement, Charlotte s'était lassée d'attendre pour rien. La journée du 21 juin touchait à sa fin, la nuit tombait, et aucune nouvelle ne parvenait jusqu'aux oreilles des Parisiens. Olympe soupçonnait, à juste titre, que La Fayette détenait plus d'informations qu'il ne voulait bien en laisser échapper, et elle se doutait que Georges et Camille étaient inaccessibles. Alors les deux amies s'étaient décidées à partir pour rejoindre Lucile Desmoulins. Si son époux revenait au domicile conjugal, ce serait le meilleur moyen d'en apprendre davantage, mais il n'en fut rien. Il fallut attendre deux jours pour que les Parisiens apprennent enfin ce qui s'était passé. Partis des Tuileries à minuit le 20 juin, Louis XVI et sa famille n'avaient cessé d'accumuler retards et incidents jusqu'à ce que le Roi soit reconnu à Sainte-Menehould. Cernée par la Garde Nationale, la famille royale n'avait eu d'autre choix que de passer la nuit du 21 au 22 juin sur place, à Varennes-en-Argonne, pour repartir vers Paris le lendemain et sous bonne escorte. Ce ne fut que le 25 juin que Louis XVI, Marie-Antoinette, Madame Élisabeth, madame de Tourzel et les deux petits Princes regagnèrent la capitale. Une haie constituée par la Garde Nationale formait le passage du convoi lors de son entrée dans Paris. La foule était menaçante. Marie-Antoinette voyait les piques du peuple dépasser des fenêtres de la berline, des appels à son assassinat se soulevaient. La gorge serrée, elle déglutissait avec difficulté. Plus que jamais, elle était proche de la mort. De son côté, Olympe arrivait aux Tuileries avec Charlotte mais sans son fils, confié aux bons soins de Gabrielle Danton, alors enceinte de son troisième enfant. Il était dix-neuf heures, la foule se pressait aux abords du château. L'attente était longue. La jeune femme priait pour le salut de la Reine et des princes, et maudissait le mauvais sort qui semblait s'abattre sur la famille royale. Pourquoi le Comte de Fersen n'était-il pas resté auprès d'eux ? Il les aurait sauvés, il aurait réussi sa mission, et à l'heure qu'il était, Louis XVI serait en sûreté ! Mais il était inutile de ressasser le passé, la situation n'allait pas changer. Il était vingt-deux heures lorsqu'enfin, après être passée par les Champs-Élysées, la famille royale arriva à Paris. Pas un mot ne sortait de la bouche des Parisiens. La Fayette avait menacé de coups quiconque applaudirait Louis XVI, et de mort celui qui l'insulterait. Peyrolles était là, fidèle à son poste, surveillant la foule de son œil noir. Les doigts crispés autour des barreaux de la grille, Olympe regardait le convoi rouler à une allure d'escargot. Enfin arrêtée dans la cour des Tuileries, la berline se vidait de ses occupants lorsque soudain la colère du peuple éclata. Marie-Antoinette échappa de peu à un massacre généralisé et se précipita à l'intérieur du palais. La jeune femme regardait, inquiète, Madame Royale et le Dauphin se presser dans le château. Quand tout le monde fut rentré, une partie de la foule s'éloigna. Olympe, elle, se sentait rassurée : ils étaient à l'abri entre les murs des Tuileries, du moins pour l'instant, et ils ne risquaient plus rien pour ce soir. La Garde Nationale acheva de disperser les Parisiens, dont Olympe et Charlotte, qui, pour une fois, dormirent chez les Danton avec Petit Ronan au lieu de retourner rue de Condé. Ces évènements avaient épuisé nerveusement la jeune femme qui avait besoin de soutien et d'attention. Et puis, au moins, son fils aurait un compagnon avec qui jouer. L'insouciance de l'enfance avait du bon.