N.A.: Suite à une soudaine inspiration (halléluia, les miracles existent-ils donc vraiment?), j'ai décidé de continuer cette fic, qui comptera finalement quatre chapitres. Merci à Ayumi Fubuki, luna-la-lune, Chambre 313 et Produit pour leurs gentilles reviews. Si une suite voit le jour, c'est un peu grâce à vous!
Une petite réponse d'ailleurs à la review anonyme:
Luna-la-lune: Je suis vraiment désolée de t'avoir fait pleurer, j'espère que ça ne se reproduira plus!... *silence* OUI BON D'ACCORD, ne nous voilons pas la face, j'ai une fâcheuse tendance à écrire des trucs déprimants xD J'espère que la suite ne te décevra pas!
Bref, je ne vous retiens pas plus longtemps, on se retrouve à la fin de ce chapitre!
Ça faisait trois mois. Trois mois que le Geek avait ouvert son cœur au Patron – entre eux tous, il avait fallu que ça tombe sur lui. Après ces trois mois, le Geek ne comprenait toujours pas quelle mouche l'avait piquée. D'habitude, il se contentait de subir en silence. Il fallait croire que même lui avait des limites à ne pas franchir.
Mais, rétrospectivement, le Geek n'avait pas eu l'occasion de regretter son éclat. Le Patron n'avait pas changé d'attitude envers lui. Il n'avait même pas émis une seule allusion depuis – alors que le Geek s'était vaguement attendu à un chantage quelconque, comportant son silence, le peu d'amour propre qu'il lui restait et son anatomie. En l'occurrence, celui qui avait eu le mauvais goût d'adopter un comportement inquiétant, ça avait été Mathieu.
En effet, les rares moments que passait désormais le youtubeur hors de sa chambre étaient de toute évidence des instants d'intense nervosité qu'il compensait en s'abreuvant de café et en gueulant encore plus que de coutume sur ses différentes personnalités. L'ambiance dans le foyer Sommet devenait insupportablement pesante et cette atmosphère pourrie venait d'atteindre son paroxysme ce matin-là, alors que Mathieu les avait tous convoqués dans le salon qu'il arpentait de long en large.
« Je vais pas m'éterniser ou tourner autour du pot » commença-t-il, assez fébrilement – l'excès de caféine, sans doute. « mais j'ai un problème d'inspiration en ce moment et je voulais en être sûr avant de vous en parler mais du coup, j'ai pris du retard et… »
« Crache le morceau, gamin. » interrompit le Patron.
Le Geek contempla l'homme en noir qui avait jeté ces mots comme on jetait des pierres. Avec une bravade moqueuse et une rage contenue. Comme s'il savait déjà ce que le présentateur allait dire. Celui-ci détourna le regard avant de souffler bruyamment et de le dévisager à contrecœur.
« Je suis désolé, Patron. » A ces mots, qui sonnaient comme une sentence définitive, résignée, le Geek sentit sa poitrine se contracter et ses yeux s'écarquiller. Mathieu ne voulait pas dire que… ? « Mais je n'y arrive plus. Je n'arrive plus à t'écrire, te cerner, te comprendre. Putain, je n'arrive plus à… à te rendre utile. A te rentre vivant. Je crois… Je crois qu'il vaut mieux que tu disparaisses. Je peux plus faire semblant, mec. »
Le Geek eut envie de hurler. Lui hurler qu'aucun d'entre eux, et surtout pas le Patron, n'avait besoin de son aide pour exister. Lui hurler qu'une panne d'inspiration ne pouvait pas justifier une putain de mise à mort. Mais le Patron secoua imperceptiblement la tête et le jeune gamer sut que c'était à son intention.
« J'imagine que j'ai pas trop le choix, gamin. Mais maintenant, on a deux options. » L'Homme pervers prit le temps de s'allumer une cigarette avant de continuer. « Je peux partir en créant un bordel monstre et en te laissant dans une merde noire et crois-moi » Son sourire se fit prédateur. « tu n'imagines même pas toutes les emmerdes que je pourrais te causer si j'y mettais vraiment du mien. Ou je peux partir sans bruit, calmement, et ce sera comme si je n'avais jamais existé. Mais il y a une condition. » Renversant la tête, il s'appliqua à faire des ronds parfaits de fumée, apparemment imperméable à la tension qu'il générait dans la pièce.
« Quelle condition ? » relança prudemment leur Créateur, quand il parut évident que celui qu'il appelait autrefois affectueusement « Boss » n'attendait que cela pour continuer.
Le Patron vrilla ses yeux dans les siens avant de prononcer distinctement : « Promets-moi de ne jamais éliminer le Geek. De le laisser vivre. »
Une minute. Ce fut le temps d'hésitation du présentateur avant de prendre sa décision. Ses yeux clairs se corrodèrent, prenant une teinte légèrement métallique.
Le Geek frissonna. Il connaissait ce regard. Parfois, lorsque Mathieu n'avait rien à faire, il acceptait de jouer avec lui, surtout aux fps, où les têtes de victime de l'adolescent au t-shirt rouge lorsqu'il se faisait toucher le faisaient beaucoup rire. Ce dernier les exagérait même, souvent, juste pour voir ce rire franc s'étaler sur le visage de celui qui lui avait donné vie dans cette réalité. Mais il arrivait quasiment toujours un moment où il prenait ce regard et quittait alors brusquement son clavier en déclarant qu'il perdait son temps, que le Geek ne pouvait rien ressentir d'authentique et qu'il n'existait que parce qu'il n'était, en son essence même, qu'une victime.
Le Geek pouvait même entendre les mots cruels qu'il lui avait balancés la dernière fois.
« Si mon public n'avait pas ces pulsions sadiques propre à la nature dégueulasse de l'être humain, t'aurais aucune raison d'être là. Nan mais regarde-toi. » Il ricana méchamment. « Une vraie caricature. »
Ca faisait mal d'entendre ça, mais le Geek s'interdisait à chaque fois de laisser ses yeux s'embuer. Il devait être fort, pour que Mathieu soit fier de lui. Mais voir ce regard, maintenant, et destiné, non à lui, mais au Patron, avait quelque chose de perturbant. Et d'inquiétant.
Mathieu rit et les poils du pauvre ado à la casquette se dressèrent. Ce rire… Ce rire était juste mauvais.
« Le laisser vivre ? Han, mais je ne te savais pas si sensible. Ou pathétique, ça marche aussi. Ouvre les yeux, mec. Il. N'est. Pas. Vivant. Aucun de vous ne l'est. Je sais même pas pourquoi je marchande avec toi. Basiquement, c'est comme si je me disputais avec moi-même. » Son rire prit un accent hystérique. « Et tu me poses un ultimatum, à moi ? Nan, mais tu t'es cru où ? Je pourrai claquer des doigts et tu ne serais plus là ! »
Le Patron ne cilla pas. Il fit juste tomber un mégot sur la moquette et demanda, presque poliment :
« Donc, c'est non ? »
« C'est non. » Le ton renfermait un parfait mélange de sarcasme et de sécheresse.
« Alors » déclara le Patron, toujours aussi calmement. « Nous avons un problème. »
Et sans avertissement, il lui balança violemment son poing dans la figure.
« MAIS T'ES COMPLETEMENT INCONSCIENT OU QUOI ? »
Le Patron, penché sur le corps évanoui de son précédent interlocuteur, tourna un visage ennuyé vers celui, outragé, de Maître Panda. « Tu vas baisser d'un ton tout de suite la chinoise ou tu es la prochaine. »
« Le monde est peace, gros » tempéra le Hippie.
« Tu pensais achever quoi là, exactement ? Mathieu va te supprimer à l'instant même où il se réveillera et… »
« Je pense pas, la boule de poils. Gamin » appela-t-il en s'adressant au Geek. « Prépare ton sac, on dégage. »
« Et où penses-tu aller ? Peu importe la distance, Mathieu pourra toujours… »
« Ta gueule, j'ai dit ! Et bouge, toi, on n'a pas toute la journée ! » aboya-t-il en voyant que le Geek semblait vissé sur place.
« Mais, je… je comprends pas… »
Le Patron poussa un soupir à fendre l'âme.
« Putain » jura-t-il. « C'est pourtant pas compliqué. Je t'ai promis que je te garderai en vie, gamin, et je respecte ma promesse. Ou j'essaie, du moins. Je sais que Mathieu » il cracha le nom comme une insulte et le Geek se fit la réflexion que jamais il n'avait appelé leur Créateur ainsi. « peut nous faire disparaitre lorsqu'il nous a à portée immédiate. Mais étant donné qu'il ne nous laisse jamais trop nous éloigner, il n'y a aucun moyen de savoir si c'est toujours vrai à longue distance. Alors oui, c'est un raisonnement foireux, mais on n'a pas trop le choix. Donc. On. Se. Barre. Maintenant ! »
A partir de là, tout alla très vite. Moins de cinq minutes plus tard, le Patron, le Geek et, à la surprise des deux premiers, Maître Panda se tenaient près de l'entrée, un sac militaire avec l'essentiel en bandoulière. Le Patron jeta au dernier un regard de travers mais ne dit rien et reprit son plan :
« Maintenant que vous avez chacun votre matos, il va falloir trouver une planque. Je vous aurais bien ramené dans un de mes bordels préférés, histoire de prendre un peu de bon temps » Il ne put retenir un rictus pervers tandis que son homologue animalier fronçait le nez d'un air dégoûté. « Mais je suis presque sûr que Mathieu sera capable de tracer tous les établissements que je gère et je ne veux pas courir le risque. Il nous faut l'aide de quelqu'un pour couvrir nos traces, qui connaisse bien Mathieu mais qui soit bien disposé à nous aider. Ce profil vous dit un truc ? »
La voix du Geek résonna dans le silence. « Je crois que j'ai une idée… »
Prenons maintenant un peu de distance, voulez-vous ? Transportons-nous un peu plus tard, dans la maison d'un autre youtubeur bien reconnaissable, notamment par ses cheveux impossibles et son étrange syndrome de la Tourette qui l'incitait à insulter régulièrement ses fans : Antoine Daniel.
Antoine Daniel qui était présentement très occupé à sélectionner ses vidéos pour son prochain « What the Cut ?! »
« Et là, dans la virginité retrouvé, vé, vé, Verdure assidulé, lé, lé, Laideron nous aimerons… » (1)
Bon dieu qu'il détestait les vidéos « artistiques ». Surtout quand le talent de l'artiste auto-proclamé consistait à effectuer une reprise particulièrement glauque du concept de la comptine «Trois Petits Chats » (2)
Un bruit au rez-de-chaussée lui fit détacher les yeux de la vidéo bizarrement hypnotique qu'il visionnait.
« M'man ? C'est toi ? »
Pas de réponse. Seulement le vague bruit d'une conversation et de pas. Apparemment, l'intrus – vu qu'il paraissait assez évident à ce stade qu'il s'agissait d'intrusion – n'était pas seul. Nerveusement, Antoine s'empara de la batte qui ne quittait jamais son chevet (« Paranoïa, bonjour ! » avait l'habitude de dire sa copine dans ces cas-là mais essayez un peu de rester zen quand certains fans n'hésitaient pas à vous suivre jusqu'à chez vous et à prendre votre maison en photo !) et descendit l'escalier en chaussettes. Avec un peu de chance, ses « invités » ne l'entendraient pas arriver.
Maintenant qu'il était plus proche, il arrivait à entendre des bribes de conversation et il tendit l'oreille, essayant de savoir ce que ces squatteurs mijotaient.
« Entrer par effraction, t'avais pas une meilleure idée ? »
« La ferme. Et on n'aurait pas eu de problème si t'avais pas insisté pour qu'on amène l'autre défoncé avec nous ! »
« On n'allait pas le laisser seul là-bas ! »
« Et pourquoi pas, la boule de poils ? De mon point de vue, c'est chacun pour sa pomme à partir de maintenant. »
« NON AU CAPITALISME ! »
« On ne t'as jamais demandé de nous aider ! »
« Ok, donc la prochaine fois, je vous laisse crever la bouche ouverte, ça te va ? »
« Heu… je crois que le Hippie, heu… Il est coincé dans la fenêtre. »
« Ca me rappelle cette fois avec Tatiana où on a réussi à coincer autre chose… »
« Tes histoires dégueulasses n'intéressent personne ! »
« Heu… S'il vous plaît… J'arrive pas à le tirer à l'intérieur… »
Une seconde. NON, SERIEUSEMENT, UNE SECONDE. Il connaissait ces voix.
« Quand ça veut pas rentrer, ça veut dire que t'as pas assez poussé. »
« … Je ne veux même pas savoir ce que tu entends par là… »
Ce n'était pas les voix de… ?
Mais à ce moment-là, et uniquement parce qu'Antoine n'est parfois qu'une grosse tanche, le jeune homme aux cheveux fous s'écrasa de tous son long devant la porte grande ouverte de la cuisine, pièce où étaient réunis les joyeux lurons qui menaient la discussion.
C'est ainsi qu'Antoine se retrouva quasiment nez à nez avec quatre parfaits réplicas de celui qu'il considérait comme l'un de ses meilleurs amis. Et ce fut avec son élégance caractéristique qu'il réagit :
« PUTAIN DE SOUPE A COUILLES, C'EST QUOI CE BORDEL DE MERDE ? »
(1) Ceci ne fait référence à aucune vidéo existante, j'ai inventé cette « comptine » chelou de toute pièce :x
(2) Mais si, vous savez : « Trois petits chats, trois petits chats, trois petits chats, chats, chats, chapeau de paille, chapeau de paille, chapeau de paille, paille, paille, paillasson, etc. » Il me semble que les paroles sont sur Wikipedia pour ceux qui ne connaîtraient pas (et qui voudraient connaître les paroles pour quelque raison étrange xD)
Hé oui, je ne résiste pas à l'envie de faire intervenir notre chewbacca francophone! Petite précision cependant que je préfère faire tout de suite: il n'y aura pas de Matoine dans cette fic. Pour une raison très simple d'ailleurs: j'ai un gros blocage concernant les pairings avec des personnes réelles. Autant je n'ai aucun mal à en lire (d'ailleurs, si vous cherchez du matoine, je ne saurais trop vous conseiller les écrits de Ranne-Chan ; en tout cas, moi, je suis fan ^^) mais je n'arrive tout simplement pas à en écrire.
Voilà, c'était l'explication nulle!
Sinon, j'avoue que je ne suis pas très satisfaite de ce chapitre, raison pour laquelle je publie le prochain en même temps, histoire de ne pas trop décevoir. Enfin, braiph, dites moi ce que vous en pensez si le coeur vous en dit!
