Disclamer: Mathieu Sommet et ses personnalités m'appartiennent autant qu'Antoine Daniel, autrement dit: pas du tout.

Bonne lecture!


« Putain Patron ! Tu peux m'expliquer ce que tu as FOUTU sur mon ordinateur ?! »

Maître Panda soupira en entendant la réponse narquoise de l'interpellé.

« Juste une petite amélioration, gamin. Je ne m'attendais pas, avec ta réputation, à ce que tu traînes sur des sites porno aussi vanille. Considère ça comme une opportunité de t'éduquer. »

La réponse rageuse de l'humain dont les cheveux « feraient envie à un balai à chiottes » -dixit le Patron – fut perdue pour l'animal bicolore alors qu'il fermait la porte pour plus de calme. Une poignée de minutes plus tard, leur hôte chevelu l'ouvrait à nouveau, légèrement rouge d'avoir crié. A peine entré, il s'écroula telle une grosse loque sur le lit mais trouva la force d'adresser un sourire fatigué au panda.

Ce dernier ne put s'empêcher d'avoir pitié de lui. Depuis une semaine, lui et ceux qu'il considérait comme ses frères squattaient la maison du jeune homme. Au final, ils avaient eu de la chance. Les parents de leur hôte avaient choisi de partir en vacances pour un mois, ce qui avait permis d'éviter des explications embarrassantes. Déjà qu'elles avaient été relativement chaotiques pour Antoine, pourtant connu pour sa grande souplesse d'esprit.

Le plus compliqué était de garder ses nombreux amis, et surtout sa copine, hors de la maison. Le youtubeur réussissait généralement à s'en sortir par l'humour : il inventait une excuse volontairement absurde, faisant rire son interlocuteur, et changeait de sujet avant que ce dernier ait pu approfondir la question. Ça ne marchait pas toujours, mais au moins, ça lui faisait gagner du temps et de l'énergie.

Car héberger quatre caractères aussi entiers que ceux qu'il avait sous son toit était loin d'être de tout repos. Entre le Patron, que sa liberté nouvelle rendait survolté, le Geek qui oscillait entre l'inconscience totale et les crises de panique et le Hippie qui passait son temps à traîner dans des endroits louches dont il revenait complètement perché, Maître Panda se demandait comment Antoine parvenait à garder sa sanité d'esprit. Et c'était sans compter le cas de conscience qu'ils devaient représenter pour lui, vis-à-vis de Mathieu. Heureusement, ce dernier n'avait pas appelé, épargnant son ami d'avoir à lui mentir. Mais cela voulait-il dire que Mathieu ne se souciait pas de ce qu'ils étaient devenus ou qu'il ne pensait pas qu'Antoine puisse l'aider à les retrouver ? …

« Alors » demanda Antoine, interrompant les pensées du chanteur de SLG « Tu penses quoi de mon dernier morceau ? »

Maître Panda sourit. Le lendemain de leur débarquement, il avait surpris le présentateur de What The Cut ?! très occupé à enregistrer un de ses fameux « morceaux », les sourcils froncés, une main sur sa guitare, l'autre sur son clavier d'ordinateur, alors que la mélodie s'égrainait doucement à travers les enceintes. En remarquant la présence de son invité, il avait sursauté, essayé de fermer ses logiciels en catastrophe et ri nerveusement en balbutiant que ce n'était rien, des bêtises, et que ouah, il faisait chaud, non ?

Mais le Panda avait simplement émis quelques remarques très justes sur ce qu'il venait d'entendre, et qui n'était d'ailleurs pas si mal, et les yeux sombres qui lui faisaient face s'étaient visiblement agrandis sous la surprise. Apparemment, l'ancien ingénieur du son n'était pas vraiment habitué à montrer cette partie de son travail à d'autres mélomanes. A la suite de cette petite séance, il avait pris l'habitude de demander l'avis du Panda chaque soir sur ses différentes compositions et ils les retravaillaient ensemble.

Ce petit geste réchauffait le cœur du mammifère en voie d'extinction et s'imprimait de manière assez crue en opposition avec l'attitude qu'avait toujours eu Mathieu envers lui. Le jeune Sommet ne le considérait en effet, comme ses autres compagnons, qu'en tant qu'outils. Jamais il ne lui aurait traversé l'esprit de réellement partager quelque chose avec eux, ou tout simplement de les comprendre. Antoine, au contraire, riait des blagues –pourtant incroyablement sales – du Patron, prenait le temps de rassurer le Geek et de jouer avec lui avec un enthousiasme non feint, s'amusait à avoir et retranscrire des discussions WTF avec le Hippie bref, il s'ingéniait, naturellement et sans hypocrisie aucune, à essayer de les connaître et s'entendre avec eux. Il les considérait comme des humains authentiques, et à ce titre, peut-être incompréhensibles mais capables d'échange.

Secouant légèrement la tête, Maître Panda sourit avant de répondre :

« J'aime bien les basses, mais la phrase mélodique dessus est un chouïa trop basique à mon goût. Tu ne devrais pas hésiter à développer un aspect plus… virtuose à la musique. »

« J'ai un peu peur de sonner trop expérimental et c'est ce qui va se passer si je suis cette pente-là… »

« Mais c'est ta pente naturelle non ? Pousser la musique dans ses retranchements jusqu'à obtenir un son intéressant ? Je trouve ça… profondément révélateur de ton amour pour la musique. »

« Mais… »

La faible rétorque d'Antoine se perdit alors que le claquement sonore et caractéristique de l'ouverture de la porte d'entrée se fit entendre, rapidement suivit des éclats de voix du Patron. Echangeant un regard inquiet, Antoine et Maître Panda se ruèrent en bas.

Celui qui venait de rentrer de façon si théâtrale n'était autre que le Geek, qui abordait à présent un air terrifié. Il avait passé une bonne partie de l'après-midi dans un cyber café, Antoine leur ayant accordé carte blanche sur leurs sorties, à condition qu'ils se fassent discrets et fassent semblant d'incarner Mathieu si jamais ils tombaient sur un fan. Mais à le voir, on aurait pu aisément croire qu'il revenait d'un combat de catch en pleine rue. Ses jeans, déjà vieux, s'étaient déchirés au niveau de ses genoux égratignés, son t-shirt était sale, et sa casquette encore plus de travers que d'ordinaire.

« Geek, il s'est passé quoi ? » s'affola tout de suite Antoine.

« Ils… Ils… » Le jeune garçon renifla bruyamment. « Je marchais pour rentrer et ils me sont tombés dessus, je…. Ils riaient et j'ai eu peur, il n'y avait personne dans la rue et il commençait à faire sombre et… Ils m'ont pris pour Mathieu je crois et ils voulaient… Ils voulaient… » Ses sanglots éclatèrent, et à travers eux, les autres purent distinguer les mots de « traiter de tafiote », « battre », « peur, si peur ».

Mais avant qu'Antoine put demander d'autres éclaircissements, le Patron s'approcha et plaqua brutalement le pauvre gamer contre le mur.

« A QUOI TU PENSAIS, PUTAIN ? » hurla-t-il en foutant son poing libre dans le mur, juste à côté de l'endroit où se trouvait la tête du plus jeune.

« Patron… » tenta de s'interposer Antoine.

Mais ce dernier l'ignora et secoua le Geek sans ménagement. « QU'EST-CE QUI T'AS PRIS DE RENTRER SI TARD ? DE RENTRER SEUL ? TU TE RENDS COMPTE DE CE QUI AURAIT PU ARRIVER ? » La voix du plus vieux tremblait mais sa poigne ne faiblissait pas.

« Je… je…. »

« TU, TU, QUOI PUTAIN ? TU NE SORS PLUS SANS MA PERMISSION, JE TE PREVIENS. T'ES COMPLETEMENT INCONSCIENT OU MERDE ? »

« Patron » La voix de Maître Panda sonna, assurément plus froide et péremptoire que celle de leur hôte. « Lâche-le. Tu lui fais mal, et tu lui fais peur. »

Le Patron s'immobilisa brusquement sous ces mots et sembla se rendre compte seulement sur le moment de sa position et de ce qu'elle avait d'inconfortable pour le Geek. Lentement, il desserra ses doigts et serra les dents.

Le Panda s'approcha du Geek.

« Le Hippie est seul dans sa chambre, tu devrais aller lui demander s'il ne veut pas un peu de compagnie. »

Le Geek prit la proposition pour ce qu'elle était, une porte de sortie, et s'en alla sans demander son reste, les jambes encore un peu flageolantes. Sans quitter le Patron des yeux, le chanteur continua :

« Antoine, tu n'aurais pas quelque chose à faire ? »

« Hum, quoi ? Heu, oui, bien sûr… » marmonna celui à qui les mots avaient été destinés avant de disparaître.

Une fois seul avec le criminel, Maître Panda s'assit souplement sur un des fauteuils.

« Maintenant, nous allons pouvoir parler. »


Le Patron était mal à l'aise, il ne pouvait pas le nier. Maître Panda ne lui avait jamais semblé aussi imposant, impérieux.

« Un problème ? » demanda-t-il crânement.

« Pas vraiment. » Le Panda soupira. « Je me doutais que quelque chose comme ça finirait par arriver à long terme. »

Le Patron grimaça. Il détestait se sentir dominé, dans un lit ou en dehors, et la manière de s'exprimer pour le moins cryptique de la peluche qui lui faisait face ne lui donnait pas précisément l'impression d'être en contrôle.

« Quelque chose comme quoi ? »

« Tu as blessé le Geek. »

C'était une constatation, mais qui n'apportait au Patron aucune réponse. Les tréfonds sombres de son âme se tordirent alors qu'un besoin presque primaire remontait à la surface de la carapace noire qu'il s'était forgée, autant pour lui que pour les autres. Faire mal, faire mal, faire mal.

Il sourit cruellement. « Si je ne te connaissais pas mieux, je dirais que tu es amoureux, gamin. »

Maître Panda se contenta de hausser un sourcil avant de répondre : « Ne m'appelle pas gamin. Tu peux surplomber tout ton monde, mais pas moi. Tu ne m'as jamais appelé comme ça, ça ne va pas commencer aujourd'hui. »

« Comme tu veux, connard. » Ses piques rataient sa cible. Son besoin lui enserrait maintenant la gorge, l'étouffant. Faire mal, faire mal, faire mal. « C'était pour le p'tit que t'es parti avec nous ? Fallait le dire tout de suite, hein, que tu avais peur que je te l'abîme. »

« Ce n'était pas ton intention. »

« Mais faut croire que ça pèse pas lourd, nan ? Je peux pas m'en empêcher, il paraîtrait. » Faire mal, faire mal, faire mal. « Faut croire que je prends mon pieds à détruire. Ça donne un tout autre éclairage à mes délires sado-maso, hein ? »

« Tu te souviens de la première question que tu m'as posé ? Quand je suis… né ? »


Le Patron était furieux. Et perplexe. C'était pour ça ? Pour ce… truc que le Prof et la Fille étaient morts ? « Pourquoi t'es là ? » hurla-t-il. « A quoi tu sers ? » L'ursidé lui lança un regard indéchiffrable avant de tourner les talons. La vue du Patron s'était voilée et il avait continué à gueuler, même après que le Panda ait disparu de sa vue. Il avait vociféré longtemps, niant le fait qu'il pleurait le deuil de ceux qui auraient pu être des amis.


Le visage renfermé qu'arborait le Patron devait être suffisamment équivoque puisque Maître Panda continua :

« Ca répond un peu à ta question… Et à toutes les autres d'ailleurs. Mathieu ne m'a pas créé pour lui. Il m'a créé pour vous. Pour nous. Pour que nous puissions être forts, unis. Une… Une famille. »

Il secoua la tête, amer à présent.

« J'ai échoué bien sûr. Je me suis trompé. Je pensais… Je pensais que Mathieu était celui que je devais soutenir. Mais il n'avait pas besoin de moi. Il ne devait même pas savoir consciemment pourquoi j'existais. Mais c'était vous. Vous que je devais protéger. Que je dois protéger. Contre tout et n'importe quoi. Parce que vous êtes ma famille. »

« Okay, très touchant, mon salaud, mais je ne vois pas ce que ça chang… »

« Vous protéger tous. » répéta farouchement le Panda. « Contre tout et n'importe quoi. »

« MAIS TA GUEULE ! » cracha le Patron. Son crâne lui faisait mal, il sentait sa bile remonter à ses lèvres, sa bouche s'assécher. Pour un peu, il aurait trouvé ça érotique, dans un sens complètement tordu et puni par la loi sur la moitié de la planète, mais il avait trop mal. Ses ongles s'enfonçaient dans ses paumes, et il mordait sa langue jusqu'au sang. Faire mal, faire mal, faire mal. « Je ne voulais pas… Je voulais juste… Il est si faible. Je voulais pas…. Pas de mal, je voulais…. L'aider… »

« L'aider en l'empêchant de s'éloigner, en contrôlant ses moindres mouvements et en lui hurlant dessus de manière irrationnelle ? » L'ursidé plissa les yeux en penchant la tête d'une manière qui donna à son vis-à-vis une furieuse envie de la lui arracher. « Ça ne te rappelle personne ? »

Faire mal, faire mal, faire mal. « Je ne voulais pas ça… » Faire mal, faire mal, faire mal. « Je voulais qu'il vive, merde ! » Faire mal, faire mal, faire mal. Les larmes qui coulaient étaient-elles les siennes ? « Je suis… désolé, je ne voulais pas. Je l'aime, je ne voulais pas, putain ! » Faire mal, faire mal, faire mal. Pourquoi semblaient-elles alors si étrangères ? « Je ne devais pas, je l'aime et je ne le voulais pas ! » C'était ça la vérité. Une vérité aussi noire, aussi douloureuse que son âme. Que lui. C'était si malsain. Il ne devrait pas. Il ne devrait pas en être capable ! Faire mal, faire mal, faire mal, fairemalfairemalfairemalfairemalfai…

Tour s'arrêta subitement à l'instant où une paire de bras puissante le saisit.

« Tu l'aimes » chuchota une voix. « Tu l'aimes et tout ira bien. Vous irez bien. Je vous protège. »

« Ok » La voix du Patron semblait cassée. « Ok... Frangin. »


Dans la pièce voisine, Antoine avala sa salive. Il devait prendre une décision. Il les aimait bien, lui, tous les quatre. Mais il ne pouvait pas les gérer. Malgré toute l'amitié qu'il avait pour eux, il n'était pas leur famille.

Son doigt s'abattit finalement sur la touche verte de son téléphone et il le porta nerveusement à son oreille.

« Allô, Mathieu ? Ouais, salut mec. Ecoute, j'ai… J'ai un truc à te dire…. »

Et voilà, un joli cliffhanger pour la route :) J'espère que vous ne m'en voulez pas trop xD

Sinon, comme d'habitude, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, ce que vous attendez pour la suite (qui ne devrait pas tarder), etc.