N.A.: Le dernier chapitre est làààààààà :D J'ai eu beaucoup de mal à l'écrire, j'avais vraiment peur de mettre trop de pathos ou de mièvrerie mais je n'y peux rien, j'aime les happy endings *coeur guimauve*

Réponse aux reviews anonymes:

Guest : Sache que ta review m'a fait énoooormément plaisir :D Je ne pensais pas que ma fic pouvait plaire autant à quelqu'un alors merci, c'était vraiment chou comme message ^^ J'espère que la fin ne te décevra pas.

Et sans plus attendre, suite et fin! *roulements de tambour*


Le Hippie n'était pas sûr de beaucoup de choses.

Il n'était par exemple pas bien sûr de pourquoi et comment le Geek s'était retrouvé à s'épancher auprès de lui sur ce qui lui était arrivé. Ou depuis combien de temps cette situation durait.

« …Et il m'a tenu et j'avais si peur, je croyais qu'il allait me tuer mais j'essayais de ne pas pleurer, ça l'énerve toujours quand je pleure. Mais je ne comprends pas, je croyais qu'on était devenu ami, il était plus gentil, et ça fait mal, mal sur le corps mais mal à l'intérieur aussi. Je veux dire que j'ai mal parce que je suis faible psycho… psychi... psochi… dans ma tête. Mais je fais des efforts, parce que je l'aime bien, et même je, je l'aime je crois, j'aime bien quand il me sourit et ça fait mal dans ma poitrine quand il ne me regarde pas et… »

« Dis-lui juste que tu l'aimes, gros. »

Le Hippie n'était pas très sûr d'où lui était venue cette phrase mais elle sonnait bien, et elle avait calmé le Geek.

« Tu es sûr ? »

Dans un éclair de lucidité, le Hippie se demanda qu'est ce qui dans son attitude avait amené le Geek à penser qu'il était habilité à donner des conseils pertinents. Mais la question s'en alla comme elle était venue, pour être remplacée par une autre, plus importante.

« Tu es sûr ? »

Le Hippie n'était pas sûr de beaucoup de choses. Surtout par ignorance de l'extérieur. Du plus loin qu'il se souvienne, le monde avait toujours été noyé pour lui par la fumée et par des choses tellement plus intéressantes et simples : les lumières, les couleurs… Mais l'Amour… L'Amour, c'était facile. C'était quelque chose qu'il connaissait bien. Et c'était la plus belle des couleurs.

« J'suis sûr, gros. »

Des coups frappés à la porte d'entrée les firent soudain sursauter, rapidement suivis d'une voix bien connue :

« ANTOINE DANIEL, TU VAS M'OUVRIR CETTE PUTAIN DE PORTE DANS LA SECONDE SI TU NE VEUX PAS QUE JE LA DEFONCE ! »


Antoine s'était attendu à beaucoup de choses. Qu'on l'engueule, pour commencer, parce que c'était ce que les gens faisaient généralement – ce qui lui rappelait qu'il devrait peut-être réfléchir plus avant de prendre des décisions -, qu'on lui en foute une, qu'on le chasse de chez lui.

Du drame, quoi, que ça fasse vendre.

Il faut croire que l'abus de séries avait réussi à corrompre son jugement, parce que s'il y avait une chose à laquelle il ne s'était pas attendu, c'était ce silence glacé qui planait dans la pièce.

Ils étaient tous réunis dans son petit salon – le Patron, le Geek, le Hippie, Maître Panda et Mathieu -, la même expression de colère et de défi collée sur la figure. Oui, même sur celle du mignon petit Geek.

Mathieu fut le premier à rompre le silence, mais à l'entente de ce qui sortit de sa bouche, Antoine aurait presque préféré qu'il s'abstienne.

« On rentre à la maison, maintenant et sans discuter. » siffla-t-il.

La fin de la phrase étant manifestement destinée à l'élément le plus perturbateur de la troupe, ce que confirma l'œillade appuyée de Mathieu sur le Patron, celui-ci ricana.

« T'oses pas me buter devant ton pote, gamin ? »

« Ferme-là, sinon… »

« Sinon quoi ? Tu vas me tuer ? Oh mais attends ! Tu avais déjà prévu de le faire ! »

Un sourire qu'Antoine ne lui reconnaissait pas se dessina sur le visage de son ami. Il en eut des frissons.

« Oh, c'est donc pour ça que tu es parti ? Pour sauver ta peau, comme toujours ? C'est ce que tu veux essayer de me faire croire ? » Un rire sans joie le parcourut. « Ha, Patron… T'étais un beau rôle quand même. Un beau connard égoïste, pervers et arrogant. Celui qui sommeille en chacun. Celui qui veut faire mal. Mais il a fallu que tu choisisses de le protéger, lui. » Le dégoût était si évident dans la voix de Mathieu qu'Antoine se demanda un instant de qui parlait-il. « Ce n'était qu'une victime ! A quoi sert une victime qui est protégée ? »

« Laisse-le en dehors de tout ça ! » Le Patron n'avait jamais ressenti une fureur aussi profonde. Aussi humaine.

Mathieu se contenta de ricaner. Un ricanement froid, qui ne lui allait pas, comme un masque horrible. « A quoi sert le bourreau qui croit avoir un cœur ? » Haine et fureur, se renvoyant en miroir. « A quoi sert le bourreau qui tombe amoureux ? »

« Laisse le Patron tranquille ! »

La voix était juvénile, presque nasillarde, mais ferme. Antoine cligna des yeux, mais la scène devant lui ne changea pas. Le Geek s'était volontairement jeté entre le Patron et Mathieu, dos face à tous, à l'exception de celui qu'il venait d'apostropher. Mathieu sembla décontenancé mais se reprit rapidement.

« Si c'est pas mignon, ça croit qu'on l'aime alors ça se jette en avant pour jouer les héros. Mec, t'es juste pathét… »

Ses mots restèrent en suspens alors que ses yeux plongèrent directement dans ceux qui leurs faisaient face. Ils y lurent quelque chose qui fit vaciller leur conviction. Mathieu pâlit et recula d'un pas.

« Tu, vous…. » Sa respiration s'accéléra. Se bloqua. « Comment… ? Il… Tu, c'est… » Et soudain, les vannes explosèrent. « COMMENT TU PEUX L'AIMER AUSSI ? Ce… Ce n'est pas sensé… Pas possible. Vous ne pouvez pas être ensemble, je… Comment… ? »

Antoine ne vit pas l'expression faciale du Geek, déduisant au passage que le Patron non plus, mais il vit distinctement sa nuque rougir. Et heureusement pour Mathieu, il vit aussi l'instant où les jambes de ce dernier le lâchèrent. Le youtubeur aux cheveux fous se jeta en avant pour cueillir son ami – son ex ami ? – avant qu'il n'aille embrasser le sol et battit en retraite en direction de la cuisine.

« Je vais m'occuper de lui. Restez ic… » Ses mots moururent à ses lèvres lorsqu'il s'aperçut que le Patron avait agrippé le bras de son défenseur et était quasiment en train de le porter au pas de charge en direction des escaliers. Il soupira. « Restez sages. » finit-il pour les deux personnalités subsistantes avant de quitter la pièce.

Refermant la porte de la cuisine, il déposa celui qu'il avait secouru sur une chaise avant de s'affaler à ses côtés avec la grâce d'un éléphanteau obèse. Lentement, Mathieu sembla reprendre des couleurs et ses esprits et se retourna d'un air catastrophé vers son hôte.

« Je suis vraiment désolé, ça n'aurait pas dû se passer comme ça. »

« Je ne te le fais pas dire. » marmonna Antoine. « Ça m'apprendra à prendre des initiatives… »

« Tu ne pouvais pas savoir ce qui se passerait si tu les hébergeais… »

« Mec, s'il y a un truc que je regrette, ce n'est pas de les avoir accueilli, c'est de t'avoir appelé. »

Leurs regards se croisèrent, chargé d'incompréhension pour Mathieu et de reproches non-dits pour Antoine. Le premier finit par hocher la tête lentement.

« J'ai peut-être dépassé les bornes. » admit-il.

'' Naaaaaaan, tu crois ? '' voulut répondre Antoine. Il se mordit les lèvres pour rester silencieux en voyant que Mathieu cherchait à développer sa pensée.

« J'étais tellement paniqué de ne plus les voir. » Sa voix était douce à présent. Tremblante. « Je me suis réveillé et ils n'étaient plus là. Comme si ces sept dernières années n'avaient jamais existé. J'ai cru d'abord que… Que c'était moi. Que je les avais supprimés. Mais je les sentais encore. Quelque part. Je ne pouvais pas les voir, ou même les faire disparaître mais ils étaient encore là, je le savais. » Il se prit la tête dans ses mains. Antoine remarqua pour la première fois ses cernes qui lui mangeaient presque la moitié du visage, son teint maladif, fébrile. « Je les ai cherché dans tous les endroits qu'ils avaient l'habitude de fréquenter. Je suis rentré en contact avec toutes les personnes avec qui ils avaient parlé. Je ne pouvais demander l'aide de personne, je n'avais parlé d'eux à personne, vous m'auriez pris pour un fou. » Un rire amer remonta dans sa gorge. « Moi-même, je me prenais pour fou. Je devais me raccrocher à chaque indice de leur existence pour me convaincre qu'ils étaient encore… Encore… »

« Encore vivants. » souffla Antoine.

Mathieu fit un geste agacé. « Non, pas vivants. Ils ne sont pas vivants, pas vraiment. Ils sont juste… là. » Il ferma les yeux, comme se remémorant quelque chose et marmotta rapidement : « Persuader d'être vivants, singeant les humains, devenant des monstres… »

« Je ne vois qu'un monstre, Mathieu, et ce n'est pas eux. »

« Tu ne comprends pas. » L'aîné des deux garçons n'avait l'air ni monstrueux ni en colère. Juste fatigué. « Ils ne sont pas… Ils sont moi. Je suis eux. Ils ne sont rien d'autres. S'ils l'étaient, je ne serai plus moi. » Une expression confuse se peignit sur son visage. « Ça avait plus de sens dans ma tête. » se plaignit-il.

« Je n'en doute pas, parce que là, ça n'en avait aucun. » lâcha l'autre. « Ils sont différents de toi, Mathieu, je ne les ai côtoyés que quelques jours et pourtant je le vois facilement. Ils étaient peut-être une partie de toi avant, mais ils ne le sont plus. Ils ont des sentiments, des passions, des pensées, comme toi et moi. Et tu as même pu constater par toi-même que le Grand Méchant Patron et le Gentil Petit Geek s'aiment très très fort. » finit-il dans une tentative d'humour.

Mathieu ne sourit pas. « C'est dégueulasse. » souffla-t-il. « Tu as conscience qu'ils ont le même corps, et que basiquement, ça revient à dire que deux parties de moi veulent baiser ensemble ? Même en admettant qu'ils soient humains, ça doit être au moins de l'inceste… »

« Je peux te citer un autre truc dégueulasse et fabuleusement humain. Un indice : ça commence par ''complexe'' et ça finit par ''divin''. » le coupa Antoine qui commençait à s'impatienter. Il se radoucit en rappelant la peur cachée dans les propos odieux de son ami. « Je sais que tu as peur. Quand ils prennent le contrôle, tu as l'impression de perdre le tien. Mais tu ne perds rien, Mathieu. Tu participes à la naissance de personnes aussi géniales que toi. »

« Mais si, un jour, toutes les parties de moi décident de vivre leur vie ? » La voix de Mathieu n'était plus qu'un murmure. « Si elles s'éloignent tellement qu'il ne reste plus rien de moi ? »

« Elles ne s'éloigneront pas. » affirma Antoine. Il sourit. « On ne s'éloigne jamais beaucoup de sa famille. »


Alors qu'Antoine tentait tant bien que mal d'aider Mathieu à surmonter ses fantômes, le Patron avait traîné le Geek dans la chambre qu'il avait occupée durant leur séjour.

A peine arrivé, il l'avait jeté sans ménagement sur le lit avant de le maintenir, épaules plaquées contre le matelas.

« Est-ce que c'est la vérité ?! » hurla-t-il presque, tout contre son visage.

« … Hm ?... » couina le Geek, terrifié.

Le Patron se força à se calmer. Il savait que ses gestes devaient, au mieux déboussoler le gosse, au pire l'alarmer. Il respira profondément et reprit plus calmement :

« Ce qu'a dit le gamin, tout à l'heure. Est-ce que… est-ce que c'est vrai ? »

Se pouvait-il vraiment qu'il puisse l'aimer ?

Le Geek rougit comme une écrevisse et essaya vainement de s'échapper tout en évitant tout contact visuel.

« Oui ? Je suis désolé, je ne voulais pas… Mais le Hippie a dit que… Alors, oui, je sais que je suis nul et tu peux te moquer mais s'il te plaît, ne te moque pas. » balbutia-t-il misérablement.

L'homme en noir se tut pendant un long moment avant de saisir le menton de son – de son quoi d'ailleurs ? Il doutait qu'il correspondait au profil des personnes qui se trouvaient d'habitude dans cette position – de son collègue pour tourner délicatement son visage vers le sien.

« Tu as raté la première partie de son discours, gamin ? » chuchota-t-il contre sa bouche. « Il ne mentait pas non plus, tu sais. »

« Alors, ça, ça veut dire que… ? »

« Ne le dis pas, gamin. »

Sur ces mots, le Patron embrassa le Geek, le faisant taire de façon efficace.

Le Patron devait le reconnaître : ce n'était pas le meilleur baiser de sa vie. Le Geek était trop inexpérimenté pour être habile, contrôlait mal son enthousiasme – la malédiction des puceaux ! – et utilisait définitivement beaucoup trop de langue. Mais malgré cela, malgré l'imperfection du moment, le Patron n'arrivait pas à s'arrêter.

Il s'enivrait de la sensation du Geek sous lui, son corps brûlant d'en avoir plus, son âme tendant à s'unifier avec celle de son compagnon. Alors c'était ça, aimer ?... Pas étonnant que les films à l'eau de rose aient autant de succès, finalement.

Ils ne pouvaient pas aller plus loin, bien sûr, pas là, pas maintenant, mais bizarrement, le Patron n'arrivait pas à s'en sentir frustré.

« Si on avait plus de temps, crois-moi, je te… On… » Il ne finit pas sa phrase. Ironie suprême lorsque l'adepte du dirty talk n'arrivait plus à trouver ses mots. Il se contenta de répéter, comme une litanie : « Crois-moi, crois-moi, crois-moi, crois-moi… »

Le Geek se détacha un peu de lui, les lèvres rosies, un peu haletant. « Je te crois. »


« Donc » résuma Antoine en les survolant tous du regard. Il sourit involontairement en les détaillant. Mathieu avait un air contrit qui le faisait ressembler à un chaton trempé, le Panda avait l'air solennel mais confiant, le Hippie restait fidèle à lui-même et le Geek et le Patron se tenaient beaucoup trop proches l'un de l'autre pour être honnêtes.

« Je passerai chez vous demain – probablement avec une gueule de bois, je vais devoir fêter la libération de ma maison ce soir – vérifier que tout est en ordre et que vous ne vous êtes pas entretuer. » Il soupira. « Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas que je passe la soirée avec vous ? »

« Non. » confirma Mathieu. « Eclate toi et profite de ta nuit, mec. On va essayer de… redécouvrir la vie de famille. »

A ces mots, Maître Panda se mit positivement à rayonner et même le Patron parut innocemment heureux.

« Une partouze donc ? » demanda-t-il. Ha, peut-être pas si innocemment que ça en fait. Devant les mines dégoûtées et blasées de ceux qui l'entouraient, il protesta. « Ma famille avait des occupations très particulières. Je ne vous permets pas de les juger. C'est là-bas que j'ai appris à m'amuser. »

Puis il partit d'un rire tellement pervers qu'il fit grimacer Mathieu et Maître Panda. Si bien qu'Antoine fut le seul à remarquer la main du criminel se glisser dans celle de son voisin au t-shirt rouge. Il sourit de toutes ses dents.

La « famille » de Mathieu était peut-être spéciale. Dans un certain sens, elle était même carrément dysfonctionnelle. Mais elle était pleine de vie et d'amour. Et c'était l'essentiel.

FIN

*lance de la guimauve* Et ceci était ma première fic à plusieurs chapitres! Je suis émotion. N'hésitez pas à me faire connaître votre avis dans les reviews!