Chiaki1932888: (j'ai pas changé de pseudo, youpiiii!) Wouw, ça fait longtemps qu'on n'a pas posté! :o En plus on a pas vraiment d'excuse vu qu'on en est à la fin du chapitre 7! (Ouais ça avance pas beaucoup non plus mais bon... xD) Je sais même plus ce qu'il se passe dans ce chapitre! :o En tout cas, bonne lecture! :D (PS: Les reviews pourraient jouer un rôle éventuel dans les délais de posts! :D)
(de la part de) Plume-de-yume: Désolé pour le retard et euh... Je sais pas trop quoi dire d'autre alors bonne lecture! :D
Chapitre 5 :
Len s'arrête devant le rebord. Quelqu'un vient de l'appeler. Son pied droit est déjà dans le vide, il reste en appui sur sa jambe gauche. Il sent des bras l'entourer. Il tombe en arrière. Puis, le vide. Il ne sait pas ce qu'il se passe, mais il sent quelqu'un tenir fermement son poignet, et ça lui fait mal. Une gifle puissante le fait revenir à la réalité.
- T'es con ou quoi?
Len cligne des paupières. Son sauveur n'est pas le même que la dernière fois. Il a encore la vue brouillé par les larmes mais parvient à discerner une petite personne aux cheveux noirs.
- Oh! Réponds!
La voix est plutôt féminine, il la connaît mais ne se rappelle plus où il l'a déjà entendue. Len se sent secouer dans tous les sens. Nouveau clignement de paupières.
Il faillit sursauter en voyant l'identité de son sauveur.
- Rui? Mais que...
Len s'arrête.
La jeune fille est écarlate, des larmes de rages roulent sur ses joues et sa bouche est tordue par la colère. Son mascara a coulé, laissant deux traînées noires sur ses joues pâles. Elle serre fermement le bras de Len, refusant de le laisser partir.
- Tu es complètement con! Comment tu peux faire ça!
- Rui... Commence Len, se sentant impuissant face à la situation.
Rui se lève, lâchant le bras de Len qui reste assis sur le sol. Ses yeux lancent des éclairs et Len se sent comme paralysé.
- Comment tu peux faire ça à Rinto alors qu'il t'a déjà sauvé une fois? Comment tu peux recommencer? Tu as pensé à lui, à ce qu'il pourrait ressentir ? Tu es égoïste! Tu ne penses qu'à toi!
- Rui, je ne suis pas une pute. Déclare Len, qui veut se justifier pour leur précédente rencontre. J'ai demandé cinq euros à Rinto parce que j'en avais besoin. Rin m'aurait engueulé s'il ne m'avait pas remboursé l'argent que j'ai utilisé pour acheter du lait.
Rui parait se calmer, ses poings se desserrent et sa mâchoire se décrispe un peu.
- Désolée de t'avoir jugé. Mais que ce soit bien clair, je t'ai sauvé uniquement par égard pour Rinto. Et si je te revois une fois chez lui, ou ne serait-ce qu'avec lui, je te promets que tu iras mal. Très mal.
Len déglutit péniblement. Il se relève et hoche la tête. De toute façon, il ne veut plus revenir dans l'appartement de ce pervers violent.
Rui sort un porte-monnaie vert pomme de sa poche et en sortit un billet de cinq. C'est déjà ça, Rin ne va pas le tuer.
Cependant, quelque chose cloche. Pourquoi est-ce que Rui l'aide-t-il ?
- Pourquoi tu m'aides au juste?
La question parait surprendre Rui. Elle écarquille les yeux, referme son porte-monnaie et le fourre dans la poche de son blouson.
- Laisse tomber. Tu ne peux pas comprendre, de toute manière.
Rinto cligne des yeux, surpris. La silhouette de Len s'efface peu à peu pour faire place à une grande jeune femme blonde aux yeux masqués par une mèche légèrement trop longue. Effaré par l'apparition, Rinto recula d'un pas et dévale les escaliers de secours par lesquels il était monté précédemment.
Il traverse la route et se fait klaxonner par une voiture à qui il coupe la route. Il ignore l'automobiliste qui peste derrière son volant et saute sur le trottoir d'en face. En levant la tête, il se rend compte que la jeune femme a disparu.
Il passe une main sur son visage, dépité. Comment a-t-il pu croire qu'elle serait là-haut, face à lui ? Elle av une belle vie. Non? C'est du moins ce qu'il lui espère. Elle peut être ce qu'elle veut - du moment qu'elle ne tombe pas aussi bas que lui.
Il pense à Len et arque un sourcil. Où est-il, au juste ? S'il n'est pas sur le toit de l'immeuble comme il a cru, où peut-il se trouver?
Il hausse les épaules, épuisé. Il a un mal de tête horrible, la gorge sèche et il doit avoir une tête de zombie. Ses yeux se ferment seuls, ses muscles le tiraillent comme s'il sort de la salle de gym.
Il marche dans la rue, l'esprit éteint. Esprit qui le conduit d'ailleurs directement chez lui. Peut-être que Len est rentré chez lui, après tout.
En pénétrant dans l'immeuble, il entend un bruit de casserole qui tombe puis une voix féminine qui grommelle.
Rinto écarquilla les yeux.
Il se dirige vers la cuisine et est surpris de voir Rui, en train de préparer du curry.
- Rui... Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Quoi, tu n'es pas content de me revoir ?
- Si, bien sûr que si, mais... Tu ne m'avais pas dit que...
- Ne me fais pas regretter d'être revenu. D'ailleurs si je suis là, c'est pour une bonne raison. J'ai réalisé qu'un idiot comme toi ne pouvait pas survivre seul.
Rinto est heureux. Fatigué mais heureux. Rui est surprise lorsqu'il l'embrasse avant de l'enlacer avec force. Il ne s'en rend sûrement pas compte, mais il tremble. Et au fond, ça lui donne un petit côté mignon. Elle lui rend son étreinte. Elle se sent en sécurité dans ses bras.
- Où tu étais d'ailleurs ?
Rinto ne répond rien. Il ne peut pas dire : Je suis parti à la recherche de Len. Il ne peut même pas parler de Len.
Rui ne parait pas s'inquiéter de son silence et pose ses lèvres contre les siennes.
- Ne t'inquiètes pas pour Len, il va bien. Je l'ai croisé avant de rentrer. Il m'a expliqué, pour les cinq euros. Je te fais confiance Rinto.
Rinto reprend sa respiration. Il est calme. Rui est calme. Et ce n'est pas souvent qu'ils ont des moments à eux deux aussi sereins.
- Le curry n'est pas tout à fait prêt. On peut faire quelque chose en attendant si tu veux.
Rinto hoche lentement la tête, il parvient à esquisser ce qui doit ressembler à un sourire. Rui lui tire sur le bras et l'emmène dans sa chambre. Elle ferme la fenêtre qu'elle a ouverte un peu plutôt et entraîne Rinto sur le lit.
Rinto est réveillé par une horrible odeur de brûlé. Rui est toujours à côté de lui, recouverte par le drap. Il lui caresse doucement la tête et se lève. Il remet son boxer et son short puis gagne la cuisine. Le curry a brûlé. Ils l'avaient tous les deux oublié.
Rinto soupire avant de vider le contenu de la casserole dans la poubelle. Il se sert un verre d'eau. Il sort un sachet presque vide, dans lequel se trouvent de petits comprimés colorés. Il en prend quelques un et soupire d'aise. Il faut qu'il retourne chez son dealer, sinon il va vite être en manque.
Finalement, il fait des pâtes. Un truc tout con, moins bon que le curry de Rui mais mangeable. Il est légèrement dans les vagues et ses gestes sont flous mais il s'en fiche, il fait à manger point barre. Ce n'est pas souvent qu'il a ce genre d'attention envers Rui, qui est étrangement calme. Un progrès dans leur couple pointe peut-être le bout de son nez?
Tandis qu'il fredonne en regardant l'eau de la casserole en train de bouillir petit à petit, il sent un petit corps chaud se blottir contre lui. C'est Rui.
Elle a enfilé une de ses chemises à lui, qui est évidemment beaucoup trop grande pour son corps frêle. La chemise lui tombe à la moitié de ses cuisses blanches. Il se retourne légèrement et embrasse son front.
Rui lève les yeux vers lui et sourit légèrement. Elle remarque immédiatement que les pupilles des yeux de Rinto sont dilatées et elle le repousse doucement, ennuyée.
- Je m'habille et je pars t'en chercher.
Elle a vu en arrivant dans la cuisine que le sachet était presque vide. Et puis elle apprécie le côté décalé du dealer de Rinto.
- Pas obligée... Peut encore tenir quelques jours...
- Et être infect? Hors de question.
Rinto verse le sachet de pâte dans la casserole et soupire légèrement. Ça ne sert à rien d'essayer de convaincre Rui de rester, elle est têtue comme une mule. Il la laisse s'habiller et sursaute en entendant la porte claquer. Il est de nouveau seul.
_
Il fait froid, la rue est humide et la lumière jaunâtre des lampadaires n'éclairent presque pas. Cette rue sent une odeur insupportable d'urine et on entend des ivrognes geignant, les talons aiguilles des prostituées frappant le sol, les bavardages entre divers dealers et leurs clients.
Rui fait abstraction de tout ça et en remontant la fermeture de son blouson, elle bifurque à la première intersection en sortant de l'immeuble où elle vit.
Sa vue s'adapte plutôt vite et elle repère deux silhouettes qui bavardent. Elle ne les dérange pas et n'a pas longtemps à attendre car au bout de seulement deux minutes, le client repart sans un mot en fourrant un sachet marron dans sa poche.
Elle avance dans la rue jusqu'à arriver devant des grandes caisses en bois humides et rongés par les mites. Un homme se trouve assis sur ces caisses et il sourit de ses drôles de dents jaunâtres à la brune.
- Tu viens faire les courses, ma belle?
- Tais-toi, grand nigaud. Tu sais ce qu'il faut pour Rinto, je suppose? Demande-t-elle en souriant, amusée.
- évidemment que je le sais. Ma Rui chérie devrait elle aussi le savoir non?
Elle ne relève pas le "Ma Rui chérie" qui lui fait, au contraire, plutôt plaisir. Son ventre émet un gargouillement bien sonore et elle soupire. Elle est affamée.
- Tu as faim, à ce que j'entends.
- Bah oui, voyons.
- Tu veux venir manger à la maison? Propose le dealer en inclinant la tête.
- écoute Taito, je ne sais pas si c'est une bonne idée.
- Allons, Rui chérie.
- Bon. OK.
De toute manière, elle en a marre des pâtes trop cuites de Rinto.
Taito la conduit vers la sortie. Visiblement, il peut se permettre de fermer boutique vu le peu de client présent ce matin-là. En réalité, il n'y a que Rui et lui. Taito la fait traverser en dehors du passage piéton, ce qui fait klaxonner un abruti et rire Rui.
Ils entrent dans l'immeuble d'en face et montent les escaliers. L'appartement de Taito se trouve au deuxième étage. L'appartement ressemble un peu à celui de Rinto : sans beaucoup de couleurs, meuble bons prix, lumineux. Mais il en dégage une atmosphère différente. Rui se sent tout de suite à l'aise, alors que chez Rinto, elle a souvent une petite boule dans la gorge.
- Depuis quand Rinto vient se fournir chez toi ? Demande-t-elle sans savoir pourquoi.
- Hum... Je crois que c'est depuis qu'il a commencé à se droguer, faut lui demander, il sait mieux que moi. Une pizza ça te va ?
Rui hoche la tête. Elle demanderait à Rinto un jour. Mais mieux vaut attendre que leur relation soit réellement stable. Elle ne veut pas tout gâcher. D'autant plus que Rinto paraissait faire des efforts.
Quand Rui rentre à l'appartement, Rinto est allongé sur le canapé. L'assiette de Rinto est vide mais à côté se trouve la sienne, encore pleine. Elle n'a plus faim. La pizza de Taito lui a rempli le ventre.
- Encore de la nourriture à jeter... Soupire-t-elle.
Rinto lève la tête, les yeux explosés.
- De quoi? Tu jettes mes bonnes pâtes?
- Je n'ai pas très faim, finalement. J'ai mangé sur la banquise avec un esquimau, tu vois.
Il hoche la tête, compréhensif. On ne peut pas tous les jours manger avec un esquimau ! Il aurait fait la même chose à sa place.
- Tu as mes trucs?
Rui fouille dans ses poches et balance un sachet rempli de cachets multicolores sur la table basse avant de venir se blottir contre Rinto, fatiguée.
- Tiens, les voilà, tes trucs comme tu dis.
- Merci.
Il lui vole un baiser et ferme les yeux, tout aussi fatigué qu'elle. Ils s'endorment ainsi, blottis l'un contre l'autre comme un couple normal. Ils en auraient ri, de ce mot s'ils avaient été réveillés.
Rinto avance tranquillement dans la rue, mains dans les poches. Au détour d'une rue, il percute une jolie jeune femme aux magnifiques yeux bleus et aux cheveux blonds attachés en une queue de cheval. Elle lui ressemble étrangement.
- Excusez-moi ! Je ne regardais pas où j'allais...?
Il ne s'entend pas prononcer le nom de la jeune femme, qu'il semblait pourtant connaître.
Elle semble surprise que cet homme connaisse son nom.
- Vous me connaissez?
- Je suis...
- Vous êtes ?
Une boule se forme dans sa gorge et il baisse la tête, dévasté.
Rui sursaute et tend l'oreille en ronchonnant. Rinto vient encore une fois de la réveiller. Pourquoi fallait-il que cet abruti qui lui servait de compagnon parle en dormant ?
- Len... Lenka... Murmure-t-il, profondément endormi.
Rui ne cherche pas à comprendre. En fait elle ne cherche rien du tout. Elle secoue l'épaule de Rinto d'un coup sec. Ce dernier se réveille en sursaut. De la sueur perle sur son front.
- C'est qui cette Lenka ?
- Rui, pourquoi tu m'as réveillé ? Grommelle Rinto en se levant.
- Et toi, pourquoi tu ne réponds pas à ma question ?
- Quelle question ? Je sors prendre l'air. Répond-il en attrapant son blouson.
Rui fronce les sourcils. Qu'est-ce qu'il lui cache encore celui-là ? évidemment, il faut encore qu'il gâche tout. Rageusement, Rui donne un coup de pied dans la télévision qui tombe au sol. Un bruit de verre qui se brise lui appris que l'écran était désormais inutilisable. Un sourire fend ses lèvres. Elle avait été stupide de lui avoir fait confiance de nouveau.
Rinto ne sait pas comment Rui avait entendu parler de Lenka. Ah mais si... Il avait dû parler dans son sommeil. Encore une fois. Rinto soupire. Pourquoi il n'avait tout simplement pas parlé avec Rui ? Elle aurait certainement compris la situation. Rui aurait compris s'il avait expliqué calmement.
Rinto soupire, il s'est encore trompé sur toute la ligne.
Une vibration dans sa poche.
Rui.
- Allô ?
- Qu'est-ce que tu crois faire, idiot ?
- Hein ? Je prends l'air, je viens de te le dire !
- Je parle du fait que tu sois parti sans répondre à ma question.
- Je t'en parlerais plus tard.
- D'accord, mais promets-moi d'en parler !
- Oui, c'est promis.
- Rinto?
- Hm?
- Tu ne me trompes pas n'est-ce pas?
Il soupire. Rui avait l'imagination aussi fertile qu'une enfant de six ans. Il se passe une main sur le visage avec un autre soupir et comprend que Rui attend encore de l'autre côté du téléphone.
- Non.
- Non?
-Non.
- Promis?
-Promis. Faut que je te laisse.
Il raccroche sans plus d'explications. Il a conscience d'agir comme un connard en lui raccrochant ainsi au nez mais il doit vraiment se détendre. Rêver de Lenka était toujours très dur pour lui.
Il traîne plus d'une heure et demi dehors, errant dans les rues sans but précis mis à part se changer les idées.
Lorsqu'il pousse la porte de leur appartement, la première chose qu'il remarque fut la télé qui avait désormais l'écran éclaté. Il écarquille les yeux et dégoûté, se laisse tomber dans le canapé. Il n'avait plus de vie.
Rui se dresse soudainement devant lui, ses yeux lançant des éclairs.
- Alors ? Tu m'expliques ?
- Assied-toi.
- Non, je reste debout.
- Assied-toi, Rui, s'il te plaît.
Le visage de la jeune fille se défait légèrement et elle s'assoit à côté de son petit-ami, tremblante. Que va-t-il lui raconter?
- Rui... Lenka est ma sœur.
- Quoi ? Tu te fou de moi, là ! Depuis quand tu as une sœur ?
Rinto la regarde d'un air sérieux. Il ne mentait pas. Rui est persuadé qu'il ne pouvait pas mentir... Mais il fallait qu'elle en soit sûre.
- Sois plus précis, s'il te plaît.
Ils sont tous les deux assis sur le banc. Il l'observe. Elle est en train de fabriquer une couronne de fleur avec les marguerites qu'ils ont cueillies. Un truc de fille. Mais elle avait promis qu'après il jouerait à l'épée – avec celle qu'elle lui avait fabriqué.
Ses doigts agiles reliaient méthodiquement chaque fleur entre elles.
Elle était jolie. C'était sa sœur.
Et comme de bon frère et sœur, ils se ressemblaient. Les mêmes yeux bleus-gris, les mêmes mèches blondes. Elle avait des cheveux beaucoup plus longs, qu'elle nouait en queue de cheval. Elle avait aussi un visage beaucoup plus féminin, un peu plus mur à cause de leurs deux ans de différence, et elle souriait beaucoup plus souvent. Elle avait un regard bienfaisant, elle essayait toujours d'aider les autres. Lui il avait dans les yeux une lueur téméraire. Il était infatigable et ne cessait de bouger.
Évidemment, comme chaque frères et sœur, ils ne cessaient de se chamailler. Mais ils finissaient toujours par ce réconcilié. Avec les autres gosses – ces gosses mêmes qui vivaient dans la même bâtisse qu'eux- ils s'entendaient moins bien. Les enfants aimaient en général sa sœur, mais pour une raison inconnue, ils avaient plus de mal avec lui. Et pourtant, il faisait des efforts. Elle était toujours là pour lui. Toujours là pour le protéger.
- Tu as finis quand, dis Lenka ? S'impatientait-il.
- Dans pas très longtemps. Sois patient, Rinto.
Rinto soupira. Il en avait marre d'attendre. Lenka était toujours lente. D'ailleurs, il gagnait toujours contre elle, à l'épée. Enfin, même si elle le protégeait, elle restait une fille.
Lenka brandit la couronne de fleur.
- Tu as vu comme c'est joli, Rinto ?
Elle posa la couronne sur sa tête et son visage fut éclairé d'un adorable sourire. Rinto sourit, ça lui allait vraiment bien.
- Bon, on joue, maintenant ?
Lenka hocha la tête et lui attrapa la main. Une jeune femme aux cheveux lisses et roses s'approcha d'eux. C'était Luka, la plus vieille de l'orphelinat dans lequel ils vivaient.
- Lenka, on te demande.
- Qui ? Répondit-elle, en serrant un peu plus fort la main de Rinto.
- La directrice te demande. Compléta Luka, en baissant les yeux.
- C'est important ?
- Je garde Rinto si tu veux.
C'était sa réponse. Et Lenka avait compris que c'était important. À contrecœur, elle lâcha la petite main de son frère et s'éloigna.
- Elle est partie où Lenka ? Demanda Rinto.
Il n'obtint pas de réponse ce jour-là. Mais au bout de dix jours sans la voire, il comprit.
Rui secoue la tête, bouleversée. Non. Ce n'est pas possible, Rinto n'a pas pu vivre ça. Il est normal, parfaitement normal. Fils unique, d'une famille heureuse. Il est tombé dans la drogue dans une fête et n'a pas réussi à décrocher. Voilà, ça c'est une vie normale. Une vie comme la sienne, en somme.
Non. Son mec n'est pas un orphelin à qui on avait arraché sa sœur. Faux.
Elle le regarde, les larmes aux yeux.
- Tu exagères ! Inventer cette histoire pour ne pas m'avouer que tu me trompes ! Hoquète-t-elle, vexée.
- Rui... J'ai l'air d'un menteur? Tu crois que je pourrais inventer un truc pareil ? Soupire-t-il, les yeux tristes.
- évidemment ! Tu sais comment je le sais ?!
Rui se lève précipitamment et enfile ses chaussures. Rinto la trompait. Et pas avec n'importe qui.
- Dis toujours.
- Ta "Lenka". Si tu enlèves le "ka" ça fait Len !
- Rui, sois pas conne... Je ne te trompe pas avec Len !
- Alors pourquoi il a mis mes fringues ?! MES fringues !
- C'est...
Impossible d'expliquer. Sa mémoire est embrouillée, il se sent affreusement mal. Il n'aurait pas dû lui dire la vérité sur sa sœur.
Il sursaute lorsqu'il entendit la porte se fermer violemment.
Encore une fois il se retrouve seul.
Mais à force il a l'habitude.
_
Rui fonce là où ses jambes peuvent la mener. Du moment qu'elle ne retourne pas chez Rinto. Son histoire, aussi fausse soit-elle, l'a bouleversée et elle ressent un intense besoin de réconfort.
A plusieurs reprises, elle faillit se faire renverser, se fait insulter grassement par un conducteur à l'aspect louche à qui elle fait un beau doigt d'honneur, trébuche et s'étale sur le trottoir. Elle ne sent même plus la douleur.
Les larmes roulent sur ses joues, entraînant avec elle le mascara qu'elle a soigneusement appliqué sur ses cils. "Tant que je suis avec cet idiot, je devrais arrêter de mettre du mascara vu comment il me fait pleurer!" Songe-t-elle en s'arrêtant devant une porte d'immeuble.
Elle sonne à l'interphone et on lui ouvre sans demander qui elle est. Soit on l'avait vu arriver, soit l'homme chez qui elle se rend ouvrait sa porte à n'importe qui.
Elle prend les escaliers et les grimpa à toute allure, séchant maladroitement ses larmes. Elle doit avoir un air de zombie.
Rui n'a même pas le temps de toquer à la porte que celle-ci s'ouvre déjà sur un homme qui arbore un sourire amusé.
- Tu ne peux plus te passer de moi, chérie ? Ricane-t-il.
- Tais-toi un peu et laisse-moi entrer, Taito.
Rinto est seul. Indéfiniment seul. Il n'a même pas eu le temps de raconter la suite à Rui.
Il donne un coup de pied dans le téléviseur, désormais inutilisable et se défoule dessus. Pendant de longues minutes. Il ne s'arrête pas de frapper l'appareil. Et quand il en a marre, il attrape le cadre qu'il y avait sur la table basse du salon. Un pauvre cadre miteux, qu'ils avaient achetés pas chère. La paroi de verre est toute poussiéreuse, si bien qu'on distingue à peine la photo qui se trouve en dessous.
C'est la seule photo de lui en compagnie de Rui. La seule photo de l'appartement. Rinto l'avait prise avec son ancien portable puis l'avait imprimée en deux exemplaires. Rui avait déchiqueté la sienne lorsqu'elle avait ramené Rinto du commissariat pour la vingtième fois. Rinto ne se souvient même plus comment Rui avait réussi à le pardonner.
Quoi qu'il en soit, cette photo est le dernier exemplaire, le dernier vestige de leur relation. Il retire l'épaisse couche de poussière. C'est une vieille photo. Les rebords sont cornés. Rinto la regarde longuement.
Ils étaient plus jeunes. Cette photo avait été prise deux ans plus tôt. Rinto ne se droguait pas encore, il avait l'air plus heureux. Rui était juste derrière lui et enroulaient ses bras autour de son torse, le menton contre l'épaule de Rinto. Elle aussi souriait.
Une larme roule sur la joue de Rinto. Il jette le cadre contre un mur, dans un élan de colère. Puis se rapprochant du cadre, il sort la photo, intact, de sa protection désormais brisée.
Même après tout ce qu'il s'était passé, Rui l'avait toujours pardonné. Rui avait toujours été là pour lui, elle l'avait toujours écouté, elle l'avait toujours innocenté. Mais quelque chose en Rinto le poussait à croire que cette fois-ci, c'était vraiment finis.
Rien qu'à cause de ce pauvre gosse. Il avait une irrépressible envie de le tuer. Il avait envie de tuer Len, alors qu'il l'avait sauvé il y a quoi ? Une semaine ?
D'ailleurs, il y a une semaine, Rinto et Rui étaient heureux.
Rinto explose de rire. Qu'est-ce qu'il racontait ? La faute de Len ? Sa faute à lui plutôt. S'il n'avait pas menti autant de fois à Rui, s'il ne l'avait pas blessé autant de fois, elle l'aurait cru. Que le prénom de Lenka ressemble ou non à celui de Len.
Rinto soupira, énervé contre lui-même. Il n'en pouvait plus. Il en avait tout simplement marre. Il voulait la revoir. Il voulait la serrer contre lui. Il ne voulait plus la laisser partir. Il avait besoin d'elle, encore plus que les pastilles fournies par Taito.
Il saisit son téléphone et appela Rui. Au bout de quelques secondes interminables, la voix cristallines de Rui répondit :
- Bonjour, vous êtes bien sur la messagerie de Rui Kagene ! Vous pouvez me laisser un message. Sauf si c'est toi Rinto, tu m'énèrveeeeeuh !
Ce répondeur, elle l'avait fait quand ils s'étaient disputés, il y a longtemps. Elle ne l'avait jamais changé. ''Je suis trop souvent en colère après toi, il faudrait que je change tous les jours de répondeurs, alors je laisse ça !'' Avait-elle expliqué, en lui tirant la langue.
Rinto raccroche. Il l'a perdu pour toujours. Une nouvelle sonnerie. Rinto décroche, sans regarder qui était celui qui l'appelait. Ça ne pouvait être qu'une seule personne, après tout.
- Rinto, c'est moi.
Une larme roule de nouveau sur sa joue.
- … Rinto ?
