Désolée, le chapitre a été un peu plus long à venir que prévu. Tout simplement à cause des fêtes. J'espère que ça vous plaira, n'hésitez pas à laisser un petit commentaire pour partager votre avis. Merci de votre lecture :)

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Il suffoque, étouffé par cet oxygène acide et brûlant. Sa bouche s'entrouvre difficilement, il veut hurler mais aucun son ne sort de ses lèvres frémissantes. Ses yeux se lèvent alors, et son regard carmin se pose sur la nue, imperturbable face à ses supplices. L'astre blond éclaire la campagne et l'azur lui semble immense en cet instant. Il meurt face à cette nature libre et pleine de vie, immobile dans le trop beau paysage. Baignant dans son propre sang, tâche rougeoyante dans la plaine jaunie. Il ne comprend pas. Il ne comprend pas ces coups, ces blessures, il ne comprend pas cette souffrance injuste. Il pense, réfléchit, tout ceci est-il le prix à payer pour un passé cabossé et crasseux, une dette envers la vie et la fortune ? Conneries. Dieu doit rire entouré de ses piafs angéliques, il doit se payer sa tête, se foutre du gars à demi crevé sur l'herbe sèche. Les séraphins boiteux piétineront son cadavre dévoré par les flammes. Lui qui voulait juste être heureux. Ses poings se serrent, pleins d'une rage fébrile. Il croit entendre sa voix qui l'appelle alors que sa vision se voile.

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Elle court. Haletante, paniquée. Elle le voit, étendu, il ne bouge pas. Elle crie son nom, et les larmes creusent ses joues adolescentes. Elle non plus elle ne comprend pas. Ils étaient partis en mission, ensemble, elle était joyeuse, lui aussi souriait derrière ses balafres. Puis il s'était éclipsé et n'était pas revenu quand le crépuscule avait jeté ses derniers rayons, il n'était toujours pas là quand l'aube s'était levée sur son angoisse amoureuse. Alors elle l'avait cherché, seule. Elle le trouve finalement, presque mort dans l'horizon vermeil. Son souffle se coupe, elle peine à respirer. Elle colle son oreille à son torse lacéré. Il vit. Son pouls bat faiblement en son buste brisé. Elle ne peut pas rester. Elle se relève, ses cheveux cyans ont trempé dans son sang. Elle fuit, loin de l'homme pour qui son âme s'embrase. Elle va chercher de l'aide. Qu'elle se sent faible et chétive sans lui ! La détresse la fait redevenir cette mage frêle, fluette et à la silhouette juvénile, elle a peur.

Enfin elle arrive aux portes de la ville, ses yeux couleurs d'aveline coulent toujours alors qu'elle hurle qu'on le sauve, suppliante, essoufflée, tremblante.

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Elle dort dans les bras de son amie. Ses yeux sont rougis sous ses paupières closes, et ses sanglots salés ont marqué sa mine délicate. La petite mage avait trouvé du secours. Gadjeel avait été transporté à l'infirmerie de la guilde où elle s'était effondrée à son tour. Le cœur en miettes. Levy est de ces êtres fragiles aux sentiments forts. Assoupie à présent, elle semble minuscule, enlacée maternellement par la femme à la chevelure de neige. L'esprit de la barmaid, lui aussi, est préoccupé. Leur compagnon molesté repose sur un des lits blancs face à leurs êtres angoissés . Sa poitrine se soulève en un râle difficile, parfois son corps s'agite en une toux douloureuse. Sa peau, pâle aujourd'hui, et où se dessine des formes verdâtres , est trouée par endroits. Seul son faciès bourru avait été épargné. La vielle mage aux mèches églantines avait soigné le malheureux du mieux qu'elle avait pu. Elle s'était tue, silencieuse sous les lumières du matin pendant qu'elle bandait ses membres éraflés et qu'elle appliquait ses onguents sur son corps meurtri par les coups. Chacun de ceux présents alors avait été mis au courant. On avait cherché à joindre les mages absents, la plupart ayant été contactés et prévenus avec succès.

Tous s'inquiètent, pour leur ami d'abord; mais aussi, plus égoïstement, pour ceux qui sont en mission. La distance leur devient soudainement insupportable, et le désir brûlant de voir l'autre, de l'entendre, de le sentir, se fait besoin vital. Ils élèvent alors leur regard incertain vers l'éther et prient pour qu'au plus vite ceux qu'ils aiment leur reviennent. Ils prient pour que cette victime soit la seule et dans l'éclat de leurs pleurs amers sonne déjà le glas de leurs épées vengeresses.

Dix ondes vibrent dans la ville, ses rues, ses places et ses avenues. Il est dix heures. Le soleil matinal réchauffe la baie qui sommeille. Une seule demeure introuvable. On murmure à peine son nom, la crainte les étrangle ils pensent trouver une sordide logique en ces tristes événements. Elle et lui avaient appartenu à la même guilde, jadis se pourrait-il alors qu'elle aussi ? Personne ne prononce ces mots lourds, on ne veut pas se faire souffrir inutilement. On cherche dans le regard troublé de l'autre un écho à ses pensées vacillantes, et tous partagent la même crainte muette.

Mirajane était partie peu après neuf heures. La bourgade d'Elevire se trouve non loin de Magnolia, tendre hameau niché dans les hauteurs, là où les étoffes brumeuses de la montagne enveloppent la vie de leurs bras frais et vaporeux. Et, alors que le clocher surplombant les toitures du village sonne lui aussi dix heures, elle la voit. Ses orbites s'élargissent tandis qu'elle se jette à ses pieds, affolée. Elle saisit son visage inanimé et l'appelle d'une voix sourde: « Juvia ! » . Ses mains fines, maintenant rougies, se posent sur sa nuque blessée la mage d'eau ne répond ni ne tremble, elle n'ouvre pas les yeux, seule une fine buée s'élève de ses lèvres écarlates. Son corps à demi-nu repose sur la terre humide. Autour d'elle s'étend en longs voiles déchiquetés ce qui fut sa délicate toilette. Elle paraît fantôme au milieu des croix vieillies, dame blanche endormie dans la rosée. Pourtant son corps est couvert de sang s'étalant en de larges traînées pourpres sur l'opale de son teint. Des larmes ont roulé sur son doux visage, des plaies profondes marquent sa peau. De violentes ecchymoses peignent tout son être de bleu et de vert alors qu'un sifflement s'échappe de son sein blessé. Mirajane tremble, pleure. Impuissante. Révoltée.

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Le soleil vient éclairer sa paupière. Ses iris se parent d'or et de lumière. Réveillé à présent, il soupire et ouvre les yeux. Les rayons percent la soie de ses rideaux et éclairent la pièce. Des vêtements gisent sur le parquet abîmé, de la vaisselle ébréchée s'accumulent sur les étagères poussiéreuses et dans l'eau sale de l'évier bondé. Il se lève, quitte ses draps de coton troués se désolant un instant de l'état lamentable de l'appartement. Il jette un regard à l'horloge : midi. On l'avait prévenu plus tôt que Gadjeel avait été attaqué. Épuisé par sa mission, il avait alors préféré reprendre quelques forces avant de faire face aux problèmes que cela impliquait, et s'était de nouveau jeté dans les bras de Morphée. Le voile endormi disparaît de ses prunelles obscures, il se douche en vitesse et se hâte à la guilde.

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La douleur. On la transperce de toutes parts. Son corps la trahit. Elle pense brûler, être dévorée par les chiens de l'Enfer, ils mordent sa chair, déchirent sa peau. On la griffe, on la frappe, on l'étrangle, on l'éventre. Son être engourdi est agité par des spasmes déments, une paume froide enserre son cœur et elle croit mourir alors que cette main lui broie la poitrine. Elle n'en peut plus, elle hurle. Son éclat brutal paraît être un murmure à ses oreilles malades, elle s'époumone un peu plus. L'air entre dans sa gorge calcinée, la mutile. Il semble qu'on lui ronge l'estomac, le foie, les intestins et tous ses organes, qu'un millier de rongeurs invisibles la bouffent de l'intérieur. Elle souffre à en perdre la raison. Son âme se fissure alors qu'elle crie plus fort.

Puis, enfin, elle sombre dans l'inconscience. Elle se tait et prie dans ses sanglots carmins.

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Aucun bruit ne s'échappe du bâtiment habituellement agité et rieur. L'homme ouvre la porte, et un grincement vient perturber la litanie morne de murmures angoissés. Leurs yeux flous se posent sur sa silhouette, on l'observe un moment sans qu'il ne bouge puis une voix hésitante s'élève : « Gray ! ». Il voit la blonde qui lui fait signe de venir, il s'assoit près d'elle et les chuchotements reprennent dans un vacarme sourd et indistinct. Elle détourne le visage, mais il peut apercevoir ses prunelles rougies. Elle gratte fébrilement le vernis écaillé de la table en chêne. Nerveuse, elle peine à articuler : « Tu es au courant pour ... » mais ses mots se perdent sans qu'elle ne puisse finir sa phrase. Alors qu'elle reprend son souffle il parle à son tour : « Pour Gadjeel ? ». Il cherche à croiser son regard mais elle semble gênée. Elle inspire bruyamment, son poing se serre, ses phalanges blanchissent : « Pour Gadjeel et Juvia. Ils ont été attaqués, Polyussica ne sait pas si ils s'en sortiront. ». Ses paroles tombent puis résonnent dans son crâne. Il recule brutalement et la toise, incrédule. Son corps est secoué de tremblements violents, son estomac se tord douloureusement. Qu'est ce qu'elle veut dire par Polyussica ne sait pas si ils s'en sortiront ? Qu'au dessus de lui, à l'étage, là où il allait enfant quand il se blessait en trébuchant sur les graviers, dans le lit où il dormait quand les festivités s'éternisaient jusqu'au matin; là-bas agonisent ses amis, là où il avait vécu et ri comme partout dans cette bâtisse, là exactement ils consument peut-être leurs derniers instants, avalent leurs dernières goulées d'airs et gueulent leurs derniers maux. Ils les imaginent alors, mais il songe surtout à elle. Son corps immobile dans les draps ridés, les ongles plantés dans le vieux matelas et les traits tirés d'avoir trop souffert, ses lèvres closes, le regard éteint morte. Un sentiment fou l'envahit, étouffe sa souffrance dans un étau brûlant et amer : la colère. Furieux, il fulmine et tous se retournent vers son être tremblant : « Qui ?! ». Lucy lève enfin son regard nébuleux vers son ami, larmoyante, elle marmonne qu'on ne sait pas encore, qu'ils ne se sont pas réveillés, qu'on attend toujours. Il l'entend à peine. Il lui tourne le dos et grimpe les escaliers. Sa vision se trouble, les battements de son cœur s'accélèrent, il suffoque presque. Il veut la voir mais on lui bloque le passage. Mirajane le fixe, étonnée, triste. « Polyussica et Wendy s'occupent d'elle, personne ne doit les déranger. » Elle lui sourit, maussade. Alors qu'il se stoppe un hurlement déchire l'air fiévreux et pesant. Les chuchotis cessent et on entend ces clameurs sans pouvoir rien faire. Douleur éclatante et terrifiée. Insupportable. Puis le silence tombe, sa voix s'est endormie. Personne ne bouge, ne parle, respirer même leur paraît indécent. Tout semble terne alors, le soleil dehors dorant les pavés, les oiseaux et leurs chants excentriques venant perturber ce calme terrible. Et on ne converse plus, on ne murmure plus, on ne pleure pas pourtant, on est perdu dans l'écho affreux de ces cris.

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Il contemple le liquide ambré dans son verre. Fait jouer les reflets fauves sous ses doigts tremblants. Puis ses prunelles floues se désintéressent du whisky, il observe la rue. Il entend le vent qui pleure dans les ruelles et voit la Lune muette qui s'en fout. Blême, elle luit dans l'encre de la nuit. Impassible et froide. Comme lui, d'habitude. Pourtant il n'était pas resté placide cette-fois ci, il n'avait pas feint l'indifférence. Il avait craqué. Enragé contre ceux qui l'avaient presque tué. Enragé contre ce monde qui met bas des assassins, des monstres. Enragé contre tout, car si cela s'était produit, c'est que tout le monde avait laissé cela arrivé. Mais plus encore, enragé contre lui-même. De ne pas avoir été là d'abord, et de ne pas pouvoir être là, avec elle, maintenant. Incapable. Incapable de la protéger. Incapable de lui dire la vérité. Incapable de la regarder dans les yeux. Incapable de la prendre dans ses bras. « INCAPABLE ! » Il rugit et envoie le verre s'écraser contre le mur. La coupe explose puis s'étale sur le sol en débris scintillants avec le reste. Ses meubles retournés répandent leur contenu sur le bois grinçant. De la vaisselle brisée tache d'ivoire le brun du parquet. Il avait eu besoin de se déchaîner. Juste un instant. Alors il avait tout détruit dans une cacophonie folle et irraisonnée. Puis il avait bu. L'alcool avait dissipé ses chimères cruelles où il la voyait inerte, son corps livide prisonnier d'une glace irisée.

Il est saoul. Il veut dormir, couché sur son lit fracassé et aux draps déchirés. Ses larmes ne coulent pas. Gray est de ces êtres forts aux sentiments fragiles.

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FIN CHAPITRE SECOND