Désolée de l'énorme retard, je l'avoue, ce fut laborieux. L'action arrive, mais pas maintenant (a) Merci de votre lecture, et n'hésitez pas à laisser un commentaire, ça me ferait réellement plaisir :D Réjouissons nous aussi de l'avancée magnifique du Gruvia dans le dernier scan de Fairy Tail !
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Elle est seule. Tremblante. Ses prunelles folles cherchent une quelconque lumière dans le noir qui l'entoure. Mais le monde est abîme. Insondable, muet. Ni soleil ni lune pour éclairer ses peurs et ses pensées, désunies, pétrifiées. Il n'y a rien. Rien qu'un étau sombre étreignant son être. Puis une voix, la sienne, s'élève dans le néant, résonne en son âme violée : « Juvia est seule. Juvia est si seule. Pourquoi Juvia est seule ?» Les paroles meurent puis renaissent : « Juvia n'apporte que la souffrance et les pleurs. C'est pour cela que Juvia est seule. » Ses larmes coulent sur ses joues blêmes. Elle porte ses mains fines à ses oreilles malades. Elle ne veut pas entendre. Elle s'écroule, se recroqueville. Mais les mots éclatent. Plus fort. Sa folie se perd. La voix, sa voix, crie. Hurle. Crache dans une rage assassine. Elle est dans sa gorge, dans son crâne, se répercute en écho dans son esprit dément. Sa raison s'émiette, et ses sanglots cruels creusent leurs sillons dans ses yeux hallucinés.
Elle ferme ses paupières ruisselantes alors qu'une goutte s'écrase sur son échine courbée. Perle sur son corps pâle secoué de spasmes, puis s'épand jusqu'à son cœur rompu de trop battre. Là où dansent et chantent dans une valse effroyable des monstres à présent éveillés.
L'eau tombe en lourdes gouttelettes de l'obscur plafond puis vient flageller doucement la cambrure de son dos. Il pleut.
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Les ombres s'étalent sur les pavés. Reflet d'encre de la ville qui sommeille encore. Le soleil est bas, luit dans sa robe blonde; l'aurore. De doux rayons viennent baiser ses joues où se peignent ses pleurs maintenant taris. Le vent souffle par la fenêtre ouverte, bat sa chevelure azurée. Mais elle s'en fout. Elle s'en fout de l'astre qui se lève, de l'enfant qui dort et de l'oiseau qui siffle. Elle s'en fout du monde qui s'éveille et qui vit à son balcon. Elle s'en fout de la mer qui se jette en écume pâle sur le sable froid. Elle s'en fout des secondes qui passent, des heures qui sonnent. L'aube se confond au crépuscule, il n'y a ni jour ni nuit à son regard délavé. Elle attend.
Son œil ne quitte pas son être étendu. Sa bouche se tord en une grimace douloureuse. Il semble souffrir. Son corps frémit, faiblement. Ses iris s'agitent sous ses paupières. Enfin elle s'approche de lui, et sa main se pose sur la sienne en une caresse légère. Ses doigts graciles s'entremêlent aux siens calleux. Il paraît s'apaiser alors que dehors tout est calme. Tranquille. Il n'y a qu'eux, expirant dans un même souffle difficile, main dans la main. Elle aimerait juste qu'il se réveille. Revoir ses yeux. Entendre sa voix. Il lui manque. Elle lâche son nom dans un murmure rauque de trop pleurer : « Gadjeel » …
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Il ne voit rien. N'entend rien. Il ne discerne que la souffrance raidissant ses membres. Ces lames lacérant sa peau. Déchiquetant ses sens. Il crie mais les ténèbres dévorent sa voix. Pas un souffle, pas un bruit. Le silence. Le vide. Le Rien. Où sont ces paysages vermeils, ces horizons qui étincellent et son rire qui résonne sur ses lèvres roses? Où est-elle ? Elle et ce monde. Puis les autres aussi. Qu'est ce que cette noirceur, ce néant. Cette agonie aux bras de cet univers aveugle. Son sang qui s'évapore de ses plaies béantes, ces frissons griffant son corps froid. Enfin, brisant cette complainte muette : «Gadjeel ». C'est elle. Puis il se souvient. D'elle, blessée, sanglante, humiliée, par lui. Il se revoit alors, la frappant, la mettant à terre, inconsciente puis peignant sur son corps virginal l'emblème de sa guilde, à l'encre noire qui semblait être des larmes salies. Une douleur vive enserre son cœur, et tous ses autres tourments lui paraissent doux comparés à ce venin qui ronge son esprit. Il se sent monstre aux griffes souillées, rougies par son sang, elle qui lui est si pure, si belle, si parfaite en cet instant.
Il vacille puis ouvre enfin les yeux. La lumière brûle ses rétines pourpres qui jette un regard écarquillé sur le plafond en chêne.
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Elle ne se réveille pas. Son visage pâli par le poison, triste, semble refléter milles choses qui lui échappe. Des larmes tombent parfois sur ses joues sans qu'il ne puisse rien y faire. Lui dont son simple sourire la rendait heureuse, éveillée. Il avait enfin pu la voir, alors il l'avait veillé, assis près d'elle, le teint gris, les traits tirés les yeux secs sans qu'il ne puisse pleurer. L'attente le rend malade, le torture, le tue. Gadjeel, lui, s'était éveillé peu avant 8 heures. Mais elle, elle ne se réveille pas. Elle s'agite, pleure, halète, gémit, paraît souffrir dans ce faux-sommeil cruel peuplé de cauchemars odieux qu'il peut à peine deviner mais elle demeure endormie, des heures les yeux clos, les lèvres frémissantes, alors que dehors tout semble si normal. On vit alors qu'elle crève. Il tremble lui aussi, de rage, d'impuissance, il tremble sa folie et son amertume, sa douleur. Il regarde son visage, et ses prunelles se perdent dans sa chevelure océane « S'il te plaît, réveille-toi ». Sa voix se brise. Il étouffe, suffoque, oppressé par les murs de la chambre qui lui semblent être sa stèle, devra-t-il y inscrire son nom, une autre tombe à creuser dans son cimetière décharné ? Il ouvre la fenêtre, et aspire l'air en de grandes goulées, pour la première fois depuis longtemps il a froid, frissonne mais elle reste endormie, prisonnière de Morphée.
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Le vieil homme tousse, et ils lèvent leur regard vers lui. Le vieillard cherche ses mots, calme sa voix et sa colère. Il pose ses yeux embués sur chacun de ses enfants, il n'avait pas été capable de les protéger, il avait failli à sa tâche. « Vous savez ce qui est arrivé à nos deux camarades » Il se tait un moment, et on croirait alors qu'une bête se réveille et agite le corps de l'ancêtre, il crie presque : « Mais nous sommes Fairy Tail, la douleur que la guilde reçoit, elle la rend au centuple ! Alors nous trouverons les coupables, ces chiens, et jamais plus ils n'oseront croiser le regard d'une fée ! » La guilde se lève, et leurs cris réveillent la lune percent les cloisons et viennent perturber l'homme à la fenêtre.
Sa haine et son angoisse dansent sur les cadavres de ses émotions. Tout est flou, trouble. Il a peur, peur qu'elle sombre à jamais dans ce repos artificiel, peur de ne pas la revoir, elle et ses sourires, son esprit ingénu et ses pensées idiotes peur de la perdre, elle aussi. Et pourtant il a peur de rester muet si elle s'éveille, peur de la rejeter, peur de l'aimer. Et encore, peur de la tempête féroce qui ravage ses pensées, peur de ces frissons qui secouent son âme. Il ne comprend pas. Où est cet être froid, calme et maîtrisé ? Qui est cet imbécile au cœur à vif, aux songes écorchés, et qui halète dans la fraîcheur d'une nuit de printemps. Il ne se reconnaît plus, ou plutôt se ne connaît pas ainsi affaibli, terrifié, amoureux ?
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Elle dort, apaisée, heureuse. Un sourire étend ses lèvres, sa tête repose dans les plis de ses draps, et on croirait voir en sa chevelure la mer étendre sa main agitée de ses longs doigts d'azur sur des plaines enneigées. Après le réveil de Gadjeel ils étaient longtemps restés dans les bras l'un de l'autre, sans un mot, puis elle s'était assoupie sur son épaule. Il l'avait alors couchée sur le matelas et était resté près d'elle, à admirer l'endormie. D'un œil retenu et fou il la contemple, mais sur les camélias de ses lèvres il lui semble revoir des filets de sang s'échapper et le bleu tâche sa peau claire sous ses poings enragés. Il ferme les yeux, mais la regarde encore, il voit ce corps calme et les souvenirs lui reviennent, cruels, là-aussi elle était étendue, mais des blessures couvraient son être et des plaintes s'échappaient de sa bouche tordue. Pourquoi est-elle restée à son chevet ? Ne se souvient-elle donc pas, des coups, des cris, des cicatrices ? Elle lui a pardonné. Et il avait oublié. Jamais ils n'avaient reparlé de cela, comme si ce n'était rien, rien qu'un souvenir flou et sans gravité. Alors pourquoi, pourquoi ce tourment aujourd'hui. Cette culpabilité mordante, il est bourreau et condamné. Il n'ose effleurer sa peau, seuls ses yeux la caressent. Il est perdu, perdu entre ce devoir de la protéger et ces coups sur son corps qui résonnent encore en son crâne. Perdu.
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Gadjeel s'est réveillé. Il le sait, il l'avait de suite su, il l'avait senti quitter ce monde noir qu'il avait formé avec lui, et s'était éveillé. Pourtant son cœur est déchiré, en proie à ses propres démons, ça aussi il le sent. Il n'avait quitté ce monde de chimères perverses que pour mieux saigner dans la réalité. Il ne lui a pas échappé, à travers les coups qu'il se porte lui même c'est sa sentence qui résonne. Puni. Il a été puni. Et puis il y a elle, toujours transie dans sa camisole, il la voit, il l'entend, se débattre, pleurer, souffrir. Elle devient folle, comme lui il était devenue fou. Tout ceci ils l'ont mérité. Si il n'y avait ni paradis ni enfer, il se ferait le juge de ces gens, ces gens qui l'avaient trahi, il avait fait de leur conscience, de leur sommeil, leur purgatoire. Là ils expient leurs fautes, leurs pêchés. Ce n'est que justice. Il sourit à cette idée . Il n'a plus qu'à attendre, en les regardant mourir, consumés par leurs émotions. Attendre que les autres viennent réclamer vengeance puis les écraser sous sa botte. Sa chevelure pâle tombe en mèches fines sur son front torturé alors que son corps s'agite d'un rire dément.
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FIN CHAPITRE TROISIEME
