Chapitre 2, Famille de héros et craquage de dos intempestif :

... J'ai de l'encre plein le cerveau. Des ombres noires se superposent sur des ombres encore plus noires. Ma tête me fait un mal de chien. Merde, qu'est-ce qui m'est arrivé ?

Mon esprit s'échappe d'un sommeil sans rêve, le genre que vous faites après après une bonne cuite à la tequila. Est-ce que j'aurais bu ? J'essaie de ramener mes mains vers mon visage une couverture glisse le long de mon torse : je suis parvenue à me glisser SOUS ma couette après avoir bu ?

Je passe ma main sur mon visage et lui fait traverser ma chevelure rouge. J'ai l'impression qu'une armée de rhinocéros m'a piétiné, et que, non contente de ne pas être parvenue à m'achever, elle aurait appelé ses amis éléphants à la rescousse.

Les minutes passent et lentement, à force de fixer le vide, ma vision s'habitue à l'obscurité ambiante. Je me retrouve à fixer le plafond de ma chambre en soupirant. Bon sang, qu'est-ce qui m'a poussé à boire comme un trou ? Suis-je tombé aussi bas sur l'échelle du désespoir ? Ce n'est en tout cas pas demain la veille que je reprends un verre. Aaah... ma tête...

Quelque chose ne tourne vraiment pas rond chez moi, c'est évident. Serais-je rentré dans le petit monde magique de l'auto-destruction ? Vais-je finir par faire partie de ces gens à la mine si épuisée et si détruite que l'on se demande toujours comment elles font pour tenir debout ?

Je lève une main au-dessus de mon crâne, dépliant et repliant les doigts vers mon visage, et enfonce un peu plus ma tête dans l'oreiller. Mince alors, Spicer, ton oreiller est vachement moelleux.

... Mais ce n'est pas mon oreiller ? J'étends mes bras : la vérité éclate comme une bulle de savon dans mon esprit. Ce lit est trop grand pour être le mien, ce coussin trop moelleux, et en reniflant un peu, je reconnais l'odeur de l'adoucissant à la lavande qu'utilisait ma mère.

-M...maman ?

Pas de réponse. Évidemment. J'aurais donc pris une cuite et aurais été désespéré au point de prendre le premier avion pour la Chine ? Ou bien, peut-être ai-je traversé le pacifique à dos de Jackbot. Dans tous les cas, mon voyage a dû durer bien longtemps.

Et pourquoi diable aurais-je dormi dans le lit de mes parents, le mien ne m'attendait-il pas à la maison ? Oh non, les parents m'ont déjà remplacé, effacé et vont sans doute adopter un petit caniche blanc, lui teindre une mèche en rouge et l'appelé Pompon. Ah non ! Pas moi ! Pas un caniche ! Tout ce que vous voulez, mais pas un caniche !

Je gémis dans ma couette. C'est n'importe quoi. Maman ne remplacerait jamais son petit Jackounet par un caniche. D'ailleurs je m'imagine mal tenir sur un Jackbot durant tout un voyage, surtout bourré. Alors où suis-je exactement ? ...

Et si j'étais mort en fait ? Oh mon dieu, j'en frissonne, mais c'est bien sûr ! J'abuse de la tequila, je fonce dans le parc animalier avec deux bouteilles à moitié vides, je tente un rodéo sur une girafe et je rebondis dans la cage de l'éléphant ! Et stage finale de cette grande aventure, le purgatoire, redécoré avec des souvenirs de mon enfance – l'adoucissant –, étant donné qu'un ange ou le diable m'a pris en pitié, moi l'être le plus adorable du monde.

Je me pince le bras – oh bon sang, ce que ça fait mal ! Herm... c'est pour rendre le lieu plus réaliste que la douleur est possible, tout était calculé !

L'ouverture d'une porte d'une éblouissante clarté terminent de parfaire ma théorie : l'on m'ouvre les portes du paradis finalement ! Tout cela tient donc la route : je suis bel et bien mort, en train de patienter dans le purgatoire, et un ange ne va pas tarder à venir me repêcher. Tout de même, je n'aurais jamais pensé que le purgatoire sentirait la même odeur que la lessive de Maman. Ah, mon ange arrive.

Et quand je dis "Mon ange", bon sang, quel ange! Enveloppée dans un halo de lumière divine, une magnifique femme, vêtue d'une légère robe rose pâle, lui arrivant aux genoux. Je la contemple silencieusement, un instant : elle a des formes délicates, sur lesquels l'on a envie de poser une main – non pas pour la cramponner – mais pour en érafler la surface; un visage si doux, aux yeux si grands et si - étonnamment - roses, à la bouche dessinée à la perfection avec la plus tendre des framboises; et sa tête ! dégoulinant d'un or roux, baignant dans la lumière. Elle s'approche de moi, un sourire simple sur le visage. Oh oui, rejoins-moi, splendide ange d'aurore, et reste avec moi pour toujours.

Mais mon ange se retrouve bien vite éclipsé par une entité sombre, plus grande, aux épaules carrées et avec deux stylos dépassant de sa poche. Deux stylos! Mon dieu, ce doit être le diable, qui vient se battre avec l'ange pour mon âme! Je remonte la couverture jusqu'à mon nez, prêt à en découdre à la première occasion... Bon d'accord, "à me planquer sous le matelas à la première occasion".

-Rah, Belle! Il fait noir comme dans un four, allume la lumière!

-Arrggh mes yeux ! Je fooonds...

Je plaque mes mains sur mon visage : la lumière céleste d'une ampoule incandescente me brûle les yeux au 57ème degré. Je remue la tête dans tous les sens, frotte mes paupières en me lamentant.

-Oh ! Je ne pensais pas que vous étiez réveillé...

Je m'attendais à plus rocailleuse comme voix pour le diable : Wuya en ferait un bien meilleur.

-Professeur... Vous l'auriez réveillé de toute manière...

Pour le diable, je ne suis pas bien sûr. En revanche pour mon ange, nul doute possible : c'est une mélopée divine qui s'échappe de cette bouche. Je prends le risque immense d'écarter mes doigts pour laisser passer un peu de lumière. Ma pupille doit avoir le même diamètre qu'un grand de riz, tant l'endroit me parait lumineux. Mais petit à petit, au milieu des tâches de lumière plus blanches que neige, des formes se découpent enfin.

Attendez deux secondes, j'ai déjà vu cette gamine quelque part. D'un coup, un tas d'images défilent dans ma tête à toute vitesse. Des adolescentes qui volent, des lasers, un robot singe, mes Jackbots qui partent en poussière, la sensation d'une poitrine sur la mienne... Wohwohwoh, on se calme, Mémoire, on se calme.

-Aaargh... ma tête...

-Vous avez fait une sale chute. Vraiment une sale chute.

-Je suis vraiment désolée...

Mon visage se tourne au quart de tour vers l'adolescente. Le sien a disparu, baissée en direction de ses pieds. Oh. Je passe ma main sur mon visage, et en dégage un sourire en coin.

-C'est moi qui devrais m'excuser. C'était assez stupide de ma part de vous suivre. Je... hum... Je suis nouveau en ville... Hum, c'est normal, ce à quoi j'ai assisté ?

-Un épisode quotidien de Townsville, jeune homme, me répond le « Professeur » que j'observe correctement pour la première fois. La quarantaine, cheveux noirs à la coupe parfaite, en blouse blanche de chimiste. Deux stylo à la poche. Le stéréotype parfait du scientifique propre sur lui. Je n'arrive même pas à croire que je voyais en lui un quelconque esprit démoniaque. En voilà un qui doit déjà avoir sa place au paradis réservée depuis 30 ans.

-Je suis désolé pour le dérangement, ajouté-je, en cachant à nouveau mes yeux avec mon avant-bras cette fois, la tête en arrière – on m'a débarrassé de ma veste noire, le col montant ne me bloque pas comme à l'accoutumée.

-Oh ne vous en faites pas ! Belle se faisait trop de soucis à votre sujet... Vous allez mieux ?

Je fais craquer mes cervicales de deux mouvements de nuque, ce qui fait relever la tête de la rouquine, qui plisse les yeux, de toute évidence dérangée par le bruit. Je me redresse et m'adosse contre la tête de lit, un sourire figé sur les lèvres.

-ça devrait aller...

-Oh, tant mieux ! Ah non... ne bougez pas, ne vous en faites pas. Que diriez-vous de dîner avec nous ? Je vais chercher le téléphone, que vous préveniez vos proches.

Je n'ai pas vraiment le temps de répondre que le Prof' disparaît de la pièce. Ce type transpire la bienveillance, c'en est presque inquiétant : j'en connais pas des masses, des gens qui vous gardent chez eux pour vous soigner, et qui vous invite à manger, sans même connaître votre nom. D'un autre côté, je ne connais pas des masses de filles qui volent non plus. Tiens d'ailleurs, à ce sujet...

-Alors comme ça... tu sais voler ?

Seules mes pupilles se tournent vers la rouquine, qui croise aussitôt les bras et me répond avec le même genre de sourire en coin que celui qui trône sur mon visage :

-Bien sûr.

Je passe un moment coincé dans ce lit, à discuter avec la gamine. Cette adolescente me plaît bien. Sa voix a quelque chose de charmant, de mature que je n'aurais pas mis dans la bouche d'une adolescente de 16 ans (je réalise à l'instant que cette phrase n'est pas à sortir de son contexte). Outre son âge, j'apprends qu'elle se prénomme Belle, membre des « Supers Nanas », un trio d'héroïnes comprenant ses deux sœurs jumelles – sans doute Misses Mini-Jupe et Pantalon Kaki que je me souviens avoir entrevues. J'ai doucement ricané quand l'ado s'est présentée : tout de suite sur la défensive, elle m'a toisé d'un de ces regards qui vous font tout de suite comprendre la nature volcanique de votre interlocuteur je lui ai simplement répondu « ça te va bien. ». La couleur de ses joues jure désormais avec celle de ses cheveux.

Je n'ai pas le temps d'ajouter un mot que le Professeur fait irruption dans la chambre, un téléphone sans fil à la main. N'osant pas lui dire, trop tard, que je n'ai pas de proches, ou plus particulièrement pas dans ce pays, je compose un numéro au hasard et m'empresse de déclarer à une pizzeria de je-ne-sais-où que je ne pourrais pas la rejoindre ce soir et qu'elle n'a pas à s'inquiéter chose à laquelle le livreur me répond « On peut jamais compter sur toi, mec » avant de me boucler au nez. Penaud, je regarde le combiné que je tiens à deux mains, puis le professeur, puis à nouveau le téléphone. On va dire que ça va aller.

Après avoir récupéré ma veste, posée sur une chaise dans un coin de la pièce – on jurerait que tout le périmètre a été millimétrée tant l'endroit est impeccable, je me demande s'il y a des marques au sol pour les meubles – je marche dans la suite du Professeur et de ce que j'ai compris être sa fille. Je ne peux m'empêcher de faire craquer mon épaule sur le chemin, ce qui me soulage grandement et qui, à nouveau, fait trembler d'agacement Belle. Je hausse des épaules en lui souriant.

Je me retrouve attablé avec les triplées pendant que leur paternel, ayant revêtu par dessus sa blouse un splendide tablier rose, s'affaire à cuire une série de steaks. Les présentations se font, et je peux enfin remplacé Miss Mini-Jupe par Bulle et Miss Pantalon Kaki par Rebelle – ce qui est quand même vachement plus court vous l'avouerez. « La famille Utonium au complet » m'annonce-t-on j'évite le moindre commentaire sur l'existence d'une quelconque Madame Utonium de toute évidence, ce n'est pas pour sa banalité que l'on retient cette famille.

-Alors quand j'ai vu que vous ne vous réveilliez pas, j'ai un peu paniqué...

-Raison de plus pour le balancer dans un hôpital, s'exclame Rebelle en haussant des épaules. Sympathique, la petite.

-... et je vous ai ramené ici, complète la rouquine, ignorant royalement sa sœur.

Droit comme un I sur ma chaise, j'observe Bulle, toute vêtue de bleu, flottée au-dessus de sa chaise, les jambes croisés. Quand elle ne parle pas, j'ai vraiment l'impression que cette gamine essaie de m'allumer mais dès qu'elle ouvre la bouche, ma parole, elle est d'une naïveté telle que je ne pensais même pas que ça existait encore à 16 ans.

-Alors... que faites-vous dans la vie, monsieur Spicer ?

Un peu trop formel pour moi le ''monsieur Spicer''. Peu importe. J'explique au Professeur rentrer prochainement à l'université de Townsville. Le cuistot lâche sa spatule en entendant ça, et s'immobilise.

-Raaah... encore un intello, râle Rebelle de cette voix étonnamment grave pour une adolescente.

-Rebelle, ce n'est pas gentil ! Réplique Bulle de cette voix étonnamment trop aiguë pour une adolescente.

-Dans quelle faculté ?

Je hausse un sourcil, un peu inquiet par la froideur de la question du professeur, et tourne un regard plein d'interrogation vers Belle. L'adolescente, la tête reposant sur ses bras croisés sur la table, m'adresse un regard que je traduis aisément par « l'orage arrive. ». Bordel, et quel orage !

Je passe mon repas du soir à répondre aux questions d'Utonium et à ruser pour pouvoir avaler un morceau entre deux réponses. Il s'avère que dès la rentrée, je vais passer une partie de mes journées sur les bancs de l'université face à Utonium et non content de m'apprendre cette ô-combien incroyable nouvelle, voilà que monsieur s'est lancé dans un milliard de théories à la fois. Ce qu'il me raconte m'éclate, et c'est bien parce que j'ai la dalle que je me bats pour avaler un morceau. Pourtant, parfois, je perds le fil, l'espace d'une secondes, quand mon regard croise deux grands yeux roses. Alors je prends une grande inspiration, et je replonge dans le flot de paroles d'Utonium, dans l'espoir de trouver une perche où m'accrocher pour ne pas me noyer.

Le repas fini, Utonium se propose de me ramener en voiture, refusant à ses filles de me déposer en volant, prétextant l'heure tardive. Je ne peux m'empêcher de me dire qu'autant en cas d'attaque d'Alien, je ne me ferais pas de soucis avec une des triplettes, autant même contre un voleur armé d'une banane, le Professeur ne me serait pas d'un grand soutien. A la limite, ce type est suffisamment carré d'épaules pour servir de bouclier humain. Idée à creuser.

Je récupère mes bottes et mon sac à dos dans l'entrée. Si Bulle et Rebelle m'ont déjà souhaité un bon retour et ont disparu je-ne-sais-où, Belle en revanche reste juste à côté de moi, en flottant. A m'observer en silence. Je lève un sourcil et me retourne vers elle, son visage en face du mien – c'est quand une personne fait la même taille que vous en volant que vous réalisez à quel point cette personne est petite.

-Hum... bonne soirée ?

Belle détourne le regard. Bon, pas bonne soirée alors ?

-Vous avez dit quelque chose, avant de vous évanouir...

Ah, ça !

-Non, non ce n'est pas important !

Je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche que Pinkeye disparaît de mon champ de vision. Je soupire sans trop savoir pourquoi, et sort rejoindre le Professeur dans sa voiture.

Tout au long du trajet, ce dernier n'a de cesse de me questionner sur mes héli-bots ou d'autres de mes créations amochés dans mon sac à dos. Je lui réponds machinalement, regardant les lumières de la ville défilée sous mes yeux – c'est la nuit bon sang, et je ne suis pas encore seul que déjà je ressens de la mélancolie.

C'est assez idiot en fait, mais la cervelle secouée par ma chute, je me suis souvenu de notre rencontre, Belle encore dans mes bras. Adolescent, du temps où je chassais les Wus pour le compte de Wuya, je me souviens être venu à Townsville. Et déjà à l'époque, elle faisait régner la loi, avec ses soeurs. Une toute petite Belle, avec une tête de citrouille, des yeux énormes, et un gros nœud rouge dans les cheveux. Alors fidèle à sa nature, même au jardin d'enfant, elle avait aidé ces nullos de moines Xiaolin mais, une fois parvenue à me maîtriser, moi, son aîné de huit ans, elle avait commis l'erreur imparable : laisser paraître la faiblesse qui m'avait permis de fuir. Alors, en guise de Punchline, je lui avais crié « On se revoit dans 10 ans, hein?! », sûr de la mettre trop mal à l'aise pour qu'elle ne parvienne à rester cohérente en me poursuivant. Et ça avait marcher.

Seulement voilà, tout cela, c'était il y a une dizaine d'années. Et me revoilà, anonyme, dans cette ville, dans la voiture du géniteur de mon ennemie naturelle. Ma tête repose contre la vitre, et dans le reflet, je remarque que mon maquillage s'est quelque peu étalé tout autour de mes yeux. Je soupire. Même avec ma tête improbable, elle ne se souvient pas de moi. Comme si j'étais un être banal parmi tant d'autres : ce devrait pourtant être une bonne nouvelle ! Mais je ne peux m'empêcher de soupirer et de répondre par monosyllabes au professeur, l'esprit dans le vague. Mon chauffeur commente ma crise de soupir aiguë en parlant de la fatigue que je dois ressentir après de tels événements. Ah, de la fatigue, ça je ne te le fais pas dire !

Enfin, nous arrivons devant mon immeuble. Utonium perd toute sa ferveur de scientifique et me souhaite une bonne soirée et un bon repos, en père de famille plus qu'en Professeur. Cet homme a un sacré dédoublement de personnalité, c'est certain.

J'entame l'ascension de l'immeuble en baillant légèrement. Bon sang, quelle journée épuisante - et pourtant à nouveau, je n'ai fait que dormir ! La bonne nouvelle néanmoins, c'est qu'il n'est que 23 heures, et que par conséquent, je vais peut-être faire une nuit complète ce soir.

A une rangée d'escalier de mon appartement, je craque mon autre épaule. Le bruit retentit dans tout l'escalier dehors, celui d'un pigeon s'éclatant contre une vitre y répond.

A peine me suis-je faufilé dans l'appartement que je me précipite vers ma douche et laisse l'eau chaude me couler dessus. Ah, mon dos ! ce que c'est agréable ! Bien que je n'ai aucun dommage, mon corps est quelque peu endolori je suis en droit de m'octroyer un peu de tranquillité.

Mais ma tranquillité finit par tourner à la douche froide, de crainte d'être à nouveau importuner en pleine joie par Wuya. Après avoir poussé quelques cris de sopranos bien perchés, je regarde mes propres mains et hausse un sourcil. Cela fait des mois que la voix de Wuya ne s'est plus fait entendre dans mon crâne d'où diable me vient cette crainte ? Et crainte de quoi, au fond ?

La serviette nouée autour de la taille, je me dirige vers mon ordinateur : cette douche froide a bien fini de me réveiller, et le courant d'air frais qui se glisse par la fenêtre ouverte de la chambre entretient par ailleurs cet éveil. A moi les épisodes des Looney Tunes, jusqu'à ce que le sommeil l'emporte.

Mais la serviette, mal-nouée, glisse malencontreusement au sol. Je jure un bon coup avant de me retourner pour la ramasser. J'étais loin de me douter qu'en me retournant, tenant le linge entre mes mains, je verrais à la fenêtre, de mon appartement au 5ème étage n'est-ce pas, une rouquine aux yeux écarquillés.

Je reste paralysé un instant, puis tombe au sol, la serviette protégeant fort heureusement le plus compromettant à voir pour Belle à l'heure actuelle. Je ne peux m'empêcher de hurler à la vue de la fille, la pointant de la main gauche, tandis que le bras droit s'empresse de cacher mes tétons. Mon voisin du dessous me hurle de faire moins de bruit quand je prends mon pied, tandis que l'index accusateur tremblant, je piaille :

-Mais qu'est-ce que tu fais là, toi !

-Je veux savoir où est-ce que je vous ai déjà vu, me répond Belle, tremblant de gêne, le teint cramoisi.

Eh bien, on peut dire que pour quelqu'un qui croyait ne pas me connaître ni d'Ève, ni d'Adam, elle aura au moins rectifié le tir pour Adam.

-Je... Je vous jure que je n'ai rien vu !

J'ai envie de lui répondre « Et mon cul c'est du poulet ? » mais étant donné qu'elle a très certainement déjà pu le vérifier, je porte ma main sur mon visage pour tenter de cacher ma gêne et lui fait signe de la main droite de rentrer.

-Laisse-moi juste enfiler un caleçon et je suis tout à toi.

Je suppose que c'est typiquement ce genre de phrase qui va me faire rentrer dans le club merveilleux des pedobears.