Chapitre 5

En deux semaines, je fus cambriolée, plutôt saccagée car rien n'avait disparu, les pneus de ma voiture furent crevés trois fois et Hyde me donna un avertissement suite à mes retards à cause de ces incidents. J'eus la conviction qu'il était dans le coup, il n'était pas du tout compréhensif et et s'amusait de mes malheurs. Le message était clair : je devais arrêter d'embêter la famille Grey.

J'avais hésité à demander à Ray de m'aider, je ne voulais pas l'inquiéter, ça n'était que de l'intimidation. Je profitai d'un weekend cependant pour le laisser enfin me convaincre de reprendre mon arme avec moi, un Glock 40S&W, je l'avais laissé chez lui quand j'étais allée à l'université. Encouragé par ma résignation, il me donna des nouvelles canettes de spray lacrymogène, une batte de base ball et il m'entraina le dimanche matin, renonçant à sa partie de pêche. Il me trouva en forme et bien préparé, rassuré, il me laissa repartir le soir à Seattle sans son habituel sermon.

J'étais allée deux fois chez les Grey mais le portail était resté fermé. Alors je fis une requête au juge pour enfants, sachant que cela prendrait des mois à ce que je puisse avoir légalement le droit d'obliger Christian Grey à répondre à mes questions.

Christian ne quittait pas mes pensées, je lui consacrais beaucoup de temps en cherchant des cas similaires, recoupant des détails mais il restait « une inconnue », un élément essentiel de sa vie que personne ne semblait connaître. Ni ses professeurs, ni ses camarades de classe, ni Mia, qui promit de ne rien dire à ses parents. Je ne pouvais pas croire qu'ayant grandi dans une famille aimante (je mettais de côté les relations tendues que j'avais avec ses parents) Christian n'avait pas réussi à s'intégrer. Sa phase de rébéllion au collège était normale et si seulement son dossier n'avait pas été « classé », il aurait pu être aidé plus tôt. Il avait été loin dans ses retranchements, il avait perdu l'envie de s'intégrer alors, rien d'exceptionnel au vu de son passé. Il avait été convaincu de ne pas en valoir la peine et avait commencé un cycle d'auto-destruction mais avec l'espoir inavoué d'être encore plus aimé des siens. Mia avait dit que l'été de ses quinze ans, Christian avait vite changé, ça avait été radical. Sa famille, soulagée de ce retour à la raison, n'avait pas cherché à comprendre pourquoi Christian s'était enfin assagi. Je ne pouvais tout simplement pas croire que lui seul s'était construit cette attitude. Il avait été « entrainé » par une autre personne et ça n'était pas par ses parents.

On me confia d'autres dossiers ce qui m'occupa à peine et comprenant mon désir de travailler au maximum, mes collègues ne donnèrent quelques uns de leurs dossiers à problèmes. Claire m'aida beaucoup à comprendre comment le système fonctionnait, ça n'avait pas grand chose à voir avec ce que j'avais appris. Je me fis un ami et une aide précieuse en la personne de Dr John Flynn, un psychologue bénévole anglais qui venait d'arriver à Seattle après son mariage avec une Américaine.

Mon travail était exemplaire, mes collègues ne me considéraient plus comme une novice au bout de trois mois. Même Hyde dut bien reconnaître que j'avais vite appris et que mes rapports étaient précis et toujours complets. Il changea d'attitude envers moi, ce qui agaça Elizabeth Morgan. J'étais déçue et désarmée face à des comportements si peu professionnelles mais j'étais encore à faire mes preuves.

Début mai, j'eus enfin le feu vert du juge et je reçus le lendemain un appel de Carrick Grey.

« Mademoiselle Steele, nous ne comprenons pas pourquoi vous vous obstinez. »

« Vous ne pouvez pas échapper à la loi. » pris-je plaisir à lui rétorquer.

« Vous devez savoir que Christian a très mal réagi à votre dernière intervention. »

« Pourquoi a-t-il peur qu'on le retire de votre famille ? » éludai-je.

« Il vous a dit ça ? »

« Votre fils cache quelque chose. »

« Oui, ses blessures ! C'est un jeune homme qui a beaucoup souffert, comme vous le savez. Il est très réservé et n'accorde pas sa confiance facilement. »

« Pourquoi sa sœur est la seule à pouvoir le toucher ? »

« Mais comment... »

« , je vous propose de fixer maintenant une date pour la prochaine visite. » le coupai-je, conciliante.

Il soupira, dépité.

« Bien, je suppose que vendredi après-midi devrait faire l'affaire. Il est de meilleure humeur le vendredi. »

« Pourquoi ? »

« Il va ensuite chez ses amis, il y passe presque tous ses weekends. »

« A vendredi. »

Carrick Grey m'avait semblé moins obstiné que sa femme, comme si lui aussi pensait que Christian avait besoin d'aide. Il était normal que les parents adoptifs s'inquiètent, leur enfant n'avait pas été ait un orphelin comme les autres.