THE LAST OF US : BELIEVE IN
Chapitre VI: Le survivant
La nuit gagnait du terrain, elle dévorait, engloutissait la ville autour du petit garçon.
«Maman ?...»
Aucune réponse. Même le murmure de son écho fut étouffé dans la pénombre. Encore un rêve ? Le petit cligna des yeux difficilement, mort de froid. La journée, le soleil dorait sa peau sans le brûler, éclairant le ciel et l'horizon. Le petit préférait le jour parce qu'il pouvait rêvasser au soleil, à écouter les gens parler autour de lui. Mais dès la nuit tombée, le couvre-feu chassait les hommes et leurs ombres soudain menaçantes mordaient le paysage. L'enfant essaya de regarder autour de lui mais n'y parvint pas, la force lui manquait. Il ne sentait même pas son corps trembler de tous ses membres, il ne savait même pas ce qui lui faisait plus mal, la peur, la faim ou le froid. Il ne sentait plus le bout de ses pieds, mais ses mains lui faisaient encore terriblement mal. Il les leva, tremblant, et souffla dessus pour les réchauffer. Mais même son souffle n'avait plus assez de force. Il leva les yeux.
Entre ses doigts, il vit une ombre l'approcher. Il eut peur un instant qu'il s'agisse d'un militaire et se leva précipitamment. Mais ses jambes faibles et engourdies cédèrent sous lui et il tomba sur ses mains endolories par le froid. Le petit gémit et tenta de se relever. Depuis quand n'avait-il pas mangé ? Il s'était levé trop vite, il avait envie de vomir alors qu'il n'avait rien dans le ventre. Il avait les yeux ouverts mais un instant, il ne vit plus et n'entendit plus rien. Il crut qu'il allait s'évanouir. L'ombre arrivait derrière lui.
Ses pas résonnaient sur le pavé... Elle arrivait...
«Hey, petit...»
Le garçon sentit les larmes lui monter aux yeux: il ne parvenait plus à se lever. Un homme se pencha vers lui et l'aida à se relever. L'inconnu se contenta de lui tenir l'épaule et chercha son regard. L'enfant avait des cheveux bruns un peu trop long et crasseux qui lui tombaient sur les yeux, et son visage était poussiéreux.
«Je m'appelle Percy.» fit l'homme en souriant.
Le garçon tenta de voir ce visage dans le noir mais il ne parvenait pas à garder les yeux ouverts.
«Comment tu t'appelles ?»
«...»
«Tu as faim ?»
Le petit redressa la tête en entendant l'homme fouiller dans ses poches et il le vit sortir un gâteau sec.
«Tiens.»
L'enfant se jeta sur la nourriture et mordit dedans à pleines dents. L'homme lui sourit tendrement et enleva son manteau pour le lui mettre.
«Tu as quel âge ?» demanda l'homme.
«... J'ai oublié...»
L'homme sembla triste un instant mais finit par sourire à nouveau. Il ébouriffa affectueusement les cheveux du petit et reprit d'une voix douce:
«Tu ne devrais pas rester dehors après le couvre-feu. Où sont tes parents ?»
Encore une fois, l'enfant ne dit rien. Et comme il avait fini le gâteau, il se contenta de s'emmitoufler dans le manteau de l'inconnu. Ce dernier soupira et se releva avant de sa pencher vers le garçon:
«Allez viens.»
Il lui tendit la main, et après quelques secondes d'hésitation, l'enfant la saisit.
«Caleb !»
Le brun se redressa brusquement, balayant son regard embrumé autour de lui. Il finit par voir Jude, qui le regardait d'un air inquiet.
«Tu vas bien ?»
«Oui... Pourquoi ?» demanda le Titan sans comprendre.
«Tu as gémis plusieurs fois en dormant... Comme si tu avais mal.»
Caleb plongea ses iris d'acier dans le regard du châtain et se frotta les yeux pour se réveiller. Il replia ses jambes et se rendit compte que son ami avait mit son manteau sur lui pour lui tenir chaud. Il prit la veste et la regarda un instant. Jude s'était relevé et semblait près à partir. La porte de la réserve était grande ouverte et la lumière du jour entrait à l'intérieur.
«J'ai dormi combien de temps ?» demanda le chef des Titans en se levant, le manteau à la main.
«Hmm, je dirai facilement 4h.»
«J'ai pas pris mon tour de garde.»
«C'est bon, c'est moi qui l'ai pris.» dit David en rentrant.
Voyant que le brun ne savait pas quoi répondre, il lança d'un air agacé:
«On va pas coucher ici non ? Bouge-toi !»
Le concerné réagit enfin et sortit du cagibi. Le soleil levant éclairait le bureau par les fenêtres, faisant verdoyer la nature qui avait pris racine sur les murs et les sols du bâtiment. On sentait le printemps à plein nez. Le chasseur au cache oeil passa devant lui et se dirigea vers le passage à droite de la petite réserve. Le brun s'engagea à sa suite, suivi de près par le chef des Gardiens. Ils se retrouvèrent sur une sorte de terrasse donnant sur l'extérieur puisque le building avait une de ses faces à moitié arrachée. Le passage menait sur le toit du bâtiment adjacent. Jude se pencha sur le sol pour saisir une planche en bois et faire passer ses amis dessus. Il se dirigea vers le bord du building brisé et plaça la planche.
«Vas-y David. Mais sois prudent.» fit le châtain à son second.
Ce dernier hocha la tête et monta sur la planche avant de traverser précautionneusement. Il arriva de l'autre côté et sauta à terre sur le toit avant de vérifier que la zone était safe.
«Allez-y !» lança-t-il en constatant que les lieux étaient déserts.
Jude fit signe à son ami de passer devant, ce qu'il fit. Il grimpa sur la planche et un pas après l'autre, il parvint de l'autre côté. La dernière traversée ne fut pas longue et les trois jeunes homme se tournèrent vers le Capitole. Son dôme doré se dessinait à l'horizon, ses contours embrasés par le soleil. Quelques heures de marche et le monde serait sauvé. Caleb eut un sourire en coin.
«Allonz-y.» lança Jude en faisant signe à ses camarades de le suivre.
Lucioles, nous voilà.
«C'est pas vrai...»
Caleb n'en crut pas ses yeux.
«Qu'est ce qui s'est passé ici ?» lâcha le gardien aux yeux rouges, incapable de croire à ce qu'il voyait.
Le lieutenant se baissa pour ramasser un fusil d'assaut qui traînait au sol. Il l'examina avant de le jeter en soupirant. Il fit quelques pas dans le grand hall et se pencha sur un des nombreux corps qui jonchaient le carrelage marbré. Caleb s'approcha aussi et regarda au dessus de son épaule : le corps était criblé de balles, à terre comme s'il était mort avant même d'avoir finis de tomber.
«On dirait qu'on s'est fait devancer...» marmonna le jeune homme au cache oeil en se redressant.
«Chut !...» ordonna soudain son chef.
Les deux chasseurs firent silence tandis que le châtain tendait l'oreille. David regarda autour de lui comme s'il n'entendait rien et le Titan fixait son ami se diriger vers une série de coffres en métal de la taille d'un homme en hauteur. La plupart de ces coffres étaient renversés, comme si il y avait eut un affrontement ici et que les Lucioles avaient eut besoin de se planquer pour tirer. C'était d'ailleurs probablement ce qu'il s'était passé.
«Il y a quelqu'un.» dit juste Jude en sortant son arme.
David eut la même réaction et fixa alternativement la cachette et Caleb, méfiant. Le brun devina qu'il le soupçonnait d'avoir élaboré un assassinat contre son chef adoré et leva les yeux au ciel. Il reporta son attention sur le meneur du groupe et fronça les sourcils en le voyant baisser son arme et se précipiter derrière le coffre.
«Merde !» s'exclama-t-il.
David accourut vers son supérieur et Caleb le suivit. Derrière le coffre gisait le corps immobile d'une Luciole. Enfin non, à bien y regarder, pas si immobile que ça. Caleb se pencha vers le blessé et observa le chef des Gardiens déchirer sa chemise ensanglantée. Pourquoi celui-là n'avait-il pas de gilet pare-balle, comme tous les autres ? Il avait pourtant bien un médaillon des Lucioles à son cou, avec son nom et son numéro de matricule gravés dans la plaque. Le rescapé semblait pourtant bien mal en point: deux balles avaient transpercé son flanc gauche, et, inconscient, il perdait beaucoup de sang.
«Il faut arrêter le saignement. David, on a un kit de bandage dans mon sac.»
Le second obéit à l'ordre implicite de son meneur et prit la petite boîte de soin dans son sac. Il l'ouvrit tandis que Jude allongeait le jeune homme et dégageait sa blessure. Le chasseur aux cheveux clairs lui tendit une serviette, qu'il pressa contre les perforations. Heureusement que les deux balles étaient ressorties, les retirer aurait été bien au dessus de ses compétences. Caleb laissa le soin à ses compagnons et se redressa pour fixer le reste de la salle. Le Capitole n'avait pas échappé à la jungle, mais l'intérieur du bâtiment n'était pas aussi délabré que dans d'autres. Il fit quelques pas et se pencha vers les armes des Lucioles tombées au combat. La plupart avaient vidé leur chargeur sur l'ennemi, mais certaines étaient encore pleines. Il sortit son 9mm, pistolet de base, si on pouvait dire, et le chargea des munitions des Lucioles qui n'en avaient plus besoin. Il mit aussi la main sur un revolver une arme assez puissante mais qui ne pouvait contenir que six balles maximum et n'en contenaient à l'instant que trois. Caleb haussa les épaules; il trouverait sans doute des munitions sur les cadavres à venir, le revolver restait un flingue assez courant.
«Tu le connais ?» entendit-il.
C'est David qui avait parlé. Le brun rangea sa trouvaille dans son sac et s'approcha des Gardiens, curieux.
«Il s'appelle Nathan Swift... Je l'ai rencontré il y a trois ans à un congrès des Lucioles. On se voyait pas en dehors de ces debriefings mais je vous jure que c'était quelqu'un de bien.»
«Si c'est quelqu'un de bien, qu'est ce qu'il fait chez les Lucioles ?» demanda Caleb, narquois.
Les deux autres levèrent la tête vers lui, l'un agacé, l'autre très sérieux.
«Il n'était pas spécialement pour les Lucioles. Mais une chose est sûre, il n'est pas non plus pour l'armée. Les Lucioles lui ont offert de suivre des études de médecine dans une académie clandestine leur appartenant. Donc forcément, il a finit par travailler pour elles.»
«Tu veux dire qu'il est doc chez les Lucioles ?»
Caleb et Jude se fixèrent soudain, entendus. Si l'escouade avait envoyé un médecin, c'est qu'ils avaient vraiment l'intention de se battre. Dean avait dit qu'elles étaient là pour provoquer les militos. Ceux-là avaient dû finir par trouver leur campement, au Capitole, et les avaient attaqués par surprise. Et à en voir l'état de ce fameux Nathan, la bataille avait eut lieu dans la nuit.
La même nuit où ils s'étaient enfuis.
Ce qui voulait dire que l'armée avait déjà la fameuse autorisation du gouvernement à dépasser leurs frontières de surveillances. Et que si elle les cherchait encore -ce qui était sûrement le cas étant donné qu'ils avaient tué deux patrouilleurs-, elle ne tarderait pas à revenir. David, qui n'avait pas suivi leur raisonnement silencieux allait demandé ce qui se passait lorsqu'il s'interrompit. Un crissement de pneu.
Merde, merde... Ils étaient déjà là. Heureusement pour eux, ils étaient tous les trois cachés derrière le coffre pour l'instant. Caleb osa un coup d'oeil vers l'extérieur et vit un pick up de l'armée. Une petite dizaine d'hommes tournaient aux alentours pour sécuriser la zone, tandis que quelques uns étaient sur le point d'entrer dans le hall. Jude se tourna vers son second et, avec le calme qui le définissait, il lui dit:
«David, on va détourner leur attention. Ils sont un peu moins de dix. Il en restera sans doute un ou deux qui resteront surveiller le hall. Tu n'auras qu'à les descendre. Ensuite, prends le pick up avec Nathan pour rentrer aux alentours de la ZQ. Il faut que tu te débrouilles pour rentrer au camp avec Nathan.»
«Pas de problème, chef, j'y arriverai.»
«N'oublie pas de déconnecter le radar GPS... Sinon ils te localiseront.»
«Je sais faire, t'en fais pas.»
Il y eut un silence durant lequel Caleb entendit des pas dans l'entrée du bâtiment d'Etat. Le châtain lui désigna du regard une petite sortie de l'autre côté du hall et le brun hocha la tête. Il fallait éloigner les militos de David, le plus loin possible. Après, ils verraient pour la destination.
«Sois prudent.» murmura Jude à son lieutenant, l'inquiétude brillant dans le fond de son oeil.
«Aie confiance en moi.» sourit le concerné.
Puis il plongea ses yeux dans le regard si particulier de son chef, comme s'il attendait quelque chose de plus. Mais voyant que le meneur ne réagissait pas, David baissa le regard. Caleb sentit un peu de compassion pour le jeune homme au cache oeil: lui-même était bien placé pour savoir que Jude avait du mal à reconnaître les situations impliquant quelque chose de plus... Finalement, le bras droit se contenta de sourire tristement et de murmurer:
«Reviens vite...»
Jude lui sourit en retour et posa sa main sur son épaule en signe de courage avant de se redresser vers le brun.
«Près Caleb ?»
«Tu sais pas à qui tu parles.»
Et d'un même mouvement ils s'élancèrent. Jude tira trois balles sur le soldat qui inspectait l'entrée, et bientôt, les autres se précipitèrent vers la source des coups de feu.
«Ils sont là !»
«Ne les laissez pas s'enfuir !» s'écria une voix féminine.
«Oui Colonel !»
Les deux chasseurs attendirent que les soldats les aient vus pour détaler par la sortie de secours. Les soldats couraient derrière eux et ce fut Caleb cette fois qui réussit à blesser deux soldats à la jambe avec son arme à feu. Ils étaient désormais à l'extérieur à nouveau.
«Par ici !» lança Jude en montrant une petite bute herbeuse.
Puis il se tourna brusquement et cribla de balles un troisième militaire, qui s'écroula. Une fois la petite colline atteinte, ils seraient hors de la vue des deux soldats qui surveillaient encore le pick up. Ils se précipitèrent derrière un rocher et attendirent de voir passer un quatrième type pour le prendre à revers et lui coller une balle dans la tête. Les deux hommes qui patrouillaient autour du pick up les aperçurent dans les hauteurs qui menaient à la bute, et leur tirèrent dessus avec leurs mitraillettes. Caleb, qui savait que ça ne servait à rien de jouer au sniper avec un 9mm alors qu'ils se faisaient canarder, attrapa le fusil d'assaut chargé de celui qu'il avait tué. Il attendit un instant que les tirs se calment et sortit des rochers pour tirer sur les soldats. Il les atteignit tous les deux et ils s'écroulèrent.
«On les a tous eu ?» demanda Caleb, essoufflé.
Le silence aux alentours leur fit penser que oui lorsqu'un craquement de brindille attira leur attention.
«Merde... Cours !»
Mais c'était trop tard, le canon d'un fusil d'assaut dépassa des hautes herbes et les visa froidement tandis que son propriétaire sortait de la végétation, agile. Les chasseurs mirent leurs mains en l'air et fixèrent le visage du soldat qui avait triomphé d'eux. Et Jude resta sans voix.
Ces yeux... Et ces traits de visage, il les connaissait bien, il les connaissait même par coeur. Son excellent maintien du fusil d'assaut, ses mouvements précis.
«Célia...» murmura-t-il d'effroi.
La jeune militaire ne baissa pas pour autant sa garde, implacable.
«Ne m'oblige pas à tirer Jude... Rends-toi.»
Sa voix avait changé. Le chef des Gardiens n'avait plus vu sa soeur depuis si longtemps qu'il avait presque oublié son odeur. A cet instant, il voulait juste la prendre dans ses bras, constater à quel point elle avait grandi, la regarder dans les yeux et lui dire qu'elle n'avait jamais cessé de lui manquer. Mais il vit dans les yeux froids de la brune que tout ça n'était que du passé, que sa soeur ne l'était plus vraiment. Jude déglutit, amer.
«Je ne peux pas.» fit-il résoluement.
Et alors qu'il voyait sa fin venir, il remarqua le doigt tremblant de Célia sur sa détente, et une lueur d'hésitation passer dans ses yeux. Le châtain baissa ses mains et Célia baissa peu à peu son fusil.
«Célia... Je t'aime.» dit Jude simplement, sans chaleur dans sa voix. «Mais...»
En bas, le pick up démarra en trombe et rugit en s'élançant dans les décombres de la ville. Célia resta un instant à regarder son véhicule s'éloigner, sans comprendre.
«Tu ne m'empêcheras pas de partir.»
La déclaration de Jude avait comme un goût de déjà vu. La jeune femme remonta sa garde, mais on voyait dans son regard que la conviction n'y était plus. Son frère lui lança un dernier regard mélancolique, avant de s'élancer à son tour dans les hautes herbes, Caleb à sa suite, et y disparaître. Elle resta quelques secondes à viser le sillon que les chasseurs avaient laissé dans l'herbe, les yeux dans le vide.
«Jude...» murmura-t-elle pour elle même.
A ce nom, elle jeta rageusement son fusil par terre. Pourquoi son frère ne faisait-il jamais les bons choix ?
A cet instant, jamais la jeune femme ne pensa pas que c'est peut-être elle qui avait tort, elle qui n'avait pas tout à fait compris le sens des bonnes décisions. Mais la justice... C'était tellement subjectif.
Et voilà ! J'espère que le chapitre 6 vous aura plu ! Avec la fin de l'année qui approche, je suis débordée, alors il arrive que je soit en retard dans mes publications. Mais je suis toujours là :D Le chapitre 7 repassera en mode dix ans plus tôt, et ceux qui suivront risquent de devenir intéressants...
J'espère que vous avez aimé :)
Bisooous, et à mardi !
