Chapitre 7
Christian Grey n'avait pas pu développer une telle carrure en passant ses weekends devant un ordinateur, le sport était souvent un bon moyen pour se sortir de problèmes. Pour autant, je doutais que l'adolescent fut intéressé par le baseball ou le football américain. Je me garai au bout de l'allée et dissimulai ma voiture derrière des buissons. Ma vieille Beetle en avait vu d'autres.
Moins de dix minutes après mon départ de la demeure des Grey, Christian partit à bord d'une Audi grise. Je le suivis à bonne distance, les enseignements de Ray m'étaient une fois encore profitables. Il roula, bien trop vite, à peine cinq minutes, il se rendit dans un autre quartier huppé de Bellevue devant une grande maison moderne. Je le dépassai sur ralentir, je m'arrêtai à cent mètres quand il pénétra dans l'enceinte. Je pris mon téléphone que je pris soin de mettre sur silencieux, ignorai mon arme. J'avisai la clôture et me hissai au-dessus, dans un coin reculé du grand jardin. La maison était vaste et entretenue, rien d'alarmant de prime abord.
Je m'allongeai dans l'herbe et rampai vers le mur de la maison, que je longeai rapidement. Je remarquai qu'il devait avoir un sous-sol assez grand puisque qu'il y avait une grosse bouche d'évacuation d'air. Je m'arrêtai derrière un haut bosquet de roses et pus observer le devant de la demeure.
Christian était encore dans sa voiture, le moteur toujours en route. Une femme sortit sur le perron, du genre la quarantaine refaite, tailleur chic et sobre, les lèvres rouge vif. Était-elle la mère d'un ami de l'adolescent ? Elle lui fit signe de le rejoindre, il s'exécuta avec empressement. Je fus étonnée de le voir si bouleversé. Un instant je crus qu'il allait se réfugier dans ses bras, comme si elle était telle un mère et qu'elle le consolerait. Je fus choquée quand la femme ne le prit pas dans ses bras mais lui administra une gifle monumentale. Il tomba à genoux devant elle et toujours en silence, courba l'échine. Je ne comprenais rien à ce qu'il se passait, ça n'était pas normal, pas du tout.
Christian fut autorisé à entrer et la femme eut un sourire purement diabolique. Une fois la porte fermée, je me précipitai derrière pour tenter de les entendre.
« Tu sais que ça n'est pas prudent. » lui cria-t-elle.
Le bruit d'une autre gifle retentit, je dus serrer les dents pour ne pas hurler et forcer la porte.
Seule, je ne pouvais pas agir, pourtant je crevais de rage et d'envie de défoncer cette porte et de récupérer Christian, de le sortir des griffes de cette femme.
« Ma mère m'a dit qu'elle allait faire virer cette femme. » répliqua Christian.
« Elle est revenue ? »
« Non. » mentit-il.
Il parlait de moi, ma venue devait être secrète sinon il n'aurait donc pas pu venir rejoindre cette femme.
« Tu sais quoi faire Christian. »
« Oui maitresse. »
« Je pense qu'il va me falloir l'aide de Véronica pour te punir. Tu as failli nous faire découvrir ! »
« Pitié maitresse, pas elle ! »
Qu'avait-elle donc fait de ce garçon arrogant et sûr de lui ?
« Soit. Mais dès que tu partiras à Harvard, je trouverai un autre soumis. Tu me causes trop de soucis. » ajouta-t-elle, faussement peinée.
« Maitresse. »
« Ne t'inquiète pas, j'ai de grands projets pour toi, n'oublie pas. »
Je ne les entendis plus aussi j'ouvris doucement la porte et me baissai. Une seconde plus tard, j'étais accroupie dans l'entrée, la maison était plongée dans le silence. Où étaient-ils donc allés ? Je ne pouvais pas prendre le risque de fouiller la maison mais du peu que j'en vis, je me sentis en danger.
Je sortis de la maison et rejoignis ma voiture pour y prendre mon arme. J'appelai ensuite Luke, ravalant mes larmes et mes cris.
« Ana ? »
« Luke, tu dois me rejoindre au 141 Freeroad, Bellevue. Un de mes cas est je crois en train d'être violé. »
Il comprit aussitôt qu'il y avait un danger, ma voix était déformée par la colère et la peur.
« N'entre surtout pas. » me prévint-il.
Je connaissais la procédure, je l'avais étudié mais comment rester les bras croisés alors que Christian était en train d'être abusé ? Je ne le pouvais pas.
« Luke, je t'en supplie fais vite ! »
« Je t'envoie un de mes gars, Taylor, il sera là dans cinq minutes. Ne raccroche pas et dis-moi tout. »
Je lui décrivis ce que j'avais vu et entendu, il m'apprit ensuite que la maison appartenait à M. et Mme Lincoln. Leur casier judiciaire était vierge, rien à signaler.
« Tu es sûre de ton coup ? » me demanda-t-il après.
« Cent pour cent. » chuchotai-je.
Il ne savait pas que j'étais retournée devant la maison, j'y entrai puisqu'elle n'était pas fermée à clé. Mon sang se glaça quand j'entendis un cri inhumain, un cri de souffrance extrême.
Mon dieu faites que je n'arrive pas trop tard !
Je dégainai mon arme, peu m'importait la loi, si elle était en train de lui faire ce que je craignais, je voulais la tuer sur place, sans autre forme de procès. Je raccrochai d'avec Luke qui venait de comprendre ce que j'étais en train de faire.
Le silence retomba et je tournai en rond, tentant de localiser Christian. Une voiture approcha, c'était sans doute Taylor. Je trouvai le bouton dans l'entrée pour ouvrir le portail, il nous fallait agir en silence pour surprendre ce monstre. Elle serait au pire arrêtée, au mieux tuée.
Un nouveau cri me permit de comprendre où se trouvaient le bourreau et sa victime, au sous-sol. Sauf que je n'avais trouvé aucune porte encore. Je retournai dans l'entrée et enfin aperçus une porte de placard mal fermée, ce qui expliquait pourquoi ils s'étaient éclipsés si vite.
Pourquoi Christian ? Pourquoi lui ? Comment avait-il pu tomber dans ce piège sans que personne ne s'aperçoive de rien !
Je savais que je devais attendre les renforts et ce qui ne fut qu'une minute ou deux, me parut durer une éternité. Enfin Taylor arriva, il me fit signe de me pousser et de sortir, c'était mal me connaître.
Malheureusement, les suppliques de Christian ne s'étaient plus tues, il était comme à l'agonie. Nous descendîmes un escalier puis débouchèrent sur une petite pièce encombrées de cartons. Une autre porte était censée être dissimulée, Taylor dégaina et l'enfonça.
Encore merci, je ne vous tiendrais pas trop longtemps en haleine ;-)
