Chapitre 9

Comme une automate, je me mis au volant et retournai chez les Grey. Ils n'étaient pas encore prévenus car dans ce genre de cas, la police retardait la confrontation en attente d'un témoignage de la victime. Christian ne dirait rien, j'en étais certaine. Il avait eu peur que je découvre son secret, il avait peur que sa famille le rejette. Ce monstre lui avait lavé le cerveau.

Mme Grey me refusa l'accès aussi je téléphonai à son mari.

« Que voulez-vous encore ? » demanda-t-il en tentant de rester malgré tout poli.

« Vous apporter des nouvelles de votre fils. »

« Il est chez son ami, Blake. »

« Votre fils est à l'hôpital. » lâchai-je.

Le portail se déverrouilla instantanément, les Grey sortirent à ma rencontre, je devinais leur inquiétude. Je ne pouvais m'en réjouir, pour autant je ne pouvais pas non plus m'empêcher de les accuser.

« Où est Christian ?! » m'aborda Mme Grey.

« Il a été conduit à l'hôpital. » répétai-je.

« Pourquoi ? Comment va-t-il ? Que lui est-il arrivé ? »

« Madame, entrons. »

Ils ne me posèrent plus de questions, je pénétrai chez eux sans attendre d'y être conviée puis je les fis s'assoir dans la salle à manger. Il était temps qu'ils sachent la vérité.

« Votre fils s'est rendu directement chez les Lincoln cet après-midi. » leur appris-je.

« Mais pourquoi ? » s'étonna Monsieur Grey sans trouver cela alarmant.

« Vous les connaissez ? » compris-je.

Je sentais ma rage déferler en moi, ne demandant qu'à s'exprimer avec violence. Ce monstre avait-il eu l'accord des parents de Christian ?!

« Elena est une de mes meilleures amies ! me répliqua sèchement Grace Grey. Je ne vois pas où est le problème. Elle a souvent aidé Christian et... »

« Cet après-midi, elle l'a été torturé et violé ! » m'écriai-je, plus du tout capable de garder mon sang-froid.

Cette femme, Grace Grey, un pédiatre, avait quasiment livré son fils à un monstre et elle continuait de me regarder comme si je parlais une autre langue.

« C'est impossible. » lâcha-t-elle.

Carrick Grey s'était redressé, il erra quelques instants dans la salle et soudain fracassa une chaise à terre. Sa femme sursauta puis commença à sangloter tout bas.

« Christian se trouve dans un état sérieux, assénai-je avant de tempérer. Il n'est pas en danger de mort néanmoins. »

« Comment... Mon bébé... Elena... » balbutia Mme Grey.

« Lincoln a été arrêtée aussitôt, vous serez contactés par la police. »

Je me levai et commençai à quitter le salon quand elle me sauta littéralement dessus.

« Je veux voir mon bébé ! »

« Je ne sais pas où il se trouve exactement. Restez ici et attendez d'être contactés. »

Je sortis de chez eux avant de les fustiger encore, ça n'était pas l'envie qui m'en manquait. L'image de Christian attaché ne s'effacerait jamais de ma mémoire, ses cris résonnaient sans cesse dans ma tête. Mes larmes menaçaient de nouveau de couler, de rage et de souffrance. Durant mes études et mes deux stages, j'avais vu les conséquences des maltraitances, des crimes même, mais en être témoin était si différent.

Je me sentis happée et par réflexe, je me dégageai brutalement. Je me retournai et découvris Carrick Grey se frottant un instant la mâchoire.

« Vous l'avez sauvé ? » me demanda-t-il, des larmes dans la voix.

« J'ai entendu ce qu'il se passait, la procédure exige que je prévienne la police... »

« Vous l'avez sauvé... Mme Steele... Comment pourrions-nous jamais vous remercier ? Vous l'avez sauvé... »

Je n'étais pas en état de le consoler, de lui promettre que tout s'arrangerait, j'en étais sur le moment incapable. Je mis un peu plus de distance entre lui et moi mais il ne l'entendit pas de cette oreille. Je me retrouvai plaquée contre lui. Dans ses bras je me sentis en sécurité comme avec mon père Ray, c'était troublant.

« Carrick, soyez fort pour votre fils et votre femme. Il vous faudra tout reconstruire pour eux, lui soufflai-je en l'écartant légèrement de moi. Vous devez être forts. »

Nous nous étreignîmes de longues minutes, en pleurs tous les deux jusqu'à ce que Luke et Taylor arrivent. Je partis, les laissant faire leur travail.

Plus tard, dans le silence de ma Beettle, je pus enfin analyser les derniers évènements et mes émotions. Je me trouvais mesquine d'avoir annoncé moi-même la terrible nouvelle. La vérité était que j'avais voulu les voir, je n'aurais pas pu être en paix si je n'avais pas vu les Grey souhaiter que tout ceci n'était qu'un cauchemar.


Deux chapitres en une journée... Ça vous a plu? Bon je sais qu'on est loin de la romance, mais patience mes chères lectrices. Pour tout vous dire, je me sens très proche de cette Ana, même si hélas, je n'ai pas pu devenir assistante sociale. Je pense qu'on a toutes envie, à chacune notre échelle et nos possibilités, de changer les choses. Alors cette Ana, elle est comme nous ;-)

Merci de me suivre.