Coucou tout le monde ! La suite tout de suite ;p

Jude et Caleb sont arrivés sains et saufs au quartier des rescapés: ils vont pouvoir négocier avec Torch une voiture et peut-être des munitions, quoiqu'ils risquent de se perdre dans les questions personnelles... Car dans une chambre paisible, les sensations du corps de son ami contre le sien, endormi, ça rappelle des choses. Est-ce que fouiller dans le passé est une bonne idée ?

Jude Sharp : Kido Yuuto, chef des Gardiens

Caleb Stonewall : chef des Titans, immunisé

Torch (ou Claude) : rescapé de Lincoln

Gazel (Bryce) : rescapé de Lincoln


THE LAST OF US : BELIEVE IN

Chapitre XI: Le quartier

L'intérieur de la maison était plongée dans une sorte de semi-obscurité; les fenêtres qui auraient dû donner sur la rue avaient été barricadées. Le rez de chaussé avait été aménagé, les habituelles différentes pièces d'une maison ayant été transformées en chambres. Dans ce qui aurait dû être le salon, Jude vit un vieux canapé et un matelas au sol, et quelques couvertures recousues plusieurs fois. Une femme de la trentaine au moins leva les yeux vers lui, ne cessant pas pour autant de caresser les cheveux d'un enfant qui dormait sur le ventre près d'elle, sur le matelas. Le petit devait avoir quatre ou cinq ans. Jude détourna les yeux et suivit le rouquin plus loin dans la maison. Il comprit alors d'où venait ce peu lumière : ils avaient défoncé un mur. Torch s'engouffra dans le trou, suivi des deux chasseurs, et ressortit à l'air libre. Il y avait des jardins de ce côté-ci, du linge qui séchait au soleil couchant et quelques très maigres cultures de légumes racines. A en voir la qualité du sol, il ne devait pas y pousser grand-chose d'autre que des betteraves et des pommes de terre. L'herbe s'autorisait à pousser ici et là dans la terre meuble, le concert des cigales s'élevait avec légèreté vers le ciel aux couleurs chatoyantes du coucher. Un petit chemin menait dans un fossé à l'ombre, où quelques hommes aiguisaient des lames et nettoyaient les canons de leurs fusils.

«Vous êtes combien ici ?» demanda le châtain en se rapprochant un peu du rescapé.

«Depuis quelques jours... On est moins d'une trentaine.»

«Vous avez organisé un camp ?» s'étonna le brun.

«Un quartier. Pas un camp, comme vous les chasseurs. Nous on survit, on s'amuse pas à voler et provoquer les autres.» grinça Torch à l'intention du titan.

Ce dernier se tut. Pas la peine d'attirer l'attention. Le gardien inspira un grand coup. Même si c'était moche à dire au vu de la situation des rescapés de Lincoln, ce quartier semblait bien agréable. Les gens se connaissaient sans doutes très bien, depuis 35 ans passés ensemble. Les rires de quelques enfants qui se couraient après dans les jardins plus haut lui arracha un sourire tendre. Tout comme Torch, ces gamins avaient dû naître ici, et tout comme Torch, ils grandiraient en apprenant à tuer les infectés, à chasser pour le quartier et les plus braves d'entres eux seraient envoyés pour faire du commerce avec les clans alentour. Ils passèrent devant deux femmes qui discutaient en épluchant des pommes de terre et le rouquin s'arrêta pour dire:

«Est-ce que Mira est là ?»

«Où veux-tu qu'elle soit, Torch ?» se moqua gentiment la plus agée.

Le rescapé sourit et la remercia poliment avant de poursuivre sa route sur le petit sentier poussiéreux. Il arriva devant une maison et entra doucement. La lumière les devança et s'engouffra dans la pièce sombre. Toutes les fenêtres étaient fermées. Torch s'avança précautionneusement vers une masse sur un matelas et fit signe aux chasseurs de laisser la porte ouverte pour y voir plus clair.

«Mira ?»

La silhouette se tourna vers le rouquin, lentement. Ce dernier se pencha vers elle d'un geste protecteur et murmura doucement:

«Qu'est-ce que tu fais dans le noir ?»

«... Je ne sais pas...»

Jude entendit Torch soupirer calmement. Il vit ensuite son ombre dans le fond de la pièce retirer les planches en bois qui empêchait le jour d'entrer par les fenêtres. Dans la lumière dorée de fin de journée, le gardien distingua les contours d'une femme; elle semblait épuisée, et avait le regard vide. Torch se pencha à nouveau vers elle et retira de son visage ses mèches de cheveux blonds avant de lui dire tendrement:

«Il faut sortir tu sais ? Tu as mangé ce soir ?»

Le femme hocha la tête. Le roux sourit et posa ses lèvres sur son front moite. Il passa sa main sur le bras de la rescapée, comme une caresse, et la glissa sur son ventre arrondi.

«Et lui, il va bien ?» s'enquit-il en cherchant le regard perdu de la future mère.

«Oui...»

Elle retrouvait un peu de lucidité quand on parlait de son bébé.

«Mais il aimerait que son père rentre à la maison.»

Torch baissa les yeux et se contenta de murmurer:

«Prends soin de lui d'accord ? Ton mari veut que vous deux soyiez en pleine forme.»

La blonde hocha la tête et caressa elle aussi son ventre, aimante. Torch se redressa et indiqua aux chasseurs de sortir de la maison. Jude hocha docilement la tête et prit le poignet du brun pour le mener dehors. Cette pauvre femme avait perdu son mari... Il frissonna. Il n'osait pas imaginer ce qu'on ressentait lorsque le père de son enfant disparaissait. D'un enfant qu'on porte encore en soi. Ça devait être une douleur très différente de celle qu'on ressent en perdant un parent ou un ami. Cette femme avait perdu le père de son enfant. Il déglutit et croisa le regard du brun: lui aussi ressentait le drame. Il se rendit compte qu'il tenait encore le poignet de son ami et le lâcha en s'adossant au mur de la maison. Finalement, Torch sortit aussi, grave, et lança à la femme qui épluchait ses pommes de terre:

«Mira aura besoin d'aide pour le bain.»

«On s'en occupera, Torch.» fit la plus vieille.

Puis, en souriant affectueusement, elle dit:

«Merci pour ce que tu fais pour Mira. Elle ne s'en rend pas encore compte, mais elle t'ai sans doute très reconnaissante.»

«C'est normal.» répondit le rouquin en haussant les épaules.

«Claude ?»

Le rescapé releva ses yeux ambres sérieux vers la vieille femme. On ne l'appelait jamais par son prénom, on se contentait toujours de son surnom, Torch. Tout comme tout le monde appelait Gazel "Gazel" et pas Bryce.

«Quoi ?» fit Torch en tentant de cacher son chamboulement.

«Ce n'est pas de ta faute tu sais ?»

Jude regarda alternativement le flamboyant jeune homme et la dame aux pommes de terre. Sa faute ? De quoi parlaient-ils ? Il observa le roux hocher vaguement la tête, pas très convaincu par ce qu'avait dit la femme et se diriger vers eux, le regard sombre.

«Venez.» marmonna-t-il à leur niveau.

Il se dirigea vers l'arrière de la maison et grimpa sur une caisse en bois pour se hisser habilement à une fenêtre. Les deux chasseurs suivirent le mouvement et entrèrent à leur tours dans la maison par la fenêtre ouverte. Jude se redressa pour regarder tout autour de lui. Il faisait plutôt clair ici, ça devait être dû à la lucarne au plafond penché. Au centre de la pièce il vit une lampe à huile éteinte et deux matelas une place collés l'un contre l'autre. Les couvertures étaient en bazar, il y avait des armes contre le mur ou sur la table, des magazines qui traînaient un peu partout par terre. C'était bien une chambre de mec ça. Torch s'approcha d'un autre matelas rangé contre un mur pour gagner de la place, et le fit tomber à plat dans un grand nuage de poussière. Il toussota un peu et lança:

«Asseyez-vous.»

Jude et Caleb obéirent tandis que le propriétaire des lieux se laissait tomber dans son lit en soupirant.

«Alors ? Pourquoi vous êtes là ?»

«C'est difficile à expliquer.» commença le brun.

«Dis, Torch...»

L'interpellé leva son regard fauve vers le châtain. Il la sentait, la question personnelle...

«Est-ce que Gazel est le mari de Mira ?»

«Ça te regarde ?» grinça le concerné.

Jude ne répondit pas. Il soutint le regard du rescapé, qui finit par pousser un soupir grognon.

«Nan, c'était Howard, le mari de Mira. Et le père de son bébé. Tu l'as vu par toi-même tout à l'heure, Mira arrive au bout de ses neuf mois, le petit va pas tarder à arriver. Sherry, c'était une infirmière avant la pandémie, elle n'avait pas le bon matos pour l'accouchement. Il lui manquait plein de trucs...»

Il se tut un instant et ramena une ses jambes près de son torse, détendant l'autre comme pour essayer de combler un vide sur le matelas.

«Il y a un pick-up militaire là-bas, qui passait dans le coin il y a quelques semaines. Il a dû être attaqué et les soldats ont perdu le contrôle du camion: elle a fini encastrée dans un mur du gymnase, de l'autre côté de la ville. Les militaires ont toujours des kits de soins avec eux, du matériel médical stérilisé et tout... Sherry m'a demandé de l'accompagner chercher le matos. Mais... Bryce... Avait été blessé quelques jours plus tôt... Je ne voulais pas le laisser seul. J'ai demandé à Howard d'aller avec Sherry.»

Il passa sa main sur son visage, l'air soudain épuisé.

«Deux jours ont passé... Ils ne revenaient pas. Mira s'inquiétait. Je savais que s'il était arrivé quelque chose à Howard, je ne me le pardonnerai jamais. J'ai décidé d'y aller pour les retrouver... Et Bryce a refusé de me laisser y aller seul. Il n'était pas encore parfaitement rétabli mais il m'a accompagné au gymnase. Il y avait une horde d'infecté, ils nous ont attaqué. Il y en avait beaucoup trop pour qu'on s'en sorte... On a essayé de se réfugier dans le gymnase mais ils ont brisé les hautes vitres et nous sont tombés dessus comme de la pluie. Même en se défendant du mieux qu'on pouvait, ce n'était pas suffisant. On a regardé l'entrée: il y avait Howard. Il était mort, dévoré par les infectés. On s'est juste dirigés vers le pick up pour récupérer le kit médical et se tirer vite fait, mais on a été arrêtés par un colosse.»

«Un colosse ? Il y en a au gymnase ?» s'étonna le gardien.

«Pour le moment on en a vu qu'un mais... Il pourrait y en avoir d'autres.»

Les colosses étaient des infectés stade quatre, le dernier avant la mort. Ils n'étaient plus que des gros tas couverts de plaques fongiques, qui ne voient ni n'entendent plus rien, mais qui ont un odorat très développé. Ils étaient énormes, bien plus gros et grand qu'un homme de taille normale: c'est ça que ça donnait, des années d'infection. Heureusement, tous les infectés ne parvenaient pas à ce stade. Seuls les plus robustes survivaient aussi longtemps au parasite. Les colosses étaient dangereux à cause de ça; un simple coup de leurs gigantesques bras et on savourait un traumatisme crânien. Sans compter que contrairement aux autres infectés, ils pouvaient suivre quelqu'un à la trace, rien qu'en suivant son odeur. Rien n'empêchait le colosse du gymnase de remonter jusqu'au quartier...

«Bryce m'a pris de force et, à l'extérieur , il m'a fait traverser un petit ruisseau pour que le colosse perde notre trace. Sa blessure s'était rouverte et il perdait du sang. Ça coulait par terre. Avec du sang qui coulait, le colosse n'aurait eu aucun mal à remonter notre trace jusqu'au quartier. Il m'a dit de rentrer seul, qu'il me rejoindrait en haut. Il m'a juste dit "salut"...»

Il serra les dents et déglutit, la tristesse faisant luire ses yeux ambres. Le coeur de Jude se fit tout petit. Il se souvenait de la détresse qu'il avait ressenti lorsqu'il avait compris que son ami avait été mordu, avant d'apprendre qu'il était immunisé. Pendant ces quelques minutes, il avait vu Caleb lui glisser entre les doigts. Il imaginait ce que le rouquin pouvait ressentir depuis la disparition de Gazel. Mais il fallait continuer n'est-ce pas ?

«Est-ce que tu penses que le pick-up de l'armée peut encore rouler ?»

Le gardien et le rescapé se tournèrent vers le brun. Caleb ne connaissait pas bien les rescapés. Il fallait dire que les Titans avaient tendance à piller tout ce qu'ils pouvaient trouver, et se fichaient bien de savoir si la marchandise appartenait à l'armée, aux chasseurs, aux rescapés ou à la milice des Lucioles. Ce qui faisait qu'ils avaient un nombre assez incalculable d'ennemis. La seule fois où le brun avait rencontré Torch et Gazel, ça avait été lors d'un échange avec les Gardiens; lui et son clan avait tendu une embuscade aux rescapés pour avoir leur marchandise. Jude et les Gardiens avaient prêté main forte aux envoyés de Lincoln -en vérité le châtain avait réussi à dissuader le chef des titans lors d'un faux affrontement avec lui.

«Euh... Je ne pense pas... Par contre, on peut sans doute utiliser sa batterie pour faire démarrer une autre voiture.» répondit Torch après avoir réfléchi.

Son regard passa de Jude à Caleb et il reprit, un peu perplexe:

«C'est ça que vous vouliez, une voiture ? Mais... Où est-ce que vous allez ?»

«Dans le Wyoming, à Jackson.»

«C'est la base de Mark, ça.» s'étonna le rouquin. «Qu'est-ce que vous leur voulez aux Lucioles ?»

Il se tut un instant avant d'ajouter, moqueur:

«Stonewall va se rendre ?»

Un grognement exaspéré accueillit sa réflexion. Le châtain se gratta la nuque nerveusement et le rescapé comprit qu'il s'agissait d'affaires privées. Il hocha la tête et se leva. Le chef des Gardiens s'aperçut enfin qu'il commençait à faire nuit. Un hululement de chouette à l'extérieur souligna ses pensées et un appel retentit. Le propriétaire des lieux semblait attendre ce signal car il se dirigea vers sa table. Il prit un chargeur de pistolet et une boîte de munitions de fusil avant de se diriger vers la porte du grenier, à savoir la fenêtre.

«S'il fait trop sombre, vous n'aurez qu'à allumer la lampe à pétrole. On a aussi un système de récupération des eaux de pluie donc on a l'eau courante... Vous pouvez prendre une douche en bas, dans l'espèce de cabine aménagée sous la citerne. Et pour pisser, c'est dehors.»

Un homme appela Torch depuis le quartier et le roux répondit qu'il arrivait, avant de se tourner vers les "invités":

«... En ce qui concerne la douche, vous pouvez la prendre à deux... Mais ne faites pas trop de bruit, il y a des enfants dans le quartier.»

Le rescapé eut le temps de voir sur les joues des deux chasseurs quelques rougissements, et il se permit de sourire moqueur. D'un geste habitué, il sauta par la fenêtre pour rejoindre les hommes en bas, qui apparemment partaient patrouiller dans les environs. Le gardien attendit de ne plus rien entendre d'autre que les murmures de la nuit dehors pour se lever. Il passa sa main dans ses cheveux en soupirant et regarda par la fenêtre la fameuse citerne d'eau. Il soupira et se redressa pour s'étirer. Depuis combien de temps n'avait-il pas dormi dans un lit ? Au moins depuis son départ de la ZQ de Boston. Son esprit s'amusa à s'infiltrer dans sa mémoire et une autre question lui monta à la tête. Son regard se glissa doucement vers le titan, qui fixait le sol d'un air vague. Depuis combien de temps n'avait-il pas dormi avec Caleb ? Il refoula cette question: pas besoin d'être nostalgique maintenant. Le passé était derrière n'est-ce pas ? Alors pourquoi mourrait-il d'envie d'enlacer le chef adverse, de... Non décidément. Penser au passé ne lui réussissait jamais.

«J'ai bien besoin d'une douche, pas toi ?» lança Jude, tout à fait naturellement.

«..Hein ?»

On aurait dit que le brun n'avait pas écouté ce qu'il avait dit. Peut-être que lui aussi luttait contre les souvenirs qui l'assaillissaient ? Jude s'approcha, et se pencha pour plonger ses rubis brûlants dans les turquoises insolemment hésitantes de son homologue.

«Tu viens te doucher ?»

Caleb sembla réfléchir un instant puis leva les yeux vers son ami. Il finit pourtant par hocher la tête et se leva à la suite du châtain vers la fenêtre de sortie. Le gardien sortit en premier et descendit sur les caisses pour atteindre le sol. Il retira son t-shirt et le posa sur le tonneau en métal avant de se mettre à défaire sa ceinture et à baisser son pantalon. Un coup d'oeil derrière lui lui apprit que Caleb faisait de même, et il finit de retirer ses chaussures et son boxer. Il s'engouffra immédiatement dans la cabine de fortune, pudique, suivi du brun, qui refusait de le regarder dans les yeux. Jude ne s'en offusqua pas, il se contenta de tirer sur le cordon pour actionner la douche. Un jet d'eau froide s'abattit sur leurs épaules et le gardien, qui ne s'y attendait pas, lâcha un juron de surprise:

«C'est hyper froid !» grinça-t-il entre ses dents.

«Tu t'attendais à quoi ?» se moqua le brun.

«Pas à ça.» se contenta de répondre l'homme en se crispant pour mieux combattre le froid.

Les Gardiens avaient une installation d'eau recyclée d'un vieux bâtiment. Le reste du camp restait bricolé, les dortoirs et les tables, mais les douches étaient relativement modernes. Avec un accès à l'eau chaude. Quand on voyait les installations sommaires chez les autres clans et chez les survivants, les quelques douches aménagées dont les Gardiens avaient hérité était un luxe. Le brun s'était retourné pour prendre le savon en pain dans un renfoncement du métal de la cabine et commença le frotter dans ses mains pour faire un peu de mousse.

Le pain lui échappa et avant même qu'il n'ait eu le temps de se baisser, Jude le récupéra et se savonna lui aussi les mains. Il croisa le regard hésitant du titan et, refusant de laisser place au doute, il posa le savon et glissa doucement ses mains sur les épaules de son vis-à-vis. Dans la pénombre, il vit les joues de Caleb se teinter, et alors qu'il descendait sur son torse, il sentit ses mains dans son dos. Le savon glissait sur leurs peaus mouillées, et atteignait le sol bétonné avant de s'engouffrer dans la grille d'évacuation. Jude se recula un instant pour fixer son partenaire, qui fuyait son regard: ses cheveux mouillés collaient à son visage, l'eau ruisselait encore un peu sur sa peau laiteuse.

Caleb se tourna pour attraper le savon et s'en enduisit à nouveau les mains avant de se mettre à laver le torse de son comparse. Il passa sensuellement ses doigts sur ses pectoraux jusqu'à longer la clavicule, revint un court instant sur ses tétons avant de partir sur les flancs. Jude soupira sous les soins du brun, profitant de cette proximité qu'il n'avait pas eu depuis longtemps. Il sentit les ongles de Caleb dans ses cheveux, venir masser délicieusement son crâne, faisant couler la mousse le long de son cou, de sa colonne vertébrale. Il reprit ses esprits difficilement, rouvrant les yeux qu'il avait fermés sans s'en apercevoir, et attrapa lui aussi le savon. Ses mains pleines de mousse se perdirent à leurs tours dans les cheveux bruns du titan, qui poussa lui aussi un soupir, les yeux mi-clos, en rapprochant son corps de celui du châtain. Jude, emporté par les caresses de son partenaire, se pencha, se pencha sur les lèvres du titan alors que ses mains venaient soutenir sa mâchoire fine.

«Jude...»

Le conserné sentit Caleb se coller un peu plus à lui.

«Arrête...»

Jude sortit soudain de son rêve éveillé, cligna des yeux sans comprendre. Arrêter ? Mais... Il sentit que le brun tendait son bras derrière lui, et avant qu'il ne puisse comprendre, un jet d'eau froide s'abattit sur sa tête. Pour le coup, il était bien refroidi. Son regard se porta, incrédule, sur le brun, qui se contentait désormais de rincer ses cheveux et son corps. Il ne comprenait vraiment pas. Caleb releva pourtant les yeux vers lui, avec un mélange de tristesse et de frustration, alors que son visage tentait d'exprimer toute la raison du monde. Il essora ses cheveux et sortit de la cabine bricolée en empruntant une serviette pour s'essuyer. Jude resta seul, fixant la porte par laquelle son camarade était sorti. Est-ce qu'il lui en voulait ? Il soupira en sentant des gouttes d'eau persister sur son crâne, coulant de l'installation. Il soupira, ressentant soudain le vide qui s'était creusé dans l'espace au départ du titan. Il finit de se rincer, résolu, grinçant une dernière fois des dents en sentant l'eau fraîche couler sur sa tête.

Il finit de s'essorer les cheveux lui aussi et attrapa une serviette posée à cheval sur la paroi de la cabine pour se sécher. Il essuya les gouttes qui chatouillaient son visage, son dos, son torse, ses jambes, avant de remettre la serviette autour de son cou. Il prit l'élastique qu'il portait au poignet et s'attacha sommairement les cheveux avant de sortir. Dehors, il enfila son t-shirt et prit le reste de ses affaires. Ses vêtements sur un bras, il remonta sur les caisses en bois jusqu'à la fenêtre de Torch. La nuit était calme, pas un bruit ne venait trahir cette quiétude. On entendait encore la brise dans les feuillages, les hululements de la chouette, le désormais solo de quelques cigales. Jude regarda vers le ciel, pensif. Le premier croissant de la lune luisait un peu comme un sourire dans l'encre de la nuit, les étoiles parsemaient le ciel comme une multitude de taches de rousseur. Il pensa un instant à David, à Nathan, même à sa soeur... Et tout s'évanouit dans un haussement d'épaule.

Il entra dans la petite pièce en se penchant, avisa le brun sur le matelas, tourné résolument vers le mur, enroulé dans une couverture. D'un geste maladroit, il essaya de dégager le front du titan, puis il s'assit sur le lit improvisé. Voyant que le brun ne réagissait pas, il s'autorisa à s'allonger et à se glisser à ses côtés sous la couverture. Il frémit en sentant son mollet chaud du bout de ses doigts de pieds froids. Et se mordit la lèvre lorsque le reste de ses jambes, entourant celles de Caleb, lui apprirent qu'il n'avait pas de bas non plus. Il glissa ses bras autour de sa taille, toujours sans que le titan ne diserien, et cala son nez entre son cou et son épaule.

«Tu boudes ?» chuchota-t-il.

Il y eut un petit silence, et Jude se demanda si son comparse allait l'ignorer.

«Non.» répondit-il enfin.

Et pour souligner ses mots, Caleb plaça en soupirant ses mains sur celles du châtain qui l'enlaçait. Celui-ci sourit dans le creux de son épaule, et sentit ses yeux se fermer de fatigue. Ses paupières se faisaient lourdes, lourdes... Il ne fut pas sûr d'avoir entendu son ami dire bonne nuit, mais dans le doute il la lui souhaita aussi vaguement. Avant de sombrer dans le sommeil.


Qu'en dîtes-vous ? Est-ce que ça mérite une review ? :p

En tout cas, merci d'avoir lu, à mardi prochain, avec à la clé... Quelques petits indices sur les sentiments de nos héros ;)