Bon weekend, voici la suite! Bonne lecture!
Chapitre 25
PDV Ana
La route fila rapidement, étonnamment le ciel était dégagé et la route sèche, je roulais trop vite. Je me garai devant l'aéroport Sea-Tac près de vingt minutes après l'appel affolé de Grace. Il n'y avait aucun vol direct pour le Luxembourg depuis Seattle, ce qui rendait ma tâche encore plus difficile. Je n'avais aucune idée de l'escale prévue.
Sans vouloir céder à la panique, je commençais à inspecter tous les comptoirs d'enregistrement, en vain. Au bureau principal de renseignements on me notifia sèchement que je ne pouvais pas avoir accès à toutes les listes de passagers déjà enregistrés ou ayant décollé dans l'heure passée.
« C'est très important, insistai-je. Je dois savoir si mon petit-ami est parti ! »
La préposée me jaugea avant de sourire méchamment.
« Il vous a quittée, faites-vous une raison. »
Je me fis une note de me plaindre au service passagers de l'aéroport puis quittai l'endroit pour aller vers les cafés et restaurants. Il n'y en avait que trois d'ouvert à cette heure-ci de la nuit, je montrai la photo de Christian, prise en secret quelques jours plus tôt, à plusieurs serveurs mais personne ne l'avait vu.
J'avais déjà tenté dix fois d'appeler Christian, et à chaque essai je tombais directement sur sa messagerie, il avait sans doute éteint son téléphone. Ma dernière option était de me payer un billet d'avion pour accéder aux salles d'embarquements. Le contrôleur retint son rire quand tout ce que j'avais à déposer dans le bac fut mes clés, mon téléphone et mon porte-monnaie.
« Et vous allez-où comme ça ? »
Je lui tendis mon billet, ne me souvenant déjà plus de ma destination supposée, j'avais choisi la moins chère.
« San Diego... Vous allez avoir trop chaud habillée comme ça. » plaisanta-t-il en désignant mon pantalon de pyjama et mon pull.
Je haussai les épaules, indifférente. J'étais depuis près de deux heures à l'aéroport et toujours aucun signe de Christian, les regards des autres voyageurs ne m'importaient guère.
Les formalités de sécurité faites, j'interrogeais le personnel des compagnies s'occupant des embarquements, je fis mouche par deux fois, un employé de AmericanAir lui était rentré dedans et Christian l'avait engueulé. Ensuite une hôtesse avait vu Christian attendre pour un vol vers New-York, elle me dit sans gêne qu'elle avait flirté avec lui mais qu'il l'avait envoyé balader et elle était repartie. Elle ne l'avait plus revu ensuite et le vol avait décollé une heure plus tôt. L'employée qui elle devait vérifier les cartes d'embarquement à cette porte là venait de quitter son poste, son remplaçant ne put me renseigner et lui aussi refusa de vérifier si Christian avait embarqué.
La batterie de mon téléphone me lâcha, ça n'avait plus d'importance. Je n'avais plus d'espoir, Christian s'était envolé pour New-York sans même me dire au revoir et je m'en voulais terriblement. Hagarde et sans plus d'espoir, je sortis de la zone d'embarquement et allai m'assoir mollement sur une chaise d'un café. Le serveur m'apporta un café auquel je ne touchais pas mais qui me donnerait le droit à broyer du noir au milieu d'anonymes. Quand je fus éblouie, j'émergeai de ma transe pour admirer le lever du soleil. Il était six heures du matin, Christian était dans un avion vers je ne savais où, il m'avait rayé de sa vie.
PDV Christian
J'aurais tout donné pour la serrer dans mes bras, l'embrasser, et c'était dans l'éventualité qu'elle accepte de me parler. Je n'avais aucune excuse, j'avais fui comme un lâche dès le premier obstacle. Je n'étais décidément bon qu'à ça, partir pour ne pas ressentir, pour ne pas aimer et être rejeté. J'avais pourtant voulu rester à Seattle, pour Ana avant tout mais aussi pour ma famille.
J'avais eu une terrible dispute avec ma mère, j'avais fait mes valises et elle était arrivée quand je montai en voiture. Elle m'avait supplié de rester encore, qu'il fallait en parler et que tout s'arrangerait. Je ne l'avais pas plus écoutée, je lui avais seulement reproché de s'être mêlée de ma vie et de ma relation naissante avec Ana.
« Elle tient à toi ! Tu te trompes ! » s'écria-t-elle avant que je ne démarre.
Et le doute avait commencé à s'immiscer, remettant en cause ma décision et m'insufflant de l'espoir. Mais de l'espoir j'en avais eu tout au long de ma vie et toujours en vain. J'avais eu l'espoir que ma mère me protège de notre tortionnaire et qu'elle m'emmène très loin de l'appartement crasseux. J'avais eu l'espoir que ma mère revienne pour qu'elle voit mes progrès en piano. J'avais eu l'espoir que Grace et Carrick voient clair dans mes mensonges, qu'ils m'empêchent de sortir et de me saouler, même si à l'époque j'étais persuadé ne pas avoir besoin d'eux. J'avais eu l'espoir qu'Elena dise vrai et que toute ma rage s'envolerait en étant battu et baisé. J'avais eu l'espoir que le procès effacerait de ma mémoire les abjections que j'avais cru vouloir. Et enfin avec Ana, j'avais eu l'espoir d'aimer et d'être aimé, sans plus de drames, sans plus de souffrances.
J'avais été naïf mais pas idiot, je n'étais pas digne d'Ana. J'avais acheté mon billet d'avion pour le Luxembourg avec une escale à New York puis Londres, les prochaines vingt-quatre heures se passeraient dans un avion ou un aéroport.
Après avoir repoussé une hôtesse de l'air qui s'était mis en tête de me faire passer un moment agréable et sans lendemain dans les toilettes, je m'étais retrouvé immobile sans plus rien à faire que de réfléchir à ce que j'avais vécu. Toute une journée absolument parfaite et j'avais tout gâché, guidé par mon désir, mon besoin de la sentir au plus près de moi.
Et les doutes revinrent et vainquirent mes résistances. Je sortis mon téléphone, l'allumai et découvris trois messages d'Ana, autant de ma mère et vingt-deux appels manqués.
- Christian, je suis désolée si je t'ai vexé, j'ai juste eu peur d'aller trop vite. Appelle-moi dès que tu le peux. Ana. -
- Et sois prudent sur la route. -
- Christian, ta mère est passée me voir mais tout va bien, ne t'inquiète pas. J'ai hâte de te parler. Bonne nuit et à demain. Ana. -
Elle voulait me parler et me voir, elle n'était pas en colère contre moi, elle me voulait ! Je me levai d'un bond et courus hors de l'aéroport. J'eus le réflexe au dernier instant d'annuler mon billet et de payer pour la livraison de mes bagages chez mes parents. Le gardien du parking me posa problème et je dus attendre dix minutes avant de pouvoir récupérer ma voiture et bien sûr je ne fus pas remboursé. Mais ça n'avait pas d'importance, il était temps pour moi de reprendre le contrôle de ma vie et de me battre pour ceux que j'aimais, même si ça allait être une lutte contre moi-même. Sur la route, je me forçais à ne pas dépasser la limitation de vitesse. Ana était de toute façon en train de dormir à cette heure-ci, j'avais hâte de la rejoindre, quitte à terminer la nuit sur son paillasson.
Elle ne répondit à mes appels, elle ne répondit pas à sa porte alors je m'assis par terre et attendis. Tant mieux, je devais réfléchir à comment lui prouver que j'étais assez mature pour elle, assez fort et surtout fiable. Et plus tard, bien plus tard, je lui avouerais avoir douté de nous.
J'envoyai un message à ma mère pour lui dire que j'avais changé d'avis et que j'allais rester à Seattle. Je relus les messages d'Ana, et fatalement, mon esprit dériva. Je tentai de résister et penser encore à ce que je devais faire pour la reconquérir. Mais les images d'Ana pantelante contre moi, le souvenir de ses lèvres plaquées aux miennes, et son odeur délicieuse ne voulurent pas me laisser en paix. Je pensais aussi à ce qui avait causé ma fuite, mon désir pour elle, bien trop fort pour être dompté. Si elle ne m'avait pas repoussé, aurais-je eu la force de m'arrêter ? Coucher avec sa petite-amie au bout d'une journée n'était pas l'idéal, il nous fallait du temps pour se connaître... D'un autre côté j'avais passé un mois avec elle, nous avions discuté des heures durant de tout et de rien. Je la connaissais bien, elle me connaissait mieux que personne.
Non ! N'y pense même pas ! me sermonnai-je.
PDV Ana
Je me trompais deux fois de sortie et arrivai vers sept heures chez moi. Je jetai un regard mauvais à l'ascenseur et m'engageai dans les escaliers, chaque pas plus lourd que le précédent. J'avais peur de rentrer chez moi, je serais alors forcée de m'avouer la vérité, il était parti.
« Ana ? »
Je relevai le nez et vis Christian qui se redressait, il s'était assis devant ma porte... Oh mon dieu j'étais en train d'halluciner ! Mais quitte à délirer, j'allais y aller à fond ! Mon cœur déjà s'emballait, je courus littéralement vers lui puis me jetai dans ses bras. Il m'embrassa avec fougue, comme jamais encore il ne l'avait fait, comme si lui aussi avait cru me perdre.
« Que faisais-tu dehors ? » me pressa-t-il ensuite tout en me prenant mes clés.
« Je te cherchais Christian. »
« Elle... Ma mère t'a dit que j'étais parti. » répliqua-t-il, déçu.
« Oui, pourquoi es-tu là ? » le questionnai-je en luttant contre mes larmes.
Dis-moi que tu m'aimes ! le suppliai-je secrètement. Je voulais tout de lui ! Je ne voulais plus être patiente et prudente. Je le désirais tellement mais j'avais eu si peur, et si mal en le croyant à jamais parti.
« Je suis désolée Ana, j'ai cru que... Pourquoi tu pleures, mon amour, tout va bien, je suis là. »
Il nous guida jusqu'au canapé et me blottit contre lui, me consolant par des baisers tendres et des caresses sur mes cheveux.
« J'ai cru que tu étais parti Christian ! l'accusai-je, une fois plus lucide. J'ai cru mourir ! Je suis allée à l'aéroport et pendant près de trois heures, je t'ai cherché partout, j'ai cru que tu avais pris ce foutu avion vers New-York ! »
« Pardon, Ana, pardon. »
« Tu serais parti sans me dire au revoir ?! »
Je me levai, échappant à ses yeux capables de me faire taire et obéir.
« J'ai eu peur, j'ai pensé que tu me repoussais pour de bon. Ana, jamais je ne serais digne de toi mais je veux essayer. S'il te plait, laisse-moi essayer. J'y passerais toute une vie juste pour te rendre heureuse. »
Ok, j'étais encore en train d'halluciner ! Il allait me faire fondre avec ses serments, ses baisers, son regard de cocker.
« Tu ne... Christian, je ne veux pas jouer, je veux une relation sérieuse avec toi mais tu dois être honnête avec moi. Tu es parti hier soir sans même me laisser le temps de t'expliquer. »
« Je ne pars plus ! » me jura-t-il avec emphase, avant de se mettre à genoux devant moi.
Je rigolai tout bas et essuyai mes joues, je n'étais plus en colère contre lui, je pouvais même le comprendre. Je m'en voulus même de lui avoir parlé aussi sèchement.
« Tout ira bien ? » lui demandai-je, récoltant pour unique réponse un long baiser tendre.
Je l'entraînai ensuite dans ma chambre. Il se tendit en pénétrant dans la pièce, je le sentis même sur le point de reculer.
« Allons nous coucher. » lui proposai-je.
J'ôtai mon pull et mes chaussures, il se mit en tshirt et caleçon, ensemble, nous nous glissâmes sous les draps. Je me réveillai vers quinze heures de l'après-midi, mon dos collé à son torse, ses deux bras autour de ma taille.
« Ana, je t'aime. » l'entendis-je murmurer.
Je me retournai doucement et le découvris encore endormi. Je repris ma place entre ses bras et attendis qu'il se réveille, je n'eus pas longtemps à attendre. Dix minutes plus tard, son sexe s'éveilla, le précédant de quelques instants.
« J'ai cru que ça n'était qu'un rêve. » me dit-il, enjoué.
« Non, nous sommes ensemble. » lui confirmai-je.
Il posa ses lèvres dans mes cheveux et inspira profondément. La suite fut une succession de baisers et de gestes de plus en plus audacieux et intimes. Je mis de côté mes derniers doutes et m'offris à lui.
« Nous ne sommes pas obligés. » protesta-t-il faiblement.
« J'ai envie de toi Christian. Je t'ai attendu si longtemps. »
« Tu m'as... »
« Je suis vierge Christian et je veux que tu sois mon premier amant. »
Et mon dernier, ajoutai-je pour moi.
« Ana... »
« Je t'aime. » osai-je.
« Je t'aime. » me répondit-il tout aussi ému que moi.
Pas de lemon pour cette fic, ne m'en voulez pas.
