Chapitre 30
PDV Ana
« Comment êtes-vous attaché ? » lui demandai-je en criant un peu car lui n'avait pas cessé de jurer.
« Avec des chaines ! »
« On doit attendre qu'elle revienne, compris-je défaite. Vous êtes là pour quoi ? »
« Aucune idée, j'ai ramassé cette petite pute hier soir dans un bar. On est venu ici, bu un dernier verre et ensuite le trou noir... Vous êtes très belle, même de dos. »
J'étais en sous-vêtements, ce salop était en train de me reluquer. Il avait été marié des années à Elena et avait divorcé après le procès. Je n'avais aucun doute qu'il n'avait pas été le mari parfait.
« Et la mise en scène ? Vous en pensez quoi ? » le questionnai-je pour le faire enfin réagir.
« Ça me rappelle mon ex-femme, elle... Oh la salope ! »
« Elena a au moins une complice, elle m'a enlevée ce matin et m'a ramenée ici. Elle est partie rapidement après. »
« Nous sommes seuls ? »
« J'en doute mais ça va faire des heures que je suis là et je n'ai vu ni entendu personne. »
Lincoln secoua ses chaînes puis hurla pour qu'on le libère. Finalement j'avais hâte que la folle au service d'Elena revienne.
PDV Christian
Luke dut expliquer pourquoi Elena devait être interrogée, le surveillant général nous donna accès aux relevés des visites, Leila Williams était venue chaque semaine depuis un an et demi rendre visite à Elena, personne d'autre.
Elena nous rejoignit au bout de quelques minutes, elle me vrilla du regard dès son entrée. Luke ordonna de lui attacher les mains dans le dos, un gardien resta dans la salle avec nous.
« Tu es si... » commença-t-elle mais je la coupais.
« Où est Anastasia ? »
« Ton jouet ? Je ne sais pas. » mentit-elle.
« Pourquoi ? »
« Christian, je ne vois pas de quoi tu parles, pourquoi voudrais-je m'en prendre à ta jeune épouse. »
« Et ça ne t'a rien fait d'apprendre la nouvelle ? » m'enhardis-je.
Son regard se durcit mais son sourire ne se départit pas. L'hypocrisie était un art qu'elle maîtrisait, je n'étais pas certain de parvenir à la faire flancher ne serait-ce qu'une fois.
« J'ai été étonnée mais je suppose que pour garder ton autre vie secrète, tu dois donner le change auprès de ta famille. »
« Je n'ai pas d'autre vie, je n'ai qu'Ana. Elle est la meilleur chose que me soit arrivé. Je n'ai jamais été aussi en paix et heureux. »
« Voilà un beau discours, tu as du te le répéter souvent pour y croire un peu. »
« Je ne suis plus ce gamin que tu as voulu modeler avec tes jeux pervers. Je ne suis plus perdu et je n'ai plus mal. Dis-moi où est ma femme. »
Luke resta silencieux durant notre échange, il observa comme moi les faux semblants d'Elena. Elle agissait comme si elle était dans un salon de thé chic, vêtue de vêtements couture. Elle était pitoyable dans son uniforme orange, ses cheveux étaient toujours teints mais je les avais connu plus brillants et soyeux. Physiquement, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même, hélas elle n'avait rien perdu de son arrogance et de son mégalomanie.
« Christian, tu ne nous présentes pas ? »
« Luke Sawyer, tu ne te souviens pas de lui ? » m'étonnai-je.
« Enchantée. »
« Madame, je vous ai arrêtée il y a six ans. » répliqua-t-il en souriant.
« Oh. »
« Répondez, en collaborant, le juge sera peut-être clément. »
« Je ne suis accusée de rien. » protesta-t-elle.
« Vous le serez. Anastasia Grey a été enlevée ce matin par Leila Williams, vous le savez pertinemment. »
« Vous vous trompez officier, minauda-t-elle. Je n'ai aucune raison de m'en prendre à Christian, après tout, nous sommes partenaires. »
« Quand il gèlera en enfer. » marmonnai-je.
« J'ai investi deux millions de dollars il y a quelques semaines dans son entreprise. »
Luke se tourna vers moi sans la quitter des yeux.
« Elle... tu l'as envoyé, compris-je. C'est ton argent. »
« Tu ne m's toujours pas remerciée. » me reprocha Elena, feignant d'être vexée.
« Explique-toi Christian. » me pressa Luke.
« Il y a trois semaines, un investisseur m'a donné deux millions de dollars pour financer mon projet, tout est en règle et à son nom à lui, jamais il n'a été fait mention d'Elena. » jurai-je.
Elena se pencha vers moi et murmura :
« Je t'avais promis de t'aider Christian, c'est à ton tour de m'aider et de me sortir de là. Il n'y a plus aucun obstacle à nos grands projets. »
« Tu ne renonceras jamais. »
« Tu me connais bien, j'ai attendu ce jour depuis six ans. »
Je me levai et Luke me suivit. Elena m'appela plusieurs fois, de plus en plus énervée, nous l'ignorâmes tous les deux.
« Il y a quelque chose d'étrange dans cette histoire, commença Luke après que nous ayons repris la route vers Seattle. Elle était évidemment très sûre d'elle mais j'avais pensé qu'elle chercherait à te convaincre davantage, qu'elle aurait voulu te dégouter de ce que tu étais devenu. C'est comme si tu n'étais pas le seul impliqué, comme si elle avait enfin sa grande revanche. »
« Je ne comprends pas... Elle voulait se venger d'Ana ce qui me paraît évident, elle a toujours dit qu'elle voulait me garder sous sa coupe. »
« Il y a quelqu'un d'autre. » insista Luke.
Comment avais-je pu tomber dans les griffes d'Elena ? Je n'avais jamais trouvé de réponse satisfaisante à cette question qui m'avait obsédée des années durant. Etre un adolescent en pleine rébellion et en souffrance ne pouvait pas tout expliquer. En dépit de mes traumatismes d'enfant, j'avais eu une belle vie ensuite, meilleure que ce que ma mère biologique aurait pu m'offrir. Je me croyais si intelligent, mature à quinze ans, Elena avait facilement cerné mes problèmes et m'avait offert une solution, le sexe et la souffrance. Peu d'adolescents auraient refusé les avances d'une femme séduisante et plus âgée, mais peu auraient accepté les coups et les humiliations. J'avais été crédule, naïf, j'avais moi-même détruit ma vie en la laissant me contrôler. Elle s'était souvent vantée devant moi de sa double-vie, ces après-midis où elle me dressait était sa récréation, le reste du temps elle était l'épouse parfaite de...
« Richard ! » m'écriai-je.
« Son ex-mari, j'appelle Taylor. »
« Elle voulait se venger de lui, mon dieu Ana... Luke roule plus vite ! » exigeai-je.
PDV Ana
Leila venait de revenir, elle m'annonça que Christian avait accepté de se dédier à un nouveau style de vie dans lequel je n'avais pas ma place. Richard l'invectivait mais elle ne lui accordait aucune importance.
« Il ne reste plus qu'à attendre qu'il me rappelle, nous fixerons un lieu de rencontre pour qu'il m'emmène. » conclut-elle.
« Et moi ? Je deviens quoi? »
« Tu pensais réellement t'en sortir ? rigola-t-elle. J'ai besoin que tu restes en vie encore quelques heures, je pense que Maître me laissera jouer avec toi avant de te tuer. »
« Leila ! Petite pute ! Salope ! Détache-moi ! » continua de s'écrier Richard.
Il réussit à attraper une cane et la fit claquer, je supposais qu'il avait frappé notre ravisseuse. Elle poussa un petit cri de surprise, s'écarta de moi et lui murmura quelque chose. Une seconde plus tard, un coup de feu retentit, puis un autre.
« Finalement on va commencer à jouer plus tôt ! » décida-t-elle.
Elle resta derrière moi et se mit à souffler de plus en plus fort. J'entendis le fouet claquer un instant avant qu'il ne me frappe. Je ne parvins pas à crier, soufflée par la douleur. Des larmes commencèrent à couler sur mes joues, je baissai la tête et me concentrai pour tenter de moins ressentir. Leila me fouetta six fois, entre chaque coup, elle gémissait et une fois finie, elle me força à la regarder.
« Tu vois que tu n'es pas celle dont il a besoin. Tu ne pourras jamais encaisser. »
« Christian ne me fera jamais de mal. »
« Ta prédiction est juste, il ne te touchera plus jamais. »
« Je ne parierais pas là-dessus ! » résonna une voix d'homme derrière nous que je ne reconnus pas.
Leila tomba à terre en tremblant, comme électrocutée. Je fus détachée et atterris dans les bras de mon sauveur.
« Vous pouvez vous assoir ? » me demanda-t-il doucement.
« Vous l'avez tuée ? »
Pour toute réponse il désigna un taser à quelques centimètres du corps inerte de Leila.
« Elle a tiré sur... »
« Il est déjà mort. Je vais appeler une ambulance. »
« Christian... »
« Il arrive. » m'apprit-il.
« Il ne faut pas qu'il vienne ici. » insistai-je.
« Ok. »
« Promettez-le moi ! »
« Ok, Anastasia, calmez-vous. »
L'ambulance arriva et je fus emmenée sur une civière, allongée sur le ventre. En partant, je vis mon sauveur sortir un homme jeune et secoué hors de la maison, les mains attachées. On m'administra une fort dose de calmants puis le médecin à bord commença à nettoyer mes plaies.
« Elles ne sont pas trop profondes, je crains tout de même que nous ne gardiez des cicatrices mais discrètes. »
Je me souvins des cicatrices de Christian, celles infligées par le proxénète de sa mère biologique et toutes celles plus petites causées par Lincoln. Elle l'avait marqué avec parcimonie pour ne pas être découverte mais moi j'avais vu ses fesses zébrées, ses côtes couvertes de fines lignes pâles, ses chevilles entourées d'un sillon creux.
