Chapitre 6

_Je savais que ce sale morveux était dangereux ! cracha Jack en chiffonnant avec rage la lettre de Campbell.

_Qui est ce jeune homme colonel ? Des centaines de capitaines travaillent ici et j'ai la mémoire d'un vieil homme…

_Campbell Lewis, il faisait partie de l'équipe d'exploration SG-7. Il avait été envoyé sur P3X-501, aussi appelée Draconia pour apporter de l'aide aux blessés victimes de la guerre civile. Ils y sont restés 3 mois, jusqu'à ce qu'un… incident survienne… dit Daniel en parcourant le dossier militaire devant lui.

Hammond leva un sourcil.

_Quel genre d'incident ?

_Du genre explosif… grommela Jack.

_Colonel je vous prie de reprendre vos esprits et d'arrêter immédiatement vos sautes d'humeur autant inappropriées qu'inacceptables. Le major Carter est un de vos hommes au même titre que tous les autres et je vous demanderai de réagir en conséquence, le reprit le général agacé par son comportement et ses réactions un peu trop affligées à son gout.

Celui-ci ravala une réplique mordante et baissa les yeux de mauvaise grâce, conscient malgré lui qu'il se laissait un peu trop aller. Il savait qu'il n'était jamais bon de se laisser guider par ses émotions. Pour quelle autre raison la loi de non-fraternisation existerait-elle sinon de ne pas se laisser guider –et aveugler- par ses sentiments? Les limites étaient faites pour ne pas être franchies.

_Lewis est tombé amoureux d'une jeune fille sur Draconia. Un jour, alors qu'on arrivait en renfort pour faire baisser la température entre les deux camps, cette fille est arrivée avec une ceinture d'explosif à la taille. Elle allait tout faire sauter, alors je l'ai tué. En revenant ici, le capitaine m'a agressé…

_Oui je me souviens de cette histoire, je n'avais pas d'autre choix que de l'exclure du programme, au moins pour 3 mois, compléta le général.

_Et il n'est jamais revenu. Il a déposé sa démission un mois après son exclusion, fit l'archéologue.

_Il devait préparer son plan depuis ce jour-là, intervint Teal'c pour la première fois.

_Mais quel plan ? demanda Daniel.

_Me faire payer, souffla Jack, le regard fixé dans le vide.

XxXxXx

_Jack ! Attends-moi !

Daniel courait pitoyablement derrière son ami qui avançait comme avancerait une machine : insensible à son environnement, se dirigeant vers un point précis sans jamais dévier de sa route.

Ils arrivèrent dans le vestiaire des hommes, vide à cette heure tardive. Il observa le militaire saisir un sac et y fourrer tout ce qu'il y avait dans son casier.

_Tu comptes faire quoi exactement ?

_A ton avis ? grogna-t-il en continuant son paquetage, il prit son Beretta, vérifia qu'il était chargé et le mit en travers de sa ceinture.

_Jack..

Le ton plaintif de l'archéologue l'arracha à sa besogne et il accrocha son regard suppliant.

_Ne me fait pas ton regard de chien battu Danny Boy.

_Je te demande juste de ne rien faire de stupide.

_C'est à cause de moi qu'elle est dans cette situation, je dois la sauver.

_Jack, ce n'est pas elle qu'il veut, c'est toi. Et en agissant comme tu le prévois, tu joues son jeu, souffla Daniel, laisse Hammond décider de la marche à suivre, il montera une équipe de sauvetage.

Il observa son ami un moment, hésitant à écouter la voix de la raison ou sa propre conscience qui lui hurlait qu'il devait faire quelque chose, qu'il ne pouvait pas la laisser toute seule face à un type dont la seule raison de vivre était la vengeance. Surtout lorsqu'il en était la cause.

_Désolé Daniel, pas de plan B ni C cette fois… Je dois répondre de mes actes, comme toujours.

Il jeta son sac sur le dos et posa une main sur l'épaule de son ami.

_Tu sais que dès que tu auras passé cette porte, je devrais alerter Hammond ? l'avertit Daniel, un petit sourire triste sur les lèvres.

Il aurait probablement dû l'arrêter. Mais quand il voyait Jack dans cet état, il ne pouvait s'y résoudre. Il se sentait coupable et il ne comprenait que trop bien son besoin d'aller secourir celle qui payait pour lui. Quand Sha'ree s'était faite enlevé, il avait ressenti exactement la même chose que son ami. Il ne pouvait pas rester les bras croisé, à attendre que les autres viennent réparer les erreurs qu'il avait commises.

De plus, si quelqu'un pouvait sauver Sam, c'était Jack et personne d'autre. Car il était le seul à avoir toujours été à la hauteur, jamais il n'avait abandonné. Même quand tout semble perdu, quand l'espoir s'envole pour laisser place aux ténèbres angoissantes, il reste toujours quelqu'un qui se relève et qui tend la main à ses amis. Quelqu'un qui crée le « peut-être » là où le « jamais » a pris place. Quelqu'un qui sait créer la lumière de l'espérance là où la désolation a tout obscurci.

Quelqu'un qui est toujours présent pour lui, pour Teal'c, et surtout pour Sam.

Quelqu'un qui les protège comme un père, les épaule comme un frère et qui les aime comme un ami.

Jack lui sourit et lui fit un signe de tête reconnaissant.

_Merci mon ami, dit-il avant de s'élancer vers les ascenseurs de la base, en route pour aller chez Campbell Lewis.

XxXxXx

_Je suis désolée Campbell… souffla Sam.

_ «Je suis désolée » cracha-t-il en réponse, pourquoi tout le monde se sent obligé de dire cette phrase quand quelqu'un est mort ? Vous pensez que les excuses apaisent le cœur ? Que vos excuses ramènent ceux qui sont partis ?

_Non, je voulais simplement dire que je comprends ce que vous ressentez.

Il renifla d'un air méprisant.

_Ah oui ? Quelqu'un a abattu celle que vous aimiez devant vos yeux ?

_Non mais ma mère est morte dans un accident de voiture quand j'étais ado. Elle a pris un taxi alors que mon père aurait dû venir la chercher. Je lui en ai beaucoup voulu, avoua-t-elle.

_C'est un accident. Je vous parle d'un meurtre.

_Le résultat est le même Campbell. Il n'est pas bon de toujours vouloir un coupable. Ce qui arrive n'est jamais la faute d'une seule personne.

_C'est lui qui a pris la décision de l'abattre, c'est lui qui a tiré. Il doit être puni pour son crime, dit-il d'une voix froide.

_Notre devoir au SGC, et dans l'armée en général est de défendre les innocents, non de punir les coupables, répondit Sam calmement, tentant d'apaiser le jeune homme tourmenté par ses démons.

_Mais lui n'a pas été puni.

_Le colonel a pris une décision et celle-ci a ensuite été jugée par les personnes qualifiées. S'il n'a reçu aucune remontrance, c'est qu'il ne les méritait pas…

Campbell serra les poings, le sang afflua à son visage. La fureur qu'on pouvait y lire inquiéta Sam.

_Non ! Non, c'est moi qui me suis fait renvoyer ! C'est lui qui tue une jeune fille mais c'est moi qui en prends plein la gueule ! Vous trouvez ça juste vous ?! s'emporta-t-il en se levant soudainement.

Il s'approcha lentement, comme un prédateur avancerait pas à pas vers une proie, de l'astrophysicienne. La respiration de Sam s'accéléra en appréhendant le jeune homme. Elle pouvait lire l'intolérable souffrance dans son regard. La souffrance change les hommes, elle les rend agressifs, leur apprend à haïr. Et ceux qui, comme Campbell, n'ont plus rien à perdre sont les plus dangereux.

Mais derrière ce profond tourment, Sam pouvait voir un homme blessé, hanté par ses démons. Incapable d'oublier, de pardonner et surtout incapable de regarder la vérité en face. Il était aveuglé par son désir de vengeance, sa volonté farouche de rendre sa propre justice. Peu importait les motifs de Jack, le but de son geste, ses regrets, ses hésitations, rien ne comptait excepter le geste qu'il avait commis. Celui d'ôter la vie de la seule personne qui comptait dans sa vie.

Campbell croyait en ce qui lui semblait juste et il considérait que c'était le bien. C'était aussi simple que cela.

Depuis ce jour-là, Campbell avait délaissé son âme, pour ne laisser qu'un pâle reflet de l'être qu'il avait été autrefois. Celui d'un jeune homme plein de volonté, de détermination. Un garçon dont l'avenir promettait d'être rayonnant. Quelqu'un qui avait à cœur d'aider les autres, de faire de son monde un endroit meilleur, ou tout le monde pourrait vivre en sécurité.

Un jeune homme dont la destinée venait d'être brisée.

_Cam'… Je t'en prie, ouvre les yeux. Tu sais que le colonel a fait cela pour le bien du plus grand nombre… Es-tu sûr qu'Alya n'aurait jamais fait sauter cette bombe ? L'as-tu vu défaire cette ceinture d'explosif ? Jack… Jack a probablement attendu le dernier moment pour la… tuer.

Elle vit une lueur de douleur passer dans le regard fou du jeune militaire.

_Souviens toi de cet instant. Votre dernier regard échangé. Tu sais Campbell, tu sais qu'elle l'aurait fait. Le colonel a sauvé la vie de tous ceux qui étaient présents, la tienne y compris. Il l'a sacrifié pour le plus grand nombre.

Sam n'avait pas été présente lors de la scène, aussi elle spéculait légèrement. Mais son discours semblait faire son effet sur le jeune homme. Elle espérait donc de tout son cœur que ce qu'elle racontait était vrai.

_On aurait pu trouver une autre solution, contra-t-il d'une voix mal assurée.

Sam secoua doucement la tête.

_Ce qui est fait est fait. Personne ne saurait revenir en arrière. S'il te plait, arrête de te faire souffrir comme ça.

_Je voulais vous tuer… Pour lui faire payer, qu'il sache ce que ça fait de perdre l'être à qui l'on tient le plus, avoua-t-il.

_Il a déjà connu ça. Il a eu son lot d'épreuve à surmonter, murmura-t-elle d'une voix douce. Ne reste pas seul Campbell, tu as besoin d'aide. Te venger ne te ramènera pas Alya, n'associe pas à son image le souvenir d'un meurtre. Garde les bons moments, chéris les mais ne les entache pas en mettant du sang sur tes mains.

Il baissa les yeux, une larme coula malgré lui sur sa joue. Sam se leva doucement et fit un pas vers lui. Elle leva sa main à hauteur de son visage, hésita un moment puis la posa sur son menton. Il releva la tête et croisa son regard azur. Elle lui sourit doucement, comme une mère sourirait à son enfant.

Elle l'entraina lentement vers la porte de la cave et ensemble, ils sortirent de l'obscurité.

_On va aller au SGC tout expliquer d'accord ?

Il acquiesça. Ils se dirigèrent vers la voiture du jeune homme, garée dans l'allée de sa maison.

Il faisait déjà noir, la nuit tombait vite en hiver. Mais Sam fut heureuse de sentir à nouveau le vent fouetter son visage, de voir la Lune et les étoiles briller d'une faible lueur au-dessus de sa tête. Elle n'était pas restée vraiment longtemps enfermée dans le noir, mais elle comprenait à présent le sentiment de libération de ceux qui sortent de leur prison après plusieurs mois de confinement…

Ils étaient sur le point d'atteindre la voiture quand une voix forte monta de leur droite. Ils tournèrent la tête d'un même mouvement, se figeant sous la menace d'une arme pointée sur eux.

_Stop ! Personne ne bouge, cria Jack en sortant du couver des arbres.

_Jack… murmura Sam sous le coup de l'émotion.

Un sourire vint éclairer son visage, soulagée de voir enfin un visage familier et rassurant. Elle avait tellement pensé à lui durant ces jours enfermée dans le noir, se demandant ce qu'il était en train de faire, s'il se souciait d'elle, s'il essayait de la retrouver. Et le voilà seul, une arme à la main, pour la sauver. Elle croisa son regard une fraction de seconde, assez pour qu'elle y voie la promesse de la délivrance.

Elle voulut lui crier de baisser son arme et le rassurer qu'elle ne craignait plus rien. Mais avant qu'elle ne puisse ouvrir la bouche, le visage de Campbell se tordit en un rictus haineux. Sam fut horrifiée lorsqu'elle reconnut cette lueur de folie dans son regard. La seule vue de Jack l'avait transformé, oubliant tout ce qu'elle lui avait dit quelques minutes auparavant, balayé d'un seul coup par une tornade appelée rancœur.

D'un geste vif et rapide qui surprit les deux militaires, il saisit le bras de Sam et lui tordit dans le dos. Elle laissa échapper une plainte de douleur en se pliant en deux. Sans plus attendre, Campbell passa alors son autre bras sur la gorge de Sam, la relevant brutalement.

Il appuyait sur la trachée de la jeune femme, de sorte qu'elle ne puisse presque plus respirer. Elle se maudit de ne pas avoir fait plus attention, la simple vue de son supérieur l'avait distraite, comme si le fait qu'il soit présent résolvait tout. Et elle s'était de nouveau fait avoir comme un bleu par Campbell qui la tenait à présent à sa merci, réduisant ses capacités à néant par une simple prise.

_Carter ! cria Jack, lâchez la Lewis !

Le jeune homme lui adressa un petit sourire narquois en réponse. Il empoigna plus fort le bras de sa prisonnière. En voyant le visage de Sam se tordre un peu plus en une grimace de douleur, Jack dégaina son arme.

_Je ne ferais pas ça si j'étais vous… prévint-il suavement en positionnant sa victime de telle sorte qu'elle lui serve de bouclier.

_Vous avez déjà été témoin de mes talents de tireur Lewis, et votre front m'est tout à fait accessible.

Campbell leva un sourcil et eu un sourire amusé.

_Visez bien dans ce cas.

_Souvenez-vous, j'ai atteint votre copine en plein cœur alors que vous étiez collé à elle, vous pensez que je serais capable de vous rater ? demanda Jack d'un ton innocent.

Le sourire de Campbell se transforma en un rictus amer au souvenir d'Alya mourante dans ses bras. Son visage se durcit et sa mâchoire se serra. Impassible, il tordit le bras de Sam à l' extrême, juste avant le déboitage complet.

Cette fois, elle ne sut contenir le cri de douleur qui monta du plus profond de sa poitrine. Le cœur de Jack se brisa dans sa poitrine en entendant la plainte déchirante de sa coéquipière.

_Je vais monter dans cette voiture et vous allez nous laisser partir sans faire d'histoire, menaça Campbell.

Jack était déchiré entre tirer et prendre le risque de blesser Sam - car malgré ce qu'il avait affirmé, il n'était pas sûr d'être capable d'atteindre Campbell, le risque était toujours présent, surtout lorsqu'il était perturbé et paniqué comme il l'était maintenant – et les laisser s'en aller, ce qui signifierait perdre Sam une nouvelle fois.

Il ne pouvait se décider, il cherchait une réponse qui ne venait pas et il restait planté la, à tergiverser pendant que Lewis entrainait son amie vers un nouveau calvaire.

Puis, comme porté par le vent, une petite voix lui parvint aux oreilles.

_Jack… soufflait Sam en cherchant désespérément son regard.

Il leva la tête et se perdit dans ses yeux azurs. Malgré ce qu'elle subissait, elle trouvait encore la force de résister. Car depuis toutes ces années, ils avaient appris à communiquer par simple échange de regard. Ils lisaient l'un en l'autre comme dans un livre ouvert, comprenant les désirs, les peines, les douleurs, les joies. Tout ce qu'ils ne pouvaient ou ne voulaient pas exprimer à haute voix, ils se le transmettaient pas le biais de leur regard. Un langage rien qu'à eux, infaillible et invisible aux yeux des autres.

C'est pourquoi, quand Sam le supplia silencieusement de faire ce qu'il avait à faire, il aurait préféré ignorer cet ordre qui l'horrifiait, il aurait préféré, pour une fois, faire comme si cet intense regard bleu ne signifiait rien de plus qu'une peur tout à fait légitime. Mais il ne pouvait pas, car cette demande silencieuse de faire feu s'accompagnait d'autre chose, un sentiment qu'il était impossible pour lui d'ignorer. Cette petite lueur au fond de ses yeux azurs qui lui avouait tout ce qu'elle représentait pour lui, un dernier aveu de ces sentiments, au cas où il raterait son coup.

Jack tenta de résister, se torturant l'esprit à la recherche d'une meilleure solution, mais le regard de Sam se fit plus dur. Elle ne lui laissait pas le choix, et il le savait très bien. Ne jamais contrarier une femme déterminée… Surtout lorsqu'elle s'appellait Samantha Carter.

Il prit donc une grande inspiration et, après avoir échangé un dernier regard ou il lui exprima lui aussi tous ses sentiments, il détourna les yeux. Les tremblements qui avaient envahi son bras s'arrêtèrent immédiatement. Il avait besoin de toute sa concentration s'il voulait réussir ce que Sam lui avait demandé.

Il raffermit sa prise sur son arme et interpella le jeune homme.

_Lewis, dit-il d'une voix calme, vous n'avez pas d'arme, la seule possibilité de vous en sortir est de vous servir de votre otage comme d'un bouclier…

Il leva son arme vers lui.

_C'est bien je vois qu'on avance, ricana Campbell.

_Mais que se passe-t-il quand votre otage est incapable de se tenir debout ?

Ne laissant aucun temps de réflexion au jeune homme, il baissa rapidement son bras et tira. La détonation résonna dans le silence de la nuit. Sam réussit à réprimer son cri de douleur, laissant simplement une plainte de douleur mourir dans sa gorge tandis qu'elle s'effondrait à terre, touchée à la jambe. Campbell la regarda tomber à ses pieds, abasourdi et dépassé par les événements.

Jack ne le laissa pas reprendre ses esprits, il se jeta sur lui. Trop perdu pour opposer de résistance, il se laissa faire. Les renforts du SGC arrivèrent au moment où il lui liait les mains dans le dos. Il le laissa aux bons soins de ses collègues pour se précipiter vers Sam, toujours allongée à terre.

Il s'accroupit doucement à ses côtés et sentit une boule se former dans sa gorge en voyant le visage de sa coéquipière crispé et livide. Elle avait les yeux fermés et tenait sa jambe, tentant d'arrêter l'hémorragie. Il déchira précipitamment sa chemise et lui fit un garrot improvisé.

Une fois calme, il posa une main sur sa joue et elle ouvrit lentement les yeux. Jack ne sut jamais ou elle trouva encore la force d'esquisser un sourire. Un sourire éclatant ou le soulagement et la fierté se peignaient. Le sourire qu'elle ne réservait qu'à lui.

_Je suis tellement désolé… murmura-t-il en caressant sa joue.

Il l'aida à se redresser.

_Je savais que vous viendriez…

Il lui sourit tristement.

_Toujours…

Ils se fixèrent un moment, insensible aux bruits de sirènes, aux allées et venues de militaires à leurs côtés et aux lumières vives des ambulances et voitures de police. Perdu quelque part, dans un endroit qui n'appartenait qu'à eux. Profitant de la simple présence de l'autre, sans autre besoin que de celui de savoir qu'ils sont en vies, ensemble. Le stress et la peur envolée, ne laissant plus que le soulagement et la délivrance.

_Vous lui avez tiré dessus…

La voix écaillée de Campbell les sortit de leur douce torpeur. Le regard de Jack se fit à nouveau dur. Il voulut se relever mais Sam l'en empêcha en posant une main douce sur son bras.

_Les décisions d'un chef ne sont pas toujours faciles à prendre, ils doivent prendre les risques qui s'imposent. Parfois ça paye, parfois non mais le pire risque est celui de ne pas en prendre. Un leader doit savoir s'opposer à son instinct et faire ce qui est nécessaire, même si cela implique d'attenter à la vie de quelqu'un, souffla-t-elle.

Campbell resta interdit un instant, soutenant le regard de celle qui avait été blessée par sa faute. Mais bien vite, les deux militaires qui l'escortaient le pressèrent d'avancer vers le convoi.

Jack et Sam l'observèrent obéir docilement jusqu'à ce qu'il soit collé à la portière de la camionnette pour être fouillé sommairement. Jack tourna alors la tête et rencontra les yeux bleus de sa coéquipière. Elle semblait triste, son regard azur était voilé par des larmes qui menaçaient de rouler sur ses joues. Sans réfléchir, il lui ouvrit les bras et après un moment d'hésitation, elle vint s'y blottir en silence.

Ils restèrent ainsi enlacés un instant, se moquant de qui pourrait les voir. L'heure n'était pas aux règlements mais aux retrouvailles.

Avant d'entrer dans la camionnette, Campbell jeta un coup d'œil au couple derrière lui qui s'abandonnait au réconfort d'une étreinte. Il détourna le regard et rentra ensuite dans la voiture. Il baissa la tête et ouvrit le poing qu'il avait tenu fermé depuis sa sortie de la maison avec Sam. Dans ses doigts, une plume verte émeraude légèrement froissée lui chatouilla doucement la peau.

Le cadeau d'Alya. Une plume qu'elle avait ramassée lors d'une de leur balade.

_J'aimerais être un oiseau pour voir le monde à l'envers, si jamais c'était plus beau vu d'en haut. Fuir cette guerre et ses victimes, voler et parcourir simplement le monde. Ne jamais s'arrêter ni s'attacher. Pouvoir juste être un spectateur des horreurs du monde, un témoin malheureux qui s'envolerait pour un endroit plus beau…

Puis elle lui avait pris la main, ouvert les doigts pour y déposer la plume et les avait refermé sur celle-ci.

Une larme coula sur sa joue, tandis que la voiture se mettait en route.


A suivre... laissez une trace de votre passage! ;)