Colinou : On a qu'à dire que des fois, Morgane a des œillères et que dans ses nuances de folies, elle distingue pas toujours tout. Emrys is my boss, devrait se faire faire ça en t-shirt les druides.

~(-)~

Chapitre 26: Consolider ses Forces ~Partie 3~

Camelot était silencieuse, le son de la Grande Cloche marquant la fin de la journée. Mais aussi tard qu'il soit, même avec le peuple se dirigeant vers leur nuit de repos, ici dans cette pièce deux mains lissaient la cape rouge sur ses épaules et vérifiaient que la chemise et la veste dessous tombaient encore à la perfection.

Arthur demeura solennel tandis que son ami terminait les préparations, laissant le magicien déposer la couronne sur sa tête comme touche finale.

"Quand est-il revenu ?"

Merlin fit un pas en arrière, maintenant que son travail était terminé. Arthur était en tout point le roi fort. Fier, royal, et plein de défi.

"Il y a deux heures. Il est allé droit dans ses appartements et il n'en est pas sorti depuis. Je dirais qu'il a beaucoup de choses en tête."

Le roi lui jeta un regard.

"Tu as réussi à arranger ce que je t'ai demandé ?"

Nouveau hochement de tête.

"Après avoir écrit ces deux traités, et demandé à Georg de changer les patrouilles pour moi. Oui."

Il haussa les sourcils avec amusement.

"Est-ce que je vous ai dit que j'ai choqué Geoffrey en récitant les grandes lignes du traité dans les vingt-deux langues que je connais qui possèdent les équivalents pour une bonne traduction ? J'en aurais fait sept de plus avec une traduction partielle possible, sauf que ça prenait trop longtemps avec son regard choqué."

Arthur sourit à ces mots.

"Ne le pousse pas trop, Merlin. J'ai besoin qu'il soit capable de réfléchir. Et j'admets que je suis encore un peu agacé que tu aies le contrôle du Capitaine de ma propre Garde du Château."

Merlin lui rendit son sourire, croisant les bras sur sa poitrine avec auto-satisfaction.

"Mais ce n'est pas comme si j'allais me servir du fait qu'il est l'homme de la Conspiration, et contraint de suivre mes ordres, contre vous. Votre vie est entre mes mains la plupart du temps de toute façon, alors ce n'est pas comme si ça faisait une grande différence. D'ailleurs, je lui ai seulement demandé de modifier les patrouilles près de la Salle du Conseil. Nellan m'a aidé à installer une illusion déplaçable pour qu'on puisse lui faire traverser le reste. Elle l'aime bien.

- Je sais que je ne le connais que depuis un jour, mais je peux dire que le contraire m'aurait étonné."

Arthur fit un signe de tête en direction de la porte, avant de s'y diriger.

"Allons-y. Je suppose que tu as ordonné à Georg de m'amener Agravain ?"

Le sourire de Merlin se fit rusé.

"Il ira le chercher dès qu'il nous verra entrer dans la Salle du Conseil. Les sorts de silence sont déjà en place, courtoisie de Nellan, mais lui et le reste de vos nouveaux alliés vont rester à l'écart. C'est notre scène."

Arthur sortit de la porte, une sombre détermination dans son pas.

"Et je l'attends avec impatience... Même si une partie de moi a envie de s'enfuir."

Le magicien pouvait le comprendre, prenant la suite de son ami tandis qu'ils se dirigeaient vers la salle du conseil. Il avait tiré avantage des nuages de tempête de tout à l'heure, les épaississant avec son pouvoir afin de couper toute lumière de la lune et des étoiles. Le résultat était que tout endroit sans bougies ou torches était presque entièrement noir, et la pièce vers laquelle ils se dirigeaient avait été allumée de telle façon que seule la zone autour de l'entrée principale était entièrement allumée. La table avait été sortie de la pièce, et tout au fond le trône était à peine visible dans l'ombre, tout comme les zones derrière les colonnes de chaque côté. Il n'y avait pas de gardes devant les portes quand ils arrivèrent.

A l'intérieur, Arthur fit un signe de tête aux personnes assemblées ici, celles qu'il ne pouvait voir mais savait présentes dans les ténèbres. Merlin ferma les portes tandis qu'il allait s'asseoir sur le trône, le magicien se plaçant ensuite derrière la dernière colonne à sa droite, et ainsi l'attente silencieuse commença.

Il fallut presque quinze minutes avant que les portes ne s'ouvrent à nouveau, ouvertes par Georg avant que le Capitaine ne fasse fermement entrer un certain noble dans la pièce. Il les referma ensuite d'une poussée et monta la garde pour prévenir toute tentative de fuite, tandis qu'un Agravain visiblement mal à l'aise essayait désormais de voir dans l'obscurité, les ombres incitant la peur comme elles étaient censées le faire.

Il déglutit nerveusement.

"V-vous souhaitiez me voir, Sire ?"

Arthur, sévère et les sourcils froncés, leva la main pour lui ordonner d'avancer.

"Approchez."

Agravain s'exécuta, s'arrêtant au milieu de la pièce quand la main levée d'Arthur indiqua qu'il était assez près. La voix d'Arthur ne monta pas d'un ton.

"Je crois que vous savez pourquoi vous êtes là."

Agravain secouant la tête, l'air aimable à l'exception de la sueur commençant à perler sur son visage.

"J'ignore de quoi vous parlez, Mon Seigneur... Arthur, pourquoi m'avoir appelé ici si tard ?"

Arthur révéla autre chose dans sa main, le laisant tomber et pendre de ses doigts... Un certain collier qui fit pâlir Agravain lorsqu'il l'aperçut.

"Ne faisons pas comme si vous ignoriez de quoi il s'agit, étant donné que c'est vous qui l'avez passé au cou de mon père."

Arthur inclina la tête, les yeux étrécis.

"Comment se porte ma soeur ? Elle doit se sentir terriblement seule, à vivre dans les bois au sud-est de la cité."

Agravain déglutit à nouveau, essayant encore de nier alors même qu'un frisson de choc le parcourait. Le choc qu'Arthur ait au moins une vague idée d'où se trouvait Morgane.

"Vous devez faire erreur. Je vous donne ma parole, j'ignore absolument de quoi vous parlez.

- Alors ce n'est pas plus mal que votre parole ne signifie plus rien pour moi."

Arthur laissa tomber le collier, ignorant le cliquetis tandis qu'il frappait le sol de pierre.

"Vous êtes un traître et un lâche, et je sais que ma mère pleurerait de savoir que son frère est prêt à descendre si bas en son nom. Je connais les circonstances de ma naissance, et que ma mère en est morte. Mon père a fait des erreurs, oui, mais il n'a jamais cessé de l'aimer. Et pourtant aussi bien vous que votre frère, Tristan, avez cherché à prendre sa vie pour venger la mort de votre soeur? Que vous ayez réussi ne lui apportera nullement la paix, mais au moins mon père et elle sont désormais réunis à Avalon."

Les épaules d'Agravain s'affaissèrent, sachant que le jeu était terminé. Il leva ensuite la tête, toute prétention de plaider l'innocence disparue.

"Je suppose que maintenant vous allez me faire exécuter. N'est-ce pas, Arthur ? Me faire disparaître ? Vous ne pouvez pas exactement tenir un procès public, pas quand vos preuves révèleraient également votre soutien de la magie."

Arthur se mit à sourire, un sourire qui envoya un frisson le long de la colonne vertébrale de son oncle.

"Non, parce que contrairement à vous je ne m'abaisserai pas à tuer ma famille à moins que ce ne soit absolument nécessaire... Et parce que vous m'êtes plus utile vivant que mort."

Agravain se mit à rire.

"Alors vous comptez m'utiliser contre Morgane ? Vous perdez votre temps."

Le sourire d'Arthur ne disparut pas, sa confiance loin d'être ébranlée.

"J'en ai l'intention, mais pas comme vous le croyez... Sentez-vous libre de continuer d'opposer votre cerveau et vos plans contre ceux qui me servent; vous comme Morgane. Parce que je veux qu'elle perde son temps à croire que vous lui êtes encore utile."

Il inspecta ses gants.

"Savez-vous ce qu'elle fait à ceux qu'elle ne trouve plus utiles, à ceux qui sont devenus une entrave ? Vous devriez demander à feu le Roi Cenred. Après tout, Morgane et Morgause l'ont laissé pourrir sur le sol de sa propre salle du trône, à ce que j'ai appris du nouveau Roi d'Escetia."

Au centre de la pièce, Agravain eut un mouvement de recul.

"Elle ne ferait pas ça. Elle m'a promis une position quand elle prendrait le trône."

Arthur eut un reniflement de dégoût.

"Alors vous faites ça pour la vengeance et le pouvoir... C'est aussi avec le pouvoir et la richesse que Cenred avait été acheté."

Le roi se renfonça dans son trône, détendu.

"Oh, et croyez-moi. Ne faites pas confiance aux promesses de Morgane. Elle vous trahirait, et vous ne lui soufflerez pas un mot de cette conversation... Pas si vous tenez à la vie. Parce que je peux vous assurer que je connais assez bien ma soeur, pour savoir que dès qu'elle apprendra que vous lui êtes non seulement inutile, mais un handicap... Elle vous poignardera le coeur sans une arrière-pensée.

- Et qu'est-ce qui vous fait croire que me menacer de mort me fera taire ?"

Le regard d'Arthur le cloua sur place.

"Parce que vous êtes un lâche qui se cache derrière les plus forts que vous, alors même que vous cherchez à prendre l'avantage sur eux. J'ai rencontré plus d'un homme comme vous, et vous êtes tous les mêmes. Pleurnichards, terrifiés, et impuissants."

Agravain le regarda fixement, tremblant de peur et essayant de le cacher.

"Alors qu'est-ce que vous allez faire de moi ?"

Arthur adressa un signal aux ombres, quatre chevaliers, deux médecins, et une servante sortant des ténèbres pour former un cercle d'expressions dégoûtées autour du noble.

"Vous allez continuer de vivre ici à Camelot, et vous allez continuer de faire vos rapports à Morgane... Mais ne pensez même pas à essayer de vous enfuir."

De sa cachette, Merlin adressa un signal à l'espace derrière le trône d'Arthur,la silhouette roulée en boule de Friou se dépliant et sortant des ombres pour venir se dresser de l'autre côté du siège. Elle gronda et siffla avec véhémence au noble, tandis qu'Arthur faisait maintenant signe à Merlin de s'avancer.

Quand il sortit dans la lumière tamisée, Merlin s'adressa à la vouivre.

"Eftgemyndge hine, Geleaffriou. Gif he swice, thu abethecest ond thu torendest hine."

Friou grogna une fois, hochant la tête pour accepter l'ordre tandis qu'Agravain reculait d'un pas avec terreur.

"Qu'est-ce qu'il vient de faire ? Comment est-ce que vous avez une... vouivre ?"

La réponse d'Arthur fut plate et indifférente.

"Les vouivres sont de lointaines cousines des Dragons, et il se trouve que Merlin est un Seigneur des Dragons. Et si j'ai correctement traduit ce qu'il a dit, il vient de lui dire que si vous essayez jamais de fuir Camelot et de vous enfuir, elle doit vous retrouver et vous déchirer en morceaux."

Il adressa un petit sourire à son oncle.

"Et je voudrais aussi vous prévenir, que si elle ne vous trouve pas alors son oncle le fera. Et faites-moi confiance, son oncle est beaucoup plus gros que le mien."

Merlin rit sombrement devant cette obscure vérité, tout en drapant un bras sur les épaules de Friou d'un air détendu.

"Quand j'ai découvert que vous travailliez pour Morgane, quand j'ai mis vos nerfs à l'épreuve dans cette même salle, je vous ai posé une question silencieuse, Agravain. A laquelle vous n'avez pas répondu. Alors maintenant je vous la pose ouvertement. Qui craignez-vous le plus ; Morgane... ou nous ?"

Arthur regarda royalement son oncle de haut depuis sa position sur le trône.

"Bienvenue dans la partie contre le véritable Arthur Pendragon, sur un plateau qui est lourdement en ma faveur. Et si vous voulez garder votre pathétique tête sur vos épaules, ou éviter le bûcher, alors vous obéirez à cela. Continuez de nourrir ma soeur de petites informations, continuez de l'aider dans ses plans, mais n'oubliez jamais... Celui qui tient vraiment votre laisse et votre vie dans ses mains, c'est moi."

Arthur se leva, la Fraternité rassemblée faisant un pas de plus vers le noble pour l'intimider.

"Vous avez joué contre moi et vous avec perdu, mon oncle. Vous êtes désormais mon pion."

Perceval et Léon s'avancèrent pour appuyer une main sur chacune des épaules d'Agravain, le retournèrent et l'escortèrent hors de la pièce jusqu'à ses appartements. Quand il fut parti, Arthur se rassit sur son trône avec un soupir.

Friou le poussa du museau, roucoulant pour le réconforter et Merlin la contourna pour lui tapoter l'épaule.

"Comme je l'ai dit. La violence n'est pas la réponse, et de cette façon vous avez quand même vengé votre père mais d'une façon différente. Agravain paiera pour ce qu'il a fait, en sachant qu'il vit désormais dans une prison dorée."

Gwen regarda vers eux, fronçant les sourcils avec inquiétude.

"Mais n'est-ce pas dangereux de le laisser continuer d'aidMorgane ?"

Gaius la rejoignit, solennel.

"Si, mais c'est bien moins dangereux que l'alternative. Et n'oublie pas. Il est désormais dans les meilleurs intérêts d'Agravain de lui faire croire qu'il lui est utile même s'il ne l'est pas. Cette fausse information, qu'il lui donnera pour se protéger, va considérablement saper ses efforts."

Gauvain les interrompit, roulant des yeux devant leur conversation déprimante.

"Arrêtez un peu de vous inquiéter et regarder le bon côté des choses : nous ne sommes pas à sa place. Parce que je peux vous garantir que vivre à Camelot, sous notre surveillance à tous, va être un enfer qu'il n'oubliera jamais."

Les paroles d'Arthur l'interrompirent, faisant se tourner toutes les têtes vers lui.

"Il reste un danger, mais un danger contrôlable. Restez tous à l'affût d'activités suspectes, et faites-en part à Merlin dès que vous voyez quelque chose."

Il soupira et regarda ses mains, chacun conscient que c'était sa façon de leur donner congé. Ils partirent, chacun retournant dans sa maison ou ses appartements. Demain serait un grand jour, et ils auraient besoin de repos. Seuls Merlin, Arthur et Friou restèrent en place, le premier murmurant au roi :

"Le garder en vie mais le forcer à continuer d'aider Morgane, en lui faisant savoir qu'elle le tuera s'il ne le fait pas... Mais aussi le pousser à lui mentir sur son utilité, afin qu'elle devienne trop confiante et fasse des erreurs. Avec l'avertissement que s'il essaie de fuir la situation, il mourra de toute façon... Je suis désolé que vous ayez eu à faire tout ça. Il reste votre oncle, peu importe ce qu'il a fait."

Arthur regarda son ami, maussade.

"Je ne garde pas grand espoir pour lui. Mais peut-être qu'en le forçant à se jouer de Morgane, tout en le gardant à mes côtés, je peux lui montrer par l'exemple le genre de roi que je serai. Peut-être qu'il réalisera ses erreurs, même s'il sait aussi bien que moi que je ne lui ferai plus jamais entièrement confiance."

Merlin soupira.

"Mais il est tout aussi probable qu'il en vienne à vous haïr autant qu'il haïssait votre père. Vous l'avez piégé, avec la mort des deux côtés. Il fait partie de la famille, mais il a pris part à un régicide; un crime qui par la loi de Camelot n'est punissable que de mort."

Il eut un petit sourire.

"Même si Friou ne serait pas réellement son bourreau. Je ne veux pas qu'elle prenne de mauvais habitudes."

La plaisanterie arracha un léger rire à Arthur, qui se leva et lui rendit son sourire.

"Merci, de m'avoir remonté le moral. On pourrait croire que depuis le temps, j'aurais appris que mes parents proches ont tous des problèmes avec la colère et la soif de vengeance. Je suppose que je suis vraiment l'exception."

Son visage se fit triste.

"Je pourrais aussi bien dire que je n'ai aucune famille maintenant, ou du moins aucune qui ne veuille pas ma mort."

Friou passa la tête sous son bras, roucoulant d'inquiétude pour lui, et Merlin lui mit de nouveau une main sur l'épaule.

"Mais vous avez une famille, vous avez la Fraternité. Vous avez Gwen, qui vous aime, et vous m'avez moi... L'ami aussi proche qu'un petit frère, qui ne vit que pour vous irriter."

Cette fois le rire d'Arthur était plus sincère, et il se dirigea vers la porte.

"A demain matin, et ne sois pas en retard. Sinon je mettrai mon 'petit frère' au pilori."

Il souriait en disant cela, clairement une plaisanterie, et Merlin lui rendit son sourire. Arthur allait très bien s'en sortir, et maintenant... Maintenant, lui, Merlin, devait faire passer en douce une vouivre adolescente de sept cents livres à travers le château.

Friou se blottit contre lui, inconsciente du problème qu'elle pouvait poser. Il faudrait un certain temps avant que son 'père' ne puisse se retirer dans son lit.

~(-)~

Le soleil brillait à travers les fenêtres de la pièce, la tempête de la nuit dernière désormais envoyée au loin avec juste un petit coup de magie. Les cieux clairs étaient comme un présage pour le peuple de Camelot, qui même maintenant vaquaient à leurs occupations quotidiennes avec la joie procurée par l'annonce d'Arthur ce matin-là.

Camelot et Escetia, unies de nouveau par l'alliance et l'amitié. La frontière est ne serait plus une zone de tension. Les bandits continueraient certainement de hanter ces zones, comme ils le faisaient partout, mais ce serait désormais sous la menace d'être surpris par des patrouilles de chaque côté. Ce qui rendait bien sûr Merlin très heureux, ravi de savoir que son village natal et sa mère ne résidaient plus dans des terres frontalières en conflit.

Il avait encore un léger sourire sur le visage tandis qu'il était assis là, à droite d'Arthur dans la salle du conseil. Il y avait un petit changement par rapport aux sièges de la veille, Nellan étant désormais à côté de lui, et Fyren et Tarven à gauche d'Arthur. Du Conseil de Camelot, seul Geoffrey était présent pour les 'représenter', ce qui n'avait soulevé d'objections de la part de personne... et certainement pas d'Agravain. Le noble tremblait toujours dans ses appartements.

Mais ici et maintenant, dans cette pièce et avec ces gens, la table était décorée de deux copies de chacun des deux traités. Avec tous les rubans, cires colorés, et sceaux nécessaires pour les rendre officiels. Il ne restait plus qu'à confirmer ce qui était écrit dessus.

Merlin se vit confier ce devoir puisqu'il avait écrit les traités, sa voix trahissant légèrement à quel point il était mal à l'aise.

"Le Traité d'Alliance, comme requis, établit que les Royaumes de Camelot et d'Escetia viendront chacun au secours de l'autre en temps de crise."

Il soupira.

"En enlevant toutes les formulations officielles ennuyeuses, ça énonce aussi tous les etceteras sur lesquels nous sommes tombés d'accord hier pour la Forteresse d'Ascétir. J'ai ajouté une chose, cependant. Une idée à moi."

Il regarda Tarven.

"Puisque vous avez la confiance et la haute estime des deux rois, vous êtes nommé pour servir d'officint dans tous les accords d'échange entre les deux royaumes. L'argent des taxes sur le profit reviendra quand même à Camelot de toute façon, et si vous êtes en charge de surveiller cela, ce sera plus facile pour vous de "ré-allouer" des fonds à nos autres projets sans que le conseil ici ne s'en aperçoive."

Arthur sembla satisfait tandis que le Seigneur d'Ulwin acquiesçait.

"Joliment fait. Bon argument, Merlin."

Geoffrey intervint à ce stade.

"Je dois admettre que Merlin m'a impressionné avec son travail sur les traités hier. Gaius n'a vraiment pas surestimé son éducation et sa connaissance, aussi sceptique que j'aie été. La seule chose pour laquelle il m'a fallu l'assister, ce fut pour l'aider à raffiner la formulation des documents."

Fyren haussa les sourcils à ces mots, souriant devant la perplexité de Merlin.

"Et le Traité pour la Magie, alors ? Qu'avez-vous mis dedans ?"

Merlin grimaça immédiatement, jetant un regard à Arthur avant de pousser un soupir.

"Celui-là était basique et facile, puisqu'il ne contient vraiment qu'une chose. Que toute future loi concernant le retour et l'usage de la magie, dans les deux royaumes, doit être ratifiée et approuvée par le Sorcier de la Cour de Camelot... Moi."

Il dirigea un autre regard vers son roi, marmonnant dans sa barbe :

"Arthur a insisté là-dessus."

Fyren éclata de rire, souriant de la déconfiture de Merlin.

"Je n'ai aucun problème avec ça. Vous êtes le meilleur sorcier que nous ayons. Aucun des autres ne s'approche de votre talent ou de votre force. Et vous êtes le bras droit d'Arthur. Il faut que ce soit vous."

Nellan, réfléchissant comme Fyren à ce qu'ils s'étaient dit la veille, hocha la tête.

"Au nom de mon clan, je puis dire que vous avez notre entière confiance en votre jugement, pour établir des lois justes afin de gouverner l'usage de la magie."

Merlin laissa échapper un soupir de défaite, sa voix trahissant son déplaisir et sa réticence à cette tâche.

"Ce qui veut dire que je vais devoir trouver le temps de fouiller dans les anciennes lois, avant de pouvoir commencer à préparer et écrire les nouvelles."

Le druide à ses côtés se mit à rire, les remarques de Nellan prenant un ton plus que taquin.

"Et ensuite vous devrez les montrer aux autres sorciers en qui vous avez confiance, en discuter, puis aller les amender... Et ensuite vous devrez recommencer, juste pour vous assurer qu'il n'y ait rien qui puisse être globalement déplaisant pour la communauté magique."

Merlin ne put s'en empêcher. Au diable la dignité, il se cogna sur le front sur la table avec un bruit sourd.

"Et je jure que vous en ferez partie. Si vous devez vous moquer de mes souffrances, vous pouvez m'y rejoindre."

Cela fit rire toutes les personnes présentes, même Geoffrey laissant échapper un sourire. Quels que soient les doutes qu'il ait eu la veille, quand on lui avait présenté pour la première fois cette autre facette d'Arthur et ses alliés, ils avaient maintenant disparu.

"Eh bien, je pense que nous pouvons dire dans ce cas, que les termes des deux traités sont acceptés. Peut-être pouvons-nous désormais observer les formalités ?"

Arthur acquiesça la tête, comme l'autre roi.

"Entendu."

Il sortit de sous sa cape une boîte de la taille de sa paume, et la déposa devant Merlin.

"Tiens, tu vas avoir besoin de ça."

Le magicien, qui s'était redressé, jeta un regard au cube de bois élégamment gravé qu'il saisit.

"Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a dedans.

- Regarde."

Arthur observa avec un petit sourire tandis que Merlin ôtait le couvercle de la boîte, révélant la poignée de bois en forme de noeud d'un sceau. Le magicien en sortit ensuite le sceau qu'il retourna, avant de regarder fixement le dessin concave d'un griffon assis gravé dedans, et de le tracer du doigt.

"Mon propre sceau ?"

Arthur commença à sourire largement.

"Si tu le regardes attentivement, tu verras que c'est la même taille que le mien. Et le griffon est posé de telle façon que quand on les apposera côte à côte, ton griffon et mon dragon seront face à face. Tu te tiens comme mon égal, après tout, et ceci est ton premier acte officiel de Sorcier de la Cour. Même si seuls les gens dans cette pièce et la Fraternité sont au courant."

Merlin sursauta, avant de le regarder fixement.

"Mon premier acte officiel ?"

De l'autre côté et à l'autre bout de la table, Gaius se mit à rire.

"Je crois que vos subtilités viennent de lui échapper, Sire... Merlin, il est en train de dire que ta position n'est plus 'officieuse'. Tu es le Sorcier de la Cour de Camelot, même si tu devras rester le serviteur d'Arthur pour l'instant pour le cacher."

Il y avait des sourires tout autour de la table tandis que le Traité pour la Magie était poussé devant le magicien sonné, avec une plume, de l'encre, et un bâton de cire rouge ainsi qu'un ruban assorti.

Arthur eut un sourire narquois.

"Tu vas devoir attendre pour faire l'autre, jusqu'à après la fête de ce soir, même si j'aimerais te le faire signer devant la cour. Habitue-toi, parce que chaque rapport qui viendra maintenant, de la Conspiration, ce sera ton travail de décider de la réponse et de l'écrire."

Merlin demeura immobile quelques instants supplémentaires, avant de finalement pousser un soupir exaspéré et de secouer la tête. Il saisit la plume et la trempa dans l'encre, avant de signer obstinément 'Merlin Emrys' sur le document à l'aide d'un alphabet obscur, qu'il plaça sur la ligne du haut puis avec une touche soigneuse de magie, grava une ligne assortie sur le côté droit du parchemin voisin.

Il saisit ensuite la cire et le ruban, plaçant le bout de soie coupé à la fin de sa ligne signée avant de tenir la cire au-dessus.

"Se weax amylten."

Le bout de la cire s'adoucit et fondit, Merlin en faisant une large flaque sur le bout du ruban. Il saisit ensuite son nouveau sceau, vérifia qu'il était dans le bon sens, et appuya fermement dessus.

Il le releva pour laisser l'image parfaite d'un fier griffon, assis dans une pose reflétant celle du dragon qui fut bientôt apposée en un autre sceau rouge à ses côtés. Deux sceaux supplémentaires les rejoignirent, placés en-dessous. Le griffon aux ailes déployés et tenant un soleil de Fyren, pressé dans de la cire verte, et le blason de famille de Tarven pressé dans une cire orange.

La scène fut reproduite plus tard dans la soirée, dans la large salle à manger devant les membres réunis de la cour. Des acclamations s'élevèrent quand Arthur et Fyrendir levèrent leurs poings à l'unisson pour conclure la signature, Agravain se joignant à contre-coeur aux acclamations après un regard incendiaire provenant des yeux étrécis des Chevaliers de la Fraternité.

Et puis, après la fête, le noble se retrouva avec un goût encore pire dans la bouche quand Arthur le fit regarder Merlin ajouter sa signature runique et son sceau aux documents, dans l'espace prévu à cet effet à côté du sien.

Dans les secondes qui suivirent le noble eut un mouvement de recul, quand une main tomba sur son épaule et qu'un Gauvain souriant lui murmura dans l'oreille d'un ton plaisant :

"Surveillez vos arrières. Parce que si jamais vous causez à Merlin ou Arthur de se faire tuer... La vouivre de Merlin ne sera pas la seule à vous pourchasser."

Il s'éloigna pour donner à Merlin une claque sur l'épaule, le magicien, les rois, et leurs alliés souriant tous avec solidarité. Et Agravain ne put que se tenir là, au bord de leur monde de lumière. Impuissant et incapable de faire quoi que ce soit.

~(-)~

"On pourrait croire que depuis le temps, j'aurais appris que mes parents proches ont tous des problèmes avec la colère et la soif de vengeance." C'est totalement ça lol