Colinou: "se tourna et affronta le regard désapprobateur de Gaius". Je crains que la tentative d'humour de Borden ne soit pas très appréciée de son auditoire.

titesouris: Avec toutes les nuits qu'il a passées à espionner Morgane/protéger Arthur/sauver Camelot/faire de la magie/frôler la mort, Merlin va devoir rester pas mal de temps dans cette bulle.

Aithusa ~ Partie 2 :

Merlin observa le ciel après avoir lancé son appel, à la fois impatient et inquiet de parler à Kilgarrah. Impatient de transmettre la bonne nouvelle, et inquiet qu'en faisant cela le dragon puisse l'informer que la légende d'Ashakanar n'était que cela… Une légende, un mythe. Si c'était le cas, ce serait un coup terrible pour tous les deux. Une grande douleur au souvenir de tout ce qui avait été perdu.

A ce moment Kilgarrah apparut, descendant depuis les cieux pour atterrir dans la clairière qui le connaissait si bien.

« Qu'y a-t-il, Merlin ? Je sens que tu es anxieux au sujet de quelque chose, mais aussi exalté. Que veux-tu me dire ? »

Merlin leva les yeux pour le regarder, prenant une profonde inspiration.

« Un homme est venu à Camelot, pour voir Gaius, disant avoir deux morceaux du Triskellion d'Ashkanar. Il recherche le troisième, qui est dans les souterrains de Camelot, pour pouvoir entrer dans le Tombeau d'Ashkanar et récupérer là…un œuf de dragon. Il dit qu'il veut le libérer, mais Gaius m'a avertit que ce n'est pas un homme à qui l'on peut faire confiance. »

Kilgarrah était devenu silencieux, et puis, soudainement et d'une manière pressante, plein d'espoir.

« Je n'ai jamais osé rêver d'un tel moment, Merlin. Jusqu'à présent, je croyais que l'œuf ne serait jamais trouvé. Que je serais le dernier de mon espèce. »

Le regard de Merlin s'emplit d'espoir à son tour, et il se mit à sourire.

« Alors la légende est vraie ? »

« Oui. »

Kilgarrah leva les yeux vers le ciel étoilé, avant de baisser à nouveau le regard vers le Seigneur des Dragons devant lui.

« C'est une chance unique, Merlin. Tu dois retrouver l'œuf. »

« Je sais. »

Merlin hésita, causant le froncement des sourcils du dragon.

« Quel est le problème ? »

« La troisième partie du Triskellion se trouve dans les souterrains de Camelot. Je vais avoir besoin de demander la permission d'Arthur pour poursuivre cela. Et il y a toujours le fait que Gaius dit qu'on ne peut pas faire confiance à Borden. Cela sera risqué. »

Kilgarrah le dévisagea, la colère l'envahissant ainsi que la frustration en voyant commet le jeune homme accordait une importance aussi exagérée à la permission d'autres personnes dans certaines situations.

« Merlin, tu es un Seigneur des Dragons. C'est un don, transmis par ton père. Il a renoncé à tout ce qu'il avait pour me sauver. Que penses-tu qu'il dirait ? »

Merlin tressaillit, honteux, tandis que le dragon continuait de le supplier calmement.

« L'œuf abrite le dernier de mon espèce. Je t'en supplie, Merlin, au nom de ton père. Promets-moi que tu feras tout ce qui est en ton pouvoir pour le secourir. »

A ses pieds, Merlin redressa les épaules, son attitude devenant posée et déterminée. Une telle requête ne pouvait et ne serait jamais refusée.

« Je vous le promets. »

Il quitta la clairière et retourna au château, où il lutta pour trouver le sommeil le reste de la nuit jusqu'à l'aube, jusqu'à ce qu'arrive le moment où il pourrait parler au roi. En arrivant avec le plateau du petit-déjeuner, il trouva Arthur déjà éveillé et habillé, et le roi remarqua immédiatement que quelque chose semblait troubler son ami.

« Tu as l'air pensif. Rien de grave, j'espère. »

Merlin posa le plateau sur la table, s'installant dans la chaise en face de celle d'Arthur, et le roi s'approcha, prit place dans sa chaise et commença à manger.

« Un homme est venu voir Gaius hier soir, prétendant posséder une partie de la clé du Tombeau d'Ashkanar. Le dernier morceau se trouve dans les souterrains de Camelot, et il voulait son aide pour l'obtenir.

Arthur fronça les sourcils, et avala ce qu'il avait dans la bouche.

« Un chercheur de trésors ? J'imagine que Gaius a refusé. »

Merlin acquiesça.

« Il l'a fait, mais seulement pour que je puisse consulter à la fois vous et Kilgarrah avant de prendre la moindre décision. Gaius dit qu'on ne peut pas croire les promesses de Borden, mais Kilgarrah a confirmé que le trésor qu'il recherche existe vraiment… Et j'ai promis à Kilgarrah que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour le récupérer. »

Cela éveilla l'intérêt d'Arthur.

« Et quel est ce trésor en fait ? »

« Un œuf de dragon. »

Le roi s'étouffa, le dévisageant avec stupéfaction tandis que Merlin expliquait.

« Il existe une légende selon laquelle Ashkanar aurait caché un œuf dans sa tombe, il serait enfermé dedans depuis quatre cents ans. En sécurité et à l'abri des hommes, protégé de ceux comme votre père qui l'auraient détruit… Je ne peux pas simplement le laisser là, Arthur. En tant que Seigneur des Dragons, je ne peux pas dire non à la demande de Kilgarrah de lui amener sa famille.

Arthur reposa sa cuillère dans son bol de porridge, clairement absorbé dans ses pensées, avant de sourire au sorcier.

« Et en tant qu'ami, je ne peux pas te refuser cela non plus… Tu dis qu'on ne peut pas faire confiance à Borden ? As-tu un plan pour t'occuper de lui ? »

Merlin acquiesça.

« Il y a toujours une possibilité qu'il soit sincère à propos de ses raisons pour rechercher l'œuf, qu'il veuille libérer ce qu'il croit être le dernier dragon. Si c'est le cas, voler les morceaux du Triskellion qu'il a déjà ne me plaît pas vraiment. Donc… »

Il leva les sourcils, haussant les épaules.

« J'ai l'intention de 'voler' le dernier morceau pour lui, et de le lui donner à condition que je puisse aller avec lui au Tombeau. Au cas où il essaierait de faire quelque chose, vous et les Chevaliers de la Table Ronde pouvez nous suivre d'une courte distance. Je vous laisserai des traces à suivre. »

« Bien que j'ai du mal à imaginer que tu puisses avoir des ennuis avec un seul homme non-sorcier. Même dans ton sommeil, tu es capable de te protéger. »

Arthur réfléchit un moment puis hocha la tête.

« Ce plan m'a l'air bon. Il comprend des risques mais ils sont acceptables. Tu as ma permission pour le mener à bien. Je vais prévenir nos amis qu'il faut être prêt à partir dès que toi et Borden quitterez la cité. »

Il retira une lourde clé de sa ceinture et la lui donna, c'était la clé de la dernière porte des souterrains. Non pas que Merlin en avait besoin mais c'était tout de même un soutien clair.

Merlin l'accepta et se mit debout.

« Merci, Arthur. Je ne l'oublierai pas. »

Son expression rayonnait de gratitude pour cette faveur, le sorcier se dépêchant de sortir de la chambre et se dirigeant immédiatement vers les souterrains. La première unité de gardes 'spécialement choisis' était arrivée d'Ulwin suite à la signature du traité avec Escetia, et ces hommes avaient été immédiatement placés au niveau des zones les plus sensibles des souterrains.

Cela voulait dire que Merlin pouvait ouvertement entrer dans les souterrains en passant devant les gardes, qui le saluèrent juste respectueusement et ne firent aucun geste pour l'arrêter. Même s'il avait ouvert le portail avec la magie, et non la clé, aucun d'entre eux n'aurait bronché. Cela signifiait aussi que Merlin pouvait regarder tout ce que contenaient les souterrains sans avoir à s'inquiéter en utilisant ses pouvoirs pour écarter les objets gênants sur son chemin.

Il fallut presque une heure de recherche, des boîtes et des boîtes de bijoux et de bibelots pris aux disciples de l'Ancienne Religion. Puis, finalement, il ouvrit une dernière petite boîte et découvrit une spirale métallique couverte de runes à l'intérieur.

Merlin se saisit de la dernière partie du Triskellion, sentant avec admiration son poids dans sa main et le picotement de sa magie sur le bout de ses doigts. Il la rangea rapidement dans sa poche et quitta les souterrains, avant de ramener la clé à la chambre d'Arthur qui était à présent absent, puis il s'arrêta à sa chambre pour récupérer une autre chose qu'il attacha autour de sa taille.

Son épée, celle que le père de Gwen lui avait donnée, était un poids rassurant à sa ceinture. Si Borden était du genre à brandir un couteau en découvrant ce qu'il transportait, il aurait alors une surprise. Merlin reçut quelques regards étranges de gens qui le virent avec tandis qu'il marchait dans les rues, mais la plupart secouaient simplement la tête, l'air amusé. Après tout, qui allait croire que le roi l'avait réellement entraîné à utiliser une épée ?

Il entra dans la Taverne du Soleil Levant, se glissant sans se faire remarquer à travers la foule des habitués à l'intérieur et prenant les escaliers vers les chambres. Trouver l'homme qu'il cherchait ne fut pas difficile, tout ce qu'il eut à faire fut passer sa tête à l'intérieur de chaque chambre une par une jusqu'à ce qu'il obtienne une réaction.

Et quelle réaction se fut, une main se cramponnant au col de sa chemise avant de le pousser et de le plaquer contre le mur à côté de la porte… Une longue dague pointée sur son cou.

Borden le regardait d'un air à la fois nerveux et inquiet.

« Que veux-tu ? »

Merlin baissa le regard vers le couteau, se préparant silencieusement à élever un mur de pouvoir entre lui et son cou si cela si cela s'avérait nécessaire.

« Je suis là pour vous aider… Je connais Gaius, et j'ai entendu ce que vous lui avez dit hier soir. Je veux voir un œuf de dragon, si ça existe vraiment. »

Borden fronça les sourcils.

« Est-ce qu'il t'a envoyé ? »

« Non. »

L'homme ouvrit la porte, se préparant pousser Merlin à l'extérieur.

« Eh bien va-t-en. Il n'y a rien qu'un garçon tel que toi puisse faire pour m'aider. »

Merlin se dégagea de son emprise, passant derrière lui en l'évitant pour retourner dans la chambre, souriant de satisfaction.

« Même si je suis le serviteur personnel du Roi Arthur et que je peux vous faire entrer dans les souterrains ? »

Borden, sur le point de se lancer et de l'attraper à nouveau, s'arrêta net dans ses pas.

« Tu es le serviteur du roi ? »

Merlin plongea sa main dans sa poche et en sortit sa partie du Triskellion.

« Exact. »

Borden regarda fixement la spirale dorée, plissant les yeux et faisant un pas en avant en brandissant sa dague.

« Donne la moi. »

Avant qu'il puisse faire un autre pas, la main droite de Merlin saisit son épée, il la brandit et d'un même mouvement fit tomber la dague de la main de l'autre homme.

« Seulement si vous acceptez de m'emmener avec vous au tombeau, et je ne vous donnerai cette partie qu'une fois que nous partirons d'ici pour y aller. Ce n'est pas beaucoup demander, n'est-ce pas ? »

Borden jeta un œil au bout de l'épée maintenu sans sourciller à hauteur de son torse.

« Tu es en train de me dire que tu sais réellement comment utiliser cette chose ? Tu n'es qu'un serviteur. »

Merlin eut un sourire narquois.

« Je suis le serviteur du roi, et il m'a lui-même entraîné… Quel assassin croirait que le serviteur est capable de l'étriper ? »

Le moment tendu s'allongea entre eux, avant que Borden ne range finalement sa dague et ne hoche la tête.

« Bien alors, marché conclu. Nous partirons demain à l'aube. »

Merlin marcha jusqu'à la porte, tenant toujours son épée même s'il ne la pointait plus sur l'homme. Il rangea ensuite le Triskellion dans sa poche dans un geste délibérément exagéré, puis hocha une fois la tête, et descendit les escaliers.

« Dans ce cas, je vous verrai à l'aube. »

OoOoO

« Tu es sûr que nous devons boire ce truc ? »

Gauvain regarda le contenu de la coupe, l'une des cinq alignées sur la table de l'armurerie. De l'autre côté des étroites fenêtres, une aurore fallacieuse venait de rendre le ciel gris, et à l'intérieur Merlin les regardait tous l'air résigné.

Il soupira.

« Écoutez, si je dois vous laisser des signes que Borden ne doit pas voir, alors ils doivent être magiques. Si vous n'avez pas de magie, alors vous avez besoin d'aide pour pouvoir les voir et les suivre. »

Il pointa du doigt les coupes.

« Cette potion vous permettra de voir les traces de magie pendant trois à quatre jours, et Arthur a la flasque qui en contient plus si cela dure plus longtemps. Donc allez-y, cul sec. »

Gauvain saisit la sienne, de même qu'Arthur et les autres, accordant à Merlin un autre regard.

« Est-ce qu'on t'a déjà dit que tu es autoritaire parfois ? »

« Non, mais pour une chose pareille je serai aussi autoritaire que je le dois. Je vais retrouver cet œuf. »

Il se tourna pour sortir de l'armurerie, leur faisant un signe de la main en sortant.

« Je démarrerai la piste juste à l'extérieur de la cité. Essayez de rester à moins d'une demi-heure derrière moi. »

La porte de l'armurerie se referma, ce qui laissa un roi et quatre chevaliers tenant les coupes remplies du liquide douteux. Ce fut Arthur qui se lança.

« Eh bien je lui ai bien accordé mon soutien pour ça. Santé. »

Il leva la coupe pour porter un toast, puis avala la potion en une fois. Il regarda ensuite dans la coupe vide d'un air surpris.

« Ce n'est pas aussi mauvais que ce à quoi je m'attendais. »

Encouragés par cette déclaration, les autres l'imitèrent, et se mirent aussitôt à tousser et à grimacer de dégoût.

Elyan le fixa du regard.

« Je croyais que vous aviez dit que ce n'était pas mauvais ? »

Alors seulement Arthur s'autorisa à grimacer.

« Ce n'est pas ce que j'ai dit, j'ai dit que ce n'était pas aussi mauvais que ce à quoi je m'attendais. »

Gauvain avait l'air de vouloir vomir.

« Alors vous vous attendiez à ce que ce soit pire que ça ? Comment avez-vous pu boire ça en gardant une expression neutre ? »

Arthur se dirigea vers la porte, sa voix sans relief.

« Comparée à celle que Merlin et moi avons bu pour le sort sur Morgane, celle-ci est bien pâle en comparaison. »

Dehors, dans les rues, le magicien en question avait un sourire sur le visage, tandis qu'il s'imaginait la façon dont il s'attendait à ce que les autres réagissent à sa potion. Mais il ne laissa pas le sourire durer longtemps, passant à une expression plus neutre et sérieuse tandis qu'il rejoignait Borden et son cheval à l'extérieur de la taverne.

Tous deux partirent sans un mot, Borden dévisageant Merlin et son épée, et Merlin jouant l'indifférence. Ce fut seulement après avoir dépassé les portes de Camelot qu'il se mit à parler, en donnant son morceau du Triskellion à l'homme.

« Voilà. Maintenant dépêchons-nous et trouvons ce tombeau. Libérer ce dragon pourrait être intéressant, mais je suis sûr que cet endroit renferme d'autres objets de valeur aussi. »

Borden prit la pièce avec un air presque ennuyé, se disant que l'intérêt de Merlin dans ce voyage était pour l'or et la richesse. Son attention se fixa sur l'artefact, et il y attacha le dernier morceau, il n'accorda aucune attention à la petite flasque que son compagnon de voyage sortit de sa veste et dont il but une gorgée.

Merlin avala la mixture, sans être perturbé par la brûlure des herbes enchantées tandis qu'elles descendaient le long de sa gorge. Prenant exemple de ce que Morgane avait fait pour suivre la piste de Gwen, il avait lancé sa propre, unique version du sort. Il n'y aurait pas une banale lueur dorée facile à reproduire derrière lui. Non, chacun de ses pas serait une marque sur le sol. Placée là dans une couleur argent nettement délimitée, qui mettrait des jours à disparaître.

Le Triskellion à présent complet et brillant légèrement quand il était pointé correctement vers ce qu'il ouvrait, tous deux prirent la route. Le cheval de Merlin laissant une ligne d'empreintes de sabots invisible derrière lui.

OoOoO

« Vous savez, quand il a dit qu'il laisserait des 'signes', je pensais qu'il voulait dire qu'il dessinerait des runes pour nous de temps en temps. Mais ça ? »

Cinq hommes en armure traversaient la forêt à cheval, suivant l'immanquable piste de traces de sabots qui brillait clairement pour leurs yeux. Au début, tomber dessus avait été une surprise, mais à présent d'autres pensées faisaient leur apparition.

Perceval haussa les sourcils, marmonnant doucement.

« C'est comme s'il nous faisait une blague. Il n'y a aucune compétence dans le fait de suivre une piste parfaite et intacte. »

« Oui, c'est comme s'il nous narguait. »

Gauvain s'affaissa sur sa selle, secouant la tête tandis qu'Arthur roulait des yeux en les regardant.

« Ou alors il fait peut-être tout simplement quelque chose de sensé, et s'assure qu'il n'y pas la moindre chance que nous perdions sa piste. Nous sommes censés surveiller ses arrières. Pour être là au cas où il aurait besoin de nous. »

Léon se pencha à nouveau vers la piste argentée, dégageant sa cape qui s'était accrochée à la branche d'un arbre.

« Eh bien, je ne vois vraiment pas comment l'un de nous se retrouverait perdu derrière. Il fait plus sombre et ces choses sont à présent encore plus faciles à voir. »

Arthur leva la main, signalant une halte.

« Ce qui veut dire que tous deux sont probablement en train d'installer un campement. Nous devrions nous arrêter pour la nuit. »

Il regarda l'un des chevaliers.

« Elyan. Partez en éclaireur pour voir à quelle distance de nous se trouve Merlin. Léon, dessellez les chevaux. Gauvain, vous allez chercher du bois, et Perceval, vous préparez une zone pour que nous campions. »

Gauvain descendit de son cheval, regardant le roi.

« Et que fera Son Altesse en attendant ? »

« Moi, je préparerai notre dîner. »

Ils échangèrent un regard en entendant cela, pensant tous la même chose. Arthur ? Cuisiner ? Il suffit de dire qu'ils ne s'attendaient pas à ce qu'ils reçurent un court moment plus tard. Un peu de leur viande séchée, mise dans la marmite avec des morceaux de racines séchées pris dans leurs affaires, et une généreuse poignée d'herbes fraîchement récoltée. Le ragoût ainsi cuisiné fut ensuite épaissi en ajoutant du pain du voyage émietté. C'était chaud et nourrissant, et sans aucun doute délicieux. Tellement qu'après seulement quelques bouchées, Perceval ressentit le besoin de demander.

« Où avez-vous appris à cuisiner ainsi ? Vous n'allez pas me dire que cela faisait partie de vos cours pour être prince. »

Arthur sourit, riant doucement.

« Merlin m'a appris les bases, après la fois où j'ai offert à Gwen de cuisiner pour elle et où il a découvert que je n'avais pas la moindre idée de comment cuisiner quelque chose d'aussi simple qu'un poulet. Je pense qu'il s'est dit que je mourrais de faim si je me trouvais un jour dans les bois sans qu'il soit là pour faire les choses pour moi. Alors il s'est assuré que je savais comment cuisiner quelque chose d'acceptable en utilisant les provisions que la plupart des chevaliers transportent quand ils sortent patrouiller ou en recherches. »

Gauvain avala une bouchée du ragoût, agitant sa cuillère.

« Eh bien, les miracles sont toujours possibles. »

Arthur haussa les épaules joyeusement.

« Merci, Gauvain, de vous proposer pour nettoyer les bols et les pots une fois que nous aurons fini. »

Le chevalier resta bouche-bée tandis que les autres riaient, avant de secouer la tête et de recommencer à se gaver de nourriture. Entre les bouchées, si on écoutait attentivement, les mots 'grenouille' et 'lit' pouvaient être perçus.

Arthur haussa un sourcil en entendant cela, souriant pour lui-même.

« Je ferais attention au sort de Merlin si tu fais ça… J'ai entendu dire qu'il avait fait dresser les cheveux sur la tête du serviteur du Roi Alined. »

Il y eu encore des rires, tandis qu'à environ vingt minutes de marche de là, Merlin et Borden s'étaient assis pour prendre un repas identique.

L'homme observait le serviteur d'un air interrogateur, alors même qu'il posait sur le côté son bol à présent vide.

« Alors, qu'est-ce qui t'a donné envie de venir avec moi ? Je doute que Gaius soit ravi que tu sois parti ainsi. »

Merlin haussa les épaules, prenant une autre gorgée d'une fiole plus petite de l'intérieur de sa veste. Pour annuler son sort afin que tous les déplacements qu'il ferait à présent n'embrouillent pas ses amis le matin venu.

« Être un serviteur est ennuyeux. On nettoie les sols, on fait la lessive, on apporte les repas. J'ai aussi pour rôle de polir les armures, d'affûter les armes, tout en essayant de ne pas me découper les doigts en le faisant. Arthur est un homme bon, mais ça devient tout de même pénible. J'imagine que je voulais un peu de sensations. »

Borden haussa les sourcils et sourit légèrement.

« Alors tu es entré par effraction dans les souterrains, en a volé le morceau du Triskellion sans être repéré, et décidé de venir avec moi ? Tu as une notion étrange des sensations. Si tu y retournes un jour après cela, tu seras sûrement exécuté. »

Merlin fit un grognement incrédule, remarquant spontanément :

« Pas vraiment. Gaius aura dit à Arthur qu'il m'a envoyé dehors chercher des herbes rares pour lui, et que je serai absent pour quelques jours. Le roi sera ennuyé, il se plaindra à moi quand je reviendrai, et il oubliera ensuite en l'espace d'une journée. Et ça c'est si je reviens. Mon retour dépend de ce que nous trouverons d'autre à part cet œuf. » Il bailla. Prenant le temps de détendre ses membres puis posant la tête sur son sac de couchage. « Bon, eh bien je vais me coucher. Bonne nuit. »

Il avait peut-être l'air détendu, mais il était en fait allongé sous sa couverture, gardant son épée juste à côté de sa main. En voyant cela, Borden le regarda avec méfiance avant d'aller se coucher aussi. Leur destination était la même mais leur but en apparence différent. Si Merlin n'était pas vraiment intéressé par l'œuf, et ne voulait que l'or et les bijoux, alors ils n'étaient pas réellement en compétition l'un avec l'autre.

Bientôt le feu se changea en cendre et s'éteignit, seuls les sons de la nuit les entourant. Mais ensuite, tandis que la lune commençait à descendre doucement vers l'horizon, Merlin se dressa éveillé en entendant le chuchotement d'un esprit tentant de toucher le sien.

Emrys…

La voix derrière le chuchotement était vaguement familière, le magicien se mit silencieusement debout et la suivit tandis qu'elle continuait son appel. A peine à une centaine de pas du camp qu'il partageait avec Borden, il pénétra dans une clairière et se trouva entouré de druides, reconnaissant l'un d'entre eux.

Merlin inclina la tête avec respect pour le saluer.

« Grand Prêtre Jadren. Vous vouliez me parler ? »

Jadren sourit, hochant la tête.

« Oui, nous connaissons ta quête. Un morceau du Triskellion que ton compagnon détient nous a été volé il y a quelques jours. »

Merlin fronça les yeux, comprenant la situation. Ses mots furent une constatation, et non une question.

« Et pourtant vous l'avez laissé partir. »

Le Grand Prêtre soupira.

« Quand il a révélé qu'il connaissait le lieu où se trouvait la troisième partie, j'ai su que vos chemins se croiseraient. Mais bien que le Triskellion mène à un grand trésor, prends garde. Ashkanar était un homme sage. Il savait qu'un jour des hommes viendraient, cherchant à perturber son repos… Le Triskellion n'est pas seulement une clé, c'est aussi un piège. »

Merlin fronça les sourcils.

« Quel genre de piège ? »

« Je l'ignore. Mais les légendes sont très claires. Tu dois prendre garde, Emrys. » Merlin demeura silencieux, mais hocha la tête pour accepter l'avertissement. Son mouvement pour se tourner et partir fut arrêté par les derniers mots de Jenrad. « Il y a une autre chose que l'on dit. 'Ce ne sera que lorsque le chemin à suivre semblera impossible que vous l'aurez trouvé.' »

Les druides se mirent à s'éloigner, laissant Merlin debout là, jusqu'à ce qu'il retourne à son campement. Et là, allongé dans son sac de couchage, son esprit réfléchit à ce qu'il avait appris… Inconscient du regard qui l'observait : le regard plissé et suspicieux de Borden qui se trouvait tout près.