Colinou : Il ne faut pas insulter le héros, voyons ! (toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire)

tarmapotter : Eh ben, voilà la suite !

titesouris : euh... Mouahahaha

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Chapitre 40: Possession ~Partie 2~

Merlin la regarda en étrécissant les yeux, refusant de lui donner la satisfaction de voir quoi que ce soit ressemblant à de la peur. Oui, il était probablement dans l'une des pires situations de sa vie, et oui il se traitait de tous les synonymes d'idiot pour ne pas avoir anticipé que peut-être, juste peut-être, leurs attaquants ne seraient pas partis à l'aube.

A la réflexion, gaspiller son énergie pour se guérir immédiatement, au lieu d'attendre d'être de retour dans la cité, n'avait pas été sa meilleure idée.

Près du foyer, Morgane avait maintenant installé un grand pot sur un tréteau. Un feu y brûlait, et dans sa main elle tenait un large médaillon de métal portant le dessin d'un serpent à plusieurs têtes et plusieurs queues. Elle concentrait toute son attention dessus, incantait un sort de magie assez noire pour le faire frissonner.

"Astige du wyrm fah ond gedeowie daet mod disse deowes. Hine bind ond da heold. Awend hi ealle."

Elle lança le médaillon dans les flammes, les regardant monter brusquement avant de mourir au son de sifflements de serpents. La créature de l'image du médaillon se dressa, et Merlin fut alors incapable de se retenir de déglutir nerveusement. Il savait ce que c'était, et savait ce que ça signifiait.

"Un Fomorroh."

Elle se retourna et lui sourit méchamment.

"Alors tu en as entendu parler. Tant mieux, parce que maintenant tu vas décourir ce que c'est d'en avoir un qui te contrôle."

Elle tendit la main vers la créature, ignorant son cri quand elle coupa l'une de ses nombreuses têtes, et eut un sourire narquois lorsque celle qu'elle avait coupée restait en vie, et qu'une nouvelle tête poussait à sa place.

"Les Fomorroh sont des créatures contrôlées par la magie noire. Même en leur coupant la tête, ils restent en vie. Une autre va venir la remplacer."

Elle se dirigea vers lui.

"Au temps de l'Ancienne Religion, ils étaient vénérés par les Grandes Prêtresses, parce qu'ils leur permettaient de contrôler l'esprit des gens."

Elle le rejoignit, capable de voir la sueur perler sur son front.

"Toutes tes forces vitales vont être aspirées par le Fomorroh. Il ne restera plus une parcelle de ce que tu es. A la place il n'y aura qu'une seule idée... Celle que je te donnerai."

Merlin déglutit à nouveau, la foudroyant du regard en essayant de rassembler la force de la repousser loin de lui. Mais la faible lueur d'or dans ses yeux réussit à peine à faire bouger une mèche de cheveux sur sa tête, et elle se mit à rire.

Il grinça des dents.

"Si vous croyez que je vais laisser cette chose me contrôler sans me battre, vous avez tort."

Morgane se plaça derrière lui.

"Essaie toujours, mais c'est inutile... Tu es à moi maintenant, et cet ordre sera ton seul désir. Tu seras incapable de t'arrêter jusqu'à ce qu'il soit accompli... Tu vas tuer Arthur Pendragon."

Elle posa la main qui tenait la tête de Fomorroh à l'arrière de sa nuque, ses halètements d'agonie ne faisant qu'ajouter à sa jubilation tandis que la créature s'enfonçait sous sa peau jusqu'à n'être plus qu'une ombre dissimulée par son foulard. Il resta ensuite suspendu, inerte et inconscient, par ses liens, s'écroulant au sol quand elle les coupa.

Le lendemain il se réveillerait, et sa nouvelle quête incessante commencerait.

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Le coq dans les écuries du château chanta pour saluer le soleil, le son perçant étant imité par tous les autres coqs à portée de voix jusqu'à ce que le choeur de cris territoriaux rende impossible pour le roi de continuer de dormir. Arthur avait lutté pour s'endormir la nuit précédente, profondément inquiet pour Merlin. Il avait déjà repris le bracelet enchanté de Gwen, afin qu'elle obtienne un peu de paix, parce que pendant un moment lui n'en avait eu aucune.

Les recherches menées par Léon et les autres n'avaient donné aucune trace de Merlin dans la zone autour de la Vallée des Rois Déchus, et durant leur absence il était resté dans ses appartements à s'occuper de la paperasse nécessaire pour finaliser l'enregistrement du nouveau traité de Camelot avec Caerleon.

Et c'était presque devenu un tourment quand son bracelet était devenu froid, puis plus tard glacial. Les amulettes s'étaient déclenchées quelques instants plus tard, le symbole du griffon de Merlin s'illuminant. Où qu'il soit, quoi qu'il lui soit arrivé, la magie était impliquée et il venait d'en perdre conscience.

Les amulettes étaient restées allumées la majeure partie de la journée, mais avec les Chevaliers de la Fraternité déjà en train de le chercher, il n'y avait pas grand-chose qu'il pouvait faire d'autre. Mais même lorsque les amulettes étaient redevenues noires et que le bracelet avait cessé d'être froid, indiquant que Merlin était réveillé et en état de les remettre à zéro, il avait continué à s'inquiéter. A tel point que vers minuit, Gaius avait deviné son état d'esprit et lui avait offert une potion de sommeil.

Et maintenant il était là, ouvrant des yeux brouillés, et regardant les contours flous d'une silhouette au pied de son lit, qui semblait porter la veste brune de Merlin, sa chemise bleue, et son foulard rouge... Du moins, jusqu'à ce qu'il arrive à s'éclaircir les yeux et qu'il réalise que cet homme était un parfait étranger, qui portait une veste brune, un maillot de corps rouge, et une chemise bleue par-dessus.

Arthur fronça les sourcils avec perplexité.

"Qui es-tu ?"

L'expression de l'homme était la définition absolue de 'poli' et 'bien élevé'.

"Je suis votre nouveau domestique, Sire. J'ai nettoyé et astiqué votre armure, aiguisé votre épée et choisi vos habits. Le fond de l'air est frais aujourd'hui, votre Altesse. A cette heure, si vous me le permettez, je souhaiterais vous servir votre petit-déjeuner."

Arthur regarda dans la même direction que son 'nouveau domestique', vers la table à proximité, et la vit couverte d'assez de nourriture pour nourrir une petite famille pendant une semaine. Il fixa ensuite le serviteur tandis que l'homme se dirigeait vers cette table et saisissait une serviette roulée en lin.

"Comment t'appelles-tu ?

_ George, votre Altesse. A votre service."

George déroula gracieusement la serviette, avant de tendre la main pour la draper sur le torse d'Arthur, sous son menton, tout en plaçant un coussin supplémentaire dans le dos du roi quand il essaya de s'asseoir complètement et d'expliquer à cet homme pourquoi il n'avait pas besoin de lui.

"George. Ecoute, George, tout cela est très impressionnant. Très impressionnant, George. Mais j'ai déjà un domestique, deux en fait, et bien que l'un d'eux ait disparu pour le moment je n'ai pas encore renoncé à ce qu'il revienne."

Il réalisa alors qu'il tenait à la fois une coupe et une assiette, George debout devant lui, une fourchette à la main, prêt à la lui tendre.

"Il a pauvre allure, il a des manières épouvantables, il est vraiment étourdi et il passe la moitié de son temps à lire des livres dans d'anciens langages, mais il est... Mais il est mon serviteur et pour être honnête, je tiens à ce qu'il le reste !"

Il replaça fermement assiette et coupe dans les mains de George, lui lança pratiquement la serviette à la figure, et s'empressa de sortir du lit du côté opposé à celui de l'homme éberlué. Il entreprit ensuite d'ignorer la pile de vêtements déjà drapés sur le paravent pour lui, et saisit dans tous les bons tiroirs et une partie du placard, un ensemble de vêtements chauds adaptés à être portés sous une armure... Puis il sortit par la porte avec ladite armure en main, pour demander à quelqu'un qui le ferait moins grimacer de l'aider à la mettre...

Car dans ses appartements se tenait ce qui ne pouvait être décrit que le retour d'un de ses pires cauchemars... ça recommençait comme avec Liam.

Moins de vingt minutes plus tard il quittait la cité à cheval, Gauvain à sa suite... Gwen lui ayant rapporté l'intention du roi d'aller personnellement chercher Merlin, et lui ayant demandé de l'accompagner... Ce qui signifiait qu'Arthur devait supporter le commentaire incessant, inepte et irritant de Gauvain sur le paysage.

Et d'ici le milieu de matinée, cela lui portait vraiment sur les nerfs.

"Pour l'amour du ciel, Gauvain. La ferme ! "

Arthur foudroya le chevalier de regard, qui lui rendit un sourire joyeux.

"Vous savez ce que j'aime chez Merlin ? Il n'attend jamais de louanges. Tout ce qu'il fait, il le fait généreusement et gratuitement. Est-ce que ça vous tuerait de suivre son exemple de temps en temps et de me laisser parler tout seul ?"

Arthur aurait pu répondre, si ce qui ressemblait à un grognement étouffé n'avait pas atteint ses oreilles. Il leva une main, faisant s'arrêter leurs deux chevaux, et appela :

"Qui est là ? Montrez-vous."

Il n'y eut pas de réponse, et Gauvain attendit plusieurs minutes avant de parler.

"Peut-être que c'est une fée- aie !"

Arthur avait tendu la main pour le frapper à l'arrière de la tête, reportant son attention vers la provenance du son.

"Sortez ! Je sais que vous êtes là !"

C'est alors qu'un magicien très mouillé et très boueux sortit des buissons en trébuchant. Ses bottes faisaient un bruit de succion à chaque pas, et il avait un sourire stupide sur son visage couvert de crasse.

Il rit en penchant la tête.

"Salut. Curieux de vous voir ici."

Arthur sauta de son cheval en un instant, et se mit à courir vers son ami.

"Merlin ! Tu vas bien !"

Merlin resta où il était, les doigts de sa main droite remuant comme pour tirer l'épée à sa taille, mais une lueur d'or indétectable dans ses yeux prit cette main de vitesse et attira le roi dans une étreinte.

Arthur lui tapota le dos, Gauvain s'approchant pour passer une main dans les cheveux de Merlin.

"Content de te revoir en un morceau, vieux."

Il inspecta ensuite son gantelet désormais sale.

"Génial, maintenant faut que je nettoie ça."

Merlin eut un sourire narquois, et le ton de sa réponse était presque coupant.

"Parle pour toi, écumeur de tavernes. Ce n'est pas toi qui t'es réveillé dans un marécage."

Arthur et Gauvain cillèrent à ces mots, mais le mirent sur le compte de la fatigue et de la faim, décidant que Merlin devait être grincheux après ce qu'il venait de traverser.

Cela en tête, Gauvain insista pour que Merlin prenne son cheval, le faisant avancer d'une claque sur la croupe.

"Je vais rentrer à pied. Partez devant, tous les deux. Je vous verrai en revenant."

Arthur ne perdit pas de temps pour se remettre en selle et suivre le magicien. Mais bien que son bracelet ne détecte plus de danger magique dirigé vers Merlin... Celui de Merlin était assez froid pour rougir légèrement la peau en-dessous.

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"Ne recommence jamais, Merlin. Mon coeur ne supporte plus de telles émotions"

Gaius déposa un bol de soupe devant un Merlin désormais beaucoup plus propre, tandis que Liam partait emmener les vêtements souillés du magicien à la laverie. Il avait été accueilli joyeusement par la Fraternité, mais était resté assez mal à l'aise avec tout le monde. Il avait semblé distrait, comme s'il avait d'autres choses à l'esprit... Et ces autres choses semblaient avoir pour résultat une langue et des opinions plus libérées.

Il leva les yeux vers son mentor, déclarant d'une voix qui était franchement presque condescendante :

"Oui, normal. Vous n'êtes plus tout jeune."

Il ignora le regard de Gaius, et baissa les yeux vers le contenu de son bol :

"Qu'est-ce que c'est ?

_ Une manière de te souhaiter la bienvenue. Ta soupe préférée."

Merlin continua d'observer la soupe, soulevant une cuillère sans enthousiasme et goûta avant de lâcher la cuillère avec une grimace de dégoût.

"Vous devriez vous en tenir à cuisiner vos potions Gaius. Ceci a le goût de la merde dans laquelle Arthur m'a trouvé !"

Gaius eut un petit rire gêné, incertain de comment réagir, et changea de sujet pour demander quelque chose qui avait traversé l'esprit de tous les autres.

"De quelle façon t'es-tu échappé ?"

Merlin le regarda à peine, totalement désintéressé tandis qu'il répondait :

"Avec adresse, Gaius. J'ai une question à vous poser.

_ Oui, vas-y. Je t'écoute."

Merlin lui jeta un regard en coin, l'air détaché.

"Quel est le plus violent des poisons que vous possédez ?"

Gaius sembla un peu surpris par la question, et Merlin lui sourit en inventant une excuse.

"Les mercenaires racontaient des histoires horribles sur quel poison était le meilleur pour se débarrasser de quelqu'un. Je veux savoir lequel de ces idiots avait raison."

A la vue de ce sourire insolent, Gaius se détendit un peu en pensant que ce n'était qu'un autre exemple de l'humour parfois étrange de son pupille.

"Ce serait bien sûr l'Aconit."

Merlin continua de sourire, saisit le morceau de pain destiné à accompagner sa soupe et le mâchonna en se dirigeant vers sa chambre.

"Eh bien, je ferais mieux d'y aller. J'ai des corvées à faire, et je ne peux pas laisser le nouveau que le Chef du personnel a essayé de mettre à ma place, me faire honte."

Gaius aurait pu lui dire qu'il était sûr que Bel pouvait prendre soin d'Arthur assez bien pour décourager George d'essayer de persister, sans l'impatience de Merlin de retourner au travail. Il haussa mentalement les épaules, finit son repas et sortit faire ses rondes de l'après-midi.

Dès qu'il fut parti, Merlin sortit immédiatement de sa chambre et se dirigea vers la table où la plupart des ingrédients liquides de Gaius étaient posés pour y faciliter l'accès, lisant rapidement les étiquettes jusqu'à trouver celle disant 'Aconit'.

Il tendit la main avec un sourire, ses doigts se refermant presque sur la bouteille de liquide bleu avant que ses yeux ne virent au doré et qu'une autre bouteille de liquide brunâtre glisse dans sa main à la place.

Il la saisit sans même avoir l'air de le remarquer, quitta la pièce d'un pas guilleret en sifflotant tandis qu'il se dirigeait vers les cuisines... Et quand il revint après le coucher du soleil, l'air extrêmement satisfait de lui-même, Gaius le regarda retourner dans sa chambre sans se douter de rien.

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Le lendemain matin fut brillant et clair, Merlin fredonnant joyeusement dans sa barbe tandis qu'il mangeait son petit déjeuner. C'était une merveilleuse journée, vraiment, et il se demandait juste combien de temps il faudrait avant que les cloches d'alarme ne sonnent la tragique nouvelle. Après tout, après avoir éloigné Bel avec l'assurance qu'il préparerait Arthur pour la nuit, il avait versé la moitié du contenu de la bouteille qu'il avait prise sur la nourriture d'Arthur. Il l'avait ensuite regardé la manger, et observé le roi s'effondrer la tête dans son assiette à peine quelques minutes plus tard. Et lui, son cher serviteur, il l'avait laissé là.

Merlin avala sa nourriture, hochant la tête. Oui, c'était une glorieuse journée !

"Merlin ! "

La porte des escaliers s'ouvrit d'un coup, Arthur entrant en trombe avec une assiette de nourriture à moitié terminée. Il en avait encore des traces sur le visage, et son expression était livide.

"Je sais que tu adores me taquiner, mais me laisser assis à ma propre table toute la nuit en inhalant presque les restes de mon repas, ce n'est pas la bonne façon de le faire !"

Il lança l'assiette et les restes au magicien stupéfait, avant de se retourner et de sortir en trombe.

"Maintenant bouge-toi les fesses et rends-toi utile ! J'ai une cérémonie d'adoubement à diriger dans deux heures !"

Merlin resta assis là, des feuilles de salade désormais fanées et des morceaux de poulet tombant de son visage et de sa chemise pour atterrir au sol.

Gaius le regarda avec perplexité, et désigna la porte du menton.

"Vas-y, je vais nettoyer ça. Et réfléchis la prochaine fois que tu feras ce genre de plaisanteries. Arthur était extrêmement inquiet pour toi quand tu avais disparu, et ce n'est pas comme ça que tu vas réduire son stress."

Merlin se leva lentement, acquiesça d'un air boudeur et sortit. Gaius le regarda partir, fronçant les sourcils devant le comportement atypique de son pupille, avant de commencer à ramasser la nourriture jetée... Seulement pour froncer les sourcils quand il prit conscience d'une odeur inhabituelle.

Il approcha l'un des morceaux de poulet de son nez, le reniflant avec perplexité, et ce fut là que Gwen le trouva quand elle entra.

Elle marqua une pause sur le seuil de la porte, fronçant les sourcils devant l'expression étrange sur le visage du médecin et la nourriture sur le sol.

"Gaius ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Qu'est-ce que c'est que tout ce désordre ?"

Gaius se retourna pour la regarder, et se leva.

"Arthur est entré et a jeté ça sur Merlin, après qu'il l'ait apparemment laissé dormir avec le visage dedans la nuit dernière."

Il baissa les yeux vers le morceau de poulet dans sa main.

"C'est imbibé de Valériane, une herbe puissante que j'utilise dans mes somnifères. Je la range sur cette table là-bas, à côté de... l'Aconit."

Il se tut brusquement, tandis que le froncement de sourcils de Gwen s'intensifiait.

"Qu'y a-t-il ?"

L'expression de Gaius était incrédule.

"Merlin se comporte bizarrement depuis qu'il est revenu, et hier soir, avant d'emmener son repas à Arthur, il me posait des questions sur l'Aconit... C'est le poison le plus violent que je possède.

_Mais pourquoi est-ce que Merlin aurait besoin de poser des questions à ce sujet ?"

Gaius la regarda, son attitude reflétant l'urgence.

"Il faut qu'on le trouve. Il y a un risque que son évasion miraculeuse d'entre les mains de ces mercenaires n'ait pas été aussi miraculeuse qu'elle en a l'air. Je crains qu'il n'ait plus tout son entendement, et si j'ai raison alors nous avons beaucoup de chance... S'il avait pris l'Aconit au lieu de se tromper et de prendre la Valériane, Arthur serait mort à l'heure qu'il est, dit-il avant de se diriger vers la porte. Et il est encore en danger maintenant."

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Le magicien souriait joyeusement quand il était entré dans la pièce, une arbalète juchée en travers des épaules tandis qu'il congédiait une fois de plus un Bel perplexe. D'accord, alors empoisonner Arthur n'avait pas marché. Il était temps d'essayer autre chose.

Merlin sautilla presque jusqu'au placard à côté du paravent, ouvrant la partie qui contenait les tenues les plus formelles d'Arthur et en enleva la plupart pour faire de la place à l'intérieur. Il entreprit ensuite de dresser une boîte au fond du compartiment, équilibrant l'arbalète susmentionnée dessus afin qu'elle soit à hauteur de poitrine... Puis il installa le déclencheur le plus simple qui soit. Un fil enroulé autour de la poignée de l'arbalète, passant par-dessus un clou rapidement planté sur la paroi latérale à l'intérieur du placard, puis attaché à la poignée intérieure de la porte.

Il chargea l'arme et ferma la porte, inconscient de la lueur dans ses propres yeux tandis qu'à l'intérieur du meuble les noeuds de son piège se desserraient et se déplaçaient suffisamment pour ajouter quelques centimètres de relâchement au fil. Il entreprit ensuite innocemment de préparer tout sauf la bonne tunique d'Arthur pour la cérémonie, et attendit que le roi entre avant de faire une suggestion tout aussi innocemment quand il vit que le roi portait encore sa chemise de la veille au soir.

"Ne devriez-vous pas mettre quelque chose d'un peu plus, vous savez, propre si vous allez adouber quelqu'un ?"

Arthur le foudroya du regard, toujours irrité au sujet de la 'plaisanterie' tandis qu'il se dirigeait à grands pas vers son placard.

"Je jure, Merlin, qu'il y a des jours où on dirait que tu ne vis que pour m'énerver."

Il ouvrit la porte sans regarder, Merlin l'observant en retenant son souffle tandis que la main du roi était silencieusement éloignée de l'arme pour saisir l'une des tuniques encore accrochées de ce côté. Le roi referma ensuite la porte, emmenant le vêtement derrière le paravent.

"Honnêtement, George commence à apparaître de plus en plus comme la meilleure option à chaque minute qui passe."

Merlin était désormais bouche bée, son expression se fit obstinée tandis qu'il se dirigeait vers le placard et ouvrait grand la porte, assez cette fois pour tirer sur la plus grande longueur de fil.

L'arbalète fit feu, le carreau alla se ficher dans l'une des colonnes du lit, Merlin forcé d'esquiver avant de refermer le placard et de courir retirer le carreau du lit pour le jeter dessous.

Pendant ce temps, dans le couloir, un Gaius et une Gwen inquiets venaient de croiser Léon pour apprendre une chose des plus perturbantes. Merlin était allé à l'armurerie, avait pris une arbalète, et annoncé franchement au chevalier qu'il allait tuer Arthur avec... Et Léon avait cru qu'il plaisantait !

A présent tous trois couraient vers les appartements d'Arthur, où le roi venait de sortir du paravent et terminait d'ajuster sa ceinture.

"Merlin. Rends-toi utile et va chercher mon épée de cérémonie sur la table là-bas."

Le magicien cligna des yeux, et fut frappé d'une inspiration subite. Il se dirigea joyeusement vers ladite table, saisit l'épée et commença à viser le dos d'un roi Arthur inconscient de ce qui se passait.

Trois personnes, un médecin, un chevalier, et une servante firent alors irruption juste à temps pour voir Merlin courir, l'épée pointée vers le dos d'Arthur, ses yeux devenir dorés, et sa direction changer brusquement, ce qui lui valut de se cogner la tête la première dans l'une des colonnes soutenant l'arche entre les deux côtés des appartements du roi.

L'épée tomba au sol dans un grand fracas avec le magicien, Arthur se retournant pour le regarder avec perplexité avant que Gaius et Gwen ne se précipitent en avant. Le premier arracha l'amulette du sorcier de son cou tandis qu'il était assommé, avant que la seconde ne saisisse la cruche de métal à proximité et ne s'en serve pour lui donner un coup sur la tête.

Arthur ne put que regarder ce spectacle d'un air choqué, complètement perdu par les événements.

Il se tourna vers Gwen qui tenait toujours la cruche.

"Pourquoi viens-tu de le frapper avec une cruche ?"

Gaius, fort soulagé d'être arrivé à temps, déclara après avoir pris le temps de reprendre sa respiration :

"Je commençais à soupçonner que Merlin avait été ensorcelé, et il semble que j'avais raison... Il essayait de vous tuer, Sire."

Arthur haussa les sourcils, et demanda lentement :

"Merlin essayait de me tuer ?"

Léon, qui avait tendu la main pour enlever le bracelet d'argent du poignet de Merlin, déposa alors l'objet glacial dans la main d'Arthur.

"Eh bien, ceci pense certainement qu'il vous veut du mal. Quelle que soit la chose qui le contrôle, elle ne doit pas être une menace pour lui, ou le vôtre serait froid aussi. On dirait que le danger ne va que dans un sens."

Il regarda autour de lui, remarqua un trou à l'air suspect dans l'une des colonnes du lit, et trouva rapidement le carreau sous le lit. Il se dirigea ensuite vers sa seule provenance logique, et ouvrit le placard pour dévoiler l'arbalète dissimulée.

"Eh bien, on dirait que cette tentative a échoué. Quand il est venu prendre ça dans l'armurerie ce matin, j'ai cru qu'il plaisantait quand il a dit qu'il allait s'en servir pour vous tuer."

Par terre, Merlin commençait à reprendre conscience ; il saisit l'épée et se releva maladroitement. Il chargea ensuite aveuglément vers Arthur, ses yeux devenant dorés avant qu'il ne change abruptement de direction une fois de plus et ne coure droit dans le mur... Puis Gwen le frappa à nouveau sur la tête avec la cruche.

Arthur jeta un regard à Gaius.

"Je suis le seul à avoir vu ça ?"

Le médecin fronça les sourcils.

"Non, la même chose est arrivée quand il s'est cogné sur le pilier. C'est presque comme si sa propre magie sabotait tous ses efforts pour vous tuer."

Il réfléchit à voix haute.

"C'est logique. S'il pouvait utiliser sa magie pour vous faire du mal dans son état actuel, vous auriez été mort quelques instants après l'avoir retrouvé. Quelle que soit la chose qui l'affecte, une partie de lui y résiste."

Arthur, qui semblait maintenant très en colère non contre Merlin, mais contre qui et ce qui avait fait ça, serra les dents.

"Léon, aidez Gaius et Gwen à ramener Merlin dans ses appartements, et restez avec eux pour le surveiller. Trouvez ce qui est utilisé pour le contrôler, et trouvez un moyen de le défaire."

Tous trois acquiescèrent, soulevèrent Merlin et le portèrent hors de la pièce... Laissant Arthur dressé là, furieux et impuissant, avant qu'il ne ramasse son épée de cérémonie pour aller accomplir l'adoubement. Qui que soit celui qui avait fait cela, il le regretterait.

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Merci à Mai96 pour les ràr !