Colinou : j'aime cet épisode parce qu'il fait ressortir une facette de Merlin pas assez présente, il a toujours été franc mais toujours en prenant considération l'autre ; pas là, le meilleur moment c'est quand il dit ses 4 vérités à la frisée !
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Chapitre 41: Possession ~Partie 3~
Ils lui avaient posé les bras par-dessus le dossier d'une chaise, le bois recouvert d'une couverture pliée pour son confort, bien qu'il ne soit pas conscient pour l'apprécier.
Gwen et Liam étaient assis à le regarder anxieusement, ainsi que Gaius tandis que le médecin examinait l'étrange ombre frétillante sous la peau de la nuque de Merlin, puis quand il alla chercher un livre dans sa collection.
Il revint, feuilletant l'ouvrage tout en s'adressant à son apprenti.
« Liam, va chercher la solution que j'utilise comme anesthésiant local, et mélange-la avec de l'eau jusqu'à 4 fois la concentration que j'utilise normalement. Mets-la dans un bol, j'en aurai besoin dans un moment. »
Gwen resta où elle était tandis que Liam passait à l'action, posant la question qu'ils avaient tous deux en tête :
« Qu'est-ce qui ne va pas, alors ? »
Gaius trouva la page qu'il cherchait, lui montrant l'image d'un serpent à plusieurs têtes qui la dominait.
« C'est bien ce que je redoutais en voyant sa nuque. C'est un Fomorroh, et la personne qui l'a mis dans cet endroit est très savante. »
Liam arriva avec le bol d'anesthésiant un linge s'y trouvait, déjà imbibé et prêt à être utilisé.
« Que fait-il ? »
Gaius retira doucement le foulard de Merlin afin d'avoir une meilleure visibilité.
« A l'époque de l'Ancienne Religion, la grande prêtresse l'utilisait pour asservir les esprits de ses ennemis. Une fois qu'un désir était planté, la victime n'avait de cesse de tout faire pour l'assouvir. Nous avons de la chance que même sans son esprit pour la guider, la magie de Merlin accomplisse son but de protéger Arthur. Au point de l'assommer pour réussir. »
Il prit le bol des mains de Liam, tandis que Gwen se mordait la lèvre avec inquiétude.
« Pouvez-vous l'enlever ?
- Je le crois. Je dois paralyser le serpent avant tout, c'est pourquoi j'ai besoin de cela. »
Gaius tapota l'ombre sur la nuque de Merlin avec le linge, observa et attendit qu'elle s'immobilise. Il tendit ensuite la main à nouveau.
« Liam, passe-moi le scalpel. »
L'apprenti médecin s'empressa de lui tendre le petit couteau aiguisé que son professeur utilisait pour les opérations, restant attentif tandis que Gwen détournait les yeux quand Gaius fit l'incision.
Gaius sortit la tête de fomorroh par l'incision, l'emmena jusqu'à la cheminée et le jeta dans le feu. Les flammes bondirent en le consumant, et l'espoir traversa le visage de Gwen.
« C'est fini alors ? Il est de nouveau le Merlin normal ? »
Gaius acquiesça, remarqua que la blessure sur le cou de Merlin guérissait déjà et l'attribua à sa magie.
« Il nous faut l'espérer. Nous n'avons pas besoin qu'il coure encore dans les murs, mais il serait peut-être préférable d'éteindre son amulette jusqu'à ce que nous soyons sûrs. Inutile de déclencher l'alarme s'il nous faut encore l'assommer. Toute la Fraternité doit être au courant maintenant, mais nous n'avons pas besoin de l'annoncer à tout le monde s'il fait une rechute. »
Ils le portèrent dans sa chambre pour dormir le reste de la journée, tandis qu'ailleurs dans le château, à l'approche du soir, Arthur rendait visite à un certain noble.
Il s'arrêta juste à l'entrée des appartements d'Agravain, regardant son oncle avec un dégoût à peine voilé.
« Bonsoir, mon oncle. J'espère que vous allez bien. »
Agravain lui jeta un regard, mais continua d'écrire la lettre sur laquelle il travaillait. Manifestement elle n'était pas pour Morgane.
« Aussi bien que possible étant donné les circonstances. »
Un léger sourire monta au visage d'Arthur.
« Je suppose donc que Morgane n'était pas des plus ravies devant l'échec de cette embuscade, bien que je doive vous féliciter d'avoir réussi à découvrir quelle route je comptais prendre. Elle devait être blanche de rage d'avoir perdu tant d'hommes, et maintenant son dernier plan est déjà en train d'être déjoué. »
Agravain se retourna cette fois, les sourcils froncés.
« Je ne sais pas de quoi vous parlez. »
Arthur se mit à rire, alors même qu'intérieurement il voulait sérieusement en finir avec cet homme.
« Nous savons que Merlin a été ensorcelé. Il essaye de me tuer depuis que nous l'avons retrouvé hier, mais j'ai peur que le vrai Merlin n'apprécie pas ce que fait sa version marionnette. Il s'est auto-saboté à chaque tentative... Il a essayé de m'empoisonner avec une potion de sommeil. Installé une arbalète piégée dans mes appartements et failli se tirer dessus à la place. Il s'est même jeté dans un mur, deux fois, en essayant de me poignarder. Je suis sûr que le vrai Merlin se tord de rire à l'intérieur, devant l'échec pathétique du plan de Morgane. »
Agravain était renfrogné, et il étrécit les yeux.
« Alors vous êtes venu me narguer, n'est-ce pas. Allez-y, voyez si ça m'importe.
- Oh, ça le fera. »
Arthur vint se placer juste derrière lui, lui agrippa l'épaule et déclara de la même voix basse et calme que son père utilisait quand il était extrêmement en colère.
« Demain vous allez lui rendre visite, et lui dire la première chose susceptible de lui faire plaisir qui vous passera par la tête pour qu'elle vous croit utile. J'espère que vous êtes doué pour inventer des histoires, parce que si vous lui dites la vérité elle risque de vous éventrer. »
Il le lâcha, recula d'un pas et se dirigea vers la porte, mais s'immobilisa quand Agravain murmura :
« Vous vous croyez peut-être intelligent, à me forcer la main comme ça pour protéger ma vie, mais ne vous mettez pas trop à l'aise. Un des ces jours vous découvrirez que vous n'êtes pas aussi malin que vous le croyiez. »
Arthur se contenta de hausser légèrement un sourcil, loin d'être impressionné.
« Commencez à réfléchir à une histoire, mon Oncle. On dit que les meilleurs contes sont ceux qu'on écrit sans se presser. »
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Le lendemain matin le soleil brillait glorieusement, les oiseaux chantaient, et tout avait l'air d'un bon présage quand Merlin sortit joyeusement de sa chambre avec un grand sourire sur le visage. Aussi heureux qu'on peut l'être, il se dirigea vers la table près du médecin à moitié endormi... et entreprit ensuite de fourrer plusieurs bouteilles de substances corrosives dans une sacoche.
Gaius entendit les bouteilles s'entrechoquer, ouvrit les yeux trop tard pour voir l'acte subversif quand il regarda son pupille d'un air interrogateur.
« Alors comment vas-tu ? »
Merlin continua de sourire.
« Très très bien. »
Le vieil homme lui rendit son sourire, soulagé.
« Te retrouver est un grand bonheur ! De quoi te souviens-tu, Merlin ?
- A propos de quoi ? »
Il saisit joyeusement la sacoche, saisit sa veste et se dirigea vers la porte juste un peu trop vite. Et c'est alors que Gaius la vit, un instant avant qu'elle ne soit recouverte par sa veste... L'ombre du fomorroh de nouveau dans la nuque du magicien.
L'enlever n'avait pas fonctionné !
Gaius se leva à toute vitesse, s'empressa de s'habiller et de le suivre. Il ne craignait pas que Merlin ne fasse de mal à Arthur, il avait déjà été clairement prouvé que sa magie ne le permettrait pas. Mais il voulait empêcher son pupille de se faire mal.
Il se dirigea droit vers les appartements d'Arthur, croisa Gwen en chemin et n'eut pas besoin de dire un mot pour qu'elle sache ce qui se passait. Son expression en disait assez long, et ses peurs furent confirmées quand ils firent irruption dans les appartements du roi pour trouver Merlin debout devant une baignoire fumante pleine d'eau bouillante... Tenant dans sa main l'épée à moitié désintégrée qu'il avait plongée dedans pour tester sa petite concoction.
Gwen ne donna pas à sa magie la chance de trouver comment éviter cette tentative d'assassinat, et saisit une fois de plus la cruche de métal près de la porte avant de s'en servir pour le frapper sur la tête.
Le bruit fit sursauter Arthur, en train de se déshabiller derrière le paravent, qui sortit en courant pour voir ce qui se passait... Et fut immédiatement contraint de couvrir sa modestie avec un coussin arraché à son lit.
Il se tint là, plutôt gêné, et regarda son serviteur inconscient, l'épée complètement fichue, et l'eau qui frémissait encore.
« Je suppose qu'un bain serait une mauvaise idée pour le moment. »
Gaius eut une grimace d'excuse.
« Je suis navré, Sire. Il semble que ma tentative de guérir Merlin ait échoué. Je vais vous envoyer Liam avec le matériel pour neutraliser cette mixture afin de pouvoir en disposer sans danger. Une fois que j'aurai vu ce que Merlin a mis là-dedans. »
Arthur hocha lentement la tête, extrêmement conscient que Gwen faisait en sorte de ne pas le regarder, et retourna petit à petit derrière le paravent. Gaius y vit le signal de prendre Merlin et de partir, ce qu'il fit avec Gwen tirant le magicien par les bras tandis que le médecin prenait la sacoche pour voir ce qu'elle contenait.
Quinze minutes plus tard, ils étaient de nouveau dans ses appartements, Merlin allongé sur le ventre sur une table et Liam parti s'occuper du bain corrosif.
Gwen regardait Merlin avec encore plus d'inquiétude qu'auparavant, après que Gaius ait expliqué ce qu'il s'était passé, selon lui.
« Si j'ai bien compris, quand vous en tuez un, un autre repousse à sa place ? »
Le médecin hocha sombrement la tête.
« C'est ce que j'ai entendu dire dans le passé mais je doutais que cela soit vrai. »
Il tapota de nouveau la mixture d'anesthésiant concentré sur le serpent, l'observant s'immobiliser.
« Voilà qui va le réduire au silence quelque temps. Et maintenant il est temps de voir ce que lui va pouvoir trouver. »
Gaius déboucha un cylindre de métal qu'il avait rempli d'herbes embrasées, et dirigea la fumée vers le visage de son pupille.
Les yeux de Merlin s'ouvrirent d'un coup et il se redressa en toussant et en crachotant. Puis, à genoux sur la table et se demandant où diable il se trouvait, il le fixa.
« Mais qu'est-ce que c'est ça ? Les chaussettes d'Arthur ? »
Il prit sa tête dans ses mains, désorienté et hébété, et essaya de se souvenir de ce qui s'était passé. Puis ça lui revint, et il grimaça.
« Je demanderais bien ce que vous étiez en train de me faire, mais j'imagine que c'est pour m'empêcher de tuer Arthur. »
Gaius semblait maintenant un peu soulagé.
« Alors tu te souviens de tout ce qui s'est passé.
- Non. »
Merlin essaya de sourire, mais ne parvint pas vraiment à les rassurer.
« Mais je me souviens que Morgane a conjuré le Fomorroh, et m'a dit qu'elle allait me forcer à le tuer. »
Il marqua une pause, inclina la tête.
« Je suppose que je n'ai pas réussi. »
Gwen grimaça.
« Ce n'était pas faute d'essayer. Tu as déjà tenté de l'empoisonner, de lui tirer dessus avec une arbalète, de le poignarder avec son épée – deux fois – et il y a une demi-heure, tu lui as préparé un bain au... Qu'est-ce que c'était, Gaius ? »
Le médecin essaya d'ignorer l'expression d'horreur grandissante sur le visage de son pupille.
« Eh bien pour faire simple, c'était de l'acide hautement concentré. »
Il tapota le bras de Merlin.
« Ne t'inquiète pas, j'ai envoyé Liam avec les ingrédients pour le neutraliser. Nous avons aussi de la chance que tu sois un mauvais assassin. Ta magie t'a compliqué la tâche. »
Merlin auscultait maintenant sa tête, essayant de comprendre pourquoi il avait si mal à plusieurs endroits.
« Est-ce que ça a un rapport avec la raison pour laquelle j'ai l'impression d'être tombé plusieurs fois de cheval ? »
Gwen eut une grimace d'excuse.
« Eh bien, je t'ai frappé avec une cruche, deux fois. Et ta magie t'a aussi fait courir dans un mur... deux fois. »
Merlin hocha lentement la tête, avant de soupirer et de descendre de la table.
« Eh bien vous pourrez me raconter tout ça plus tard, mais pour l'instant j'ai un Fomorroh à tuer. »
Il se tourna vers Gaius.
« Ce que vous avez fait pour me réveiller va durer combien de temps ? »
Gaius dut y réfléchir, et donna une estimation.
« Une journée tout au plus. Tu sais comment l'enlever ? »
Merlin farfouilla dans les fioles innocentes sur la table dans sa chambre, et saisit l'une de celles qu'il utilisait pour contrer son sort de vieillissement, qui étaient cachées avec les autres.
Il l'enfouit dans la poche intérieure de sa veste, avant de saisir également le sac qui contenait sa longue robe rouge dans le compartiment sous son lit.
« Je dois tuer la créature d'où vient la tête dans ma nuque. »
Il ressortit de sa chambre, prêt à partir.
« J'ai passé des mois à étudier les sorts qui affectent l'esprit, vous vous souvenez ? Je suis tombé sur un passage au sujet des fomorrohs. Le tuer sera facile, le prendre à Morgane... Pas tellement, mais au moins elle ne me reconnaîtra pas si j'ai quatre-vingts ans. »
Il haussa légèrement les sourcils, pensant au rêve prémonitoire dont il avait eu un aperçu.
« En fait, je pourrais même lui faire peur. »
Il se dirigea vers la porte, et Gwen le rappela.
« Tu y vas maintenant ? Tout seul ? »
Merlin était déjà sorti, sa voix les atteignant à peine.
« Dites à Arthur que j'ai dit que tout irait bien ! »
Merlin ne perdit pas de temps à se diriger vers les écuries, sella Bitan et sortit au galop, se dirigeant vers le sud-est dans les bois. Il y avait déjà été maintenant, dans sa hutte. Il avait mémorisé la route qu'elle avait emprunté pour l'y emmener. La retrouver ne serait pas difficile, mais il devrait quand même se préparer en avance.
Il s'arrêta à environ un demi-mile de sa destination, enfila sa robe rouge et lança le sort de vieillissement sur lui-même. Il commençait en fait à se sentir plutôt joyeux, jusqu'à ce qu'il découvre quelque chose qu'il n'avait pas eu à découvrir avant... Se hisser sur la selle d'un très grand cheval, quand vous avez quatre-vingts ans et que vous souffrez d'arthrite, est presque impossible.
Il resta là, la tête baissée avec frustration, quand un gazouillis interrogateur l'informa qu'il avait un visiteur anxieux.
Friou, qui avait atterri à proximité et l'avait suivi, s'approcha lentement comme pour essayer de déterminer s'il était vraiment lui. Elle n'était peut-être pas la plus intelligente des créatures, mais elle avait assez conscience de la magie pour renifler sa nuque et siffler de désapprobation.
Il lui caressa le nez pour la rassurer en murmurant :
« Tout va bien, je suis en route pour régler ça. Et toi, tu peux me donner un peu d'aide. »
Se servant d'elle comme appui, et l'incitant à le soulever légèrement, il réussit finalement à remonter sur la selle de Bitan. Il la renvoya ensuite, entraînant des protestations, mais il ne pouvait pas risquer que Morgane la voie avec lui quand il était sous cette forme.
Vingt minutes plus tard il était sur la crête au-dessus de sa maison, observant un Agravain renfrogné sortir et retourner à Camelot. Morgane s'éloigna également dans la direction opposée, laissant la hutte vide et sa cible sans défense.
Il se laissa glisser le long de la pente pour atteindre la porte, disgracieux et maladroit mais néanmoins avec succès. L'intérieur de sa maison n'était pas différent de la dernière fois, un assemblage de matériel magique qui ne lui donna que peu d'indications sur où trouver ce qu'il cherchait.
Morgane revint durant ses recherches, portant une charge de petit bois, qu'elle laissa tomber de peur avant de courir dehors et de claquer la porte.
Il continua ses recherches, conscient qu'elle revenait discrètement et rampait dans la hutte jusqu'à ce qu'elle puisse le voir. Son corps entier se raidit sous le coup du déni et de la peur, et sa voix en fit autant.
« Vous n'existez pas. »
Il renifla, pas d'humeur à être gentil.
« Si c'est vous qui le dites ! »
Son ton dur la fit broncher, mais il remarqua avec intérêt qu'il déclenchait également des sifflements dans une jarre couverte sur une étagère à proximité. Il tira sur le tissu, révélant une jarre couverte d'un bouchon en tissu noué, et le fomorroh se tortillant à l'intérieur.
S'approchant toujours, Morgane tira la dague à sa ceinture, rassemblant son courage tandis qu'elle essayait encore de nier que la silhouette de ses cauchemars se tenait devant elle.
« Vous êtes le fruit de mon imagination.
- C'est exact ! Je ne suis pas là. Faites comme si ..si je n'étais vraiment pas là. Je garderais cela et irai voir ailleurs. »
Il saisit la jarre, Morgane ne réalisant que maintenant ce qu'il cherchait. La sorcière se jeta sur lui, mais fut repoussée et lancée sur l'une de ses étagères.
Merlin la laissa au milieu du bois et des objets brisés, sortant en courant de la hutte aussi vite que ses vieilles jambes pouvaient le porter, jusqu'à ce qu'à une courte distance de là elle le rattrape et lance :
« Ablinne du, forlet du! »
Son sort le repoussa en arrière, l'impact provoquant des cris de douleur dans ses vieux os. La jarre lui tomba des mains, Morgane s'approcha tandis qu'il gisait là en grognant, et s'arrêta pour le fixer en brandissant sa drague.
« Alors, Emrys ! Vous ne causerez pas ma perte, en fin de compte. »
Cela attira son attention, et Merlin retourna la tête pour fixer son regard sur elle.
« Forp fleoge! »
Elle poussa un cri quand elle fut jetée en arrière comme il l'avait été, grognant lorsqu'elle atterrit durement sur le sol de la forêt. Et c'était maintenant son tour de se tenir au-dessus d'elle, s'étant relevé avant de trébucher vers elle, la main levée.
Elle lui rendit son regard.
« Si je dois mourir de votre main, dites-moi au moins qui vous êtes. C'est Arthur qui vous envoie ? »
Merlin ne répondit pas tout de suite, et secoua la tête après avoir réfléchi un moment.
« Vous jouez avec les autres comme si leurs vies ne signifiaient rien. Vous n'avez aucune compréhension du futur auquel vous vous opposez. Vous dites chercher le retour de la magie, eh bien c'est aussi le cas du jeune Roi Arthur. Il la ramènera dans le pays paisiblement, sans conflit... mais vous voudriez la voir ramenée au prix du sang, et tout ça pour le désir d'un trône. Vous ne me laissez pas d'autre choix que de protéger ce futur de votre malice, de protéger le jeune Pendragon et le magicien qu'il appelle son ami. C'est seulement dans leurs mains que ces terres seront unies dans un âge d'or de paix. C'est là une chose que vos mains souillées de sang ne pourront jamais accomplir, car la mort souille tout ce que vous touchez. »
Son expression se durcit.
« Alors vous les protégez vraiment. Vous les aidez vraiment depuis tout ce temps. »
Sa mouche se tordit dans un grondement.
« Si vous croyez que je vais vous laisser libérer le petit magicien d'Arthur d'entre mes griffes, vous avez tort ! »
Ses yeux prirent une lueur dorée et il fut de nouveau jeté en l'air, atterrissant une fois de plus parmi les feuilles, et rencontrant le sol avec assez de force pour que son vieux corps se torde de douleur. Et Morgane, elle avait ramassé la jarre contenant le fomorroh et s'éloignait avec, le laissant maudire la faiblesse de cette forme.
Il essaya de croasser un sort, le sentit balbutier sur ses lèvres et échouer. Est-ce que ça allait finir comme ça ? Est-ce que Morgane allait vraiment gagner ?
C'est ce qu'il semblait quand il ferma les yeux d'impuissance, sentant sa force disparaître, avant qu'un brusque coup de vent violent ne souffle au-dessus de sa tête.
Les yeux de Merlin s'ouvrirent d'un coup, juste à temps pour voir une Morgane choquée se faire aspirer par un cyclone miniature et jeter dans les airs. Il ne vit pas où elle atterrit, ni ce qui était arrivé à la jarre, ses yeux se fermant quand il sombra dans l'inconscience alors même que son sauveur venait se tenir à ses côtés. Et il ne portait pas son amulette, donc personne ne saurait qu'il avait besoin d'aide... Arthur allait le mettre au pilori pendant une semaine pour ça.
Mais ignorant ces pensées, le jeune homme aux cheveux sombres baissa les yeux vers lui, ses robes de Grand Prêtre s'agitant dans le reste du vent qu'il avait conjuré. Ses yeux s'attardèrent sur le vieil homme devant lui, fronçant les sourcils avec perplexité, puis il haussa les épaules et s'avança.
Il saisit la jarre et examina la créature sifflant à l'intérieur, retroussant la lèvre de dégoût avant d'enflammer une pile de branches mortes à proximité en marmonnant un mot.
« Forebearne! »
Il s'approcha du feu et tira le bouchon de tissu de la jarre, avant de faire tomber le fomorroh dans les flammes et d'incanter au-dessus de son corps brûlant :
« Ontend disne wyrm paet he licge unastyred a butan ende! »
Derrière lui Merlin frissonna tandis que la créature était détruite, entraînant un nouveau regard perplexe de ce prêtre inconnu. Un prêtre qui additionna ensuite deux et deux et comprit.
Quand Merlin ouvrit les yeux presque une heure plus tard, il était loin de l'endroit où il avait combattu Morgane, et assez étrangement couché près d'un bon feu bien chaud... avec son cheval arrachant joyeusement des feuilles à un buisson à proximité.
Il grimaça lorsqu'il se redressa, avant d'être surpris quand quelqu'un tendit un bol en bois plein de soupe devant son visage.
Son sauveur sourit, un sourire sur un visage qui était assez familier, puis il se mit à rire.
« Je dois dire, Emrys, que tu avais l'air considérablement plus jeune la dernière fois que je t'ai vu... Je dirais que tu avais environ neuf ans, et que c'était près du village d'Ealdor... Oh, et tu venais de lancer un de mes amis à travers les airs sans le toucher.
Merlin faillit lâcher le bol, s'étouffant sous le choc quand il le reconnut.
« Toi ! »
Il cligna des yeux, se souvenant de quelque chose qu'il avait appris depuis au sujet du jeune sorcier qu'il avait rencontré à l'époque.
« Tu es Kalem ! »
Le Grand Prêtre, Kalem, cligna des yeux.
« Tu connais mon nom ? »
Merlin acquiesça, commençant à sourire.
« Liam est un ami à moi. Quand il a découvert que j'étais Emrys, le reste en a en quelque sorte découlé. J'avais déjà réalisé quelque temps avant, que tu devais être une de ces personnes spéciales qui me reconnaissent à vue d'œil. »
Kalem se mit aussi à sourire, secouant la tête avec émerveillement.
« Ma parole, quelle ironie. Il s'est retrouvé à croiser ton chemin après tout. »
Il regarda Merlin de la tête aux pieds.
« Alors, tu peux m'expliquer comment tu as réussi à atteindre les quatre-vingts ans, en partant des neuf ans que tu avais quand je t'ai rencontré pour la dernière fois, alors que ça ne fait que quinze ans qu'on ne s'est pas vus ? »
Ce fut au tour de Merlin de cligner des yeux tandis qu'il baissait les yeux, et voyait qu'il avait toujours cheveux blancs, barbe blanche et rides.
« Oh, ça... Edniwe min geoguo. »
Il grimaça quand le contre-sort fit effet, sa barbe disparut, ses cheveux se raccourcirent et redevinrent noirs, et son corps reprenant son âge véritable.
Kalem observa le processus avec fascination, et plus qu'un peu d'admiration.
« Un sort de vieillissement aussi puissant, inversé si facilement. Impressionnant.
- Je peux le lancer sans matériel, aussi. »
Merlin grimaça, vérifia le contenu de ses poches et découvrit que la principale était vide.
« Ne me demande juste pas de faire la démonstration tout de suite. Il semble que j'aie perdu mon antidote, pour quand mon contre-sort ne marche pas. Je n'ai pas encore tout à fait perfectionné cette partie. On dirait que j'ai eu de la chance cette fois. »
Il but la soupe dans son bol avant de se remettre sur pieds, vacillant quand il porta une main à sa nuque... Pour la trouver recouverte d'un bandage.
Kalem tendit une petite fiole de verre au magicien, contenant une tête de fomorroh très morte.
« Ne t'en fais pas, je l'ai enlevée quand j'ai réalisé qu'elle était là. On dirait qu'elle a failli t'avoir, si je n'avais pas entendu le combat et que je ne t'avais pas trouvé. »
Merlin marmonna dans sa barbe :
« Failli me faire tuer Arthur, plutôt. Merci, de m'avoir aidé. »
Il essaya de faire un pas, mais échoua misérablement et faillit atterrir dans le feu. Kalem fut à ses côtés en un instant, le hissant sur ses pieds et l'entraînant vers son cheval.
« Viens, je te ramène à Camelot. Tu n'es pas en état de marcher, ou de chevaucher, tout seul. »
Il vit Merlin jeter un regard à ses robes.
« Et je peux enlever ça. Je porte une chemise ordinaire et un pantalon dessous. Elles ne sont pas pratiques quand j'utilise mon cerf-volant.
- Cerf-volant ? »
Kalem eut un grand sourire lorsque Merlin fut rassis sur le dos de Bitan, avant de ramasser et de hisser sur son épaule un sac de voyage et un long baluchon de canevas épais et de perches en bois.
« Peut-être que j'aurai l'occasion de te montrer. Mais pour l'instant, je suis sûr que tu as des amis qui s'inquiètent pour toi. Le reste viendra en temps voulu, y compris ma raison d'être ici dans le Royaume de Camelot. »
Il saisit les rênes de Bitan, le cheval restant sage à son contact autoritaire, et ils se mirent en chemin pour retourner vers la cité. Tout viendrait en temps voulu, et tout serait révélé.
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Je vous avais bien dit que c'était une bonne saison pour Liam^^
Colinou : j'aime cet épisode parce qu'il fait ressortir une facette de Merlin pas assez présente, il a toujours été franc mais toujours en prenant considération l'autre pas là, le meilleur moment c'est quand il dit ces 4 vérités à la frisée !