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Chapitre 47 : L'enlèvement ~Partie 3~
Suivre leur guide ailé à la poursuite d'Agravain s'avérait incroyablement facile, Friou planant devant leurs chevaux comme un chien de chasse lancé sur une piste impossible à manquer. Ses mouvements initiaux l'avaient mené jusqu'à la hutte de Morgane, comme ils s'y étaient attendus et comme ils l'avaient espéré. Et maintenant tous deux se dirigeaient ensemble vers une nouvelle direction…
Vers la vallée de Chemary…
Merlin garda les yeux sur elle, alors même que sa main droite s'attardait sur la garde de sa dague ancienne. Arthur avait accepté de faire sortir discrètement trente chevaux des écuries de la garnison de la vallée, et maintenant ces montures étaient chevauchées par trente Druides de la Tempête très mécontents qui en appelaient au combat. C'était une chose étrange de penser à quel point il s'était rapidement habitué à leur donner des ordres, mais il l'avait fait…
Il n'y avait rien de mieux qu'une crise pour forcer un tournant en cours, et il subissait un cours intensif pour s'habituer à être le chef d'un clan entier. Un clan qui était prêt à mourir jusqu'au dernier homme pour le servir.
"Alrik."
L'homme qu'il avait appelé fit avancer son cheval, s'arrêtant à côté de lui avec un hochement de tête.
"Qu'y a-t-il, Celui qui Appelle la Tempête ?"
Merlin le regarda, désignant la vallée qui venait en vue devant.
"Je veux que toi et tes hommes forment un périmètre en dehors des caves. Assurez-vous que personne n'essaie de partir, mais ne les tuez pas non plus. Les gens morts ont du mal à donner de bonnes informations."
Cela lui valut un autre hochement de tête, l'ancienne attitude mauvaise d'Alrik envers lui maintenant un souvenir distant avec les circonstances si changées.
"Comme vous voulez, Celui qui Appelle la Tempête."
Le druide recula à nouveau, Gauvain soulevant un sourcil alors qu'il regardait.
"Toujours un peu fou de penser que tu es le chef de ces gars. Il y a seulement une semaine tu étais possédé et tu essayais de tuer Arthur, et ces gars voulaient rayer Camelot de la carte. Et pourtant hier Gaius s'est fait kidnapper, et aujourd'hui tu utilise ces gars pour aider à le sauver."
Perceval avait une expression également perplexe sur le visage.
"Je ne suis pas sûr de ce que je trouve le plus fou. Que tu sois leur chef, ou qu'ils soient une bande de druides qui se promène avec un rangement proverbial d'armes sur le dos."
Cela les fit tous les trois regarder en arrière, pour remarquer que pas un seul des Druides de la Tempête ne portait moins de cinq armes différentes. Certains avaient même des haches de guerre.
Merlin tourna à nouveau son attention devant, effectivement un peu effrayé par ces druides qui étaient maintenant par définition son peuple.
"Ouais, je vois ce que tu veux dire. C'est une bonne chose qu'ils soient de notre côté maintenant."
Loin devant lui, loin de Morgane et d'Agravain, loin dans les caves, l'interrogatoire atteignait son point culminant. Les feux brûlaient depuis des heures maintenant, Gaius tellement épuisé par sa résistance que les seuls efforts faibles qu'il pouvait réussir n'étaient reflétés que par les questions qu'il évitait en donnant des réponses différentes et pourtant reliées.
La voix d'Alator restait insistante, patiente, indéniable… Alors que le reste des feux s'éteignait, leur travail accompli.
"Parlez-moi d'Emrys, Gaius. Dites-moi tout de lui. Où pouvons-nous trouver Emrys ?"
Le médecin agita faiblement la tête sans s'arrêter, les mots luttant pour passer ses lèvres malgré son coeur qui lui hurlait de rester silencieux.
"A Camelot…"
Alator se pencha en avant, murmurant presque juste dans l'oreille de Gaius.
"Où à Camelot ?"
Le médecin hésita, luttant contre la réponse et en donnant une autre. Le ton douloureux.
"Emrys est… Emrys est le nom par lequel le désignent… le désignent les Druides. Mais pour moi, a… assurément il se nomme d'une autre manière."
"De quelle manière ?" Alator attendit, regardant le vieil homme lutter puis fronçant les sourcils lorsqu'il cria 'non'. En réponse, il posa sa main sur la tête du médecin, se penchant encore plus. "Qui est Emrys ?"
Gaius luttait encore, menant une bataille contre son propre esprit, et esquivant à nouveau.
"C'est le plus puissant de tous les sorciers de tous les temps."
Le froncement de sourcils d'Alator s'accentua, alors qu'il rendait la question plus spécifique et moins facile à éviter avec une demi-réponse.
"Comment il s'appelle."
Le tourment dans l'expression de Gaius ne fit qu'augmenter, inquiet et honteux alors qu'il essayait d'empêcher la réponse de passer ses lèvres.
"Son nom… son nom est… Merlin." Alator se leva de victoire, bougeant pour quitter la salle mais s'arrêtant quand le vieil homme recommença à parler. Ses mots toujours douloureux, mais devenant graduellement paisibles. Comme s'il savait qu'il n'avait plus rien à perdre en disant cela. "Les légendes des Druides disent vrai, Merlin est Emrys… Un homme destiné à accomplir de grandes choses. Un homme qui un jour parviendra à unir les pouvoirs de l'Ancien et du Nouveau Monde, qui nous mènera à une époque que les poètes ont coutume d'évoquer… L'avènement… d'Albion."
Les yeux d'Alator s'élargirent légèrement à cela, alors que Gaius sombrait enfin dans l'oubli de l'inconscience, incapable de répondre à quoi que ce soit d'autre. Et pourtant les yeux du prêtre bougèrent jusqu'à la crevasse où l'amulette du vieil homme était partie plus tôt, et il marcha jusqu'à elle, appelant l'objet avec un sort.
Le disque de bronze se posa dans sa paume comme une promesse, un objet qui, maintenant qu'il le regardait vraiment, rayonnait de suffisamment de pouvoir pour éclipser celui du bracelet de guérison que Morgane lui avait donné en payement. Il savait maintenant qui avait fait cela, c'était clair, et ce n'était pas étonnant qu'il ait été incapable de le détruire.
Il la remit autour du cou du médecin endormi, avant de ramasser son bâton et de quitter la salle, alors même qu'en dehors des caves une sorcière et un noble entraient, inconscient qu'ils avaient été traqués droit jusqu'à la bonne entrée par un magicien et sa vouivre.
Merlin envoya Friou se percher sur les falaises au-dessus, les Druides de la Tempêtre s'évanouissant pour prendre des positions similaires pour bloquer une quelconque échappatoire. Seules trois personnes entrèrent dans la cave, Merlin, Gauvain, et Perceval, et quand le chemin se sépara, le magicien n'hésita pas à leur donner ses ordres et à pointer la gauche.
"Vous deux allez par là. Si vous trouvez Gaius, ne m'attendez pas. Emmenez-le jusqu'à nos alliés et allez vous mettre à une distance sûre. Si je le trouve, j'utiliserai les amulettes pour vous parler."
Les deux chevaliers semblèrent légèrement réticents, leurs protestations stoppées lorsqu'ils furent pris au piège par le garde du corps d'Alator.
Gauvain et Perceval tirèrent leurs épées, venant sur l'homme de deux côtés et réussissant quand même à être repoussés dans l'espace confiné. Les voyant lutter, et presque trébucher l'un sur l'autre dans la confusion, Merlin secoua simplement la tête et fixa l'homme.
Ses yeux se dorèrent, le garde du corps criant de surprise alors qu'il était soulevé et jeté sur les épées des deux chevaliers… Et accidentellement sur les chevaliers eux-mêmes.
Gauvain leva les yeux de sa position au sol, contrarié.
"Tu ne pouvais pas le jeter ailleurs ?"
Ils écartèrent l'homme mort et se levèrent, un doigt tendu de Merlin rendant clair le fait qu'il n'accepterait pas d'alternative à se séparer.
Ils partirent, prenant la torche avec eux pendant qu'il conjurait simplement une lumière dans sa main. Il marcha, inconscient de la scène qui se déroula lorsque les deux chevaliers trouvèrent Agravain… Se tenant par-dessus Gaius et sur le point de lui trancher la gorge, ayant reçu l'ordre de Morgane de s'assurer que le médecin ne parlerait plus jamais.
Il se pétrifia lorsque les deux hommes entrèrent, aussitôt conscient qu'il était dans une situation très précaire s'il voulait s'en sortir vivant. Il n'avait que sa dague, tous deux avaient des épées et portaient une cotte de mailles. Il n'avait vraiment aucune chance.
Perceval le fixa de dégoût.
"Vous êtes vraiment un lâche. Vous ne pourriez pas tomber plus bas que ça."
Gauvain semblait aussi dégoûté, mais souriait aussi, satisfait.
"Mais quand même, nous devons vous remercier. C'était si facile de vous faire courir à Morgane, puis ici, ou avez-vous oublié que la vouivre de Merlin peut vous traquer ?"
Agravain pâlit.
"Q-quoi ? Vous voulez dire que…"
Gauvain rit.
"C'est exact, mon gars. Vous nous avez mené droit sur lui." Il pointa son épée sur le noble. "Maintenant écartez-vous de lui, doucement et gentiment. Puis nous allons sortir d'ici gentiment, et vous allez prétendre que nous ne savons pas que vous êtes un serpent-rampant de gouttière, juste au cas où Morgane déciderait de montrer son visage. Perceval, tu portes Gaius pendant que je m'assure que notre petit verre de terre n'essaye pas de faire quelque chose de stupide."
Perceval fut content d'obéir, soulevant gentiment Gaius et le portant facilement pendant que Gauvain gardait Agravain devant eux. Les choses ne firent qu'empirer pour le traître, quand ils arrivèrent hors de la cave et qu'il fut passé aux 'bons soins' des druides présents.
Il les fixa, les voyant maintenant pour la première fois avec leurs robes écartées et leurs armes exposées.
"Vous ne pouvez pas être des druides. Ils ne portent pas d'armes."
Alrk sourit malicieusement et regarda Gauvain.
"Alors c'est lui que la vouivre traquait ?" Le chevalier acquiesça, et le sourire d'Alrik ne fit que s'élargir alors qu'il se penchait à quelques centimètres du visage pâle d'Agravain. "Et oui, nous sommes des druides, simplement pas comme ceux que vous avez déjà pu rencontrer avant. Ils disent, après tout, qu'il ne peut y avoir de lumière sans obscurité, et dans ce cas vous pouvez nous appeler l'ombre de nos frères. Vous avez de la chance que Celui qui Appelle la Tempête nous ait ordonné de ne pas vous tuer, ou je vous pendrais à l'arbre le plus proche pas vos entrailles."
Si c'était possible, Agravain pâlit encore plus alors qu'il était emmené au loin par deux autres druides, Gauvain regardant, impressionné par la menace.
"Vous savez quoi, je crois que je commence à vous aimer, les gars."
Alrik gloussa et lui fit face.
"Croyez-moi, nous pouvons trouver des moyens de mourir encore pire que ce que je viens juste de lui dire."
Mais l'atmosphère légère hors de la cave n'était pas reflété à l'intérieur, alors que Merlin négociait les passages à la recherche du mentor qu'il ne savait pas être en sécurité.
Il arriva à un cul-de-sac, un parmi plusieurs qu'il avait rencontrés dans sa frustration grandissante. Cet endroit était comme un labyrinthe, de cavernes naturels et de passages creusés par les hommes dans leur recherche du minerai de fer qui était extrait dans cette vallée.
Jurant dans sa barbe, il bougea pour tourner et faire demi-tour, seulement pour tomber face-à-face avec le sourire froid de Morgane alors qu'elle le projetait avec une explosion de magie.
"Tu es une source d'irritation, t'en rends-tu compte ? Quand renonceras-tu à te mêler de ce que tu ne pourras jamais comprendre ?"
Elle tira sa dague et la jeta sur lui, la suspendant avec la magie pour le faire reculer sur le sol en retraite. Sauf qu'il ne battit pas en retraite, mais tira plutôt une longue dague incurvée de sous sa veste pour frapper sa lame et l'écarter.
"Ce que je comprends c'est que vous avez pris mon ami, et je veux le récupérer."
Morgane regarda sa lame couverte de runes, et remarqua que la sienne gisait maintenant en deux parties au sol. Elle ne la reconnut pas, sa signification depuis longtemps oublié par tous sauf quelques-un parmi l'Ancienne Religion.
"Alors on dirait que tu t'es trouvé un nouveau jouet. Ne pense pas que ça va te sauver, pas quand je dispose de tant de moyens douloureux pour me débarrasser de toi."
Merlin se remit sur ses pieds, prêt à la combattre.
"Je veux savoir ce que vous avez fait à Gaius."
Morgane ne broncha pas sous son regard énervé, elle sembla plutôt amusée.
"Il détenait des informations dont j'avais besoin. Il savait où trouver Emrys. S'il a accepté de répondre de bonne grâce, ses souffrances ont été abrégées." Son sourire s'élargit de malice. "Mais, dans le cas contraire…"
Le regard de Merlin était maintenant devenu empli de furie, surpassant sa peur qu'elle découvre à nouveau qui il était.
"Si vous lui avez fait le moindre mal…"
Elle ricana.
"L'heure n'est pas à discuter de son sort, mais à décider du tien. Il ne s'agit pas de remettre en question le fait que tu vas mourir ici tout seul, dans cet endroit divin. Ça arrivera de toute façon. Mais de définir comment ? Et pour être plus claire, dans quelles souffrances ?"
Merlin ne bougea pas, réagissant seulement lorsqu'un étranger en robe et avec un bâton vint dans la salle et s'arrêta à côté d'elle.
"Et qui est-ce ?"
Morgane le regarda, souriante.
"Alator… Voici Merlin. Ce n'est qu'un simple serviteur, mais c'est le plus pénible de tous ceux que j'ai jamais connu… Je suppose que votre entrevue avec Gaius a porté ses fruits."
Le prêtre la regarda, ayant fixé Merlin avec une expression indéchiffrable. Puis il parla.
"Oui, Gaius m'a tout dit."
"Vous savez qui est Emrys ?"
"En effet, je l'avoue." Il se retourna vers Merlin pendant qu'elle le regardait avec espoir, avançant vers le magicien pendant que Merlin le regardait en retour avec une expression incroyablement prudente. "Je sais non seulement qui est Emrys, mais je sais aussi où il se trouve."
Morgana fit un pas vers eux, soudainement désespérée de savoir.
"Alors dites-le moi."
Alator se tourna, tournant le dos à Merlin, et la regarda froidement.
"... Jamais." Il pointa son bâton sur elle, criant. "Forth fleoge!"
Elle cria alors qu'elle était envoyée voler en arrière dans un pillier de mine en bois et assommée, tombant immobile sur le sol sablonneux pendant que Merlin reculait et contournait rapidement Alator.
"Qui êtes-vous ? Pourquoi m'avoir protégé après tout ce que vous venez de faire ?"
Le prêtre soupira, posant l'extrémité de son bâton sur le sol et se tenant là, ses mots presque soufflé par la personne dont il était en présence.
"Merlin, je suis Alator le Catha. Je suis très honoré de vous être utile."
Merlin fronça les sourcils, toujours prudent.
"Vous avez des pouvoirs ?"
Alator acquiesça.
"Le fardeau que vous portez je le connais. J'ai vécu avec toute ma vie. J'ai été banni de la société, persécuté, et j'ai même parfois été traqué dans chaque recoin des Cinq Royaumes. Je sais trop bien ce que l'on éprouve." La prudence de Merlin s'était légèrement évanouie, et était maintenant teintée de sympathie et de compréhension mutuelle alors que le prêtre continuait sérieusement. "Vous n'êtes pas seul. D'après ce que Gaius m'a dit, je suis très loin d'avoir vos grands pouvoirs, Merlin, mais je nourris vos espoirs. Car d'autres, tout comme moi, ont rêvé du monde que vous cherchez à construire… Et c'est avec bonheur que nous donnerions nos vies pour vous aider à le faire."
Il se laissa tomber sur un genou et s'inclina, Merlin envahi par un soudain sens perplexe de déjà vu.
"Alors pourquoi ce changement ? Ça ne peut pas avoir été juste après avoir entendu Gaius vous parler de moi. Ça aurait pu être les divagations de l'illusion, prises pour vraies alors qu'elle ne sont en fait que des fragments d'imagination."
Alator leva la tête, mais ne se leva pas de là où il était agenouillé.
"Il m'a dit que vous étiez connu comme Emrys par les Druides, dans leurs légendes. Mais tout comme ils ont des légendes à propos d'un grand annonciateur de paix, les Cathas en ont aussi… Parmi mon peuple, si vous êtes celui que je crois, vous êtes connu comme 'Ambrosius'."
Merlin le fixa, pas sûr de s'il devait être stupéfait ou complètement abasourdi avant de pousser un soupir et de secouer la tête.
"Ça commence à devenir une habitude. J'ai combien de noms et de titres maintenant ?" Il commença à les compter sur ses doigts, murmurant. "Seigneur Merlin, Emrys, Ambrosius, Celui qui Appelle la Tempête, Seigneur des Dragons, Sorcier de la Cour de Camelot, et Chef du Clan Druide de la Tempête." Il porta une main à son visage. "Ça commence à devenir ridicule."
Alator ne se leva que maintenant, souriant à l'expression de Merlin.
"Je suppose que vous avez conscience de votre signification."
"Eminément…" Merlin soupira à nouveau, revenant à la raison pour laquelle il était ici. "Où est Gaius ?"
Le prêtre fit un geste vers la sortie de la salle, se dirigeant vers elle.
"Je l'ai laissé à l'autel. Il était endormi." Il s'arrêta à côté d'une Morgane inconsciente, sortant le bracelet de guérison de la poche de sa robe et le posant sur le sol sablonneux proche tout en la regardant. "Gardez votre babiole, et votre coeur sombre qui refuse d'embrasser l'espoir. Si j'avais su ce que je sais maintenant, je n'aurais jamais fait tout cela."
Tous deux la dépassèrent, pour aller là où Gaius s'était trouvé, puis dehors là où les Druides de la Tempête attendaient avec les deux chevaliers et Gaius.
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Au matin, ils étaient proches de Camelot, Merlin les faisant s'arrêter et se tournant vers le prêtre chevauchant à côté de lui. Il sourit, faisant signe à l'un des Druides de la Tempête de s'approcher, et hocha la tête à Alator de respect.
"Il vous escortera chez vous, et s'assura que vous êtes en sécurité. C'est le moins que je puisse faire après que vous m'ayiez aidé, et après que j'aie tué votre compagnon."
Alator retourna le hochement de tête avec une demi-révérene sur sa selle, solennel mais aussi reconnaissant.
"Vous aider était le moins que je pouvais faire après ce que j'ai fait à votre ami." Il regarda Gaius là où le vieil homme était porté sur un brancard suspendu entre les flancs des chevaux de Gauvain et de Perceval. "J'ai appliqué un enchantement pour amoindrir la douleur résultante de mon interrogatoire. Il ira bien après quelques jours de repos."
"Merci." Merlin tendit la main, Alator l'acceptant. "Voyagez bien, et puissions nous nous rencontrer à nouveau."
Alator lui donna un dernier sourire avant de faire trotter son cheval, son escorte druide suivant sur le cheval qui avait appartenu au garde du corps.
Perceval le regarda partir avec un froncement de sourcils, murmurant à Merlin.
"Tu ne pardonnerais pas un peu trop facilement ? Il a kidnappé et torturé Gaius."
Merlin sourit, se remettant en route vers Camelot.
"Je sais, mais il sait aussi qu'il a fait une erreur et il l'accepte. Et maintenant que je lui ai montré de la clémence, et de l'espoir, il répandra la rumeur parmi le reste des Cathas. Morgane ne trouvera plus jamais d'alliés parmi eux."
Les Druides de la Tempête les quittèrent bientôt, pour ramener les chevaux à la clairière où ils avaient été laissés pour eux la veille. C'est ainsi que Merlin et les autres atteignirent Camelot, et Agravain fut forcé par les circonstances de confirmer que Gaius avait été ensorcelé et manipulé dans une tentative de gagner des informations contre le royaume. Arthur enferma son oncle dans ses appartements après cela, pendant que Merlin ramenait Gaius dans ses appartements pour prendre soin de lui.
Il était toujours là, assis à côté de lui, quand enfin le médecin se réveilla et ouvrit les yeux pour se trouver là où il avait cru ne jamais être à nouveau… Et en présence de celui dont il ressentait ce qu'il murmura avec ses premiers mots.
"J'ai vraiment honte, Merlin."
Merlin le regarda tristement, sans aucune trace de colère, seulement du soulagement.
"Pourquoi ?"
"Ton secret. Un secret que je tenais à protéger au péril de ma vie."
Merlin le fixa, ne s'en souciant pas le moins du monde.
"Gaius, vous avez risqué votre vie."
Le médecin persista, profondément désolé.
"Et si Morgane avait découvert la vérité…"
Merlin soupira, posant la main sur celle de son mentor pour le rassurer.
"Il n'en est rien… Elle a sous-estimé la grande loyauté d'Alator. Vous l'avez atteint, Gaius, avec ce que vous lui avez dit. Il a réalisé qu'il avait fait une erreur, et il m'a aidé."
Gaius ferma les yeux, toujours empli de culpabilité.
"Je crains de te trahir un jour sans le vouloir."
"Eh bien pas moi." Merlin sourit, le sourire gentil et doux qui pouvait illuminer même le plus chagriné des coeurs. "Vous m'avez fait gagner un autre nom avec tout ça… Saviez-vous que les Cathas ont leurs propres légendes sur moi ? Ils m'appellent Ambrosius."
Son sourire s'élargit puis devint un rire, cela en soi-même étant suffisant pour enfin faire sourire Gaius qui se relaxa en retour.
"Ça commence à devenir une habitude, Merlin."
"Ne m'en parlez pas. A ce train-là je finirai avec un nom aussi long que l'un des discours d'Arthur."
Comme si le mentionner était le signal, la porte des appartements s'ouvrit et le roi entra. Merlin hocha la tête pour Arthur alors qu'il entrait, lui faisant signe de s'approcher et de s'asseoir.
Arthur regada Gaius lorsqu'il l'eut fait, le regard inquiet.
"Vous vous sentez mieux ?"
Gaius le regarda de l'endroit où il était couché. Pâle mais autrement intact.
"Je suis heureux que cela soit fini."
L'expression d'Arthur s'assombrit, ses yeux distant.
"Alors pourquoi avez-vous été enlevé ? Qu'est-ce que Morgane espérait en gagner ?"
"Elle cherchait des informations sur l'identité et la localisation d'Emrys." Gaius soupira lorsqu'il vit Arthur tressaillir d'inquiétude, et le rassura rapidement. "Ne vous inquiétez pas, elle n'a rien obtenu de moi. A la place Merlin a gagné un autre allié, après que mon interrogateur ait découvert qui on lui demandait de localiser exactement. Il s'est retourné contre elle, et s'est assuré que nous nous échappions en sécurité."
Arthur devint calme, toujours inquiet.
"Elle devient désespérée si elle a recours à des techniques comme ça. Et si elle vous a enlevé une fois en croyant que vous possédez ce savoir, elle pourrait essayer à nouveau."
Gaius tendit une main, la posant sur le bras d'Arthur.
"Ne vous inquiétez pas, car je ne m'inquiète pas. Morgane ne réalise pas encore que ce qu'elle recherche est vain. Au sein de ce grand royaume, il y a une immense diversité de personnes, qui ont des croyances extrêmement différentes. Je ne suis pas le seul prêt à tout pour vous protéger, ils sont nombreux ceux qui ont foi en le monde que vous essayez de créer... Vous vous tenez devant eux et vous savez cela, et vous réalisez tout ce qu'ils ont fait pour vous. Et vous les appréciez pour cela." Il sourit tristement. "Et en retour, il n'y en a pas un seul d'entre eux qui ne donnerait pas sa vie en sachant qu'il vous a aidé."
Ce fut au tour de Merlin maintenant, le magicien posant sa main sur l'épaule d'Arthur.
"Nous n'avons pas peur des dangers, et ce ne sera jamais le cas tant que nous agirons ensemble. Et c'est pour ça que, peu importe ce qui se passera, Morgane ne nous vaincra jamais."
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