Chapitre 51, Lamia, partie 1

La femme qui se déplaçait dans la cité le faisait avec le cœur lourd et plein d'inquiétude, se frayant un chemin à travers les rues de Camelot vers une maison familière dans la partie haute de la ville. La peur l'avait amenée là pour son village. Elle l'avait amenée pour voir la seule personne dans Camelot chez qui elle sentait qu'elle pouvait aller pour requérir de l'aide.

La villageoise s'arrêta à l'extérieur de la maison en question, frappant doucement sur la porte et attendant.

A l'intérieur de la maison, le propriétaire arrêta de plier son linge sec. Gwen se tourna et alla vers la porte, l'ouvrant pour révéler un visage qu'elle connaissait bien, les yeux de la jeune femme plein d'espoir lorsqu'elle la vit.

« Gwen. »

« Mary ? » Gwen la regarda avec surprise, puis se déplaça pour la prendre dans ses bras. « Mary ! Quelle merveilleuse surprise. »

Elle attira la femme dans la maison, fermant la porte sous les yeux de Mary.

« J'espère que je n'interromps rien. »

« Non, pas du tout. Qu'est-ce qui t'amène à Camelot ? »

Mary soupira, le peu de joie qu'elle avait ressenti du fait de ces retrouvailles s'évanouissant et se transformant en inquiétude.

« Je ne veux pas t'embêter, Gwen. John et moi, je sais que nous ne t'avons pas vue depuis de nombreuses années, mais nous n'avions personne d'autre vers qui nous tourner. »

Le sourire de Gwen disparut.

« Qu'y a-t-il ? »

Mary la regarda dans les yeux, sa peur et son inquiétude bien visibles.

« C'est juste que… C'est juste que nous avons tellement peur. »

« Oh, Mary. » Gwen l'attira près d'elle, laissant sa vieille amie trembler dans ses bras jusqu'à ce que le calme revienne. Et quand ce fut le cas, elle parla. « Dis-moi. As-tu besoin d'aide ? » Mary hocha la tête sur son épaule, et Gwen se mit à la conduire doucement vers la porte. « Eh bien je vais te la procurer. Viens avec moi. »

Mary fut libérée de ses bras, à présent entraînée par la main dans la rue et vers le château.

« Où va-t-on ? »

Gwen sourit simplement pour la rassurer, la conduisant en direction de la cour intérieure du château et appelant le jeune homme qu'elle vit en train de la traverser, les bras chargés d'une armure.

« Merlin ! J'ai besoin de te parler. »

Il s'arrêta dans ses pas, changeant de direction et jetant un coup d'œil interrogateur à Mary avant de parler.

« Qu'y a-t-il, Gwen ? Tu as besoin d'aide ? »

Gwen lui rendit son regard, l'expression dans son regard disant qu'elle l'avait approché uniquement pour garder un certain niveau de protocole. Cela aurait eu l'air encore plus étrange si elle était allée directement voir le roi lui-même.

« Voici Mary, et même si elle ne m'a pas encore dit ce dont il s'agit, il y a un problème dans son village. Nous avons besoin d'une audience auprès d'Arthur. »

Merlin regarda à nouveau Mary, qui semblait devenir de plus en plus inquiète, avant de hocher la tête et de faire signe qu'elles devaient le suivre.

« Il est dans sa chambre et apprend un discours pour un banquet de marchands dont il sera l'hôte ce soir, grâce à Lord Tarven qui les fait venir deux jours plus tôt dans le cadre d'une négociation d'échange. Si tu as besoin de lui parler d'urgence, alors c'est le moment de le faire, parce qu'après ce soir il sera submergé de protocoles de la cour. Après ce soir, il n'y aura aucun moyen de lui parler pour les deux ou trois prochains jours, jusqu'à ce que les négociations soient finies. »

Gwen poussa Mary quand la femme hésita à suivre, la villageoise plus que légèrement étonnée.

« Vous m'emmenez voir le roi ? Juste comme ça ? Personne ne dira rien ? »

Merlin la regarda à nouveau, ralentissant ses pas pour se mettre à son niveau et la prendre par le bras tandis que Gwen gardait sa prise sur l'autre.

« Je suis un Serviteur de Confiance et le valet personnel du Roi. Je sais que Gwen ne serait pas venue me voir pour cela si elle ne pensait pas que ça pourrait être important. Et quand il s'agit de la sécurité du royaume et de ses habitants, le Roi Arthur préfère le savoir le plus tôt possible. Interrompre son effort de mémoire pour retenir ce discours ne sera pas un énorme problème, et ce sera bien moins gênant que ce que pourrait devenir ta situation si rien n'est fait. »

Si c'était seulement possible, Mary avait l'air encore plus inquiète à présent, se réfugiant presque sur Gwen tandis que Merlin les conduisait vers l'aile des nobles. Il ne se donna même pas la peine de frapper, ouvrant la porte et se glissant à l'intérieur.

En face de lui, Arthur était assis à la fenêtre, un morceau de parchemin à la main et faisant de légers gestes en même temps qu'il murmurait doucement.

Il leva la tête quand il entendit le loquet, et commença à se lever quand il vit l'expression de Merlin.

« Qu'y a-t-il ? »

Merlin ouvrit la porte en grand, faisant entrer Gwen et Mary et désignant cette dernière tandis qu'il déposait l'armure qu'il avait dans les bras à côté.

« Il semblerait qu'il y ait un problème dans son village, et elle a fait tout le trajet jusqu'à Camelot pour voir Gwen. Gwen me l'a amenée. »

La servante en question acquiesça, en poussant son amie à s'asseoir à la table.

« Elle vit à Longstead, dans les Montagnes Feorre. » Elle fit une pause pour laisser Mary confirmer cela d'un hochement de tête. « Elle et son mari, John, sont parmi mes vieux amis. Ils sont tous les deux des gens forts, résistants. Elle ne serait pas là si ce n'était pas sérieux. »

Arthur attendit que les deux femmes soient assises, Merlin prenant position en s'installant au bout de la table tandis que le roi se déplaçait en face et entourait de ses bras le dos de sa chaise habituelle.

« Pouvez-vous me dire ce qui vous amène ici ? »

Elle inclina la tête, anxieuse et incertaine de cette audience soudaine avec lui.

« Notre village, nous sommes frappés par une maladie. Trois bons hommes ont déjà été emportés. Nous n'avons pas de médecin, Sire. Cela dépasse notre compréhension. »

« Je vois… »

Arthur devint silencieux, pensif, et Mary interpréta cela comme de la désapprobation.

« Excusez-moi. Je n'ai aucun droit de parler d'un problème aussi petit au roi. »

« Vous êtes parfaitement dans votre droit. » Arthur se déplaça autour de la table, s'asseyant pour être à hauteur de ses yeux. « C'est ma responsabilité de protéger les habitants de ce royaume, qui qu'ils puissent être. »

Elle redressa la tête, surprise et pleine d'espoir.

« Vous allez nous aider ? »

Il hocha la tête.

« Je ferai tout ce que je pourrai. »

Gwen posa la main sur celle de Mary, lui souriant avant que la villageoise ne regarde Arthur avec gratitude.

« Merci. »

Arthur regarda à présent Merlin, son ton devenant celui d'un chef.

« Informe Gaius que j'ai besoin de lui parler. Il doit se préparer pour aller à Longstead à cheval immédiatement. »

Merlin grimaça entendant cela.

« Il est en ce moment aux prises avec une épidémie dans la ville basse. S'il part, il pourrait y avoir des morts en son absence. » Il vit l'expression de Mary se changer en espoir déçu et continua. « Cependant, rien ne vous empêche d'envoyer son apprenti, Liam. »

Arthur prit cela en considération, un peu hésitant.

« Je sais que Liam est un bon étudiant, et il a presque deux ans d'entraînement derrière lui à présent, mais il manque d'expérience suffisante pour travailler par lui-même sur quelque chose de potentiellement grave. Il n'y a eu aucune épidémie majeure jusque là, aucune éruption d'une maladie réellement dangereuse. Il n'a jamais eu à y faire face avant, pas en tant que médecin. »

« Mais moi oui. » Merlin jeta à nouveau un œil à Mary avant de continuer. « Envoyez Liam, et j'irai avec lui. Il a plus de connaissances médicales que moi, mais j'ai plus d'expérience dans le travail de médecin lors d'une épidémie. Ensemble, nous devrions être capables de gérer le problème de Longstead, ou si nous échouons de retourner à Camelot et Gaius avec nos découvertes. »

Le roi y réfléchit et hocha la tête.

« Alors c'est réglé. Va l'informer de se préparer à partir. Je veux que vous soyez partis et sur le chemin à l'aube demain. » Arthur se tourna à présent vers Gwen. « Veille sur elle jusqu'au matin, et va avec elle si tu le souhaites. Je sais que tu le veux probablement. Je dirai au Seigneur Léon et aux autres de vous escorter. »

Gwen se mit debout, hochant la tête pour le remercier.

« Je m'en occupe, Sire. »

Son utilisation du titre était pour rassurer Mary, qui était comme on peut le comprendre désorientée par cette audience rapide et informelle qui venait d'avoir lieu sous ses yeux. Une fois les deux femmes parties et de retour dans la ville haute, Arthur regarda Merlin.

« Je t'aurais envoyé de toute façon, Merlin. Pour ce qu'on en sait, cette maladie est peut-être l'œuvre de la magie. Liam peut facilement gérer les simples maladies, mais il n'aurait pas la moindre idée de quoi faire s'il s'avérait qu'il s'agissait d'un enchantement. »

L'expression de Merlin était devenue sérieuse.

« Si c'est bien de la magie, alors vous savez que je suis la personne la mieux placée pour ce travail. Je ne vous décevrai pas. » Il se mit à sourire. « Et essayez vraiment de vous tenir à l'écart du danger en mon absence. Je ne veux pas revenir et découvrir que vous avez trouvé le moyen d'aplatir la moitié du château. »

Arthur sourit en réponse à cela, Merlin riant en quittant la pièce sur cette note d'humour. Mais ensuite son expression devint à nouveau sérieuse tandis qu'il se dirigeait vers les appartements de Gaius. Lui était confiant sur le sujet mais il connaissait quelqu'un qui ne serait pas aussi certain.

OOO

« Je ne peux pas croire qu'il m'a envoyé ainsi… Et s'il n'y avait rien que je puisse faire ? »

Liam était assis presque voûté sur sa selle, dans la ligne de cavaliers. Léon et Gauvain étaient à la tête, Elyan et Perceval à la fin, tandis que Gwen et Mary avançaient devant lui et Merlin.

Le sorcier le regardait avec un petit sourire et un sourcil haussé, beaucoup plus décontracté dans sa façon de tenir en équilibre sur son cheval, contrairement à Liam qui n'avait jamais vraiment eu de raison de voyager ainsi.

« Il faut que tu t'y habitues tôt ou tard. Quand Gaius décidera que tu auras assez d'expérience pour cela, tu seras envoyé pour faire le tour des villages autour de la cité régulièrement. Il n'y a aucun intérêt à ce qu'Arthur ait deux médecins s'il ne profite pas de l'amélioration pour s'occuper de son peuple si cela le lui permet. » Il se pencha un peu sur sa selle et baissa la voix un peu plus. « Souviens-toi juste qu'il faut garder un visage courageux quand on arrivera au village. Tu n'inspireras aucune confiance si tu as l'air effrayé. C'est une chose qu'un médecin doit toujours faire, rester impassible. Cela fait partie du travail. »

Liam prit une profonde inspiration et expira lentement, mordant légèrement sa lèvre.

« Je m'en souviendrai. Juste… Aide-moi si tu penses que j'en ai besoin. »

« Je le ferai. »

Ils restèrent silencieux pour le reste du long trajet vers Longstead, galopant aussi vite que les chevaux le supportaient sans risquer de les blesser sur le terrain de la forêt. Le village était niché dans une vallée au pied de deux montagnes Feorre, et quand ils arrivèrent juste avant le crépuscule ils furent accueillis avec un grand soulagement.

Mary se précipita vers son mari, John, et le serra fort dans ses bras avant qu'il ne regarde le reste du groupe et que Gwen ne s'approche.

« John, cela fait plaisir de te voir. Nous sommes venus aussi vite que nous avons pu. »

Il lui retourna son étreinte d'accueil, l'espoir dans son regard.

« Les mots ne suffisent à exprimer notre gratitude, Gwen. » Son sourire s'évanouit lorsqu'il vit le reste de son groupe et qu'il ne vit pas le visage qu'il cherchait. « Où est Gaius ? »

Merlin donna un petit coup de coude à Liam, l'envoyant vers l'homme, un sac de médicaments à la main.

« Je suis désolé, Camelot avait besoin de lui, mais je vous aiderai comme je le pourrai. « Je suis l'apprenti de Gaius. »

John ne parut pas heureux, malgré l'affirmation de Liam qu'il était bien entraîné, et il se tourna vers Gwen.

« Nous vivons dans la peur pour nos vies. Nous avons besoin d'un médecin expérimenté, pas d'un garçon. »

Merlin s'offensa de cela, tendant les reines de son cheval à Perceval et s'approchant.

« Son nom est Liam. »

Gwen essaya de ne pas grimacer tandis qu'elle faisait de son mieux pour calmer la situation.

« Il a été désigné comme médecin par le Roi Arthur lui-même. »

John ne prononça pas un mot, préférant rester silencieux pendant quelques secondes avant de pointer du doigt l'une des maisons. Merlin et Liam se dirigèrent immédiatement vers elle et entrèrent, trouvant trois hommes dont on leur avait parlé, allongés dans leurs lits à l'intérieur.

En quelques minutes, Merlin et Liam se mirent tous deux au travail, vérifiant les signes vitaux des hommes et comparant les premiers résultats avant que Liam ne s'adresse à John qui les avait suivit à l'intérieur.

« Ils sont vivants mais c'est à peine. Depuis combien de temps sont-ils ainsi ? »

L'homme fronça les sourcils, sombre.

« Deux ou trois jours. Nous avons essayé de les nourrir, de les garder au chaud, mais rien ne semblait faire la moindre différence. »

Gwen le regarda de son emplacement à côté de lui, inquiète.

« Et vous n'avez aucune idée de ce qui lui est arrivé ? »

« Non, cela frappe juste brutalement, sans avertissement. »

Liam hésita, regardant Merlin pour se rassurer et parlant quand il hocha la tête.

« Eh bien, nous devons stimuler le flux sanguin. »

Il fit à nouveau une pause, sa peur le rendant silencieux, et cette fois-ci Merlin le secourut en se mettant à sortir les affaires du sac de médecin.

« Un cataplasme de patchouli devrait fonctionner, et de la teinture de belladonna pour stimuler le cœur. »

John le dévisagea.

« Je croyais qu'il était le médecin, pas vous. »

Merlin lui offrit un petit sourire, son attitude rassurante.

« Liam est peut-être l'apprenti de Gaius mais je suis son protégé. J'ai plus de six ans d'expérience à l'aider, et je suis là pour conseiller Liam si naît une situation qui dépasse le champ de sa connaissance. Donc on peut dire que le roi vous a en fait envoyé deux médecins, même si je n'en suis pas officiellement un.

Liam, essayant de ne pas soupirer de soulagement trop ouvertement, suivit cela.

« Et j'apprécie cela, sachant à quel point ces symptômes sont étranges. Merlin, commence à préparer le cataplasme pendant que j'applique la teinture. »

John les regarda tandis qu'ils travaillaient, anxieux de retrouver espoir même si une partie de lui restait sceptique.

« Est-ce que cela va les guérir ? Est-ce que cela va les ramener ? »

Merlin le regarda, rassurant.

« Nous verrons ce que nous apporte le matin. Pour l'instant, nous avons besoin d'eau chaude et de nombreuses couvertures. » John sortit pour faire cela, Gwen le suivant pour s'assurer qu'il ne faisait pas demi-tour. Et ensuite, à présent que lui et Liam étaient seuls avec les villageois, Merlin tendit immédiatement la main au-dessus de l'homme le plus proche de lui. « Ic pe purhhle pinu licsar. »

Ses yeux tournèrent au doré et le silence suivit, tous deux attendant une réponse qui ne vint jamais. Et ce fut assez pour faire passer l'expression de Liam à la terreur.

« C'est de la magie, n'est-ce pas ? »

Merlin acquiesça sombrement.

« Oui, et pas quelque chose dont j'ai l'habitude. Laisse-moi essayer autre chose… Stad gan iarraidh draiocht, teith as me cumhacht. » C'était le sortilège que Kilgarrah lui avait appris, celui qui bannissait toute magie non désirée dans une zone ou sur une cible. Mais à nouveau cela ne fit rien, l'expression du magicien s'assombrissant. « Ce n'est pas un sort, ce qui signifie que cela n'a pas été fait par un sorcier. Ce genre de chose ne peut avoir été fait que par une créature magique… Le problème est, laquelle ? Et je n'ai pas mes livres avec moi. »

Tous deux se regardaient à présent avec un certain degré de terreur. S'il y avait une chose qu'ils détestaient tous les deux c'était une menace magique pour laquelle ils n'avaient pas la moindre idée de ce à quoi ils avaient affaire.