titesouris : j'y avais jamais pensé, mais c'est vrai... et en y pensant, ils ont plein d'autres points communs.
Chapitre 57: Lancelot du Lac ~Partie 1~
Le château était calme à cette heure, avec peu de gens errant dehors, et encore moins avec un but réel. C'était pourquoi une certaine activité avait attiré son attention et fait se plisser ses yeux de malveillance.
Agravain suivit Arthur en silence, prudent, de peur que le toujours vigilant magicien du roi ne soit dans les parages. Mais il semblait qu'il n'avait pas besoin de s'en faire, Arthur étant oublieux de tout ce qui l'entourait alors qu'il arrivait et frappait à la porte d'un certain chevalier.
Elyan avait répondu après un bref instant, Arthur entrant dans la chambre et la porte se fermant. Et là, se glissant jusqu'à la porte et écoutant attentivement, Agravain entendit quelque chose qui lui glaça le sang.
Arthur demandant à Elyan s'il aurait une objection à ce qu'il demande Gwen en mariage.
La réponse favorable et enthousiaste d'Elyan, qu'il n'avait pas d'objections du tout, envoya le traître trotter en direction des écuries. Morgane devait être prévenue de cela sur le champ !
Son arrivée et ses nouvelles allaient mettre des plans en mouvements, des plans pour prévenir un rêve du futur de ne jamais devenir réalité. Des plans pour détruire l'avenir entre Arthur et Guenièvre. Un plan qui verrait Morgane visiter une vieille bique aveugle pour des conseils, puis conjurer l'instrument de la fin de leur amour d'un lac noir… La dernière des Cinq Portes vers le monde des morts, duquel se dressera celui qui avait été le seul autre homme à capturer le cœur de Gwen...
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Il la regardait depuis le seuil pendant qu'elle lissait les couvertures du lit, une tâche pour elle aussi familière que respirer et aussi chaleureuse que le soleil d'été. Elle n'était pas consciente de sa présence pendant qu'il se faufilait derrière elle, pas jusqu'à ce qu'il couvre joyeusement ses yeux et qu'il murmure dans son oreille.
« Devine qui c'est ? »
Gwen sourit sous ses mains, riant.
« Arthur. »
Le jeune roi sourit, murmurant à nouveau.
« Garde tes yeux fermés, j'ai une surprise à te montrer. »
Il retira ses mains de ses yeux, les remplaçant par un bandeau qu'il avait pris avec lui. Puis il la guida précautionneusement hors du château et à travers la ville haute jusqu'à sa maison. Il avait envoyé Merlin en avance pour faire les préparations, et le sorcier avait bien fait son travail. Car lorsqu'Arthur retira le bandeau, elle trouva sa demeure emplie de chandelles allumées, et deux tabourets qui attendaient aux pieds de la table.
Elle regarda autour d'elle avec surprise, Arthur la guidant jusqu'aux tabourets et la faisant s'asseoir. Puis il se mit en face d'elle, tenant ses mains et la regardant dans les yeux pendant que Merlin jetait un regard à travers la fente de la porte arrière entrouverte.
Arthur prit une profonde inspiration, nerveux mais en même temps transporté d'être enfin en train de faire sa demande.
« Guenièvre, me ferais-tu l'honneur d'accepter de m'épouser ? »
Elle le fixa en silence, le moment s'étirant jusqu'à ce qu'elle se penche vers lui et étreigne fortement un Arthur un peu surpris.
« Cela veut-il dire oui ? »
Elle le lâcha de nouveau, subitement mortifiée de n'avoir pas vraiment répondu.
« Oh désolée, oui ! Oui oui ! »
Arthur rit un peu devant ses excuses caractéristiques, même lorsqu'il passa à son doigt l'anneau qui symbolisait ses intentions. Derrière la porte arrière, Merlin souriait également à cet instant tant attendu, et pourtant tous étaient inconscients de ce qui se déroulait dans la maison de Morgane.
Elle était assise, surveillant l'homme endormi qu'elle avait conjuré, un homme dont l'esprit était vide de toute pensée à l'exception de son nom et du fait que son but était de la servir.
Dans cette scène entra Agravain, son expression méfiante pendant qu'il regardait l'homme endormi.
« Tout se passe bien avec notre ancien adversaire ? »
Morgana lui jeta un coup d'œil avant de revenir sur le visage du Lancelot qu'elle avait convoqué.
« Il apprend vite. Il en saura bientôt assez pour les convaincre qu'il est celui que nous avons connu. J'ai cru que cela me plairait de modeler son esprit, mais cela m'attriste en fait. Il était tellement fort, aujourd'hui ce n'est plus qu'une ombre. Je serais peinée de le voir partir. »
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Pendant que la foule acclamait leur roi depuis les tribunes, Merlin le regardait avec scepticisme charger et décrocher un anneau de bois entouré de rubans de là où il pendait au milieu des lices. Gwen retira l'anneau de la lance tendue vers la loge royale où elle se trouvait, Agravain assis un peu à contrecœur à ses côtés, sa réticence contrebalancée par la certitude que son absence soulèverait des questions.
Lorsqu'Arthur ramena son cheval vers les tentes où Merlin l'attendait, le sorcier sourit et secoua la tête.
« Je dois vous l'accorder, c'est un cadeau de fiançailles original, c'est indiscutable. Enfin ! Si vous vouliez être romantique, vous auriez pu lui offrir des fleurs, vous auriez pu lui faire écrire un poème – oh, d'ailleurs, en parlant de ça, j'ai préparé quelque chose d'un peu spécial pour la fête de demain. »
Arthur le regarda fixement.
« Tu as écrit une chanson ? »
Merlin croisa les bras sur sa poitrine avec agacement.
« Hey, êtes-vous en train de me dire que vous avez oublié que je peux chanter, et que je suis plutôt un bon luthiste, si je peux le dire ainsi. J'attends ça pratiquement depuis toujours ! »
Il haussa les épaules, revenant au sujet en cours.
« Quoi qu'il en soit, à la place de tout cela, vous lui offrez un tournoi de deux jours avec des hommes en sueurs qui luttent les uns contre les autres ? »
Arthur se versa un verre de la cruche d'eau posée sur la table à l'extérieur de sa tente, en avalant une gorgée avant de répondre.
« Tout se passe comme il se doit. Mon père avait fait de même avant son mariage. C'est la tradition.
- Alors votre geste n'a rien d'original dans ce cas ? »
Arthur lui donna un léger coup de coude et désigna les tribunes.
« Je crois que ma future épouse le conçoit. »
Tous deux regardèrent par-là, pour voir Gwen accepter un autre anneau enrubanné de Perceival, avant qu'une fanfare de trompettes n'annonce le prochain homme à prendre place en bout de lices.
Cet homme avait la visière baissée avant même qu'il ne soit en vue, son identité un mystère pendant qu'il acceptait une lance et lançait son étalon blanc charger vers le dernier des anneaux suspendus. Il le décrocha sans effort de sa chaîne, faisant volter son cheval sous les exclamations de la foule pour se diriger vers la loge royale, présentant l'anneau à Gwen.
Elle le prit avec un sourire qui vacilla lorsque ce dernier compétiteur retira son heaume et regarda vers elle. Elle ne fut pas la seule à se figer, en état de choc, tous les regards braqués sur cet homme qui devrait être mort… tous les regards fixés vers Lancelot.
