Andy n'avait aucune idée depuis combien temps elle était là, allongée sur le lit à baldaquin d'un inconnu, à laisser ses pensées s'enfuir alors qu'elle ne pouvait le faire elle-même. Un profond silence s'était installé suite au départ de son ravisseur.
Cet homme … Ce visage … il était attirant, mais également effrayant, sombre.
Elle se surprit à se demander à quoi il pouvait bien ressembler avec un sourire. Il avait toujours ce regard dur comme de la pierre.
Sam trouva les autres au salon, des bouteilles de bière étaient dispersées sur le tapis. Les gars jouaient au poker sur la table au coin de la pièce et Bobby était installée sur le canapé, son portable sur les genoux. Elle recherchait sans doute toutes indications que les flics étaient sur leurs traces.
Elle ne semblait pas inquiète, alors ils ne semblaient pas être dans le trouble, du moins jusque là.
Sam ignora son visage interrogateur quand ses pieds le menèrent au réfrigérateur pour y prendre d'autres bouteilles d'eau.
Il sentait le regard de Bobby peser sur son dos, mais il garda la tête baissée et l'ignora. Elle dirait bien ce qu'elle avait à dire, il le savait.
Sam resta quelques secondes immobile devant le frigo, il se demandait si son otage s'était finalement endormit. Elle semblait si épuisée.
La nuit était tombée depuis quelques minutes, et le danger de l'alcool dans les veines de ses compatriotes ne pouvait passer inaperçue, ni même le regard glacé de Scott. Le visage de cet homme était toujours froid, et ça n'avait pas de liens avec ses yeux si bleus, pratiquement translucides.
Sam ouvrit la porte de la chambre doucement cette fois. Elle était immobile, paisible.
Il déposa les bouteilles d'eau sur la table de nuit, près d'Andy, et contourna le lit le plus silencieusement possible. Les yeux de la jeunes femme étaient fermée, et sa respiration stable. Elle s'était endormie.
Elle semblait si sereine dans son sommeil que Sam ne put s'empêcher de sourire. Une mèche de cheveux qui lui passait en travers de la joue lui donna envie de la glisser derrière son oreille.
Mais il s'en empêcha.
Il la regarda dormir pendant quelques instants, avant de se diriger vers la sale de bain. Il avait besoin d'une longue douche chaude, après la journée interminable qu'il venait de passer.
Quand il ressortit de la salle de bain, Andy dormait toujours paisiblement.
Il se glissa sous les couvertures le plus doucement du monde, il ne souhaitait surtout pas la réveiller. Il tourna l'interrupteur de la lampe de chevet, et la pièce fut plongée dans un noir opaque.
Il était beaucoup trop tôt pour qu'il trouve le sommeil, mais il était levé depuis plus de 17 heures et il avait eu une journée des plus épuisantes, et forte en émotions. Il se tourna afin de trouver un peu de confort, et il constata qu'Andy ne lui avait laissé qu'un seul oreiller.
Ça fera l'affaire, songea-t-il.
La respiration de la femme allongée près de lui changea. Quand il ouvrit les yeux pour voir si elle dormait toujours, il ne vue que le blanc de ses yeux.
Il s'étira pour rallumer la lumière. À la seconde où il bougea, elle se recroquevilla sur elle-même, le plus loin possible de lui, un gémissement glissa hors de ses lèvres.
Quand la pièce fut illuminée de nouveau, il la regarda attentivement. Il n'avait jamais vue autant de panique dans les yeux de quelqu'un.
Instinctivement, Sam descendit du lit, et leva à son tour les mains dans les airs.
« Je ne vais pas … j'ai simplement besoin de sommeil » tenta-t-il d'expliquer.
« Écoute, j'ai besoin de dormir, et c'est mon lit. Alors, je ne sais pas … mets un oreiller entre nous? » ajouta-t-il, hésitant.
Il ne voyait pas d'autres arrangements. Il glissa de nouveau sous les couvertures, mais laissa la lumière allumée.
Elle demeura hésitante, ses yeux restaient fixer sur lui, sur chacun de ses mouvements. Il envisagea de se tourner, de faire face à la porte, mais il ne serait plus en mesure de la voir, advenant le cas qu'elle se rebelle.
Il resta alors allongé sur le dos, et fixa le plafond.
Pour sa part, Andy ne broncha pas, et continua de regarder l'inconnu. Elle était terrorisée.
« Écoute, je ne te ferai pas de mal. Je ne te toucherai pas… fais juste dormir, parce que crois-moi, tu en auras de besoin. »
L'intonation de la voix de Sam lui rappela celle de son instructeur, Oliver Shaw. Il avait exactement le même ton que lorsque Oliver lui avait donné son fameux discours « Ma voiture, Mes règles, bla bla bla ».
À ce moment précis, ce discours, et tout ce qu'elle avait apprit à l'académie était absolument inutile.
« D'ailleurs, t'es pas mon genre », ajouta Sam. Elle ne put s'empêcher de rouler les yeux.
Non pas qu'il avait un genre, mais ça, elle l'ignorait.
Andy le regardait avec méfiance, mais ces paroles firent baisser son taux d'anxiété. Quand il mentionna « son genre », elle s'imagina une blonde, une blonde avec un cerveau et une jugeote. Cette image lui fit penser à Gail, une de ses collègues.
Un sourire triste s'afficha sur ses lèves, elle n'était même pas partie depuis une journée complète qu'elle se sentait déjà nostalgique.
Elle resta là, immobile, à fixe l'homme à ses côtés. Elle ne pouvait s'en empêcher, elle devait être face à lui. Elle devait voir tous ses mouvements.
Après un moment, elle commença à relaxer, et ses muscles à se détendre.
L'odeur de son gel douche agressait les sens de Sam. Quelque part au fond de lui, l'odeur de vanille et de pèches, qu'il avait perçut quand elle était assise sur ces genoux dans la voiture, lui manquait. Il préférait de loin quand la peau de la jeune femme avait sa propre odeur. Elle sentait désormais comme un homme… comme lui. Et ça n'allait pas du tout.
Sam observa le sommeil voyager sur le visage de la policière. Il se demandait à quoi ressemblait sa vie, à qui elle manquait maintenant qu'elle était partie.
Ces pensées ont créé en lui un sentiment de regret; Avait-elle des enfants à la maison qui pleurait l'absence de leur mère?
Plus il essayait de faire disparaitre cette pensée, plus elles tournaient en rond dans sa tête.
Quand il réussit finalement à trouver le sommeil, il rêva d'une petite fille, qui ressemblait étrangement à la femme qui partageait son lit. Il se réveilla en sursaut quand la petite fille en question lui demanda : « As-tu vu ma maman? ».
Andy se réveilla, et la chambre était plongée dans le noir et un silence absolu régnait. Son ravisseur était parti, les draps refroidis indiquaient qu'il l'avait laissé seule depuis un bon moment déjà.
Elle se tourna et découvrit un couvert et trois bouteilles d'eau sur la table de nuit. Elle souleva le couvert et dévoila une omelette. Les gargouillis à l'intérieur de son abdomen firent écho à son nez qui chatouillait devant cette odeur alléchante.
Sam quitta la maison, Elliot sur les talons. Il n'avait vraiment pas envie d'avoir de la compagnie, mais c'était une règle. Chaque personne qui quitte doit être accompagnée, et il doit toujours avoir quelqu'un qui reste à la maison.
Il avait demandé à Bobby de garder un œil sur Scott, il n'avait vraiment pas envie de revenir à la maison et d'être obligé de lui botter les fesses.
Elliot était derrière le volant, ce qui donna à Sam le temps penser. Il devait trouver à « son petit cadeau » des vêtements décents et quelques articles de toilette. Cette odeur sur sa peau le dérangeait royalement.
Ils arrivèrent au centre d'achats en quelques minutes. Elliot resta silencieux, comme à son habitude. Depuis que Sam avait rejoint la bande, 26 mois plus tôt, il ne l'avait jamais entendu prononcer plus de cinq mots d'affilé.
Les mots que Bobby avait prononcés la veille résonnaient encore dans la tête de Sam : « achètes-lui quelque chose de bien ». Mais qu'est-ce qu'on achète à quelqu'un qu'on ne connait pas?
Il passa une vingtaine de minutes dans l'allée des shampoings avant d'en trouver un qui lui plaise. Il déposa également dans son panier une vaste gamme de produits féminins. Il avait une grande sœur, il avait donc une bonne idée de ce qu'il devait acheter.
Ensuite, il se dirigea vers la section des vêtements pour dames. Il remarqua que les joues d'Elliot s'étaient teintées de rose quand il se dirigea vers la section des sous-vêtements.
Sam n'avait aucune idée du type de sous-vêtement qu'Andy portait, il choisi donc les morceaux par couleur. Certains étaient lacés, d'autres en coton. Certains étaient plutôt provocants, alors que d'autres étaient plus réservés. Les femmes avaient des préférences pour ce genre de choses et il le savait très bien. Il ne put s'empêcher de sourire devant la sélection qu'il avait faite, et déposa le tout dans le panier.
Au moins, il avait probablement bien évalué la taille à choisir.
Ce fut ensuite le tour des pyjamas, suivi des jeans et des gilets à manche longue. Quelques gilets chauds firent également leur apparition dans le panier.
Sam ne put s'empêcher de prendre un ensemble de serviettes roses quand il passa devant ce département. Il essayait de rendre les choses plus faciles pour sa nouvelle compagne, puisque, qu'elle le sache ou non, elle serait parmi eux pendant encore un bon moment.
Il se dirigea finalement vers les caisses. La demoiselle derrière le comptoir eu l'air un peu surprise quand Sam déposa les articles sur le tapis roulant.
Si seulement elle savait!
Elliot conduit également sur le chemin du retour. Il était toujours aussi silencieux, mais un immense sourire s'afficha sur son visage quand il aida Sam à sortir les sacs de la voiture. Il en apporta quelque uns à l'intérieur et les déposa devant la porte de la chambre. Il savait que Sam aimait son intimité, et il respectait ça.
Andy se redressa quand elle entendit la porte ouvrir, donnant vue sur une montagne de sacs, derrière laquelle se cachait un homme.
Sam déballa le tout, plaçant directement les accessoires de toilettes dans la salle de bain. Il tendit ensuite les sacs de vêtements à Andy.
« Je ne savais pas ce que tu aimais… »
Andy s'étira pour prendre les sacs, et y plongea les yeux pour voir ce qui s'y trouvait. Les larmes commençaient à lui brouiller la vue.
Elle avait compris; compris qu'elle serait prisonnière assez longtemps pour avoir besoin d'une nouvelle garde-robe et de sacs pleins d'articles de toilette.
Elle déposa les sacs au sol et se recoucha dans le lit, sans même prononcer un mot.
« Je suis désolé. » Il l'était vraiment, à propos de tout.
« Alors, pourquoi tu ne peux pas me laisser partir? » Elle avait retrouvé sa confidence, sa voix était remplie d'arrogance.
« Parce qu'ils ne te laisseront pas partir, pas tant que ce n'est pas fini ». Pourquoi lui expliquait-il? Le moins elle en savait, le mieux s'était, pour elle.
Elle lui faisait face de nouveau, le visage tordu de frustration. Elle voulait sortir de là, et elle le désirait ardemment.
« Écoute, il n'y a pas d'autres options… » Qu'est-ce qu'il pouvait bien ajouter? Il n'était tout de même pas lui dire qu'ils allaient la laisser partir, alors que c'était un pur mensonge.
« Il y a toujours d'autres options… » Sa voix était maintenant froide.
« Jeune fille, tu as demandé de venir, tu t'es donné en échange de ce petit. Pour l'instant, c'est la seule solution. Ils te tueraient avant de te laisser partir! »
Sam regretta instantanément d'avoir prononcer ces paroles, il voyait les couleurs s'évader du visage de la jeune policière.
Il soupira bruyamment, et se gratta la tête avant de s'assoir au pied du lit.
« Je suis désolé… Ces gars là ne sont pas des tendres, ils te retrouveraient si j'te laissais partir. Ils te feraient du mal. Alors, pour le moment, tu es mieux ici. »
D'accord… Songea-t-elle, elle ne s'attendait pas à ça. Par contre, les médias présentaient certainement sa photo partout, donc ils savaient qui elle était. Donc, son ravisseur disait sans doute la vérité.
Il semblait vraiment plein de remords.
Andy renifla un peu, refoulant ses larmes. Elle était plus forte que ça.
Elle devait simplement endurer… et attendre.
