Colinou : On a jamais dit qu'Arthur savait être romantique, lui c'est le poulet et le tournoi :)
Chapitre 58: Lancelot du Lac ~Partie 2~
« Je ne me souviens pas de grand-chose après le moment où j'ai traversé le voile. Mon histoire ne sera pas aussi édifiante que je l'aurais souhaité. »
La Fraternité était assise autour d'une table dans l'une des petites salles à manger privées du château, un feu crépitant dans l'âtre derrière Lancelot, assis à un bout de la table avec Arthur en face de lui. Le roi hocha simplement la tête, compréhensif. Reconnaissant de l'avoir ici tout court.
« Nous sommes heureux de vous voir. Heureux certes, et aussi stupéfaits. »
Ce fut au tour de Lancelot d'acquiescer, son expressive pensive.
« Je dois tout aux Madhavis, je suis en vie grâce à ce peuple. Lorsqu'ils m'ont retrouvé, j'étais pratiquement mort. Heureusement, leurs coutumes veulent qu'ils offrent la nourriture et l'asile aux indigents. Et c'est ce que j'étais devenu. »
De sa position à droite d'Arthur, Merlin jeta un coup d'œil à travers la table, curieux.
« Et où vous ont-ils trouvés ?
– Sur la route de la Soie, au col de Feorre dans les hautes montagnes. »
Elyan haussa les sourcils.
« Le royaume de Fyren, pas très loin de la frontière. Je suis surpris qu'aucun de ses hommes ne vous ait trouvé. »
Lancelot sembla marquer une pause à cela, avant de hausser les épaules.
« Il semblerait donc que la chance n'ait pas été avec moi, ou peut-être que si. J'ai voyagé avec les Madhavis pendant des semaines, retrouvant mes forces pendant que nous descendions au fin fond des déserts du sud. Dès que je l'ai pu, j'ai gagné mon passage de la seule façon que je connaisse… par l'épée. »
Il eut des sourires à cela, puis il continua.
« Puis je suis monté lentement vers le nord.
– Pour nous retrouver. »
L'expression d'Arthur était de pure joie de voir leur ami perdu à nouveau parmi eux, pendant qu'il plaçait sa main sur celle de Gwen, assise à sa gauche.
« Je ne peux vous remercier assez pour tout ce que vous avez sacrifié sur l'Ile Fortuné. Personne ne l'oubliera, jamais. »
Il regarda vers Merlin.
« Vous avez empêché notre Sorcier de la Cour de se sacrifier, lorsque vous vous êtes avancé, et avez pris sa place, après qu'il m'ait stoppé moi. »
Lancelot sourit.
« C'est une grande joie de vous retrouver aujourd'hui. Je voudrais à présent porter un toast. »
Il se mit sur ses pieds, levant son verre.
« À ceux qui me sont les plus chers. À Camelot ! »
Ils firent tous écho au toast, mais l'un d'entre eux avait une étincelle de doute au fond des yeux. Merlin escorta Lancelot à la fin du repas, se chargeant de ses bagages et le guidant vers la chambre de Gaius.
« Tu peux dormir dans mon lit pour quelques nuits. Gaius veut t'examiner et confirmer que tu es en bonne santé, et j'ai besoin de m'assurer que tu ne souffres pas d'effets secondaires suite à ton séjour dans le Monde des Esprits. »
Le chevalier fronça légèrement les sourcils, secouant la tête.
« Non, non, je ne peux pas te laisser abandonner ton lit. »
Derrière lui, Merlin persista à le pousser avec détermination en haut des escaliers de la tour.
« Pas de si ou de mais. Je suis l'expert magique ici à Camelot, et jusqu'à ce que je sois satisfait que tu ailles vraiment bien, tu restes là-haut. On va avoir besoin de temps pour trouver une nouvelle chambre permanente pour toi dans les quartiers des Chevaliers, de toute façon. »
Ils avaient atteint le haut des escaliers, maintenant, Lancelot cédant enfin alors qu'ils entraient dans la chambre de Gaius et la traversaient pour rejoindre la petite pièce attenante.
« Merci, Merlin. Je suis content de te revoir. »
Le sorcier regarda Lancelot commencer à s'installer, ses manières solennelles.
« J'ai passé tant de temps à penser à ce qu'il s'est passé. Est-ce que j'aurais pu te sauver ? Est-ce qu'il y avait quelque chose que j'aurais pu faire... Est-ce que j'aurai pu user de ma magie pour faire quelque chose... »
Il marqua une pause.
« Je dois toujours te la rendre, après que tu l'aies laisseé tomber. »
Lancelot lui jeta un coup d'œil.
« Me rendre quoi ? »
Merlin cligna des yeux, un frisson le traversant pendant qu'il haussait nonchalamment les épaules.
« Oh, juste ton épée. Elle a été faite spécialement pour toi, donc j'ai pensé que tu voudrais la récupérer. »
Il marcha vers la porte, y marquant une pause.
« Bonne nuit.
– Bonne nuit, Merlin. »
Le sorcier ferma la porte, esquissant un geste dans sa direction et murmurant un sort avant de descendre les marches, un air sinistre sur le visage. Gaius fronça les sourcils en le voyant, en comprenant les implications.
« Oh non. J'ai déjà vu cette expression. »
Merlin continua à marcher, finissant par s'arrêter dos à lui, confiant que le sort posé sur la porte empêcherait l'homme dans l'autre pièce de les entendre.
« Je voudrais croire que tout va bien, que Lancelot est de retour parmi nous. »
Gaius jeta un regard vers l'autre pièce.
« Si ce n'est pas lui, il lui ressemble. Qu'est-ce qui te fait penser le contraire ? »
Merlin soupira, se tournant pour faire face à son mentor.
« Je l'ignore, mais il y a un problème. Je l'ai senti lorsqu'il a raconté ce qui lui était arrivé. Il m'a salué d'une façon bizarre et cela m'a rendu suspicieux. Mais ce qu'il s'est passé à l'instant vient de m'en convaincre. Quand j'ai parlé de lui rendre ce qu'il avait laissé tomber à la faille, il ne s'est pas souvenu d'avoir fait tomber quelque chose. Il ne se souvient pas de son Amulette de la Table Ronde. Lancelot ne pourrait jamais faire ça, pas après en avoir fait une telle affaire lorsqu'il m'a regardé et qu'il l'a lâchée. »
À nouveau, Gaius regarda vers l'autre chambre.
« Étrange, en effet. Les amulettes sont le symbole de la Fraternité, et quelque chose connu de nous seuls et de nos plus proches alliés. S'il voulait nous convaincre qu'il était le vrai Lancelot, il aurait su te la réclamer. »
C'était alors que la suspicion montait parmi certains au château et que d'autres restaient distraits, qu'Agravain se glissa dans la nuit pour un rendez-vous hors des murs de la cité. Morgane l'attendait patiemment, parlant quand il se rapprocha et descendit de son cheval.
« J'ai hâte d'avoir des nouvelles. »
Il hocha la tête, heureux mais également concerné.
« Vous seriez extrêmement fière, Morgane. Arthur et les chevaliers n'ont pas un seul doute. »
Morgane sourit.
« Et Guenièvre ? C'était bien la dernière chose qu'elle espérait la veille de ses noces. »
Agravain grimaça.
« Si elle était troublée, elle s'est bien gardée de le montrer. Je crains que votre marionnette ne soit pas capable de la détourner d'Arthur. »
La sorcière sourit narquoisement, tirant un bracelet d'argent d'une poche.
« C'est pourquoi j'ai déjà pris des précautions. »
Elle le lui tendit, son expression s'assombrissant.
« Puisque Merlin semble avoir une capacité si fâcheusement précise à dire que j'ai posé un enchantement sur ou près de mon cher frère et de sa précieuse Guenièvre, j'ai décidé d'utiliser une tactique différente.
– Que voulez-vous dire ? »
Elle rit de sa question et de son ignorance.
« Si un sort nuisible est si facile pour lui à repérer, alors peut-être qu'un sort qui n'a jamais eu vocation à nuire sera invisible pour lui. »
Elle désigna le bracelet d'un mouvement de tête.
« Je n'ai pas besoin de forcer de faux sentiments en elle, juste d'en ramener des anciens à la surface. C'est un sort de soin, utilisé il y a bien longtemps pour aider ceux qui avaient perdu des souvenirs à les regagner en sentant les émotions qui s'en dégageaient. Gwen aimait Lancelot avant, et confrontée à lui maintenant, elle va sans aucun doute se remémorer ces souvenirs. Et lorsqu'elle le fera... »
~(-)~
Les coups à la porte la surprirent, Gwen posant sa brosse et se dirigeant vers elle. Aujourd'hui était la partie la plus importante de la joute, la finale avant le mariage du lendemain. Mais elle avait des gardes devant sa maison, maintenant, pour empêcher les passants de la déranger, alors qui pouvaient-ils avoir laissé passer ?
Elle se figea de surprise lorsque le visiteur se révéla être Lancelot, le chevalier lui souriant.
« J'étais loin d'être sûr de vous retrouver ici, du moins jusqu'à ce que je voie les gardes dehors. Je pensais que vous pourriez habiter au palais.»
Gwen lui retourna son sourire.
« Je tenais à rester sous ce toit. C'est une humble maison, mais ça reste la mienne.
– Puis-je entrer ? J'ai quelque chose que j'aimerais vous donner. »
Elle fit un pas en arrière, l'invitant à entrer mais laissant la porte ouverte. Pour l'amour de la bienséance, elle savait qu'elle devait laisser les gardes avoir la possibilité d'entendre et de voir ce qu'il se passait à l'intérieur tant que le chevalier serait là.
« Je n'aurais jamais cru vous revoir un jour. »
Il acquiesça tristement.
« Oui, je sais. »
Gwen soupira, se détournant de lui pour faire les cent pas.
« Je me suis senti tellement coupable lorsqu'on m'a tout raconté. Je vous ai demandé de protéger Arthur, et vous l'avez fait. Sans vous, il n'y aurait pas de mariage. Il n'y a pas assez de mots pour vous rendre grâce. »
Lancelot secoua la tête.
« Cela est inutile Guenièvre, j'ai agi en fonction de ce qui me semblait juste. Vous m'avez appris une chose, à être fidèle à moi-même. Je ne doute pas que vous serez une grande Reine. L'amour que vous portez à votre peuple n'est surpassé que par celui que vous portez à Arthur. »
Alors qu'elle commençait à sourire, il lui offrit un paquet de tissu qu'il déplia pour en sortir le bracelet.
« Le peuple Madhavi m'a donné ce porte-bonheur pour m'accompagner dans ce voyage. Je voudrais que vous le portiez, pour vos débuts de reine. C'est un objet rare, j'ai eu la chance de pouvoir en profiter.
– Je vous remercie. »
Il passa le bracelet à son poignet droit, opposé à celui aux brins délicats qui la liait à Merlin. Puis Lancelot posa gentiment un chaste baiser sur son front avant de faire un pas en arrière.
« Je vous souhaite de vivre à vous et à Arthur un bonheur éternel. ».
Il se détourna et partit, Gwen le regardant s'éloigner, une expression étrange passant fugitivement sur son visage. Ses doigts jouèrent avec le bracelet avant qu'elle retourne se brosser les cheveux, pendant que plus haut dans le château, un certain sorcier était assis dans sa salle d'étude à lire un livre portant sur une branche particulièrement déplaisante des arts magiques.
Il fronça un peu les sourcils et jeta un coup d'œil à son poignet gauche, se demandant s'il avait senti un froid pendant un instant mais haussant les épaules lorsqu'une étude plus poussée des deux bracelets qu'il portait ne révéla que leur habituelle légère chaleur.
Il reprit la lecture de son livre, regardant les dessins des personnages squelettiques marchant sur d'étranges dessins en spirale, son expression sinistre pendant qu'il le fermait et le glissait sous son bras pour se diriger vers la chambre de Gaius. Il cacha le livre dans sa chambre avant de sortir pour assister au premier jour du tournoi et passer des choses à Arthur lorsqu'il en avait besoin. Mais ses pensées ne s'éloignaient jamais très loin de ses inquiétudes, s'attardant même lorsqu'il dîna avec désinvolture avec son mentor.
Gaius était complètement inconscient de cela pendant que son pupille commençait à manger son diner, Merlin le poussant négligemment avec sa cuillère et bavardant paresseusement.
« Le poulet semble bon, et le bouillon aussi… Que savez-vous de la Nécromancie ?
Le physicien sursauta avant de le fixer.
« Pardon ? »
Merlin soupira, tirant de sous la table le livre qu'il avait lu. L'Art de la Nécromancie.
« Je pense que Lancelot pourrait être une Ombre, réveillé d'entre les morts et envoyé ici. Peu importe avec quelle suspicion elle était vue pendant les temps de l'ancienne religion, je ne peux honnêtement pas dire que je serais surpris que Morgane s'abaisse à l'utiliser. Je vais tester Lancelot demain matin. S'il est ce que je soupçonne, la question sera de savoir qui est sa cible ?
Gaius rit à cela.
« Qui d'autre ? Arthur… Tu sais qu'elle veut le tuer, et le tournoi sera une bonne opportunité pour essayer. Utiliser Lancelot permettra de l'approcher encore plus facilement. »
Merlin soupira, pas totalement convaincu.
« Je ne sais pas, ça semble un peu maladroit d'envoyer une Ombre pour faire ça. Elle aura dû lui apprendre tout de ce dont il avait besoin pour agir comme le Lancelot dont nous nous souvenons. Ça pourrait expliquer pourquoi il ne sait rien à propos des amulettes, puisqu'elle ne sait rien à leur sujet qu'elle pourrait lui apprendre. »
Il se leva, se rendant jusqu'à un placard éloigné et y récupérant un pot de craie broyée que son mentor utilisait comme base pour certaines pâtes. Des spéculations plus avancées devraient attendre jusqu'au matin, mais pour le moment il avait besoin de préparer les moyens de tester le chevalier sans que celui-ci ne le sache.
