titesouris : Il y aurait d'autres moyens que Lancelot pour les séparer quand même
Chapitre 59: Lancelot du Lac ~Partie 3~
Le tracé de craie blanche luisait austèrement contre la pierre noire du sol, l'anneau aussi exact que la spirale qui courait vers son centre. Merlin observa le dessin briller brièvement d'une lueur écarlate en réponse à son incantation, avant que lui et Gaius ne se dissimulent dans l'armoire à balai à l'autre bout de la pièce.
Merlin resta grave pendant qu'il fermait la porte, se positionnant de manière à pouvoir observer à travers les tous entre les fentes du mur. À côté de lui, le médecin était également grave, regardant lui aussi à travers les fentes pendant qu'ils attendaient.
« Tu es sûr que cela va marcher, Merlin ? Il ne va rien remarquer ? »
À ses côtés, le sorcier soupira, résigné.
« J'ai dissimulé le sort au pied des marches pour une raison. Même s'il baisse les yeux quand il descend, il ne le verra pas, et s'il veut se diriger directement vers la porte, le chemin le plus direct le forcera à le traverser. Le vrai Lancelot pourrait remarquer le sort une fois qu'il aura marché dessus, mais une simple réflexion, une ombre ? Non, il ne remarquera rien si c'est bien ce qu'il est. »
Ils se turent tous deux, Gaius soupirant doucement.
« Alors espérons que nos soupçons sont infondés. Si tu as raison, alors nous avons un problème. »
Ils reprirent leur garde à travers les fentes de la porte du placard, attendant en retenant leur souffle jusqu'à ce que Lancelot n'émerge enfin de sa chambre pour le second jour du tournoi. Il ne baissa pas la tête une seule fois, ni pour descendre la poignée de marches ni ensuite, et son chemin à travers la pièce l'amena tout droit sur le dessin au sol.
Le tracé trembla, écarlate, pendant qu'il le traversait, son visage se brouillant pour laisser voir celui d'un crâne. Les deux hommes dans le placard se figèrent à cette vue, restant immobiles jusqu'à ce que la porte d'entrée ne se ferme et qu'ils l'entendent descendre les escaliers.
Alors seulement Merlin ouvrit la porte du placard et en sortit, son expression amère.
« J'espérais tellement avoir tort. »
Gaius posa une main sur son épaule, réconfortant.
« Ne te blâme pas, Merlin. Ce qu'il est devenu n'est pas de ta faute. Cependant, il n'en reste pas moins que tu vas devoir en parler aux autres. »
Le sorcier soupira, se dirigeant à son tour vers la porte.
« Je vais le dire à Arthur, mais les autres peuvent attendre jusqu'à la fin du tournoi. Je n'ai pas besoin de surveiller quatre autres participants distraits, pas quand notre roi sera déjà un problème. Ne dites rien non plus à Liam, il ne pourrait jamais garder un visage impassible pendant le tournoi s'il le savait.
– Je suis désolé, Merlin. »
Il marqua une pause à cette marque de sympathie, Gaius ne sachant que trop bien que si quelqu'un était particulièrement blessé par tout ceci, c'était lui. Gwen viendrait juste après, mais elle n'avait pas partagé avec lui la profonde amitié qui existait entre lui et Merlin. Lancelot avait été la première personne, autre que sa mère, Will et Gaius, à apprendre son secret. Le premier à l'avoir appris en étant encore un total étranger, et à l'avoir malgré tout accepté sans hésitation. Le perdre sur l'Ile Fortunée avait été douloureux, mais c'était comme avoir cette blessure rouverte et saupoudrée de sel…
Merlin plaqua un sourire sur son visage pendant qu'il rejoignait les cuisines, saluant les autres serviteurs pendant qu'il réunissait un petit déjeuner copieux pour le roi. Il garda ce sourire en place aussi longtemps qu'il était dans des zones très fréquentées, l'abandonnant aussitôt qu'il fut seul et proche des quartiers du roi.
Il entra calmement, mais referma la porte assez fortement pour réveiller Arthur en sursaut. Le roi était tout prêt à le réprimander joyeusement pour cela lorsqu'il vit l'expression sinistre et peinée sur le visage de Merlin.
« Que se passe-t-il ? »
Merlin posa le plateau de nourriture et le montra du doigt, avant de s'installer près de la fenêtre et de regarder dehors.
« Mangez d'abord. Vous allez avoir besoin de force aujourd'hui, et ce que j'ai à dire vous fera certainement perdre votre appétit. »
Arthur lui donna un long regard mais fit comme demandé, nettoyant son assiette avant de regarder son ami.
« Au rapport, Merlin. »
Le sorcier se tourna lentement, apparemment réticent, avant qu'il ne prenne une profonde inspiration et ne parle.
« Lancelot n'est pas Lancelot, ou au moins pas celui que nous connaissions. Il est lui, mais il n'est pas lui. »
Il se mordit la lèvre, conscient du regard horrifié d'Arthur.
« Il est une Ombre, un esprit tourmenté ramené d'entre les morts grâce à la nécromancie, sans autre mémoire de son passé que ce qui lui a été dit afin qu'il puisse agir comme dans ses souvenirs. Il est basiquement une marionnette avec l'âme de Lancelot, mais pas son esprit. »
Arthur s'affala contre le dossier de sa chaise, comprenant maintenant pourquoi Merlin avait insisté pour qu'il mange en premier. Cette révélation le faisait se sentir comme si son estomac avait sombré dans l'oubli.
« Donc, tu es en train de dire que quelqu'un l'a conjuré, lui a appris comment il se comportait quand il était vivant, et puis l'a envoyé ici ? »
Merlin acquiesça sombrement.
« Et la seule personne qui le connaissait assez pour faire cela, et qui a le pouvoir de le faire, est Morgane. Je tenterais bien l'hypothèse que c'est une tentative pour vous assassiner, donc je vais surveiller vos arrières pendant le tournoi d'aujourd'hui. Une fois que le tournoi sera fini, je m'occuperai de lui discrètement. Il a besoin d'être remis au repos, et protégé pour jamais cela ne se reproduise. »
Arthur soupira, se levant enfin pour se préparer pour les joutes.
« Bien, j'ai été averti maintenant, donc je serais sur mes gardes contre lui. Est-ce que tu prévois d'en parler au reste des chevaliers ? »
Merlin secoua la tête.
« Non, ça peut attendre jusqu'à la fin du tournoi. Il est peut-être une Ombre, mais Lancelot est toujours un homme sans magie. Ce sera simple de l'empêcher de vous blesser. »
Les choses se calmèrent alors, restant calmes pendant qu'ils descendaient vers les lices, et que la journée commençait. Merlin garda un œil sur Lancelot en permanence. Mais rien ne se passa de toute la journée. Même pendant la finale, qui opposait Lancelot et Arthur, l'Ombre ne frappa pas quand une lance prise en pleine épaule laissa le roi incapable de lever sa lance pour la charge finale. À la place, Lancelot céda, donnant la victoire au roi et s'humiliant devant la foule. Cela n'avait aucun sens, et cela pesait sur son esprit lorsque les Chevaliers de la Fraternité furent discrètement appelés à se réunir dans une des tentes.
Ce fut un groupe d'hommes aux expressions tendues et tristes qui partirent dix minutes plus tard, la plupart se mêlant à la foule sur le chemin de leurs maisons ou du château, comme Merlin le fit avec l'intention de rechercher dans ses livres un moyen de renvoyer Lancelot dans la mort sans nuire à son âme.
Arthur était l'une des rares personnes toujours présentes sur les lices lorsqu'un membre agité du Conseil courait vers lui, désignant une des tentes tout au bout de la rangée.
« Mon Seigneur, je pense que vous devriez voir ceci ! »
Arthur fronça les sourcils et le suivit, arrivant à la tente et y entrant pour trouver Lancelot et Guenièvre s'embrassant.
Il se stoppa net sur sa lancée, un sentiment indescriptible de trahison l'emplissant et remplaçant tout sens commun par une rage aveugle. Son hurlement de rage alors qu'il se jetait sur Lancelot provoqua la séparation du chevalier et de Gwen, l'Ombre tirant son épée pour parer celle du roi pendant qu'ils s'enfermaient dans un combat sauvage et désespéré. Et puis, lorsqu'il sembla qu'Arthur était sur point de tuer un Lancelot désarmé, Gwen se jeta entre eux.
« Non ! De grâce, arrêtez ! Arrêtez, je vous en supplie… »
Arthur la fixa, la regardant défendre le seul homme qui avait été son rival pour son amour, et fit un signe de la main vers les gardes.
« Emmenez-les aux donjons ! »
Ce fut quinze minutes plus tard qu'un Georg pressant fit irruption dans les appartements de Gaius, dérangeant un Merlin assis en pleine lecture du livre sur la nécromancie.
« Arthur a surpris Gwen et Lancelot en train de s'embrasser dans une des tentes de l'arène. Il est dans une rage noire. Il les a fait jeter dans les donjons, et le conseil est en ébullition. »
Merlin laissa échapper un hoquet d'horreur, bondissant sur ses pieds et franchissant la porte en courant, passant devant le Capitaine des Gardes du Château. Gwen… Pourquoi est-ce qu'il ne l'avait pas vu ? Arthur n'avait pas été la cible, cela avait été Gwen !
Le sorcier se souciait peu des serviteurs effrayés, ne se souciant que des questions puissent s'élever sur la raison qui poussait Georg à courir sur ses talons avec un air nerveux. Lorsqu'il atteignit les donjons et joua de son rang avec les gardes qui s'occupaient de cette zone, il était profondément en colère contre lui-même et contre elle.
Gwen releva la tête vers lui, en larmes, lorsqu'il entra dans sa cellule, Merlin la toisant avec un profond désappointement.
« Qu'est-ce que tu faisais ? Tu es censée épouser Arthur demain, et pourtant tu badines avec Lancelot ? »
Elle se remit sur ses pieds, tremblant toujours de honte, de tristesse, et de regret.
« Je… je ne sais pas. Je ne sais pas à quoi je pensais. C'est comme… Je ne peux pas l'expliquer. »
Le froncement de sourcils resta en place, et il fit un signe vers Georg.
« Conduisez-la à la dernière des chambres d'invités du couloir désaffecté. Placez deux gardes à la porte, nos gardes. »
Le Capitaine s'inclina en signe de reconnaissance.
« Comme vous le souhaitez, Seigneur Merlin. »
Merlin resta où il était pendant qu'elle se glissait dehors, ses yeux regardant au lointain sans vraiment le voir, jusqu'à ce qu'une lueur d'argent ne capte son regard.
C'était un bracelet gravé, presque tribal en apparence, et il le reconnut comme un de ceux qu'il avait vu Gwen porté depuis la veille au matin. D'après la légère distorsion dans sa forme et une marque sur le mur, il semblait qu'il avait été récemment jeté là.
Merlin se rapprocha et le ramassa, le lâchant presque sous le choc avant de jurer bruyamment en sentant l'aura incomparable de la magie de Morgane. Mais ce qui le fit jurer encore un peu plus fut le type de sort employé… Il semblait que Morgane ait suspecté qu'il puisse repérer quelque chose de malveillant, et qu'elle ait utilisé d'autres moyens.
Il glissa le bracelet dans sa poche, la rage contre lui-même s'ajoutant à sa colère contre Morgane et à celle presque aussi forte dirigée contre Arthur. Toutes trois mijotaient en lui pendant qu'il traçait orageusement son chemin vers les appartements du roi, ouvrant violemment la porte et continuant en hurlant sur le monarque sans prêter aucune attention au fait que ses paroles puissent être entendues du couloir si quelqu'un passait par là.
« Vous saviez que Lancelot était une Ombre ! Est-ce qu'il vous est seulement venu à l'esprit que Gwen était presque certainement sous l'emprise d'un sort lorsque vous l'avez fait jeter dans les donjons ?! »
Il diminua légèrement le volume mais resta furieux.
« Je l'ai fait mettre dans une des chambres d'invités abandonnées, et j'ai posté des gardes pour garder Agravain dehors s'il la cherche. Et pour mémoire, elle était sous l'emprise d'un sort, avec ceci. »
Il claqua presque le bracelet sur la table, Arthur le fixant avec culpabilité et confusion.
« Elle l'était ? Mais… Pourquoi est-ce que ton brassard ne t'a pas averti ? »
Merlin laissa échapper un long soupir, ses dents serrées.
« Vous oubliez, Arthur, que ces choses ne sont pas faites pour repérer toutes les magies. Juste les dangers magiques. Le sort sur ce bracelet est un sort de soin, un qui aide à regagner des souvenirs perdus en faisant en sorte que la personne ressente les émotions qui y sont liées. Gwen aimait réellement Lancelot autrefois, même si c'était il y des années de cela, maintenant. Le voir revenir d'entre les morts sans un avertissement, puis mettre cette chose, et elle n'avait pas l'ombre d'une chance. »
Il regarda le roi, solennel.
« Tout cela était un piège, et en agissant comme vous l'avez fait, vous vous êtes jetés droit dedans. Je n'arrive pas à croire que vous l'avez réellement fait jeter dans les donjons ! »
Arthur, maintenant surpris et honteux de la colère qui l'avait envoyé ruminer ici, s'appuya contre le mur et soupira profondément.
« Bien, au moins, si elle a été enchantée et piégée, alors tout va bien. Je vais trouver un moyen d'expliquer les preuves à la cour, et le mariage pourra avoir li… »
– Non, il ne pourra pas, l'interrompit Merlin, soupirant à nouveau et se redressant, droit et autoritaire, toute son attitude défiant le roi de s'opposer à lui. Si vous l'épousez maintenant, avec ce tumulte toujours en cours, vous allez gâcher le début de son règne à vos côtés. Vous allez l'entacher. Mais en même temps, elle reste une cible pendant que vous vous démêlez de ce pétrin, et je n'ai aucun doute que Morgane essayera à nouveau pendant ce temps… Et ça ne laisse qu'une seule solution, Arthur. »
Arthur commença à comprendre qu'il n'allait pas aimer ce qui allait suivre, ne connaissant que trop bien l'expression sérieuse sur le visage de son ami.
« Merlin... »
Le sorcier lui tourna le dos, et se dirigea vers la porte.
« Je vais m'absenter pour une heure environ, pour organiser une escorte par mon clan. Si Gwen est une cible, alors le meilleur moyen de la protéger pendant que vous arrangez les choses est qu'elle quitte Camelot… Ne me demandez pas où je l'envoie, parce que je ne vous le dirai pas. C'est mieux de cette manière, puisque vous ne pourrez pas la ramener sans que je décide que c'est sans danger pour elle. »
Arthur le regarda bouche bée, son expression tournant lentement vers un déni colérique.
« Tu la renvoies ? Tu annules notre mariage ? Tu ne peux pas faire ça ! »
Merlin se retourna sèchement, le clouant sur place d'un regard glacial.
« Étant votre Sorcier de Cour et votre protecteur, je peux et vais le faire. Et je n'aurais pas été forcé de le faire si vous aviez contrôlé vos humeurs. Pensez-y, avant de me blâmer entièrement pour votre peine. Si vous aviez gardé un zeste de raison, au lieu de sortir de vos gonds comme votre père le faisait, alors ceci ne serait pas en train d'arriver. Vous ne me laissez pas d'autre choix que de faire ce que je pense être le mieux pour vous, pour Gwen, et pour ce royaume. »
Il reprit sa marche vers la porte.
« Maintenant, je suggère que vous vous asseyez et réfléchissiez un peu jusqu'à ce que je revienne, et alors vous aurez à expliquer à Gwen ma décision et lui faire vos adieux. »
La porte se ferma avec un air de finalité, Arthur la fixant jusqu'à ce qu'il s'effondre à genoux… Se maudissant pour être un tel idiot, et pour être celui dont les actions ont rendu le mariage du lendemain impossible.
~(-)~
Les gardes et les chevaliers présents quittaient les salles du conseil, même Geoffrey et Merlin s'éloignaient en silence après qu'une Gwen en larmes y ait été introduite pour s'effondrer à genoux devant le roi. Ce fut Merlin qui ferma la porte, un éclair doré dans ses yeux comme la seule indication qu'il avait monté des barrières autour de la pièce pour garder ce qu'il s'y disait privé.
Gwen était toujours à genou sur le sol lorsqu'Arthur marcha vers elle, ses yeux s'écarquillant lorsqu'il la releva et l'attira dans ses bras. Puis il la serra contre lui, des larmes dans les yeux.
« Je suis tellement désolé, Gwen. Je suis désolé, j'ai tout gâché. »
Elle se dégagea de son étreinte, secouant la tête et envoyant ses propres larmes se briser sur le sol.
« Non, je suis celle qui devrait être désolée… Je… Je ne sais pas à quoi je pensais. J'ai juste... »
Arthur baissa la tête.
« Tu étais ensorcelée. »
Il la vit tressaillit et hocha gravement la tête.
« Merlin a trouvé un bracelet dans ta cellule, un qu'il t'a vu porter ces derniers jours. Il était enchanté pour réveiller des sentiments passés, et Merlin était plus en colère contre lui pour ne pas l'avoir remarqué que je ne peux le dire. Aussi pratique que soit le bracelet que tu portes pour l'avertir lorsque tu cours un danger magique, cela ne marche pas pour les sorts aussi bénins que celui-ci l'était. C'était un sort créé pour aider ceux qui avaient perdu la mémoire à se remémorer leur passé en le leur faisant ressentir. Il n'a jamais été créé comme un sort pour blesser. »
L'expression de Gwen était maintenant confuse, confuse et trahie.
« Mais, mais Lancelot m'a donné ce bracelet. Il a dit qu'il voulait que je l'ai comme une marque de bonne fortune. »
Le roi s'approcha d'elle à nouveau, posant les mains sur ses épaules.
« Il n'est pas Lancelot, pas réellement. Merlin m'a dit ce matin qu'il avait découvert la vérité, mais nous l'avons tue puisque nous pensions que j'étais la cible. Cette situation n'aurait pas eu lieu si je m'étais souvenu de ce qui m'avait été dit et que je n'avais pas perdu mon sang-froid… Lancelot est une Ombre, Gwen. Un esprit tourmenté relevé d'entre les morts par la nécromancie, pour exister comme une coquille de son ancien être. Il est juste une marionnette, dont les fils sont très certainement tirés par Morgane. Elle voulait nous empêcher d'être ensemble, j'en suis certain. »
Gwen releva la tête vers lui, les yeux suppliants.
« Et a-t-elle réussi ? »
Arthur caressa le côté de son visage, ses yeux tristes.
« Si je t'épousais demain, avec tout encore en tumulte, j'affaiblirais la position de Camelot… Et en même temps, tu ne peux pas être autorisée à rester ici. »
Son expression se transforma en choc.
« Vous… vous me bannissez ? »
Le roi s'empressa de secouer la tête, raffermissant sa prise sur ses épaules en guise de réconfort.
« Non. Jamais. Il n'y aura aucune action officielle contre toi, à la place, tu vas seulement disparaître en lieu sûr pendant que j'arrange les choses. Merlin a déjà pris des arrangements pour que tes affaires soient empaquetées et récupérées chez toi. Il a également appelé une escorte pour toi de la part de son clan. »
Son expression se fit amère.
« Je ne suis pas celui qui t'envoie au loin, Gwen, c'est la décision de Merlin. Il a clairement fait comprendre, en termes non équivoques, que tu étais ma plus grande faiblesse, et que Morgane le sait. Si je veux que tu sois en sécurité, et je veux le meilleur pour Camelot, je ne peux pas te garder à tes côtés pour le moment, peu importe combien je le veux. »
Gwen resta stupéfait et incrédule, les yeux lointains pendant qu'elle tentait de donner du sens à tout cela.
« Merlin m'envoie au loin ? Où ?
– Il ne voulait me le dire. »
Arthur soupira, peiné par la séparation imminente.
« Il sait que si je savais où tu étais, je serais distrait par la tentation de te chercher ou de te ramener à la maison. Tout ce qu'il m'a dit c'est que peu importe si cet endroit est près ou éloigné, tu y seras en sécurité. Morgane ne te trouvera pas. »
Elle se mordit les lèvres pour retenir un sanglot, hochant la tête en signe de compréhension.
« J'ai attendu pendant longtemps pour vous avoir, Arthur. Je peux attendre encore, peu importe combien de temps. »
Les portes principales de la chambre du conseil s'ouvrirent, Merlin s'avançant dans l'espace entre elles avec une expression solennelle sur le visage. Il les regarda tous les deux, avant de tendre une main vers Gwen.
« Je suis désolé, mais il est temps d'y aller. Il faut le faire maintenant, avant Agravain n'ait vent de nos plans. »
Elle hésita, et son ton se fit plus impérieux.
« Je sais que c'est dur, mais tu dois partir. Tu as été ciblée trop de fois, Gwen. Si tu veux vraiment ce qui est le mieux pour Arthur et Camelot, tu vas venir avec moi maintenant. Il n'y a pas le temps pour l'hésitation ».
Gwen se retourna vers Arthur, les yeux toujours suppliants, et il soupira avant de l'embrasser sur le front, et de la pousser gentiment vers le sorcier. Puis il fit un pas en arrière, les larmes dans ses yeux coulant enfin le long de ses joues.
« Jusqu'à ce que nous soyons réunis, Gwen, fais attention à toi. »
Elle resta là, immobile, jusqu'à ce que Merlin s'avance et la prenne par le bras. Il la guida fermement dehors puis au travers du château, jusqu'aux écuries où Elyan attendait avec un manteau pour elle et une paire de chevaux.
Une dernière étreinte désespérée fut ses adieux, avant que Merlin ne mette son cheval au trot, celui de Gwen le suivant, guidé par une longe. L'obscurité de la nuit les enveloppèrent, Gwen pleurant silencieusement jusqu'à ce qu'ils soient bien en dehors de la cité. Seulement alors sa voix brisa le silence, calme et pleine de regrets.
« Alors, où est-ce que je vais, Merlin ? Où est-ce que tu m'envoies ? »
Le sorcier ralentit leur pas jusqu'à stopper, faisant apparaître une lumière dans sa main pour qu'elle puisse voir son visage et lui le sien. Son expression était pleine de regret, mais aussi de colère de devoir faire cela.
« Ton escorte t'attend un peu plus loin, et tes affaires vont arriver sous peu. Lorsqu'elles seront là, ton escorte t'amènera à la seule place que je connaisse où je suis sûr que tu seras en sécurité, et assez loin de Camelot. »
Il s'accorda un petit, triste sourire, pendant qu'il retirait le bracelet connecté au sien et le lui donnait.
« Je te confie aux bons soins du Roi Fyrendir d'Escetia. »
~(-)~
Les malheurs de Merlin ne s'arrêtèrent pas cette nuit, pas lorsque l'aube suivante apporta la nouvelle que Lancelot avait mis fin à ses jours et avait été trouvé mort. Qu'il n'ait été qu'une ombre de son ancien lui ne compta pas, sa mort jeta un voile encore plus sombre sur la Confrérie.
Cela resta avec eux pendant qu'ils se tenaient tous ensemble sur les rives du lac d'Avalon. Seul Arthur était absent, occupé à la tâche douloureuse de faire retirer tous les atours et les décorations du mariage. Mais ils savaient que ses pensées étaient avec eux lorsqu'ils mirent à l'eau le radeau couvert de fleurs qui portait le corps de Lancelot, Merlin se penchant pour poser une main sur son front.
« Grith faestne mid thisse tintregedan sawole. »
Tous les chevaliers réagirent avec choc lorsque Lancelot prit une soudaine inspiration et ouvrit les yeux, cherchant du regard le visage de celui qui l'avait réveillé pour ce bref instant… et libéré son esprit.
« Merlin… Merci. »
Il réussit à sourire légèrement avant que ses yeux ne se ferment à nouveau, et Merlin l'envoya sur les eaux, enflammant le radeau. Lancelot avait enfin trouvé la paix. Il était enfin au repos, le murmure de Merlin l'accompagnant comme une prière.
« Veille sur lui pour moi, Freya... »
