Eterna de Solary : A la fin, exactement, et en général il apprend même de ses erreurs ^^

Chapitre 65 : Une âme tourmentée ~Partie 3~

« Juste avant qu'il m'agresse, il y avait une présence sur les lieux. Je l'ai sentie. Mais quand je me suis tourné pour regarder, la seule chose que j'ai vue ensuite était Elyan en train de m'assommer avec ce plateau. »

Merlin se tenait dans les appartements de Gaius, grimaçant pendant qu'un onguent était appliqué sur le bleu plutôt impressionnant qui se formait sur le côté gauche de son front.

Le médecin fronçait les sourcils, incontestablement inquiet.

« Hé bien, si nous n'étions pas certains qu'il soit possédé, c'est le cas maintenant. L'Elyan que nous connaissons n'aurait jamais levé une main contre toi. Tu as de la chance de ne pas avoir une commotion...

— Alors peut-être que vous pourrez m'expliquer pourquoi je ne devrais pas lui en donner une moi-même. »

Le sorcier et le médecin se tournèrent tous deux, pour voir Arthur se tenir dans l'embrasure de la porte, loin d'être ravi. En fait, il semblait positivement furieux.

« Merlin, est-ce que tu es un idiot complet ? Tu ne vas jamais voir seul quelqu'un dont la loyauté ou l'esprit est compromis. Tu aurais dû prendre un des chevaliers avec toi. »

Merlin grimaça.

« J'en déduis que vous avez appris ce qu'il s'était passé ? »

Arthur traversa la pièce, acquiesçant et semblant toujours en colère.

« Oui, par Georg. Qui a daigné venir m'expliquer que la raison pour laquelle tu ne t'es pas montré avec mon petit-déjeuner ce matin était qu'un de nos gardes t'avait retrouvé inconscient sur le sol de la cellule d'Elyan. »

Il fronça légèrement les sourcils.

« Et comment diable s'y est-il pris pour t'assommer avec un plateau ? »

Merlin commençait à se sentir légèrement vexé.

« Je vous ferai savoir que ces plateaux de services sont plus lourds qu'il n'y paraît. Essayez d'être frappé en plein visage avec l'un d'eux, et voyez combien de temps vous réussirez à rester debout. »

Arthur soupira, secouant la tête.

« Le sorcier le plus puissant qui ait jamais vécu, et tu te fais assommer par un plateau de service. »

Il se tourna pour se diriger vers la porte.

« Je vais envoyer quelques patrouilles discrètes à sa recherche. Tu continues à travailler sur comment le débarrasser de cet esprit.

— Arthur. »

Le roi marqua une pause, jetant un coup d'œil en arrière vers un sorcier particulièrement inquiet. Merlin était grave.

« Restez en sécurité et sous protection. On ne sait pas quand il essayera à nouveau de s'en prendre à vous, et il est certain qu'il le fera si cet esprit vous veut vraiment du mal. »

L'expression d'Arthur s'assombrit à cela, et il hocha la tête avant de sortir. Une fois qu'il fut parti, Gaius s'adressa au sorcier.

« Merlin, ce sanctuaire… Tu penses pouvoir le retrouver ? »

Son pupille lui jeta un regard en coin.

« Ça ne devrait pas être dur. Maintenant que je sais qu'il est là, je devrais pouvoir le sentir une fois que nous serons assez proches… Mais je croyais que vous aviez dit que je ne devais pas m'en approcher à nouveau... »

Gaius soupira.

« Je l'ai dit, mais nous devons trouver tout ce que nous pouvons sur cet esprit. Tant que nous ne saurons pas à quoi nous avons affaire, nous ne pourrons pas aider Arthur ou Elyan. »

Ce fut dans un état d'esprit sombre que les deux hommes se dirigèrent vers la forêt, chevauchant pour une grande partie du chemin avant s'attacher cheval et poney et de finir à pied. Merlin continuait à s'arrêter de temps en temps, fermant les yeux et cherchant la présence du sanctuaire. Ils le trouvèrent un peu moins de deux heures après avoir quitté la cité.

Ils se séparèrent pour le fouiller, Merlin marchant lentement et essayant de ne pas frissonner. Cette place entière puait la mort au niveau magique, plus encore que la dernière fois. Il supposait que ça avait à voir avant le fait qu'Elyan avait accidentellement rompu le sort, mais se poser des questions n'allait rien faire contre le frisson d'effroi qui courait le long de sa colonne vertébrale.

Ce fut le son de l'eau qui finit par attirer son attention. Merlin avisa ce qui ressemblait à un petit puits de pierre et s'y dirigea. Il avait des runes gravées dans les pierres qui l'entouraient, à moitié couverte par la mousse et les feuilles mortes, et lorsqu'il regarda son reflet dans l'eau, le frisson devint un spasme glacé alors que les gémissements, les implorations à la pitié et les cris des mourants emplirent ses oreilles.

Il resta figé là plusieurs secondes avant d'appeler, des larmes de peine roulant de manière incontrôlable sur ses joues.

« Gaius ! »

Il leva la main à son visage pendant que le médecin se précipitait vers lui, frottant ses yeux et étouffant un sanglot venu de ces échos de mort.

« Que se passe-t-il, Merlin ? »

Gaius arriva à ses côtés, le regardant avec inquiétude en voyant que son pupille pleurait, et Merlin lui répondit.

« Il s'est passé quelque chose d'horrible ici. »

Tous deux baissèrent les yeux vers le puits, et Gaius désigna les gravures.

« L'alphabet des druides est sur ces runes. »

Il présenta une flèche à moitié pourrie.

« Et j'ai trouvé cela. C'est un carreau d'arbalète, il y en a tout autour du sanctuaire. »

Merlin avala difficilement sa salive.

« C'était sans doute l'œuvre d'Uther. »

Gaius hocha la tête.

« Il veut se venger de lui et de ses crimes. Voilà ce que l'esprit cherche à faire. »

~(-)~

Leur retour vers le château avait été grave, leur rapport à Arthur le fut encore plus. Tout tourna à une réalité encore plus dure lorsqu'Eylan réussit par un quelconque moyen à trouver une arbalète et à se glisser dans la salle du conseil où Arthur travaillait sous protection. Il s'en fallut de peu, et cette fois le jeune roi sembla réellement secoué. Un air hanté était visible dans ses yeux lorsqu'il parla à ses amis.

« Il n'avait pas la voix d'Elyan. C'était la voix d'un enfant, d'un jeune garçon. »

Lui et Merlin se tenaient là alors les deux hommes morts qui l'avaient gardé étaient emportés hors de la salle. Ceux qui les portaient laissaient une traînée d'empreintes humides après avoir marché dans la flaque d'eau au milieu de la salle, l'eau qui avait coulé hors d'Elyan comme si un millier de peines avait imprégné sa peau.

Merlin regardait Arthur, capable de percevoir qu'il y avait autre chose qui dérangeait son ami, mais ignorant ce dont il s'agissait. Au final, il put seulement suivre le protocole.

« Je vais donner des ordres en votre nom pour que le château et la ville soient sécurisés. »

Arthur acquiesça, toujours trop calme.

« Est-ce que tu as trouvé quelque chose à propos du sanctuaire ? »

Merlin soupira, se remémorant les échos des morts.

« Gaius et moi pensons que c'était un camp de Druides, autrefois. Il y a des preuves qu'il a été attaqué. Votre père était sans pitié dans ses persécutions des Druides. Beaucoup sont morts. Nous pensons que c'est l'un de ces esprits tourmentés qui possède Elyan.

— Et c'est pour cela qu'il cherche à se venger ? »

Merlin le regarda sombrement.

« Les esprits ont soif de paix. Il veut trouver sa place dans l'Autre Monde, mais la nature injuste de sa mort l'en empêche. »

Arthur se tourna vers lui, interrogateur.

« Est-ce qu'il existe-t-il un moyen de changer cela ? »

Son sorcier de la cour fronça les sourcils, se remémorant tout ce qu'il avait lu depuis la veille.

« Dans les croyances druidiques, seuls les regrets véritables du responsable peuvent apporter la paix à l'esprit. Mais Uther est mort, il ne saurait regretter ce qu'il a fait. Et l'esprit a une si grande emprise sur Elyan qu'elle est peut-être trop forte pour pouvoir être rompue. Si je n'arrive à la briser, nous n'aurons pas d'autre choix que de le tuer ou de l'enfermer jusqu'à sombrer dans la folie. »

Merlin regarda Arthur quitter la chambre du conseil à ces mots, se trouvant forcé de passer le reste de la journée à accomplir ses tâches habituelles et à parcourir ses piles de paperasse tout en protégeant un roi aussi silencieux qu'une tombe.

Rien n'aida, pas même les assurances qu'il n'était pour rien dans les crimes de son père. Il finit par laisser Arthur à ses idées noires, et posa des alarmes dans tous les passages menant à ses appartements. Si Elyan venait par là, il le saurait. Et s'il y parvenait, il trouverait la porte des appartements royaux impossible à ouvrir ou à casser par des moyens physiques.

Mais ce ne fut pas Elyan qui déclencha les alarmes quinze minutes à peine après qu'elles aient été posées. À la place, ce fut la sensation qu'Arthur en sortait qui attira son attention.

Merlin changea ses plans, se dirigeant vers ce qu'il savait être le chemin habituel d'Arthur pour se glisser hors du château. Effectivement, le roi le dépassa, habillé d'une cape sombre à capuche, inconscient de sa présence pendant qu'il s'enfonçait dans la forêt, prenant la direction du sanctuaire.

Merlin le suivait, attendant qu'ils soient assez proches pour combler la distance qui les séparait, surprenant le roi.

« Si vous pensez que vous pouvez vous glisser hors du château lorsque je vous mets sous protection rapprochée, alors vous me sous-estimez clairement. »

Arthur lui fit face, et le sorcier croisa les bras sur la poitrine avec désapprobation.

« Maintenant, que faites-vous exactement dans cette forêt au milieu de la nuit ? »

Arthur soupira, retirant sa cape.

« Quelque chose que j'aurai dû faire il y a bien longtemps.

— Elyan pourrait être là. Avez-vous la moindre idée du danger ?

— Je dois l'affronter. Retourne à Camelot quand tu veux. »

Merlin lui jeta un regard ébahi lorsque Arthur fit demi-tour et continua sa route, avant de se mettre à le suivre.

Ils continuèrent à travers les bois, finissant par arriver au sanctuaire. Merlin le regarda avec méfiance, le frisson d'avant courant encore une fois le long de son dos.

« Vous êtes sûr de ce que vous faites ? On pourrait peut-être attendre le jour. »

Arthur commença à descendre dans le sanctuaire, et Merlin soupira avant de l'imiter.

« Ou on peut agir maintenant si vous voulez, dans la nuit noire, quand cela fait très peur et que c'est très dangereux. »

Arthur ne s'arrêta pas, pas avant qu'ils n'aient atteint la clairière centrale, au milieu des rochers. Là, il tira son épée et la jeta sur le côté, avant d'appeler dans l'air nocturne.

« Je suis là. C'est bien ce que vous vouliez, n'est-ce pas ? »

Merlin le regarda comme s'il était devenu fou.

« Qu'est-ce que vous faites ? »

Arthur s'éloigna de quelques pas, sombre et calme.

« Tout ce que Gaïus et toi avez dit à propos de cet endroit est vrai. À un détail près… Ce n'était pas mon père qui a mené cette attaque contre le campement des druides. C'était moi. »

La culpabilité qu'il ressentait pour cela bien visible, Arthur se tint là jusqu'à ce que le son de l'eau dégoulinant attira leur attention à tous deux sur la figure trempée d'Elyan qui venait de sortir des ombres.

Il fixa Arthur du regard, parlant avec la voix de l'enfant qui le possédait.

« C'est mon sang que vous avez sur les mains. À cause de vos crimes, je ne peux reposer en paix... »

Arthur lui fit face, après avoir ordonné d'un geste à Merlin de ne pas intervenir.

« Je sais ».

Il s'agenouilla devant l'esprit, les bras étendus sur le côté en signe de reddition, et la voix emplie de remords.

« Je suis responsable de ce qui a pu vous arriver ainsi que de toute la violence qui a fait rage. Lorsque j'ai mené cette attaque, j'étais vraiment très jeune et vraiment très ignorant. Je voulais à tout prix faire mes preuves pour que mon père Uther me... me reconnaisse. »

Elyan commença à s'avancer vers lui, Arthur continuant de parler alors même que ce qui pouvait être sa mort se rapprochait.

« J'avais dit aux hommes d'épargner les femmes et les enfants, mais certains n'ont pas respecté cet ordre. Il y avait tant de choses qui se passaient. Je voulais tout arrêter... »

Il buta un instant sur sa propre culpabilité.

« Mais je suis resté figé. Je ne savais plus que faire. »

Elyan s'arrêta en face de lui, regardant droit dans les yeux qui commençaient à se remplir de larmes de regrets.

« J'entends encore... j'entends encore les hurlements. »

Arthur leva les yeux vers lui, son esprit totalement exposé.

« Rien n'effacera cette faute, rien de ce que je ferai n'effacera les horreurs commises ce jour-là. Mais je peux promettre que tant que je serai Roi, je ferai tout, tout ce qu'il faut afin d'empêcher ces atrocités de se reproduire un jour. »

Il prit une profonde inspiration, tremblant avec les sanglots à qui il ne permettrait pas d'interrompre ce moment.

« À partir de maintenant, je jure que le peuple druide sera traité avec tout le respect qu'il mérite, je le jure sur mon honneur. Je suis sincèrement désolé de tout ce qui vous est arrivé. »

Le silence se fit, Merlin seulement capable de te tenir là, choqué par les révélations. Arthur avait été trop calme depuis qu'ils avaient traversé le sanctuaire, ressassant quelque chose. Mais ce n'était pas à propos de Gwen, c'était à propos de cela. Un sombre moment de son passé, qu'il n'avait admis auprès d'aucun d'entre eux… jusqu'à maintenant.

Elyan le dévisageait toujours, avant de venir lentement attraper l'épée et la lever. Arthur le regarda, toujours submergé par les émotions de sa confession, auxquelles s'ajoutait maintenant la peur. Mais il ne bougea pas, n'essaya pas de fuir. Il resta là, prêt à accepter la mort si elle pouvait apporter la paix à l'esprit du jeune garçon et libérer Elyan.

La lame tomba au sol, Elyan tendant la main pour aider un roi surpris à se relever. Puis il passa les bras autour d'Arthur, l'enfant en lui parlant à nouveau.

« … Je vous pardonne. »

Il recula de quelques pas, laissa échapper un soupir alors qu'une brume blanche quittait le corps d'Elyan. C'était un soupir de paix, et lorsqu'il s'évanouit dans le silence, le chevalier trébucha et se vit stabilisé par son roi.

« Arthur ? »

Elyan s'effondra après ça, inconscient après son calvaire. Arthur et Merlin le rapportèrent à Camelot et le placèrent sous les soins de Gaius. Tous deux se retirèrent, rejoignant leurs lits pour trouver le peu de sommeil qu'ils purent avoir durant les quelques heures qui les séparaient de l'aube.

Lorsqu'elle vint, Merlin arriva dans les appartements d'Arthur pour le trouver éveillé et à son bureau. Toutes les traces de ses larmes de la nuit précédentes étaient parties, mais une certaine dose d'inquiétude persistait dans son regard.

« Comment va Elyan ? Va-t-il retrouver ses forces ? »

Merlin acquiesça, attrapant une veste pour la placer dans l'armoire.

« Gaïus dit qu'il va retrouver toutes ses forces. »

Arthur se contenta de hocher la tête en réponse et revint au livre qu'il lisait, Merlin le regardant avec spéculation… Arthur avait besoin qu'on lui remonte le moral .

« Vous savez, c'était incroyablement émouvant. Ce que vous avez dit au sanctuaire. »

Arthur lui jeta un coup d'œil, attrapant la lueur de sarcasme.

« Si Elyan redevient comme avant, cela aura valu la peine. »

Merlin haussa nonchalamment les épaules.

« Elyan n'était pas la seule raison de votre discours, n'est-ce pas ?

— Où veux-tu en venir, Merlin ? »

Le sorcier haussa à nouveau les épaules.

« Je crois que je ne vous avais jamais vu pleurer, pas de cette façon-là. Des larmes coulaient sur vos joues. C'est touchant de constater que vous êtes sensible, cela vous va à ravir.

— Tais-toi, Merlin. »

Merlin commençait à sourire légèrement maintenant, continuant ses taquineries.

« Et dire que j'ai cru que vous aviez changé. »

Arthur ferma son livre et le posa, se relevant pour rejoindre la table où attendait son petit-déjeuner.

« Dans ce cas tu es aussi bête que tu es laid. »

Il dépassa Merlin, qui le regardait avec l'air de quelqu'un qui avait pris cela comme une déclaration de 'guerre'.

« On ne se donnera pas l'accolade aujourd'hui, alors ? »

Il resta là, souriant avec malice et les bras tendus, pendant qu'Arthur stoppait et se tournait lentement vers lui. Puis le roi s'avança vers lui, accélérant son pas lorsque le sorcier fit demi-tour et se mit à courir, fuyant à l'évidente intention de mutilation dirigée contre lui.

Oui, ça lui avait bien joliment remonté le moral.