Andy se réveilla seule sur le canapé. D'immenses flammes réchauffaient la pièce.

La place derrière elle était encore chaude, ce qui lui indiqua qu'il était parti depuis peu de temps. Enroulant la couverture autour d'elle, Andy se leva et partit à la recherche de l'homme qui avait passé la nuit avec elle. Ce corps était encore envahi par le brouillard du sommeil. Elle avançait à pas de tortue, autant parce que ses jambes étaient lourdes que pour prévenir une chute involontaire.

La cuisine était vide, tout comme les autres pièces de l'étage. Elle descendit donc à la chambre, et y perçut le son de l'eau qui coule. Il était dans la douche.

L'électricité n'était pas revenue encore, et la seule idée que Sam puisse être sous un jet d'eau glacée la fit frissonner.

Quand il sortit de la salle de bain, un nuage de buée le suivi.

« C'est chaud ! » s'exclama Andy avec enthousiasme. Elle avait vraiment envie de prendre une douche chaude, et visiblement, l'eau avait gardé sa chaleur même à travers la nuit glaciale.

Sam hocha la tête mais ne répondit rien. Elle attrapa des vêtements propres et s'enferma à son tour dans la salle de bain.

Quand elle en ressortie, il avait quitté la chambre. Ce genre de découverte ne l'étonnait plus.

Chaque fois qu'elle faisait un pas en avant, il reculait de deux. Si elle reculait, c'était lui qui avançait.

C'était suffisant pour l'étourdir.

Une fois vêtue chaudement, Andy reprit la direction de l'étage. Elle était pratiquement au sommet de l'escalier quand elle entendit des bruits de portes de voiture que l'on referme. Ils étaient de retour.

Elle n'avait pas aperçu Sam, alors elle rebroussa chemin et referma la porte de la chambre derrière elle.

« Sammy ! » chantonna Bobby en entrant dans la maison.

Tout le monde était de retour, ce qui donna à Sam un certain sentiment de gratitude. Il avait maintenant une bonne raison d'éviter Andy.

« Alors ? »

« Alors, rien. »

« Sam ! »

« N'y penses même pas… » grogna Sam alors que Bobby levant les mains au ciel en signe de capitulation.

Après un bon moment, Bobby semblait avoir oublié son interrogatoire.

« Ça va ? » lui demanda Sam. Elle avait perdu son entrain et semblait si triste. Il savait pertinemment pourquoi. Autant qu'elle savait pourquoi lui restait silencieux.

« Ouais ça va, parfaitement bien. Il a fait le bon choix … partir. »

« Alors elle a dit oui ? »

Bobby acquiesça candidement.

« C'était le plus beau moment de l'histoire de l'humanité. Savais-tu qu'il savait où elle habitait ? »

Sam ricana. Bien sur que Lars savait ce genre de détails.

« Il a simplement sonné à sa porte, et quand elle a ouvert, il l'a embrassé, juste comme ça. Elle avait la petite dans les bras, et ensuite, Lars s'est reculé et lui a dit ''bonjour'' comme si c'était la chose la plus normale du monde. »

Bobby semblait vraiment heureuse pour ce gamin, comme si elle approuvait son choix également. Un sourire se dessina sur ses lèvres au fur et à mesure qu'elle récitait à Sam les événements de la veille. Elle semblait également heureuse pour elle-même, puisqu'elle aura permis à un jeune homme d'améliorer son sort.

Au moins, grâce à son accord, trois vies allaient être changées, plus heureuses et sans prison.

« Elle a l'air d'une bonne fille, mais Dieu qu'elle est entêtée. Au début, elle a dit non, et nous étions assis dans la voiture, à observer Lars se résigner. Puis, la petite lui a attrapé le cou, et de ce que nous avons compris, ce n'était pas dans son habitude d'aller vers les étrangers. »

« Probablement à cause de l'ourson. »

« Quoi ? »

« Oublie ça. » Sam avait oublié de parler de la peluche gigantesque, il laissa donc tomber les détails.

« Elle a finalement dit ''oui'', a ramassé quelques effets personnels et ils sont partis. Damian leur a laissé le nouveau camion… »

Sam sourit à la pensée de la vie que Lars pourrait avoir. Au moins, l'un d'entre eux aura la chance de faire quelque chose de son existence. Il ne sera obligé de regarder par-dessus épaule et éviter les policiers à chaque jour que le destin mettra devant lui.

« Alors, le courant est coupé depuis longtemps ? »

« Toute la nuit, ça devrait revenir bientôt… »

« Tu n'as pas … »

« Non, je n'ai pas débranché les fusibles, l'électricité est parti d'elle-même. »

Vraiment ? Bobby laissait parfois son esprit divaguer sur des drôles de pensées.

« Hey, je fais juste vérifier… »

Quand Andy referma la porte de la chambre derrière elle, elle remarqua que le lit avait été fait. Probablement que Sam avait profité du fait qu'elle soit dans la douche pour remettre de l'ordre dans la maison. La bouteille de whisky était posée sur la table de nuit. Elle en aurait certainement besoin si le chauffage persistait à rester hors d'usage.

Cela signifiait également que le café n'était pas une option.

L'électricité était revenue, quelques longues minutes plus tard, réanimant les appareils électriques d'un coup. La télévision donna presque une attaque cardiaque à Andy quand les images et le son revinrent.

Question de passer le temps, Andy changeait les chaines sans même prendre le temps de regarder les options possibles.

Bobby se matérialisa dans la chambre un peu plus tard, avec deux tasses de café à la main.

« Allo » dit elle en s'assoyant à côté de la policière et en entourant ses mains autour de sa propre tasse.

« Merci » dit Andy en saisissant volontiers la tasse. Elle en avait vraiment besoin.

« Alors, comment était ta nuit ? »

Andy eut de la difficulté à ne pas rouler les yeux. Cette femme avait le don de poser des questions …

« Je sais, Sam me l'a dit. »

« Te l'as dit ? »

« Oui, que rien ne c'était passé. »

Ha oui, ça.

« Andy, je sais que c'est difficile pour toi d'être ici, que tu n'as pas l'impression d'être au bon endroit. Mais tu devrais arrêter de mettre le bordel dans sa tête. »

Cette phrase déstabilisa totalement Andy. Et Bobby l'avait dit avec tellement de facilité.

Jusqu'à ce moment, Bobby avait toujours été charmante et aimable, mais là, elle était ferme et autoritaire.

« Je suis désolée, quoi ? »

« La tête de Sam, tu y fous le bordel. »

« Non… »

Bobby testait sa théorie, et elle semblait se confirmer. Utiliser Sam comme arme contre Andy n'était pas idéale, mais comme le temps commençait à presser, elle n'avait d'autres choix.

« Tu ne t'en rends pas compte, c'est non intentionnel de ta part. »

Andy dévisagea son interlocutrice, ses pensées transparaissant à traves son visage.

« Il la ressent aussi, la connexion. Il ne sait juste pas comme réagir. Sam ne fait pas ça des relations. Il est ici depuis deux ans, et il n'a jamais rapporté une fille, ni même sorti pour en trouver une. »

Andy avait de la difficulté à écouter, elle n'avait vraiment rien à y voir.

« Je … »

« Écoute, je dis ça comme ça… Je ne sais pas trop ce que je dis. Mais les choses vont devenir intenses ici, et assez rapidement. Je ne te connais pas suffisamment pour te faire confiance, mais Sam lui il a confiance en toi, du moins pour l'instant c'est le cas. Alors ne l'oublie pas. »

Sur ce, Bobby se le leva et quitta la pièce, sans même se retourner, laissant Andy perplexe. Aussitôt qu'elle fut hors de son champ de vision, Andy tomba dans de profondes réflexions.

Elle fit tourner en boucle les souvenirs qu'elle avait accumulés depuis son arrivée parmi cette bande que cambrioleurs. En aucun cas, ces souvenirs correspondaient aux paroles de Bobby. D'autant plus qu'après la nuit qui venait de passer, elle doutait vraiment qu'elle puisse changer quoi que ce soit dans la tête de Sam. Il n'était certainement pas le genre de gars à permettre un accès comme celui à qui que ce soit.

Les jours qui passèrent transformèrent de nouveau Andy en huitre. Elle s'était complètement refermée sur elle-même, gardant le silence la grande majorité du temps. Elle ne portait plus attention à Sam quand il entrait dans la chambre, et répondait très minimalement à chacune de ses questions.

Au fil des jours, ses réponses courtes et franches se transformèrent en de simples hochements de tête, pour finalement disparaitre complètement.

Andy manœuvra également pour dormir que durant les journées. Il était hors de question qu'elle l'utilise comme un oreiller une autre fois.

Sam était plus froid avec elle également, prouvant qu'il était fâché contre elle également. Il passait beaucoup moins de temps avec elle que par le passé, allant et venant quelques fois par jour pour lui apporter du café ou quelque chose à manger. Il lui arrivait parfois de lui rapporter des magazines ou autres divertissements. Il n'avait en retour qu'un léger sourire en guise de remerciements.

Et ça le rendait fou.

Jusqu'à ce qu'un jour, il éclate.

Elle avait été muette pendant pratiquement deux semaines et il ne pouvait plus le tolérer.

Les derniers préparatifs étaient prêts pour le prochain échange prévu et il savait que le temps à passer avec elle était presque terminé. Mais il ne pouvait pas laisser les choses comme ça. Il ne pouvait pas la laisser là sachant qu'elle le détestait.

Il avait vraiment eu une mauvaise journée. Scott cherchait à tout prix la bagarre, ce qui demanda à Sam toute son énergie simplement pour garder son calme. Bobby lui avait demandé, une fois de plus, pourquoi il n'invitait pas Andy à les suivre. Il avait renversé son café sur lui-même et avait été obligé d'aller se changer. Une écharde lui avait traversé l'épiderme pendant qu'il entrait du bois pour le feu, rendant sa main très sensible. Et là, Andy l'ignorait complètement.

Il était descendu après que tout le monde ait été se coucher et lui avait apporté une tasse de café. Elle l'avait suivi du regard quand il avait déposé la tasse sur sa table de nuit. Mais cette fois, elle ne fit aucun sourire, aucun geste de la main, rien du tout.

Elle le poussait à bout.

« Si c'est à cause du baiser… »

« Ce ne l'est pas » répondit-elle utilisant son ton plein de confiance. Celui qui avait attiré son attention devant la banque.

« Alors, c'est quoi ton problème ? »

Sam resta lui-même surprit de sa maladresse.

« C'est toi ! »

« Moi ? »

« Ouais Sam, c'est toi le problème. Tu dis noir et tu dis blanc en même temps. Tu me laisses m'approcher un peu, et juste comme il semble se passer quelque chose tu me repousses sans avertissement. Tu sais quoi ? T'as besoin de grandir un peu … »

Les pieds d'Andy trouvèrent le plancher, et elle traversa la chambre en quelques pas.

Elle n'attendit pas la réponse de Sam et fuit dans le seul endroit accessible la salle de bain.

Comme elle s'apprêta à claquer la porte, Sam l'en empêcha. Sachant très bien qu'il ne servait à rien d'argumenter contre la force physique de cet homme, Andy capitula.

« Veux-tu bien me dire de quoi tu parles ? »

Il resta debout dans le cadre de porte, l'observant mettre de la pâte à dents sur les fibres de sa brosse à dents. Elle l'observait également par l'entremise du miroir devant elle.

« Je ne mets plus le bordel dans ta tête désormais, alors va donc … faire ce que tu fais. » dit-elle en se retournant vers lui.

« Quoi ? »

Andy se figea. Il ne semblait pas comprendre où elle voulait en venir.

Un bruyant soupir s'échappa des lèvres de Sam alors qu'il se frottait vigoureusement le visage avec ses mains.

Bobby

« Je n'ai jamais dit ça. »

« Ouais, tu n'avais pas vraiment besoin … »

Les épaules de Sam s'affaissèrent alors qu'il s'appuya contre le mur, alors qu'elle se retourna et commença à se brosser les dents.

Le côté insolent de la personnalité de la jeune femme lui avait manqué plus qu'il ne se l'était imaginé. Il était même impressionné devant la passion qu'elle pouvait mettre à débattre d'un point auquel elle tenait vraiment.

Elle sentit un regard peser sur son dos. Elle leva alors les yeux dans le miroir pour y croiser ceux de Sam. Elle ne put s'empêcher de sourire devant la situation.

Ils avaient une dispute des plus standards. Le genre de dispute que n'importe quel couple pouvait avoir, et ils vivaient ensemble. Ils étaient… juste normaux.

« Quoi ? »

Andy termina de se brosser les dents, et se retourna vers lui de nouveau, pendant qu'elle attachait ses cheveux en queue de cheval.

Sam s'était perdu dans ses pensées, et remarqua son propre sourire dans le reflet du miroir. Il se ressaisit et retourna en mode autopilote.

« Rien » bafouilla-t-il en refermant la porte de la salle de bain, la laisser terminer sa toilette.

Il était sous les couvertures et fixait le plafond quand Andy ouvrit la porte. Il avait laissé la lampe de chevet allumée, sachant qu'elle lirait en silence ou écouterait la télévision avec le volume au minimum. Elle refusait complètement de dormir quand il était dans la pièce.

« Je ne sais pas ce qu'elle t'a dit, mais elle aime un peu trop se mêler des choses qui ne la regardent pas. »

Sam resta surpris quand elle ferma la lumière et s'installa dans le lit. Il avait donc pris le risque de formuler de plates excuses.

« Peu importe ce qu'elle a dit, elle n'aurait pas dû. Je suis désolé… »

Elle se tourna pour lui faire face. Elle avait quelque chose à dire, mais elle garda le silence.

« Quoi ? » Peut-être que la laisser s'exprimer mettrait fin au climat désagréable qui persistait entre eux.

« Est-ce que c'est vrai? Que je mets le bordel dans ta tête ? »

Vient-elle vraiment de me demander ça ? Songea Sam.

Il voulut d'abord être franc et dire ''oui'', mais sa réaction était trop imprévisible.

« Non » dit-il alors, espérant être suffisamment crédible.

En fait, elle ne mettait pas vraiment le bordel dans sa tête, elle y était juste en permanence. Ce n'était donc pas un mensonge.

Il ne faisait que la protéger contre quelque chose qu'elle ne pourrait probablement pas affronter.


J'ai décidé de vous laisser un petit avant goût du prochain chapitre ... ça va se corser un peu dans les prochains :)

« J'avais des plans pour aujourd'hui… de gros plans. »

Sam souleva un sourcil en guise d'interrogation. Était-ce gros comme un mariage ?

« Présentement, je suis supposée être heureuse et célébrer. Et ce n'est définitivement pas le cas. »

Sérieusement ? N'aurait-elle pas été mieux de lui parler de ça avant ? Avant d'essayer de l'attirer dans son lit ?

« Je suis supposée de gagner ma liberté aujourd'hui »

« Ta liberté ? »

« Ouais, perdre mon statut de recrue, devenir une vraie policière. Et nous avions tous prévu, et puis c'est … »

« C'est? »

« Non rien... » elle ne voulait pas qu'il sache l'autre parti de ses plans.

« Andy? »

« C'est mon anniversaire, et je croyais être revenue à la maison à temps. Mais bon, c'est l'histoire de ma vie. Si ce n'est pas moi qui bousille tout, quelqu'un d'autre le fera, si ce n'est pas moi qui fuis, quelqu'un d'autre le fera, si je… »

« Ok ! J'ai compris… » lança Sam, un peu plus fort qu'il ne le souhait.