PetiteMia : Merci pour ta review. C'est agréable de voir que notre travail est apprécié.
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Chapitre 68: Découverte Gênante ~ Partie 3 ~
Merlin resta là, à fixer la longueur de la table pendant plusieurs secondes, envahi d'un désir presque irrationnel de se lever de ce fauteuil trop important et de s'enfuir de cette pièce aussi vite que ses jambes pourraient le porter. Il se força à y résister, en prenant une grande inspiration et en commençant à trier la paperasse. Former des piles, par sujet, rendrait plus facile de les faire passer et de les expliquer au conseil plus tard.
Au bout d'un moment, il était tellement concentré sur sa tâche, qu'il ne remarqua pas les portes principales s'ouvrirent et un noble à l'air grincheux entrer.
Agravain remonta une partie de la table, avant de s'arrêter et de fusiller le magicien du regard.
« Eh bien, si ce n'est pas une surprise ? Quand j'ai entendu que le roi était encore dans ses appartements, je me suis demandé qui serait là à sa place. Je suppose que vous êtes tous très contents de vous. »
Merlin leva les yeux de son tri, modérément surpris et absolument pas intimidé.
« Mauvais perdant ? Il est vrai que vous avez échoué de façon plutôt pathétique dans votre tentative d'hier, dit-il avant de se mettre à sourire. Je suppose que Morgane ne sera pas mise au courant ? J'imagine qu'elle ne serait pas très contente de vous si elle s'en rendait compte. »
Agravain se renfrogna avec colère.
« Ne croyez pas que je vais rendre ça facile pour vous, parce que ce n'est pas le cas. »
Merlin lui répondit d'un sourire amical et pourtant presque narquois, que s'il était venu de Morgane elle en aurait été extrêmement fière.
« Je n'attends rien de moins. »
Il observa Agravain prendre place, à une petite distance plus bas sur la table, découvrant que la petite confrontation avait réussi à chasser la majeure partie de sa nervosité. Enfin, il n'y avait clairement rien de tel que de s'asseoir avec l'un de vos pires ennemis pour vous débarrasser de votre tension nerveuse.
Le magicien l'ignora délibérément durant les dix minutes suivantes, quand le reste des conseillers arrivèrent enfin en masse, passant la porte avant de s'immobiliser avec surprise en découvrant qui était assis à la tête de la table.
Merlin leur fit poliment signe de prendre leurs places.
« Je me suis arrangé pour que l'Ambassadeur Varlen nous rejoigne dans une heure, afin que le Conseil puisse revoir le brouillon final de l'accord et se familiariser avec avant qu'il ne nous rejoigne pour les formalités de ratification. Si vous voulez bien prendre place, nous pouvons commencer. »
C'était un discours d'ouverture classique, qu'il avait entendu Arthur prononcer sous une forme ou une autre plus de fois qu'il ne pouvait compter. Il était assez familier pour faire bouger le groupe d'hommes d'âge moyen à âgé, ce qui lui rappela qu'il était en fait le plus jeune ici.
Ce qui expliquerait en partie qu'ils aient tous l'air si aigre... Le reste s'expliquait tout seul étant donné sa réputation générale et le fait que la veille, ils le prenaient tous pour un simple serviteur.
Cette opinion évidente chez chacun d'entre eux, à l'exception bien sûr de Geoffrey, caractérisa la première demi-heure tandis que des pages de listes de chiffres étaient transmises et que les choses progressaient sans problème... Enfin, si on ignorait le fait qu'Agravain faisait assez de piques pour tous les autres.
Il leva les yeux vers Merlin, tandis que les deux copies de l'accord étaient transmises pour confirmer que le contenu établi était entièrement identique aux versions, préliminaires bien moins formulées, présentées la veille.
« Tout cela est bel et bien beau, mais avons-nous vraiment besoin de faire cela ? Nous sommes tous des hommes de bonne éducation. Je doute qu'il soit nécessaire de nous traiter comme si nous avions encore des nourrices... Ou peut-être est-ce vous qui avez besoin d'une nourrice ? »
L'audace de la remarque, même si beaucoup des hommes présents étaient d'accord avec elle, les firent tous se raidir et regarder dans la direction de Merlin. Là où il était assis avec autant d'audace dans le fauteuil qui revenait au roi. Mais le conseiller broncha à peine, levant les yeux pour regarder le noble d'une façon qui disait qu'il trouvait l'insulte faible au point de l'ennuyer.
Il haussa légèrement les épaules, reportant son attention sur une autre poignée de papiers à faire passer.
« Vous considérez que revoir les anciens accords et archives sont une perte de temps ? Ceci, venant d'un homme qui a insisté pour sortir les traités avec Escetia et Caerleon de leur rangement sécurisé pour cette même raison ? »
Ayant terminé cette partie du tri, Merlin considéra ses options tandis qu'il croisait les mains sur la table devant lui. Chaque homme dans cette pièce remettait en question sa présence ici, alors peut-être était-il temps de leur donner une idée d'à qui ils avaient à faire.
« Eh bien, Seigneur Agravain, si c'est ce que vous ressentez, vous êtes libre de partir et de trouver d'autres activités plus distrayantes ailleurs. »
Le noble se redressa dans son siège, indigné.
« Je ne me laisserai pas intimidé par un simple roturier. Tout ceci est une farce complète, et je ne quitterai pas cette réunion.
- Ce n'était pas une suggestion... »
Merlin le regarda à nouveau, étrécissant très légèrement les yeux.
« Notre roi supporte peut-être votre comportement obstructionniste et très franchement enfantin durant les réunions, parce que vous êtes son oncle, mais pas moi. Vous avez deux choix. Vous pouvez rester et fournir des contributions utiles à cette réunion, ou vous pouvez la quitter. Votre choix, Seigneur Agravain ? »
Le traître noble se leva, furieux, exagérant très franchement pour essayer de gagner le conseil à sa cause.
« Vous n'avez aucun droit de faire cela, Merlin ! »
Merlin haussa les sourcils.
« Au contraire, en tant que Premier Conseiller du Roi de Camelot, et son représentantofficiel à cette réunion, j'en ai tout à fait le droit, Seigneur Agravain. »
Il désigna les portes.
« Et je ne crois pas vous avoir donné une raison de croire que vous pouviez vous adresser à moi par mon prénom, Seigneur Agravain. J'ai un titre, et je vous suggère de vous souvenir de l'utiliser durant les réunions du conseil à l'avenir. Avec une attitude aussi étroite d'esprit que la vôtre, il n'est pas étonnant que vous n'ayez jamais été envisagé pour une place au Conseil Privé du Roi. Maintenant partez. »
Agravain se dressa là, dans un silence stupéfait, pendant plusieurs secondes, un silence imité par le conseil tandis que chaque homme présent évitait son regard. Seuls Merlin et Geoffrey continuèrent de le regarder, chacun avec une étincelle satisfaite dans les yeux.
Il s'écarta de son fauteuil, et s'inclina à contrecœur.
« Comme vous voudrez, Seigneur Merlin. »
Il sortit à grands pas, le magicien le regardant partir jusqu'à ce qu'une voix légèrement incertaine ne s'élève, à la moitié de la table sur sa gauche... C'était le Seigneur Gardilen.
« Êtes-vous sûr que c'était sage... Messire ? »
Merlin le regarda, ainsi que tous les conseillers qui étaient tous bloqués à divers degrés de surprise. Il avait aussi conscience qu'il semblait en avoir effrayé un ou deux.
« Le Seigneur Agravain connaît ma position depuis un certain temps, et proteste avec véhémence la décision du Roi Arthur de me donner une promotion. Par conséquent, il n'y a rien de secret dans son mépris envers moi. »
Un autre conseiller prit la parole.
« Mais il est un membre de la haute noblesse et l'oncle du Roi !
- Et je suis noble par décret royal du Roi, et désigné comme son représentant. »
Merlin désigna l'accord d'échange.
« Nous ne sommes pas dans cette pièce pour céder aux égos ou aux sentiments d'importance. Le devoir de ce conseil est de discuter et de débattre les affaires et d'arriver à la solution qui est la meilleure pour le royaume. Je doute fort que placer l'orgueil d'un homme malavisé au-dessus du bien-être du royaume, serve ce but. »
Merlin hocha fermement la tête, le ton désapprobateur.
« C'est pourquoi je l'ai congédié de la réunion. Il se montrait obstructionniste et immature, deux traits loin de convenir à un homme qui était censé être là pour le bien du royaume. »
Le silence suivit, Geoffrey hochant la tête avec approbation de cette réprimande tandis que chacun des conseillers commençait à réaliser quelque chose. Merlin prenait cela au sérieux, très au sérieux, tandis qu'ils y avaient tous vu une sorte de plaisanterie. Mais ce n'en était pas une, et il n'était pas l'idiot qu'ils avaient cru... Pas quand il venait de leur donner un sermon à tous sur le précepte au cœur de la raison d'exister du Grand Conseil.
La réunion reprit, Merlin annonçant une brève interruption quand la cloche de la cité indiqua qu'il était l'heure que quelqu'un aille chercher l'ambassadeur et le conduise à la salle du conseil.
Quand il arriva, ce ne fut pas dans une fanfare de trompettes ni rien de frivole. Il se contenta de passer les portes, et s'interrompit un moment avec une surprise ravie quand il vit qui présidait la réunion.
L'ambassadeur Varlen sourit.
« C'est un plaisir de vous voir enfin reconnu, Seigneur Merlin. Mon Seigneur, le Roi Fyrendir, commençait à se demander si le Roi Arthur comptait vous garder dans les coulisses pour toujours. Il sera très content de savoir que ce n'est pas le cas. »
Merlin s'autorisa un léger sourire en retour, conscient qu'il était de nouveau observé par le conseil.
« J'ai bien peur d'être encore dans les coulisses, simplement elles sont un peu plus grandes maintenant. Seuls le Conseil et les plus proches alliés du Roi sont au courant de ma véritable position. Le reste de Camelot croit encore que je suis simplement le serviteur de Sa Majesté. Il trouve que c'est un avantage, pour l'instant ce rôle signifie que peu pensent à tenir leurs langues devant moi. Les serviteurs, après tout, sont considérés invisibles par la plupart des gens. »
Varlen hocha la tête.
« En effet. C'est un roi sage et prometteur, et il a la chance d'avoir à ses côtés des gens qui ne rechignent pas à supporter des positions dévalorisantes pour son bénéfice. »
Cela fit sursauter les conseillers, devant les implications de ce commentaire. Merlin demeurait volontairement un serviteur afin d'offrir un avantage à Arthur et Camelot ? Alors même qu'il avait l'esprit et désormais le rang pour occuper n'importe quel rôle haut placé ? Cette idée causa certainement une plus grande dose de respect envers lui, tandis que Varlen remontait la table et prenait le siège vide à la droite de Merlin. Les manières politiques irréprochables de Merlin aidaient aussi, car il ne parlait en rien comme le serviteur maladroit qu'il jouait en public.
La réunion continua rapidement à partir de là, avec Varlen lisant le brouillon final de l'accord depuis sa place à la droite de Merlin. Pendant ce temps, Merlin impressionna plus d'un conseiller avec sa connaissance des divers facteurs à prendre en compte pour maintenir un commerce fort, et une rentrée d'argent régulière pour le trésor, sans bouleverser les marchands avec des niveaux de taxes injustes. En fait, ce nouveau système rapporterait un peu plus que l'ancien, car il encourageait à faire plus de transactions grâce à un prix légèrement plus petit, ayant pour résultat un revenu global net plus large pour la couronne, suite à l'augmentation du nombre et de la fréquence du commerce. C'était quelque chose dont Varlen et lui avaient discuté en long et en large tandis que l'accord était vérifié.
Quand le moment vint de signer l'accord final, Merlin le fit sur sa ligne en tant que représentant d'Arthur, ce qui signifiait que le roi n'aurait pas du tout besoin de signer ce document spécifique. Il remarqua alors les regards spéculateurs que lui valait sa signature inhabituelle, et sourit.
« Je parle, lis, et écris plus de trente langues anciennes et modernes. Quand notre roi m'a fait savoir qu'il désirait que je reste anonyme, ce ne fut pour moi qu'une question de choix entre ces anciennes écritures pour signer mon nom. Cela rendra certainement ma signature extrêmement difficile à imiter, car beaucoup d'anciennes écritures peuvent facilement induire en erreur si l'on n'est pas familier avec elles. »
Il saisit son sceau, et se servit d'une bougie sur la table pour faire fondre le bout d'un bâton de cire. Tamponner fermement son griffon sur les deux copies de l'accord, devant cette audience, s'avéra exceptionnellement satisfaisant... De même que se représenter mentalement l'expression dégoûtée qu'aurait affichée Agravain s'il avait été là pour y assister. Cela était certainement humiliant pour lui. L'oncle du roi, supplanté en faveur d'un ancien fermier d'Escetia.
Par respect pour la visite de l'Ambassadeur Varlen, un petit festin fut dressé plus tard dans la soirée pour lui et les conseillers. Pour cela, puisque d'autres serviteurs étaient impliqués, Merlin reprit joyeusement son rôle habituel de serviteur. Cependant, contrairement à tous les festins précédents, il ne cacha pas son léger amusement tandis qu'il servait les mêmes nobles pour qui il avait présidé une réunion le matin même. Il prit ensuite son poste établi derrière Arthur pour attendre d'autres instructions.
Et maintenant que les conseillers connaissaient sa véritable position dans la hiérarchie politique, ils pouvaient maintenant voir qu'il le faisait avec un véritable sens de dignité. Même quand il trébucha légèrement, événement qui fit monter un léger rire chez un autre serviteur devant ce moment-typiquement-Merlin, ne la rompit pas. Il se dévaluait aux yeux des autres, afin de pouvoir mieux servir son roi.
Une telle loyauté ne manqua pas d'être remarquée par les conseillers, des hommes à qui cela faisait honte.
Assis à la Grande Table, Arthur laissa Merlin à ses affaires tandis qu'il parlait avec Varlen de l'accord qui avait été signé, sachant que le magicien exagérait délibérément devant les conseillers nouvellement au courant. Il avait fait un excellent travail pour les impressionner durant la réunion, et maintenant, il plaçait la cerise sur le gâteau avec une démonstration d'humilité à laquelle aucun de ces nobles ne se permettrait jamais de s'abaisser à cause de leur orgueil. Mais il était justement visible que Merlin ne s'intéressait pas à son orgueil dans ce sens. Son orgueil était de savoir qu'il était un atout pour son roi et Camelot.
Après le festin, qui se termina tard, ce fut un magicien fort épuisé qui s'effondra presque dans son lit sans même prendre la peine d'ôter plus que ses bottes. C'est ainsi qu'Arthur le trouva, quand il passa prendre de ses nouvelles, Gaius murmurant à mi-voix tandis qu'ils fermaient la porte de la chambre de Merlin.
« Comme vous pouvez le voir, il dort. »
Gaius se tourna vers Arthur, curieux.
« Alors, comment s'en est-il sorti ? »
Arthur sourit.
« Bien, mieux que bien, et ce petit bout de jeu de scène verbal dont Varlen m'a parlé, la façon dont il avait entendu dire que Merlin avait congédié Agravain de la réunion, c'était du génie. Mon oncle n'a pas pu glisser un mot pour s'y opposer, sinon il aurait eu l'air petit face au conseil. Ils ne sont toujours pas entièrement sûrs de Merlin, mais il leur a fait une impression qu'ils ne sont pas prêt d'oublier. Quand je l'aurai envoyé à quelques réunions de plus et fait diriger une ou deux comme mon représentant, ils accepteront tous qu'il sait vraiment ce qu'il fait. »
Gaius regarda de nouveau vers la chambre de Merlin.
« Et maintenant, il le sait aussi. »
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